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Posté : ven. 24 nov. 06, 10:04
par andré
Jacques BRINDEJONT-OFFENBACH

ÉCHANGE.

De sa bouche il cherchait une source tarie
Dont la mousse arrêtait le cours interrompu ;
Et sa lèvre mouillait une lèvre fleurie
Pour étancher sa soif en son coeur non repu.

D'une tige éperdue, aspirant la corolle,
Farouche, elle absorbait chaque tressaillement,
Consacrant son désir à quelque course folle
Dont le but est l'étrange ivresse du moment.

Le silence imprimait de plaintives minutes :
Leurs corps ne comptaient plus les successives chûtes
Vers ce gouffre où notre innocence s'immola.

Soudain l'ombre exila la lumière éblouie,
Et, dans un même élan, la fleur épanouie
Répandit sa rosée et la source coula.

In : (Les divertissements d'Éros. 1927)

Posté : mer. 29 nov. 06, 11:10
par andré
SIEUR BERTHELOT (Début du XVIIe siècle)

DU PLAISIR CHAMPÊTRE

J'aime dedans les bois, à trouver d'aventure
Dessus une bergère, un berger culetant,
Qu'il attaque si bien, et l'escarmouche tant
Qu'ils meurent à la fois du combat de Nature.

J'aime à voir dans les champs, non la belle peinture,
Mais un bélier cornu sa femelle foutant,
Et le bouc échauffé sur la sienne montant
Par un si doux plaisir oublier sa pâture.

J'aime à voir dans un pré, à un pareil effort,
Le taureau qui je joint à la vache, si fort,
Qu'il voudrait, s'il pouvait, la percer d'outre en outre.

Le foutre est à nos yeux un printemps diapré,
Au coeur, un paradis ; mais si je ne vois foutre
Je n'aime point ni champ, ni campagne ni pré.



Posté : mer. 29 nov. 06, 12:41
par andré
Alfred de MUSSET (1810-1857)

CE QU'IL ME FAUT

Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours, et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux ;
Des paroles du coeur vantez-nous la puissance,
Et la virginité des robes d'innocence,
Et les premiers aveux !

Ce qu'il me faut à moi, c'est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie,
Qui se pâme et se tord ;
Qui s'enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C'est une femme ardente autant qu'une Espagnole,
Dont les transports d'amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C'est une passion forte comme une fièvre,
Une lèvre de feu qui s'attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C'est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Un regard embrassé d'où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d'amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu'on prend à pleines mains !

Eh bien ! Venez encor me vanter vos pucelles,
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau,
Qui n'osent de leurs doigts vous toucher, ou rien dire,
Qui n'osent regarder et craignent le sourire,
Ne boivent que de l'eau !

Non, vous ne valez pas, ô tendre jeunes filles
Au teint frais et si pur caché sous la mantille
Et dans le blanc satin,
Non, dames du grand ton, en tout tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes,
Un amour de catin.
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Posté : mar. 12 déc. 06, 7:49
par andré
Guy de MAUPASSANT (1850-1893)

JE NE L'ENTENDAIS PAS...

Je ne l'entendais pas, tant je la regardais.
Par sa robe entr'ouverte, au loin je me perdais,
Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles ;

Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres !
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui rendit nos deux corps dans l'immobilité.
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse
Haletait fortement avec de forts sanglots.
Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos ;
Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d'amour monta, si terrible et si fort
Que les oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent.

Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers
Un lien nous tenait, l'affinité des chairs.

Posté : sam. 16 déc. 06, 17:41
par andré
Pierre-Corneille BLESSEBOIS, 1676.

PAR L'ORDRE DE L'AMOUR

Je ne savais pourquoi mon vit, plein de colère,
Entrant la tête haute en un endroit si noir,
En bonne intention d'un généreux devoir,
En ressortait si flasque, impuissant à rien faire.

J'implorais vainement Cupidon et sa mère;
Immobile et confus, sans force et sans pouvoir,
J'était comme un perclus qui ne se peut mouvoir,
Et ma marche semblait celle du dromadaire.

Mais je suis bien instruit du sujet à présent;
Ce n'est pas sans raison que mon vit était lent :
Il faisait un voyage où la paresse est bonne.

Par l'ordre de l'Amour, qui gouverne mon sort
Et dont la volonté plus que jamais m'étonne,
Cet aveugle ministre allait quérir la Mort."


Posté : mer. 20 déc. 06, 12:19
par andré
STÉPHANE MALLARMÉ (1842-1898)

UNE NÉGRESSE...

Une négresse par le démon secouée
Veut goûter une enfant triste de fruits nouveaux
Et criminels aussi sous leur robe trouée,
Cette goinfre s'apprête à de rusés travaux :

À son ventre compare heureuses deux tétines
Et, si haut que la main ne le saura saisir,
Elle darde le choc obscur de ses bottines
Ainsi que quelque langue inhabile au plaisir.
Contre la nudité peureuse de gazelle
Qui tremble, sur le dos tel un fol éléphant
Renversée elle attend et s'admire avec zèle,
En riant de ses dents naïves à l'enfant :

Et, dans ses jambes où la victime se couche,
Levant une peau noire ouverte sous le crin,
Avance le palais de cette étrange bouche
Pâle et rose comme un coquillage marin.

Posté : mer. 27 déc. 06, 12:20
par andré
Théophile GAUTIER

LES COURTISANES

Aussi, j’aime tes courtisanes
Et tes nymphes, ô Titien,
Roi des tons chauds et diaphanes,
Soleil du ciel vénitien.

Sous une courtine pourprée
Elles étalent bravement,
Dans sa pâleur mate et dorée,
Un corps superbe où rien ne ment.

Une touffe d’ambre soyeuse
Veloute, sur leur flanc poli,
Cette envergure harmonieuse
Que trace l’aine avec son pli.

Et l’on voit sous leurs doigts d’ivoire,
Naïf détail que nous aimons,
Germer la mousse blonde ou noire
Dont Cypris tapisse ses monts.

À Naple ouvrant ses cuisses rondes,
Sur un autel d’or, Danaé
Laisse du ciel, en larmes blondes,
Pleuvoir Jupiter monnayé.

Et la Tribune de Florence
Au cant choqué montre Vénus
Baignant avec indifférence,
Dans son manchon, ses doigts menus.


Posté : jeu. 28 déc. 06, 19:54
par andré


ALBERT SEMIANE

(1884)

AMOURS DE FEMME

Oui, ce sont des regards de femme
Que cherche son regard brûlant,
Elle a soif de l'ardeur infâme
Qu'une autre sait mettre en son flanc.

Les yeux hagards, le trouble à l'âme,
La langue aux lèvres se collant,
Chacune tour à tour se pâme,
Se tord et retombe en râlant.

Bientôt leur tendresse lascive,
Comme une chaîne qui les rive,
Dresse dans l'ombre leurs tombeaux ;

Et sur la pierre, quand arrive
Le soir à la marche craintive,
Pleurent les filles de Lesbos.





Posté : jeu. 04 janv. 07, 10:02
par andré
Henri CANTEL (1825-1878)

Henri Cantel est un des premiers disciples de Baudelaire, à qui, dès 1853, dans "l'Éclair", il a dédié un sonnet païen intitulé "Les Lèvres". Il lui a adressé le 21 juillet 1859 une lettre dans laquelle il disait son admiration pour "Les Fleurs du mal". Cette admiration baudelairienne se retrouve dans son sonnet "Le Clitoris" où les héroïnes d'amour, prêtresses d'art pur sont des "chercheuses d'infini". Enfin dans son Anthologie historique des lectures érotiques, Jean-Jacques PAUVERT cite le peu d'ouvrages d'Henri CANTEL : "Impressions et Visions" chez Poulet Malassis en 1859, préface de H. Babou, "un poème galant", et "Le Mouchoir", en 1868. Ainsi que des "Poèmes du Souvenir" en 1876, et "Le Roi Polycarpe, moeurs du temps", en 1879.

LE CLITORIS

Le clitoris en fleur, que jalousent les roses,
Aspire sous la robe, à l'invincible amant ;
Silence, vent du soir ! taisez-vous, cœurs moroses !
Un souffle a palpité sous le blanc vêtement.

Béatrix, Héloïse , Eve, Clorinde , Elvire ,
Héroïnes d'amour, prêtresses de l'art pur,
Chercheuses d'infini, cachez-vous de l'azur !

D'astre en astre montez, aux accents de la lyre
Loin des soupirs humains ; plus haut, plus haut encor,
Volez, planez, rêvez parmi les sphères d'or !

Le printemps fait jaillir les effets hors des causes ;
La lune irrite, ô mer ! ton éternel tourment,
Et le désir en flamme ouvre amoureusement
Le clitoris en fleur qui jalouse les roses.
_____________________

LES TRIBADES

Les filles de Lesbos dorment entrelacées,
Comme deux jeunes fleurs sur un même rameau ;
Elles dorment ! Leur sein éblouissant et beau,
Se gonfle au souvenir de leurs folles pensées.

D'un mutuel amour leurs lèvres caressées
Semblent prêtes encor pour un baiser nouveau ;
Et demain dans ce lit, voluptueux tombeau,
Le plaisir rouvrira leurs corolles lassées.

Leur corps n'est entouré d'aucun voile jaloux ;
J'écoute soupirer leur souffle, et je me penche
Pour mieux voir les contours de leur nudité blanche.

Mais je ne suis qu'un homme, et je pleure à genoux :
Sur elles, pour tromper ma flamme inapaisée,
Mon désir verse à flots sa brûlante rosée.



Posté : jeu. 04 janv. 07, 10:09
par Opaline
C'est trés coquin ;-)


16

Posté : jeu. 04 janv. 07, 12:09
par andré
Opaline a écrit :C'est trés coquin ;-)


16
C'est le "tube" du poète. Poèt ! poèt !

Posté : jeu. 04 janv. 07, 12:39
par Viviane
LA BACCHANTE

Cher amant, je cède à tes desirs:
De champagne enivre Julie.
Inventons, s'il se peut, des plaisirs;
Des amours épuisons la folie.
5
Verse-moi ce joyeux poison;
Mais sur-tout bois à ta maîtresse:
Je rougirais de mon ivresse,
Si tu conservais ta raison.

Vois déja briller dans mes regards
10
Tout le feu dont mon sang bouillonne.
Sur ton lit, de mes cheveux épars,
Fleur à fleur vois tomber ma couronne.
Le cristal vient de se briser:
Dieux! Baise ma gorge brûlante,
15
Et taris l'écume enivrante
Dont tu te plais à l'arroser.

Verse encor! Mais pourquoi ces atours
Entre tes baisers et mes charmes?
Romps ces noeuds, oui, romps-les pour toujours:
20
Ma pudeur ne connaît plus d'alarmes.
Presse en tes bras mes charmes nus.
Ah! Je sens redoubler mon être!
À l'ardeur qu'en moi tu fais naître
Ton ardeur ne suffira plus.

25
Dans mes bras tombe enfin à ton tour;
Mais, hélas! Tes baisers languissent.
Ne bois plus, et garde à mon amour
Ce nectar où tes feux s'amortissent.
De mes desirs mal apaisés,
30
Ingrat, si tu pouvais te plaindre,
J'aurai du moins pour les éteindre
Le vin où je les ai puisés.






LA CHATTE

Tu réveilles ta maîtresse,
Minette, par tes longs cris.
Est-ce la faim qui te presse?
Entends-tu quelque souris?
5
Tu veux fuir de ma chambrette,
Pour courir je ne sais où.
Mia-mia-ou! Que veut minette?
Mia-mia-ou! C'est un matou.

Pour toi je ne puis rien faire;
10
Cesse de me caresser.
Sur ton mal l'amour m'éclaire:
J'ai quinze ans, j'y dois penser.
Je gémis d'être seulette
En prison sous le verrou.
15
Mia-mia-ou! Que veut minette?
Mia-mia-ou! C'est un matou.

Si ton ardeur est extrême,
Même ardeur vient me brûler;
J'ai certain voisin que j'aime,
20
Et que je n'ose appeler.
Mais pourquoi, sur ma couchette,
Rêver à ce jeune fou?
Mia-mia-ou! Que veut minette?
Mia-mia-ou! C'est un matou.

25
C'est toi, chatte libertine,
Qui mets le trouble en mon sein.
Dans la mansarde voisine
Du moins réveille Valsain.
C'est peu qu'il presse en cachette
30
Et ma main et mon genou.
Mia-mia-ou! Que veut minette?
Mia-mia-ou! C'est un matou.

Mais je vois Valsain paraître!
Par les toits il vient ici.
35
Vite, ouvrons-lui la fenêtre:
Toi, minette, passe aussi.
Lorsqu'enfin mon coeur se prête
Aux larcins de ce filou,
Mia-mia-ou! Que ma minette,
40
Mia-mia-ou! Trouve un matou.

Pierre Jean de Béranger

Posté : jeu. 04 janv. 07, 19:03
par andré
Poésie très fine et d'une belle élégance d'écriture. Quand le vers érotique est si bien exprimé, il devient art, et on en redemande.

Merci VIVIANE de nous avoir offert ces deux poèmes légers de Pierre Jean de BÉRANGER.

Excellente fin de soirée.
CARPE DIEM

ANDRÉ


Posté : sam. 06 janv. 07, 19:03
par andré
Anatole FRANCE

LE DÉSIR

Je sais la vanité de tout désir profane.
A peine gardons-nous de tes amours défunts,
Femme, ce que la fleur qui sur ton sein se fane
Y laisse d'âme et de parfums.

Ils n'ont, les plus beaux bras, que des chaînes d'argile,
Indolentes autour du col le plus aimé ;
Avant d'être rompu leur doux cercle fragile
Ne s'était pas même fermé.

Mélancolique nuit des chevelures sombres,
A quoi bon s'attarder dans ton enivrement,
Si, comme dans la mort, nul ne peut sous tes ombres
Se plonger éternellement ?

Narines qui gonflez vos ailes de colombe,
Avec les longs dédains d'une belle fierté,
Pour la dernière fois, à l'odeur de la tombe,
Vous aurez déjà palpité.

Lèvres, vivantes fleurs, nobles roses sanglantes,
Vous épanouissant lorsque nous vous baisons,
Quelques feux de cristal en quelques nuits brûlantes
Sèchent vos brèves floraisons.

Où tend le vain effort de deux bouches unies ?
Le plus long des baisers trompe notre dessein ;
Et comment appuyer nos langueurs infinies
Sur la fragilité d'un sein ?




Posté : sam. 06 janv. 07, 19:33
par Tomasso
[align=center]Claude Nougaro


Marisa

Que ne suis-je un grain de silice
Sur une plage de Bahia
Pour investir les interstices
Suavissimes de Marisa

Oui, que ne suis-je un grain de sable
Sur une plage du Brésil
Pour me glisser dans les rouages
De Marisa fermant ses cils

Que ne suis-je un grain de mica
Pour incruster son entrecuisse
Et qu'enfin je m'y enfouisse
En sodomite délicat

Ou bien, en me voulant plus sage
Etre à mes risques et périls
Sous le soleil anthropophage
La perle d'eau dans son nombril
[/align]