Petits poèmes érotiques.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » mar. 27 janv. 09, 8:24

Ernest D’HERVILLY

SUR LES BORDS DU SAUBAT

À Théophile Gautier

Ma maîtresse est très belle, et vaut cher ! Ses oreilles
Pendantes sur son col ont des anneaux de fer;
Ses dents sont d'un beau jaune; et ses lèvres pareilles
Au fruit du jujubier, semblent embrasser l'air.

Ses seins noirs et luisants, dressés sur sa poitrine,
Ont l'air de deux moitiés d'un boulet de canon;
Au coin de son nez plat, passé dans la narine,
Pendille, et - c'est ma joie - un fragment de chaînon.

Ses cheveux courts, tressés, ont l'aspect de la laine;
Sa prunelle se meut, noire sur un fond blanc,
Humide, transparent comme la porcelaine;
Et son regard vous suit, placide, doux et lent.

Ses membres sont ornés de bracelets de graines
Eclatantes; elle a des joyaux plus coquets :
Pour lui faire un manteau comme en portent les reines.
J'ai tué dans les bois plus de cent perroquets !

Moi seul l'ai tatouée, et moi seul sur sa joue
Ai peint en vermillon de bizarres oiseaux,
Ou bien, à l'ocre jaune, une charmante roue.
Chef grave, j'ai construit son ombrelle en roseaux !

Pour vos maigres tailleurs, j'ai gardé peu d'estime :
La peau d'un buffle noir enveloppe mes reins,
Et sur son cuir tanné j'inscris chaque victime
De ma zagaie, où flotte une touffe de crins !

Notre couple effrayant en tous lieux a la vogue;
On le cite à la danse, au festin, au combat;
Nul ne sait mieux que nous conduire une pirogue
Sur les flots encombrés de nasses du Saubat.

Ma négresse est mon dieu ! je l'avoue à voix basse;
Et, quand j'ai vendu deux défenses d'éléphant,
Je lui verse du rhum à pleine calebasse;
Et pendant qu'elle boit, je porte son enfant.

Alors, je suis heureux ! Je hurle en vrai sauvage !
Mes trois colliers de dents rendent un son hideux !
Je bondis ! et mon cœur ne voit plus le rivage
Où vit, en m'oubliant, une femme aux yeux bleus.

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Message par andré » mer. 28 janv. 09, 10:36

Renée VIVIEN

LUCIDITÉ

L’art délicat du vice occupe tes loisirs,
Et tu sais réveiller la chaleur des désirs
Auxquels ton corps perfide et souple se dérobe.
L’odeur du lit se mêle aux parfums de ta robe.
Ton charme blond ressemble à la fadeur du miel.
Tu n’aimes que le faux et l’artificiel,
La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés.
Les deuils suivent tes pas en mornes défilés.
Ton geste est un reflet, ta parole est une ombre.
Ton corps s’est amolli sous des baisers sans nombre,
Et ton âme est flétrie et ton corps est usé.
Languissant et lascif, ton frôlement rusé
Ignore la beauté loyale de l’étreinte.
Tu mens comme l’on aime, et, sous ta douceur feinte,
On sent le rampement du reptile attentif.
Au fond de l’ombre, elle une mer sans récif,
Les tombeaux sont encor moins impurs que ta couche…
O Femme ! Je le sais, mais j’ai soif de ta bouche !

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Message par andré » jeu. 29 janv. 09, 18:10

Ernest D'HERVILLY


PUÉRILITÉ

Ô polkas ! - Je devins son esclave ordinaire
Un soir de " sauterie ". " Amo, dis-je, ergo sum ! "
Depuis lors, en l'honneur de cette pensionnaire,
Tu fus fleuri de vers, Gradus-ad-Parnassum !

Une étoile daignait sourire au ver de terre !...
Deux nattes frétillaient, châtaines, sur son dos.
Un bonbon, une fleur, donnés avec mystère,
Étaient pour nos coeurs neufs les plus tendres cadeaux.

Tandis qu'elle écorchait, avec foi, les sonates
De quelque malheureux pianiste européen,
Je baisais du regard ses lèvres incarnates ;

Et, parfois me baissant, - bonheur élyséen !
J'effleurais le ruban pommadé de ses nattes
De ma bouche d'imberbe et maigre lycéen.

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Message par andré » ven. 30 janv. 09, 12:02

Renée VIVIEN

LE TOUCHER

Les arbres ont gardé du soleil dans leurs branches.
Voilé comme une femme, évoquant l’autrefois,
Le crépuscule passe en pleurant… Et mes doigts
Suivent en frémissant la ligne de tes hanches.
Mes doigts ingénieux s’attardent aux frissons
De ta chair sous la robe aux douceurs de pétale…
L’art du toucher, complexe et curieux, égale
Les rêves des parfums, le miracle des sons.
Je suis avec lenteur le contour de tes hanches,
Tes épaules, ton col, tes seins inapaisés.
Mon désir délicat se refuse aux baisers ;
Il effleure et se pâme en des voluptés blanches.

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Message par andré » sam. 31 janv. 09, 10:54

Renée VIVIEN

ENVERS VOUS, BELLES, MA PENSEE N’EST POINT CHANGEANTE

Je ne change point, ô vierges de Lesbos !
Lorsque je poursuis la Beauté fugitive,
Tel le Dieu chassant une vierge au peplos
Très blanc sur la rive.
Je n’ai point trahi l’invariable amour.
Mon cœur identique et mon âme pareille
Savent retrouver, dans le baiser d’un jour,
Celui de la veille.
Et j’étreins Atthis sur les seins de Dika.
J’appelle en pleurant, sur le seuil de sa porte,
L’ombre, que longtemps ma douleur invoqua,
De Timas la morte.
Pour l’Aphrodita j’ai dédaigné l’Éros,
Et je n’ai de joie et d’angoisse qu’en elle :
Je ne change point, ô vierges de Lesbos,
Je suis éternelle.


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Message par andré » dim. 01 févr. 09, 12:13

Henri CANTEL

ALINE

Aline sommeillait. Un matin, Léona,
Voyant la blonde vierge en fleur et demi-nue,
Dans ses veines sentit sa force inconnue
Courir, comme la foudre éclatant sous la nue.

Sa folle passion soudain se déchaîna ;
Elle trembla, rougit, pâlit. Ivre et farouche,
Elle enlaça sa proie, et lui ferma la bouche
D'un baiser. Lors l'enfant se dressa sur sa couche !

" Aline, mon cher cœur et mon rêve adoré,
Va ! ne crains rien, c'est moi, ta Léona ! Je t'aime
Et brûle d'infuser mon amour en toi-même !

Mes lèvres vont cueillir ton fruit tant désiré ! "
La victime, n'osant fuir l'œil noir qui la couve,
Se taisait sous les dents puissantes de la louve.

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Message par andré » lun. 02 févr. 09, 7:07

Federico GARCIA LORCA

LA FEMME ADULTÈRE

Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu'elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s'éteignirent les lumières
Et s'allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis
Sa poitrine pour moi s'ouvrit
Comme des branches de jacinthes
Et dans mes oreilles l'empois
De ses jupes amidonnées
Crissait comme soie arrachée
Par douze couteaux à la fois
Les cimes d'arbres sans lumière
Grandissaient au bord du chemin
Et tout un horizon de chiens
Aboyait loin de la rivière

Quand nous avons franchi les ronces
Les épines et les ajoncs
Sous elle son chignon s'enfonce
Et fait un trou dans le limon
Quand ma cravate fût ôtée
Elle retira son jupon
Puis quand j'ôtai mon ceinturon
Quatre corsages d'affilée
Ni le nard ni les escargots
N'eurent jamais la peau si fine
Ni sous la lune les cristaux
N'ont de lueur plus cristalline
Ses cuisses s'enfuyaient sous moi
Comme des truites effrayées
L'une moitié toute embrasée
L'autre moitié pleine de froid
Cette nuit me vit galoper
De ma plus belle chevauchée
Sur une pouliche nacrée
Sans bride et sans étriers

Je suis homme et ne peux redire
Les choses qu'elle me disait
Le clair entendement m'inspire
De me montrer fort circonspect
Sale de baisers et de sable
Du bord de l'eau je la sortis
Les iris balançaient leur sabre
Contre les brises de la nuit
Pour agir en pleine droiture
Comme fait un loyal gitan
Je lui fis don en la quittant
D'un beau grand panier à couture
Mais sans vouloir en être épris
Parce qu'elle était adultère
Et se prétendait sans mari
Quand nous allions vers la rivière



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Message par andré » mar. 03 févr. 09, 9:26

Alexis PIRON

LE BIEN VIENT EN DORMANT

Pour éviter l'ardeur du plus grand jour d'été,
Catin dessus un lit dormait à demi-nue,
Dans un état si beau qu'elle eut même tenté
L'humeur la plus pudique et la plus retenue.

Sa jupe permettait de voir en liberté
Ce petit lieu charmant qu'elle cache à la vue,
Le centre de l'amour et de la volupté,
La cause du beau feu qui m'enflamme et me tue.

Mille objets ravissants, en cette occasion,
Bannissant mon respect et ma discrétion,
Me firent foutre à l'instant cette belle dormeuse.

Alors elle s'éveille à cet effort charmant,
Et s'écrie aussitôt : Ah ! que je suis heureuse !
Les biens, comme l'on dit, me viennent en dormant !

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Message par andré » mer. 04 févr. 09, 9:06

Armand GOUFFE

LE COUP DU MILIEU

Nos bons aïeux aimaient à boire,
Que pouvons-nous faire de mieux ?
Versez, versez ! je me fais gloire
De ressembler à mes aïeux !
Entre le Chablis que j'honore
Et l'Aï dont je fais mon dieu,
Savez-vous ce que j'aime encore ?
C'est le petit coup du milieu

Je bois quand je me mets à table
Et le vin m'ouvre l'appétit ;
Bientôt ce nectar délectable,
Au dessert, m'ouvrira l'esprit.
Si tu veux combler mon ivresse,
Viens, Amour, viens, espiègle dieu,
Pour trinquer avec ma maîtresse,
M'apprêter le coup du milieu.

Ce coup, mes très chers camarades,
A pris naissance dans les cieux ;
Les dieux buvaient force rasades,
Buvaient enfin comme des dieux.
Les déesses, femmes discrètes,
Ne prenaient point goût à ce jeu.
Vénus, pour les mettre en goguettes,
Proposa le coup du milieu.

Aussitôt cet aimable usage
Par l'Amour nous fut apporté ;
Chez nous son premier avantage
Fut d'apprivoiser la beauté.
Le sexe, à Bacchus moins rebelle,
Lui rend hommage en temps et lieu
Et l'on ne voit pas une belle
Refuser le coup du milieu.

Buvons à la paix, à la gloire !
Ce plaisir nous est bien permis ;
Doublons les rasades pour boire
A la santé de nos amis !
De Momus disciples fidèles,
Buvons à Panard, à Chaulieu ;
Mais pour la santé de nos belles,
Réservons le coup du milieu.
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Message par andré » jeu. 05 févr. 09, 10:47

Louis de BOISSY (1694 -1747)

ÉPIGRAMME

Un florentin auprès de sa maîtresse,
Un certain jour, par goût de changement,
Pour attaquer la forteresse,
S’apprêtait à poser le mineur par devant.
La donzelle surprise, arrête court mon homme ;
Quoi ! (dit-elle) par-là ! mon cher, y pensez-vous ?
Ah ! (reprit-il) rassurez-vous ;
Plus d’un chemin conduit à Rome.

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Message par andré » ven. 06 févr. 09, 10:17

Théodore De BANVILLE

SONGE D’HIVER

O don Juans, bien longtemps, artistes de la vie,
Affamés d'idéal, vous aviez tous cherché
L'amante au coeur divin, sans cesse poursuivie.

Et toujours son front pur, dans la brume caché,
S'était enfui devant l'éclair de vos prunelles,
Comme un rapide oiseau s'envole, effarouché.

Reines montrant l'orgueil des pourpres éternelles,
Courtisanes de marbre aux regards embrasés,
Fillettes de seize ans riant sous les tonnelles,

Vous aviez tour à tour meurtri de vos baisers
Tout ce qui porte un nom de princesse ou de femme,
Sans que vos longs tourments en fussent apaisés.

Bourreaux charmants et doux, héros d'un sombre drame,
Au-dessus de vos fronts des spectres convulsifs
Avaient gémi toujours comme le vent qui brame;

Cependant, effleurant avec vos doigts pensifs
Les lys délicieux que le zéphyr adore,
Et serrant sans repos entre vos bras lascifs

Mille vierges enfants que la beauté décore
Et qui cachent l'extase en leurs seins palpitants,
Toujours vous aviez dit: Ce n'est pas elle encore!

Et vous, pâles Vénus! longtemps, oh! bien longtemps,
Même pour des mortels, sur vos lits de Déesses
Vous aviez dénoué vos beaux cheveux flottants

Et, comme un flot, versé leurs superbes ivresses,
Mais sans jamais, hélas! pouvoir trouver celui
Dont votre ardente soif implorait les caresses.

Et toujours emportant votre sauvage ennui,
O victimes du dieu qui de nos maux se joue,
A travers les chemins longtemps vous aviez fui,

Tremblantes sous le fouet horrible que secoue
Le vieux titan Désir, tyran de l'univers,
Et dont le vent cruel souffletait votre joue!

Mais, ô don Juans, et vous, blanches filles des mers,
Sous les feux merveilleux du lustre qui flamboie,
Après tant de travaux et de regrets amers,

Vous savouriez enfin le repos et la joie.

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Message par andré » sam. 07 févr. 09, 11:46

Jean de La FONTAINE

LE BAISER RENDU

Guillot passait avec sa mariée.
Un gentilhomme à son gré la trouvant:
Qui t'a, dit-il, donné telle épousée ?
Que je la baise à la charge d'autant.
Bien volontiers, dit Guillot à l'instant.
Elle est, Monsieur, fort à votre service.
Le Monsieur donc fait alors son office;
En appuyant; Perronnelle en rougit.
Huit jours après ce gentilhomme prit
Femme à son tour: à Guillot il permit
Même faveur. Guillot tout plein de zèle:
Puisque Monsieur, dit-il, est si fidèle,
J'ai grand regret et je suis bien fâché
Qu'ayant baisé seulement Perronnelle,
Il n'ait encore avec elle couché.



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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » dim. 08 févr. 09, 10:11

Jean de La FONTAINE

LA COUTURIÈRE

Certaine soeur dans un couvent,
Avait certain amant en ville,
Qu'elle ne voyait pas souvent,
La chose, comme on sait, est assez difficile.
Tous deux eussent voulu qu'elle l'eût été moins,
tous deux à s'entrevoir apportaient tous leurs soins,
Notre soeur en trouva le secret la première,
Nonnettes en ceci manquent peu de talent.
Elle introduisit le galant
Sous le titre de couturière,
Sous le titre et l'habit aussi,
Le tour ayant bien réussi,
Sans causer le moindre scrupule,
Nos amants eurent soin de fermer la cellule,
Et passèrentle jour assez tranquillement
A coudre, mais Dieu sait comment,
La nuit vint, c'était grand dommage,
Quand on a le coeur à l'ouvrage.
Il fallut le quitter, Adieu, ma soeur, bonsoir,
Couturière, au revoir,
Et ma soeur fut au réfectoire
Un peu plus tard, et c'est là le facheux de l'histoire.
L'abesse l'aperçut, et lui dit en courroux,
Pourquoi donc venir la dernière?
Madame, dit la soeur, j'avais la couturière.
Vos guimpes ont donc bien des trous,
Pour la tenir une journée entière,
Quelle besogne avez-vous tant chez vous,
Où jusqu'au soir elle soit nécessaire?
Elle en avait encore, dit-elle, pour veiller,
Au métier qu'elle a fait, on a beau travailler,
On y trouve toujours à faire.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » lun. 09 févr. 09, 11:22

Etienne JODELLE

Des trois sortes d'aimer la première exprimée
En ceci c'est l'instinct, qui peut le plus mouvoir
L'homme envers l'homme ; alors que d'un hautain devoir
La propre vie est moins qu'une autre vie aimée.

L'autre moindre, et plus fort toutefois enflammée,
C'est l'amour que peut plus l'homme à la femme avoir.
La tierce c'est la nôtre, ayant d'un tel pouvoir
De la femme la foi vers la femme animée.

Que des deux hommes donc taillez ici, les noeuds
Tant forts cèdent à nous ! Que sur tes ardents feux -
O amour - cet amour entier soit encor maître.

L'autel même de mort ferait foi de ceci,
Que de l'autel de Foi montre. A jamais donc ainsi
Diane en Anne, et Anne en Diane puisse être.*


* allusion à un sonnet de Ronsard où l'une de ces femmes offre à l'autre son portrait

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Message par andré » mar. 10 févr. 09, 8:24

Jean de La FONTAINE

PROMETTRE EST AUTRE CHOSE

Jean amoureux de la jeune Perette,
Ayant en vain auprès d'elle employé,
Soupirs, serments, doux jargon d'amourette,
Sans que jamais rien lui fût octroyé,
Pour la fléchir, s'avisa de lui dire,
En lui montrant de ses mains les dix doigts,
Qu'il lui pourrait prouver autant de fois,
Qu'en fait d'amour il était un grand sire.
De tels signaux parlent éloquemment,
Et pour toucher ont souvent plus de force,
Que soins, soupirs, et que tendres serments.
Perette aussi se prit à cette amorce.
Déjà ses regards sont plus doux mille fois,
Plus de fierté, l'amour a pris sa place.
Tout est changé jusqu'au son de sa voix.
On souffre jean, voir e même on l'agace,
On lui sourit, on le pince parfois,
Et le galant voyant l'heure venue,
L'heure aux amants tant seulement connue,
Ne perds point de temps, prend quelques menus droits,
Va plus avant, et si bien s'insinue,
Qu'il acquitta le premier de ses doigts,
Passe au second, au tiers, au quatrième,
Reprend haleine, et fournit le cinquième.
Mais qui pourrait aller toujours de même !
Plus moi hélas ; quoique d'âge à cela,
Jean non plus, car il en resta là.
Perette donc en son conte trompée,
Si toutefois c'est tromper que ceci,
Car j'en connais maintes très haut huppée
Qui voudrait bien être trompée ainsi ;
Perette, dis-je, abusée en son conte,
Et ne pouvant rien de plus obtenir,
Se plaint à Jean, lui dit que c'est grand honte
D'avoir promis, et de ne pas tenir.
Mais à cela notre trompeur Apôtre,
De son travail suffisamment content,
Sans s'émouvoir répond en la quittant,
Promettre est un et tenir est un autre.
Avec le temps je m'acquitterais des dix,
En attendant, Perette, adieu je vous dis.

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