Petits poèmes érotiques.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » mer. 11 févr. 09, 11:20

Jean de La FONTAINE

COMMENT L’ESPRIT VIENT AUX FILLES

Il est un jeu divertissant sur tous.
Jeu dont l'ardeur souvent se renouvelle:
Il divertit & la laide & la belle.
Soit jour, soit nuit, à toute heure il est doux:
Devinez donc comment ce jeu s'appelle.
Le beau du jeu n'est connu que de l'époux;
C'est chez l'Amant que ce plaisir excelle:
De regardant pour y juger des coups,
Il n'en faut point, jamais on ne s'y querelle.
Devinez donc comment ce jeu s'appelle.

Qu'importe ? Sans s'arrêter au nom,
Ni badiner là-dessus davantage,
Je vais encore vous en dire un usage,
Il fait venir l'esprit et la raison.
Nous le voyons en maint bestiole.
Avant que Lise allât en cette école,
Lise n'était qu'un misérable oison.
Coudre & filer était son exercice;
Non pas le sien, mais celui de ses doigts;
Car que l'esprit eût part à cet office,
Ne le croyez pas; il n'était nul emplois
Où Lise pût avoir l'âme occupée:
Lise songeait autant que sa poupée.

Cent fois le jour sa mère lui disait,
Va-t-en chercher de l'esprit, malheureuse.
La pauvre fille aussitôt s'en allait
Chez ses voisins, affligée & honteuse,
On en riait; à la fin on lui dit,
Allez trouver le père Bonaventure,
Car il en a bonne provision.
Incontinent la jeune créature
S'en va le voir, non sans confusion:
Elle craignait que ce ne fût dommage
De détourner un tel personnage.

Me voudrait-il faire de tels présents
A moi qui n'ai que quatorze ou quinze ans?
Vaux-je cela ? disait en soi la belle.
Son innocence augmentait ses appas:
Amour n'avait à son croc de pucelle
Dont il crût faire un aussi bon repas.
Mon Révérend, dit-elle au béat homme,
Je viens vous voir; des personnes m'ont dit,
Qu'en ce Couvent on vendait de l'esprit:
Vôtre plaisir ferait-il qu'à crédit
J'en pûsse avoir ? Non pas pour grosse somme;
A gros achat mon trésor ne suffit:
Je reviendrait s'il m'en faut davantage:
Et cependant prenez ceci en gage.
A ce discours, je sais quel anneau,
Qu'elle tirait de son doigt avec peine,
Ne venant point, le Père dit, tout beau,
Nous pourvoirons à ce qui vous amène
Sans exiger nul salaire de vous:
Il est marchande & marchande entre nous:
A l'une on vend ce qu'à d'autres on donne.

Entrez ici, suivez-moi hardiment;
Nul ne nous voit, aucun ne nous entend,
Tous sont au choeur; le portier est personne
Entièrement à ma dévotion;
Et ces murs ont de la discrétion.
Elle le suit, ils vont à sa Cellule.
Mon Révérend la jette sur un lit;
Veut la baiser, la pauvrette recule
Un peu la tête, & l'innocente dit:
Quoi, c'est ainsi qu'on donne de l'esprit?
Et vraiment oui, repart sa Révérence;
Puis il lui met la main sur le téton.

Encore ainsi ? Vraiment, oui, comment donc?
La belle prend le tout en patience:
Il suit sa pointe, & d'encore en encore,
Toujours l'esprit s'insinue & s'avance,
Tant & si bien qu'il arrive à bon port.
Lise riait du succès de la chose.
Bonaventure à ce moment là
Donne d'esprit une seconde dose.

Ce ne fut pas tout, une autre succéda;
La charité du beau Père était grande.
Et bien, dit-il, que pensez-vous du jeu?
A nous venir l'esprit tarde bien peu,
reprit la belle; & puis elle demande,
Mais s'il s'en va? Nous verrons;
D'autres secrets se mettent en usage.
N'en cherchez point, dit Lise, davantage;
De celui-ci nous recommencerons
Au pis aller, tant & tant qu'il suffise.
Le pis aller sembla le mieux à Lise.

Le secret même encore se répéta
Par le même Pater ; il aimait cette dance.
Lise lui fait une humble révérence;
Et s'en retourne en songeant à cela.
Lise songer! Quoi déjà Lise songe!
Elle fait plus, elle cherche un mensonge,
Se doutant bien qu'on lui demanderait,
Sans y manquer, d'où ce retard venait.
Deux jours après, sa compagne Nanette
S'en vient la voir : pendant leur entretien
Lise rêvait : Nanette comprit bien,
Comme elle était clairvoyante & finette,
Que Lise alors ne rêvait pas pour rien.

Elle fait tant, tourne tant son amie,
Que celle-ci lui déclare le tout.
L'autre n'était pas à l'ouïr endormie.
Sans rien cacher, Lise de bout en bout,
De point en point lui conte le mystère,
Dimensions de l'esprit du beau Père,
Et les encore, enfin tout le Phoebé.
Mais vous, dit-elle, apprenez-nous de grâce
Quand et par qui l'esprit vous fut donné.
Anne reprit : puisqu'il faut que je fasse
Un libre aveu, c'est vôtre frère Alain
Qui m'a donné de l'esprit un beau matin.
Mon frère Alain! Alain! S'écria Lise,
Alain mon frère! Ah, je suis bien surprise;
Il n'en a point, comment en donnerait-il?
Sotte, dit l'autre. Hélas! Tu n'en sais guère:
Apprends de moi que pour pareille affaire
Il n'es besoin que l'on soit si subtil.

Ne me crois tu pas ? Sache-le de ta mère,
Elle est experte au fait dont il s'agit;
Sur ce point là l'on t'aura bientôt dit,
Vivent les sots pour donner de l'esprit.

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Message par andré » jeu. 12 févr. 09, 10:20

Jean de La FONTAINE

SŒUR JEANNE

Soeur Jeanne ayant fait un poupon,
Jeûnait, vivait en sainte fille;
Etait toujours en oraison;
Et toujours ses soeurs à la grille.
Un jour donc l'abesse leur dit :
Vivez comme soeur Jeanne vit,
Fuyez le monde et sa séquelle.
Toutes reprirent à l'instant :
Nous serons aussi sage qu'elle,
Quand nous en auront fait autant.

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Message par andré » jeu. 12 févr. 09, 10:22

Georges FOUREST

CHERS AMIS DU BALCON

Chers amis du Balcon, j’ai passé tout l’été
À glander au soleil, à en foutre pas une,
À pas penser à vous, et à pas rimailler,
À délaisser Léonne, A contempler la lune
Le nez dans les étoiles et le coeur amoureux.
Ce mois-ci, à défaut de vous pondre des vers,
Je veux vous présenter un gars talentueux,
Un poète fumiste au lyrisme super,
Et dont l’oeuvre demeure, hélas, fort méconnue.
Je vous présente ici quelques-uns de ses textes,
Vous aimerez sans doute ainsi qu’ils m’ont émue.

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Message par andré » ven. 13 févr. 09, 8:21

Georges FOUREST

EPITRE DE CASSANDRE A COLOMBINE

Les diables sur leurs charbons incandescents
brûlent de moins de feux que mon coeur et mes sens
lorsque sur ton sein nu mon regard lascif ose
se poser ! Pour te plaire, incaguant la cyphose
et l'asthme et l'emphysème (1) et la goutte et la toux,
moi podagre (2), j'irais gravir le mont Ventoux.
Je ne demande pas, vois-tu bien, que l'on m'aime
d'un véritable amour, je n'exige pas même
que l'on fasse semblant : à moi, vieux roquentin (3),
devenir ton bouffon, ton hochet, ton pantin,
pauvre jouet dont on s'amuse et que l'on casse
voilà tout ce qu'il faut ! Je serai si cocasse !
Je fais des à-peu-près (je les chipe à Willy*)
et, pour te divertir, comme un pitre avili,
je cabriolerai, je ferai des grimaces...
Pourtant, si Dieu voulait, un jour, que tu m'aimasses !
Ecoute ! tu pourras me gifler si tu veux,
me fesser, me tirer le nez et les cheveux,
trouer à coups de pied le fond de ma culotte ;
croquignole et pinçon et nazarde et calotte
de toi j'aimerai tout ! et je dirai : " Merci ! "



(1) maladie des alvéoles pulmonaires
(2) qui est atteint de la goutte aux pieds
(3) vieillard ridicule qui veut faire le jeune homme
* écrivain qui fut le mari de Colette


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Message par andré » lun. 16 févr. 09, 6:53

Jean de La FONTAINE

LES AVOEUX INDISCRETS

Paris, sans pair, n'avait en son enceinte
Rien dont les yeux semblassent si ravis
Que de la belle, aimable et jeune Aminte.
Fille à pourvoir, et des meilleurs partis.
Sa mère encor la tenait sous son aile
Son père avait du comptant et du bien
Faites état qu’il ne lui manquait rien.

Le beau Damon s'étant pique pour elle
Elle reçut les offres de son cœur:
Il fit si bien l'esclave de la belle
Qu'il en devint le maître et le vainqueur:
Bien entendu sous le nom d’hyménée:
Pas ne voudrais qu'on le crût autrement.
L'an révolu ce couple si charmant
Toujours d'accord, de plus en plus s’aimant
(Vous eussiez dit la première journée)
Se promettait la vigne de l’abbé;
Lorsque Damon, sur ce propos tombé
Dit à sa femme: Un point trouble mon âme
Je suis épris d'une si douce flamme
Que je voudrais n'avoir aimé que vous,
Que mon cœur n’eût ressenti que vos coups
Qu'il n’eût logé que votre seule image
Digne, il est vrai, de son premier hommage.

J’ai cependant éprouvé d'autres feux;
JI'en dis ma coulpe, et j'en suis tout honteux.
Il m’en souvient, la nymphe était gentille,
Au fond d'un bois, l'Amour seul avec nous;
Il fit si bien, si mal, me direz-vous,
Que de ce fait il me reste une fille.
Voilà mon sort, dit Aminte à Damon:
J'étais un jour seulette à la maison;
Il me vint voir certain fils de famille,
Bien fait et beau, d’agréable façon;
J'en eus pitié; mon naturel est bon;
Et pour conter tout de fil en aiguille,
Il m'est resté de ce fait un garçon.
Elle eut à peine achevé la parole,
Que du mari l'âme jalouse et folle
Au désespoir s'abandonne aussitôt.
Il sort plein d’ire, il descend tout d'un saut,
Rencontre un bât, se le met, et puis crie:
Je suis bâté. Chacun au bruit accourt,
Les père et mère, et toute la mégnie,
Jusqu'aux voisins. Il dit, pour faire court,
Le beau sujet d'une telle folie.
II ne faut pas que le lecteur oublie
Que les parents d'Aminte, bons bourgeois,
Et qui n'avaient que cette fille unique,
La nourrissaient, et tout son domestique,
Et son époux, sans que, hors cette fois,
Rien eût troublé la paix de leur famille.
La mère donc s'en va trouver sa fille;
Le père suit, laisse sa femme entrer,
Dans le dessein seulement d’écouter.

La porte était entrouverte; il s’approche;
Bref il entend la noise et le reproche
Que fit sa femme à leur fille en ces mots:
Vous avez tort: j'ai vu beaucoup de sots,
Et plus encor de sottes en ma vie;
Mais qu'on pût voir telle indiscrétion,
Qui l'aurait cru ? car enfin, je vous prie,
Qui vous forçait ? quelle obligation
De révéler une chose semblable ?
Plus d'une fille a forligné; le diable
Est bien subtil; bien malins sont les gens.
Non pour cela que l’on soit excusable:
Il nous faudrait toutes dans des couvents
Claquemurer jusques à l’hyménée.
Moi qui vous parle ai même destinée;
J'en garde au cœur un sensible regret.
J'eus trois enfants avant mon mariage
A votre père ai-je dit ce secret ?
En avons-nous fait plus mauvais ménage ?
Ce discours fut à peine proféré,
Que l’écoutant s'en court, et tout outre
Trouve du bât la sangle et se l'attache,
Puis va criant partout: Je suis sanglé.
Chacun en rit, encor que chacun sache
Qu'il a de quoi faire rire à son tour.
Les deux maris vont dans maint carrefour,
Criant, courant, chacun à sa manière,
Bâté le gendre, et sangé' le beau-père.

On doutera de ce dernier point-ci;
Mais il ne faut telles choses mécroire
Et par exemple, écoutez bien ceci.
Quand Roland sut les plaisirs et la gloire
Que dans la grotte avait eus son rival,
D'un coup de poing il tua son cheval.
Pouvait-il pas, traînant la pauvre bête,
Mettre de plus la selle sur son dos ?
Puis s'en aller, tout du haut de sa tête,
Faire crier et redire aux échos:
Je suis bâté', sanglé, car il n'importe,
Tous deux sont bons. Vous voyez de la sorte
Que ceci peut contenir vérité;
Ce n'est assez, cela ne doit suffire;
Il faut aussi montrer l’utilité
De ce récit; je m'en vais vous la dire.
L'heureux Damon me semble un pauvre sire.
Sa confiance eut bientôt tout gâté.
Pour la sottise et la simplicité
De sa moitié, quant à moi, je l'admire.

Se confesser à son propre mari !
Quelle folie ! imprudence est un terme
Faible à mon sens pour exprimer ceci.
Mon discours donc en deux points se renferme.
Le noeud d'hymen doit être respecté,
Veut de la foi, veut de l’honnêteté:
Si par malheur quelque atteinte un peu forte
Le fait clocher d'un ou d'autre côté,
Comportez-vous de manière et de sorte
Que ce secret ne soit point éventé.
Gardez de faire aux égards banqueroute;
Mentir alors est digne de pardon.
Je donne ici de beaux conseils, sans doute:
Les ai-je pris pour moi-même ? hélas ! non.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » mar. 17 févr. 09, 11:30

Tristan L'Hermite (1601 - 1655)

LA NÉGLIGENCE AVANTAGEUSE

Je surpris l'autre jour la Nymphe que j'adore
Ayant sur une jupe un peignoir seulement ;
En la voyant ainsi, l'on eut dit proprement
Qu'il sortait de son lit une nouvelle Aurore.

Ses yeux que le sommeil abandonnait encore,
Ses cheveux autour d'elle errant confusément
Ne lièrent mon coeur que plus étroitement,
Ne firent qu'augmenter le feu qui me dévore.

Amour, si mon Soleil brûle dès le matin,
Je ne puis espérer en mon cruel destin
De voir diminuer l'ardeur qui me tourmente.

Dieux ! quelle est la Beauté qui cause ma langueur ?
Plus elle est negligée et plus elle est charmante,
Plus son poil est épars, plus il presse mon coeur.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » mer. 18 févr. 09, 9:16

Benedict BADDEL

Ah ! si j'étais une fourmi,
Je m'en irais sans plus attendre
Me mettre au travers du treillis,
De ma belle la basse-chambre.

Je vous ferai si bien mon cas,
Qu'après avoir la promenade
Fait tout autour ; dedans son bas
Je lui donnerais une pinçade.

Après cela, incontinent
Qu'elle voudrait de sa main tendre
Cette fourmi tout doucement
Attraper ; je lui ferais prendre

Une fourmi, ô quel plaisir !
Qui à l'autre est bien différente.
Car de celle-ci, pour ne mentir,
La race en est plus excellente.

Elle sait si bien fourmiller,
Chatouiller, trouver sa tanière,
Qu'elle ne veut point sommeiller,
Mais va cherchant sa fourmilière :

Et suis assuré, qu'une fois
Qu'elle l'aurait en main tenue,
Elle voudrait cent mille fois
Sur un jour coucher toute nue.

Elle ne souhaiterait mieux
Que ma fouyrmi bien fourmillante,
Pour aplanir son bas raboteux,
Que toujours dedans fut glissante.

Laisse donc belle ma fourmi
Fourmiller, par ton descendre,
Tu connaîtras que morts et vies
Sont pour conjoint, à toi se rendre.


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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » jeu. 19 févr. 09, 7:45

Jean de La FONTAINE

L’ANNEAU DE HANS CARVEL

Hans Carvel prit sur ses vieux ans
Femme jeune en toute manière ;
Il prit aussi soucis cuisants ;
Car l’un sans l’autre ne va guère.
Babeau (c’est la jeune femelle, Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle
Et propre à l’amoureux combat.
Carvel craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature
Et la Légende, et l’Ecriture,
Et tous les livres les meilleurs :
Blâmait les visites secrètes ;
Frondait l’attirail des coquettes,
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galande
Ne s’arrêtait aucunement ;
Et de sermons n’était friande
A moins qu’ils fussent d’un amant.
Cela faisait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu’y dire,
Eut voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort :
L’histoire en est très véritable.
Une nuit, qu’ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Babeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau,
Qu’il lui disait.. : Je sais la peine
Qui te tourmente, et qui te gène ;
Carvel, j’ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague, et ne la lâches.
Car tandis qu’au doigt tu l’auras,
Ce que tu crains point ne seras,
Point ne seras sans que le saches.
Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel, la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand merci Monsieur l’aumônier
Là-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggraves,
Il se trouva que le bon homme
Avait le doigt ou vous savez.

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Message par andré » ven. 20 févr. 09, 11:11

Marie Alliot Du MAINE

MILLE ET UNE NUITS

De volupté divine, admire o magie du cycle,
Par quel affectif effort tu nous fis apparaître visibles,
La nature sans voile est sue de toute parts,
Sur nos fronts, sous nos pieds l'ouvrir à nos regards,

Dans la suite après chaque victoire,
Sacrifices des libations d'huile et de lait,
Celle-ci en mémoire du temps, gardait
Le sentiment, parce que l'olivier noir,

Fidèle au dieu du jour ne se plaît,
Que plus tendre à ses ami(es),
Secrètement pour vous habiter,
Encore sous la retraite où je vous écris;

Que d'un peuple d'adorateurs
Si les hommages sont flatteurs?
Qui sait mourir mieux qu'une belle?
Qui sait ressusciter mieux qu'elle?
Palpiter, pâlir, tomber, enfin s'évanouir?

Or, qui jamais posséda mieux,
Les équivoques, la magie,
Et le dédale insidieux
De l'adroite amphibologie?

Qui jamais sut avec plus d'art,
Peser la crainte et l'espérance,
Donner double face au hasard,
Au milieu du raisonnement fondé sur l'expérience.

Ou femme au divin comité
Plaide avec la reine des belles;
Car la sagesse et la beauté
Sont rarement d'accord entre elles.

Minerve présente à la fois
Septs sages que la Grèce encense;
Et Vénus met pour contre poids
Les trois grâces de la balance.

Près d'un si séduisant minois,
Vénus va, dans son apanage,
Avoir milles grâce pour trois,
Minerve n'aura plus un sage.

Votre crainte est bien naturelle,
Je soupçonne entre vous un peu d'affinité
Et même de la fraternité
Rassurer l'amitié éternelle.

Après de longs pèlerinages,
Et de longues processions
Combien de dévots personnages,
Auquel ils mordraient les talons.

Sous les lambris doués des célestes portiques,
Vous regretterez quelque fois,
Les danses les concerts rustiques.
Ah! revenez habiter dans nos bois.

Alors s'est une Vénus que l'Amour dans vos yeux,
Brille et s'aperçoive sans peine,
Comme l'on voit l'azur des cieux,
Comme le cristal d'une fontaine.

Ne vous tromperez vous jamais? le serment
Qui sort de vos lèvres vermeilles,
Est aussi doux pour votre amant,
Que le miel de jeunes abeilles.

Mais la séduisante douceur,
D'un aveu dicté par la feinte,
Pour un crédule et tendre coeur,
Est quelque fois plus amère que l'absinthe.

Recevez les pleurs de l'Amour,
Que vos charmes ont fait éclore,
Comme le coeur au point du jour,
Reçoit les larmes de l'aurore.

Cédez, mais à ses voeux ardents,
N'accordez pas tout ce qu'ils osent;
Des plaisirs de votre printemps,
Craint d'éparpiller la "Rose".

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Message par andré » sam. 21 févr. 09, 9:55

Jean Antoine De Baïf

D’UNE JEUNE FUYARDE

Petite pouliche farouche,
Mais pourquoi, de tes yeux pervers
M'aguichant ainsi de travers,
Ne souffres-tu que je te touche ?

Comme une génisse qui mouche
Tu sautelles par les prés verts :
Tu te perds ensemble et me perds,
Ne voulant point que je t'approche.

Ne m'estimes-tu qu'une souche ?
Crois-tu que je ne sache rien ?
Si fait, si fait : je m'entends bien
A mettre le mors en la bouche.

Je sais comme c'est que l'on dresse
La cavale qu'il faut choyer
La domptant sans la rudoyer,
J'en sais la façon et l'adresse.

Je sais manier à passade,
A sauts, à courbettes, à bond,
A toutes mains, en long, en rond,
Et ne craindrais point les ruades.

Arrête, pouliche farouche !
Modère ta course et ton coeur ;
Apprends si je suis bon piqueur*,
Et prends le mors dedans ta bouche.

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Message par andré » dim. 22 févr. 09, 12:41

Marc Papillon de LASPHRISE

Quand viendra l'heureux jour que je sacrifirai
Mon corps sur votre autel que saint DESIR dédie,
Que j'épendrai mon sang en mémoire infinie
D'avoir par une erreur si longtemps soupiré ?

Quand viendra l'heureux jour que je vous offrirai
Un bénit cierge ardent avec cérémonie,
Etant à deux genoux près de vous accomplie,
Afin d'avoir pitié de mon coeur martyrisé ?

Hé ! quand serai-je orné dans votre sacré temple,
Servant vos déités que dévot je contemple ?
Quand accepterez-vous ma chère oblation*,

Pour fidèle témoin de mes peines souffertes ?
Mais quand en recevant mes divines offertes
Aurai-je de vos mains la bénédiction ?

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Message par andré » lun. 23 févr. 09, 10:54

Jean de La FONTAINE

NICAISE

Un apprenti marchand était,
Qu 'avec droit Nicaise on nommait;
Garçon très neuf, hors sa boutique,
Et quelque peu d'arithmétique;
Garçon novice dans les tours
Qui se pratiquent en amours.

Bons bourgeois du temps de nos pères
S'avisaient tard d'être bons frères.
Ils n'apprenaient cette leçon
Qu'ayant de la barbe au menton.
Ceux d'aujourd'hui, sans qu'on les flatte,
Ont soin de s'y rendre savants
Aussitôt que les autres gens.

Le jouvenceau de vieille date,
Possible un peu moins avancé
Par les degrés n'avait passé.
Quoi qu'il en soit le pauvre sire
En très beau chemin demeura,
Se trouvant court par celui-là
C'est par l'esprit que je veux dire.
Une belle pourtant l'aima:
C'était la fille de son maître
Fille aimable autant qu'on peut l'être,
Et ne tournant autour du pot
Soit par humeur franche et sincère;
Soit qu'il fût force d'ainsi faire,
Etant tombée aux mains d'un sot.
Quelqu'un de trop de hardiesse
Ira la taxer, et moi non:
Tels procédés ont leur raison.

Lorsque l'on aime une déesse,
Elle fait ces avances-là:
Notre belle savait cela.
Son esprit, ses traits, sa richesse,
Engageaient beaucoup de jeunesse
A sa recherche: heureux serait
Celui d'entre eux qui cueillerait
En nom d'hymen certaine chose,
Qu'a meilleur titre elle promit
Au Jouvenceau ci-dessus dit.
Certain dieu parfois en dispose,
Amour nomme communément.
Il plût à la belle d'élire
Pour ce point l'apprenti marchand.
Bien est vrai (car il faut tout dire)
Qu'il était très bien fait de corps
Beau, jeune, et frais; ce sont trésors
Que ne méprise aucune dame
Tant soit son esprit précieux.

Pour une qu'Amour prend par l'âme
Il en prend mille par les yeux.
Celle-ci donc des plus galantes,
Par mille choses engageantes
Tâchait d'encourager le gars,
N'était chiche de ses regards
Le pinçait, lui venait sourire,
Sur les yeux lui mettait la main
Sur le pied lui marchait enfin.
A ce langage il ne sut dire
Autre chose que des soupirs,
Interprètes de ses désirs.
Tant fut, à ce que dit l'histoire,
De part et d'autre soupiré,
Que leur feu dûment déclaré,
Les jeunes gens, comme on peut croire,
Ne s'épargnèrent ni serments,
Ni d'autres points bien plus charmants;
Comme baisers à grosse usure;
Le tout sans compte et sans mesure.
Calculateur que fut l'amant,
Brouiller fallait incessamment:
La chose était tant infinie
Qu'il y faisait toujours abus:
Somme toute, il n'y manquait plus
Qu'une seule cérémonie.

Bon fait aux filles l'épargner.
Ce ne fut pas sans témoigner
Bien du regret, bien de l'envie
Par vous, disait la belle amie,
Je me la veux faire enseigner,
Où ne la savoir de ma vie.
Je la saurai, je vous promets;
Tenez-vous certain désormais
De m'avoir pour votre apprentie.
Je ne puis pour vous que ce point.
Je suis franche; n'attendez point
Que par un langage ordinaire
Je vous promette de me faire
Religieuse, à moins qu'un jour
L'hymen ne suive notre amour.

Cet hymen serait bien mon compte
N'en doutez point; mais le moyen ?
Vous m'aimez trop pour vouloir rien
Qui me pût causer de la honte
Tels et tels m'ont fait demander.
Mon père est prêt de m'accorder.
Moi je vous permets d'espérer
Qu'à qui que ce soit qu'on m'engage,
Soit conseiller, soit président,
Soit veille où jour de mariage
Je serai vôtre auparavant,
Et vous aurez mon pucelage.

Le garçon la remercia
Comme il put. A huit jours de là
Il s'offre un parti d'importance.
La belle dit à son ami:
Tenons-nous-en à celui-ci;
Car il est homme, que je pense,
A passer la chose au gros sas ".
La belle en étant sur ce cas,
On la promet, on la commence
Le jour des noces se tient prêt.
Entendez ceci, s'il vous plaît.
Je pense voir votre pensée
Sur ce mot-là de commencée.
C'était alors sans point d' abus
Fille promise et rien de plus.
Huit jours donnés à la fiancée,
Comme elle appréhendait encor
Quelque rupture en cet accord,
Elle diffère le négoce
Jusqu'au propre jour de la noce;
De peur de certain accident
Qui les fillettes va perdant.
On mène au moutier cependant
Notre galande encor pucelle.
Le oui fut dit à la chandelle.
L'époux voulut avec la belle
S'en aller coucher au retour.
Elle demande encor ce jour,
Et ne l'obtient qu'avecque peine.
Il fallut pourtant y passer.
Comme l'aurore était prochaine,
L'épouse au lieu de se coucher
S'habille. On eût dit une reine,
Rien ne manquait aux vêtements,
Perles, joyaux, et diamants;
Son épousé la faisait dame.
Son ami pour la faire femme
Prend heure avec elle au matin.
Ils devaient aller au jardin,
Dans un bois propre à telle affaire.

Une compagne y devait faire
Le guet autour de nos amants,
Compagne instruite du mystère.
La belle s'y rend la première,
Sous le prétexte d'aller faire
Un bouquet, dit-elle à ses gens.
Nicaise après quelques moments
La va trouver: et le bon sire
Voyant le lieu se met à dire:
Qu'il fait ici d'humidité !
Foin, votre habit sera gâté.
Il est beau: ce serait dommage.
Souffrez sans tarder davantage
Que j'aille quérir un tapis.
Eh mon Dieu laissons les habits;
Dit la belle toute piquée.
Je dirai que je suis tombée.
Pour la perte, n'y songez point:
Quand on a temps si fort à point
Il en faut user; et périssent
Tous les vêtements du pays;
Que plutôt tous les beaux habits
Soient gâtés, et qu'ils se salissent
Que d'aller ainsi consumer
Un quart d'heure: un quart d'heure est cher
Tandis que tous les gens agissent
Pour ma noce, il ne tient qu'à vous
D'employer des moments si doux.

Ce que je dis ne me sied guère:
Mais je vous chéris; et vous veux
Rendre honnête homme si je peux
En vérité, dit l'amoureux
Conserver étoffe si chère
Ne sera point mal fait à nous.
Je cours; c'est fait; je suis à vous;
Deux minutes feront l'affaire.
Là-dessus il part sans laisser
Le temps de lui rien répliquer.
Sa sottise guérit la dame:
Un tel dédain lui vint en l'âme,
Qu'elle reprit dès ce moment
Son coeur que trop indignement
Elle avait place: quelle honte !
Prince des sots, dit-elle en soi,
Va, je n'ai nul regret de roi:
Tout autre eût été mieux mon compte.
Mon bon ange a considéré
Que tu n'avais pas mérité
Une faveur si précieuse.
Je ne veux plus être amoureuse
Que de mon mari, j'en fais voeu.
Et de peur qu'un reste de feu
A le trahir ne me rengage,
Je vais sans tarder davantage
Lui porter un bien qu'il aurait,
Quand Nicaise en son lieu serait.
A ces mots, la pauvre épousée
Sort du bois, fort scandalisée.

L'autre revient, et son tapis:
Mais ce n'est plus comme jadis.
Amants, la bonne heure ne sonne
A toutes les heures du jour.
J'ai lu dans l'Alphabet d'Amour,
Qu'un galant près d'une personne
N'a toujours le temps comme il veut:
Qu'il le prenne donc comme il peut.
Tous délais y font du dommage:
Nicaise en est un témoignage.
Fort essoufflé d'avoir couru,
Et joyeux de telle prouesse,
Il s'en revient bien résolu
D'employer tapis et maîtresse.
Mais quoi, la dame au bel habit
Mordant ses lèvres de dépit
Retournait voir la compagnie;
Et de sa flamme bien guérie,
Possible allait dans ce moment,
Pour se venger de son amant,
Porter à son mari la chose
Qui lui causait ce dépit-là.
Quelle chose ? c'est celle-là
Que fille dit toujours qu'elle a.
Je te crois, mais d'en mettre jà
Mon doigt au feu, ma foi je n'ose:
Ce que je sais, c est qu'en tel cas
Fille qui ment ne pêche pas
Grâce à Nicaise notre belle
Ayant sa fleur en dépit d'elle
S'en retournait tout en grondant:
Quand Nicaise, la rencontrant
A quoi tient, dit-il à la dame,
Que vous ne m'ayez attendu ?
Sur ce tapis bien étendu
Vous seriez en peu d'heure femme.
Retournons donc sans consulter:
Venez cesser d'être pucelle;
Puisque je puis sans rien gâter
Vous témoigner quel est mon zèle
Non pas cela, reprit la belle
Mon pucelage dit qu'il faut
Remettre l'affaire à tantôt.

J'aime votre santé, Nicaise;
Et vous conseille auparavant
De reprendre un peu votre vent.
Or respirez tout à votre aise.
Vous êtes apprenti marchand;
Faites-vous apprenti galant:
Vous n'y serez pas si tôt maître
A mon égard, je ne puis être
Votre maîtresse en ce métier.
Sire Nicaise, il vous faut prendre
Quelque servante du quartier
Vous savez des étoffes vendre,
Et leur prix en perfection;
Mais ce que vaut l'occasion,
Vous l'ignorez, allez l'apprendre.

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » mar. 24 févr. 09, 12:12

Théodore De BANVILLE

SONGE D’HIVER

O don Juans, bien longtemps, artistes de la vie,
Affamés d'idéal, vous aviez tous cherché
L'amante au coeur divin, sans cesse poursuivie.

Et toujours son front pur, dans la brume caché,
S'était enfui devant l'éclair de vos prunelles,
Comme un rapide oiseau s'envole, effarouché.

Reines montrant l'orgueil des pourpres éternelles,
Courtisanes de marbre aux regards embrasés,
Fillettes de seize ans riant sous les tonnelles,

Vous aviez tour à tour meurtri de vos baisers
Tout ce qui porte un nom de princesse ou de femme,
Sans que vos longs tourments en fussent apaisés.

Bourreaux charmants et doux, héros d'un sombre drame,
Au-dessus de vos fronts des spectres convulsifs
Avaient gémi toujours comme le vent qui brame;

Cependant, effleurant avec vos doigts pensifs
Les lys délicieux que le zéphyr adore,
Et serrant sans repos entre vos bras lascifs

Mille vierges enfants que la beauté décore
Et qui cachent l'extase en leurs seins palpitants,
Toujours vous aviez dit: Ce n'est pas elle encore!

Et vous, pâles Vénus! longtemps, oh! bien longtemps,
Même pour des mortels, sur vos lits de Déesses
Vous aviez dénoué vos beaux cheveux flottants

Et, comme un flot, versé leurs superbes ivresses,
Mais sans jamais, hélas! pouvoir trouver celui
Dont votre ardente soif implorait les caresses.

Et toujours emportant votre sauvage ennui,
O victimes du dieu qui de nos maux se joue,
A travers les chemins longtemps vous aviez fui,

Tremblantes sous le fouet horrible que secoue
Le vieux titan Désir, tyran de l'univers,
Et dont le vent cruel souffletait votre joue!

Mais, ô don Juans, et vous, blanches filles des mers,
Sous les feux merveilleux du lustre qui flamboie,
Après tant de travaux et de regrets amers,

Vous savouriez enfin le repos et la joie.

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par Albafika » mar. 24 févr. 09, 13:23

andré a écrit :Tremblantes sous le fouet horrible
eh bien eh bien :yep2:

sinon sérieusement, il est sympathique celui-ci^^

Je pense que ce côté un peu suranné de l'écriture, par rapport à l'époque actuelle, n'est pas sans donner du charme et un certain romantisme à ce thème de la poésie amoureuse qui a passionné tant de poètes, jusqu'à Aragon mis ensuite en musique par Léo Ferré ou Georges Brassens. Ce type de poésie est là pour nous rappeler que si les mots ont changé, le thème ne s'essouffle pas, et qu'il est bien l'héritier de plus de mille ans de poésie amoureuse. Le ton y est certes parfois plus fiévreux, haletant, mais il colore (et colorera sans doute à jamais) notre vieux refrain poétique inusable de l'Amour.

Toute ma gratitude pour cette appréciation.

CARPE DIEM

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » mer. 25 févr. 09, 11:32

Théophile GAUTIER

LE POÈME DE LA FEMME

Un jour, au doux rêveur qui l'aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poème,
Le poème de son beau corps.

D'abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d'infante
Un flot de velours nacarat :

Telle qu'au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d'artiste,
Laissant tomber l'épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l'épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s'abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléomène,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d'eau,
Grains laiteux qu'un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d'art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C'est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l'admire
Avec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l'autre replié.

Et comme l'odalisque d'Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l'amour !

Sa tête penche et se renverse
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d'argent bruni,
Et l'on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l'infini.

D'un linceul de point d'Angleterre
Que l'on recouvre sa beauté :
L'extase l'a prise à la terre ;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.

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