Petits poèmes érotiques.

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Message par andré » sam. 06 janv. 07, 19:55

Merci TOMASSO d'avoir posté ce beau poème délicieusement érotique de Claude NOUGARO. Il a, en effet, tout sa place, dans ce forum. Je te suis infiniment reconnaissant de ta participation à FRANCOPHONIA.

PS - J'ai (enfin) répondu dans le topic sur l'ÉCOLE DE POÉSIE, à ton sonnet. J'espère que ces quelques petits conseils te seront utiles. Je reste, bien entendu, à ta disposition, pour toute question concernant le sujet.

Excellente fin de soirée mon cher Ami.

CARPE DIEM

ANDRÉ
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Message par andré » ven. 12 janv. 07, 11:36

Princesse de CONTI (1574 - 1631)

Hormis ses "mauvaises moeurs", Louise-Marguerite fut certainement la plus aimable ainsi que l'une des plus spirituelles et des plus considérables femmes de son époque. Elle aima passionnément... l'amour. Mais au fait, c'est quoi, les mauvaises moeurs pour une femme ? Certainement celles que les hommes trouvent bonnes !

STANCES

J’aime bien ces portraits au blanc d’une muraille,
Dont seulement l’objet émeut nos appétits,
Mais je ris de ces fous, ô la grande canaille,
Qui les peignent si grands et les ont si petits.

Ils veulent par l’objet d’une feinte peinture
Faire courre après eux, mais ils en sont bien loin.
Nos cons ne suivent pas de façon la nature :
Ils ne vont pas au lièvre, ils sont oiseaux de poing.

Quelque faim qui les presse, en leur humeur gourmande
L’oiseau n’est pas niais, il connaît son gibier.
Il faut qu’il voie un poing bien garni de viande,
Si l’on veut qu’il s’abatte et rende familier.

Les cons et les vautours ont cette ressemblance,
Qu’ils se paissent de cru, et au vif ils vont tous ;
Ensemble leur nature a cette différence,
Que l’un fond sur la proie, et l’autre fond dessous.




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Message par andré » lun. 15 janv. 07, 12:41

Théodore HANNON (1851 -1916) est l’un des poètes lesbiens de l’œuvre libertine du XIXe siècle.

Ici le locuteur-poète jalouse la mer et la Nature qui entraînent la baigneuse progressivement en toute sensualité vers le gouffre de la petite mort, ici une noyade qui rappelle le saut de Leucade. « Puis la mer enfin t’engloutit ». La mer n’est autre qu’une amante, qu’un amour aux pouvoirs entre Eros et Thanatos, autant maléfiques que guérisseurs. « La vague aux lesbiennes ivresses » convoque « un baiser de Sapho géante ».

Théodore HANNON

JALOUX

Eh ! oui, jaloux ! je suis jaloux,
Ce que l’on peut appeler comme
Une kyrielle de loups,
Mais ce n’est pas certes d’un homme
Car je suis jaloux de la mer !
De la vaste mer amoureuse
Dont le flot qu’on prétend amer
Possède une âme langoureuse…
A l’ombre des cabines, près
De l’eau verte qui te flagelle,
Et plus morose qu’un cyprès
Sous le vent du Nord qui me gèle,
O ma baigneuse, j’admirais
Ton corps si beau dans son costume,
Que le flot où tu te mirais
Croyant à la Vénus posthume,
Vint lécher, lui, le flot altier,
Tes pieds que tu recroquevilles
Et river, galant bijoutier,
De clairs anneaux à tes chevilles.
Ensuite, à ton mollet cambré
Voulant nouer sa jarretière ,
Il trama sur le derme ambré
Un maillot pour la cuisse altière.
Prodiguant son baiser salin,
Et sans pitié de nos tortures,
Toujours montant, le flot câlin
Te mit aux hanches des ceintures.
Or, soudain commença l’assaut
De ta poitrine demi-nue ;
La vague écumante, d’un saut,
Bondit de la croupe charnue
Et resta surprise devant
Le flot de ta gorge qu’azure
Un fin réseau ; lors, me bravant,
L’audacieuse prit mesure
Pour un corset… Tes seins jaseurs
Interrompirent leurs harangues
En voyant ces étranges sœurs
Les darder de leurs mille langues.
Plus indiscret qu’un amant,
La vague aux lesbiennes ivresses
T’enveloppait étonnamment
De ses infécondes caresses…
Puis la mer enfin t’engloutit
Enamourée, âpre, béante ,
Te roulant pâmée en son lit
D'un baiser de Sapho géante.

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Message par andré » jeu. 18 janv. 07, 20:00

Gabriel VICAIRE (1848 - 1900)

VISITE APRES BOIRE

J'ai défoncé d'un coup de poing
Un caquillon de vieux gravelle.
Un rayon d'or en ma cervelle
S'est introduit, je suis à point.

Devant l'armoire aux confitures
Ma table s'est mise à valser ;
Mon lit demande à m'embrasser.
Seigneur Jésus, que d'aventures !

Et les bouteilles au long cou
Me contemplent d'un air si tendre !
Je ne me lasse pas d'entendre
Les cascades de mon coucou.

Ma foi, tant mieux ! Vive la joie !
Et je souris béatement.
Vous croiriez voir un garnement
Qui s'attable en face d'une oie.

D'un rayon d'or je suis féru.
Je ris, je ris ; j'en deviens bête.
Et voilà qu'en tournant la tête,
Quelque chose m'est apparu.

C'est comme un bateau qui chavire,
Comme un prunier qui va branlant,
C'est rose et bleu, c'est noir, c'est blanc,
Ça tourne, tourne, et vire, vire.

"Turlututu, chapeau pointu,
Rassure-toi, fait la donzelle.
Comme toi je suis demoiselle ;
Je n'en veux pas à ta vertu.

Je suis la muse peu sévère
Que nos vieux pères aimaient tant,
La muse qui laisse, en chantant,
Tomber des roses dans son verre...

Aujourd'hui, quel monde assommant !
Plus de jeunesse ! on parle en prose.
Le chardon vient après la rose ;
Après le bal, l'enterrement.

Le rire plein, large et sonore,
Le franc rire de nos aïeux ;
Ne s'envole plus vers les cieux ;
C'est à jurer qu'il déshonore !

Et le bon vin qui fait loucher,
Le vin gaillard, fils de nos vignes,
Où sont les vaillants qui soient dignes
Ah ! seulement d'en approcher ?

Tandis qu'en mon verre il rougeoie,
Plus d'un se râpe le palais
Avec l'ale ou le gin anglais.
Ils ont l'ivresse, non la joie.

D'aucuns, en pays allemand,
Vont se griser de lourde bière
Autant vaudrait se mettre en bière
Pour attendre le jugement.

D'autres, que Dieu les récompense,
Boivent dans un pot à pisser
Quelque chose qu'on voit mousser ;
Le coeur me lève quand j'y pense.

" Fi, pouah, pouah ! Les vilains goulus !
Le diable soit de leur bourrache ! "
Et la voilà qui tousse et crache :
" Les pauvres gens ! n'en parlons plus. "

" Je voudrais, dis je, belle brune,
Vous offrir un peu de vin blanc.
Les bouteilles sont sur le flanc,
Hélas ! il n'en reste pas une ! "

" Belle dame, excusez du peu !
Et que de grâces à vous rendre !
Mais, dites-moi, ne peut-on prendre
Un baiser... pour l'amour de Dieu ? "

Là-dessus, tout plein de cautèle,
Je m'approche. Mais en riant :
" Ah ! fi, fi. Le petit friand !
C'est qu'il aime la bagatelle !

Plus tard, plus tard, gros étourdi ;
Fais d'abord ton apprentissage.
A bas les mains ! Voyons, sois sage !
Nous verrons ça l'autre mardi. "

Et tout à coup, par la croisée,
La belle s'enfuit prestement.
C'est un vrai tour d'enchantement ;
Psit, psit ! Plus rien : une fusée !

J'ai beau m'écarquiller les yeux,
Rassembler mes pauvres idées.
Rien que les bouteilles vidées
Qui s'affalent à qui mieux mieux.

Et je l'avais là tout à l'heure,
Et son sourire était si frais !
Ah ! pour deux sous je pleurerais
Si je savais comment on pleure.

Amour, gaieté, tout est fourbu,
Et maintenant, ma foi, j'hésite.
Est-ce bien vrai, cette visite ?
Qui peut savoir ? j'avais tant bu.


in A la bonne franquette (1892)




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Message par andré » lun. 22 janv. 07, 16:18

Victor HUGO

AMIS, VIVE L'ORGIE !

Amis, vive, vive l'orgie !
J'aime la folle nuit
Et la nappe et la nappe rougie
Et les chants et le bruit,
Les dames peu sévères,
Les cavaliers joyeux,
Le vin dans tous les verres,
L'amour l'amour dans tous les yeux !

La tombe est noire,
Les ans sont courts,
Il faut, sans croire
Aux sots discours,
Très souvent boire,
Aimer toujours !

Dans la douce Italie,
Qu'éclaire un si doux ciel,
Tout est joie et folie,
Tout est nectar et miel.

Ayons donc à nos fêtes
Les fleurs et les beautés,
La rose sur nos têtes,
La femme à nos côtés !
__________________

Victor HUGO

CHOSES ÉCRITES À CRÉTEIL.

Sachez qu' hier, de ma lucarne,
J' ai vu, j' ai couvert de clins d' yeux
Une fille qui dans la Marne
Lavait des torchons radieux.

Près d' un vieux pont, dans les saulées,
Elle lavait, allait, venait ;
L' aube et la brise étaient mêlées
À la grâce de son bonnet.

Je la voyais de loin. Sa mante
L' entourait de plis palpitants.
Aux folles broussailles qu' augmente
L' intempérance du printemps,

Aux buissons que le vent soulève,
Que juin et mai, frais barbouilleurs,
Foulant la cuve de la sève,
Couvrent d' une écume de fleurs,

Aux sureaux pleins de mouches sombres,
Aux genêts du bord, tous divers,
Aux joncs échevelant leurs ombres
Dans la lumière des flots verts,

Elle accrochait des loques blanches,
Je ne sais quels haillons charmants
Qui me jetaient, parmi les branches,
De profonds éblouissements.

Ces nippes, dans l' aube dorée,
Semblaient, sous l' aulne et le bouleau,
Les blancs cygnes de Cythérée
Battant de l' aile au bord de l' eau.

Des cupidons, fraîche couvée,
Me montraient son pied fait au tour ;
Sa jupe semblait relevée
Par le petit doigt de l' amour.

On voyait, je vous le déclare,
Un peu plus haut que le genou.
Sous un pampre un vieux faune hilare
Murmurait tout bas : casse-cou !

Je quittai ma chambre d' auberge,
En souriant comme un bandit ;
Et je descendis sur la berge
Qu' une herbe, glissante, verdit.

Je pris un air incendiaire,
Je m' adossai contre un pilier,
Et je lui dis : -" ô lavandière !
(Blanchisseuse étant familier)

«L' oiseau gazouille, l' agneau bêle,
Gloire à ce rivage écarté !
Lavandière, vous êtes belle.
Votre rire est de la clarté.

«Je suis capable de faiblesses.
Ô lavandière, quel beau jour !
Les fauvettes sont des drôlesses
Qui chantent des chansons d' amour.

«Voilà six mille ans que les roses
Conseillent, en se prodiguant,
L' amour aux coeurs les plus moroses.
Avril est un vieil intrigant.

«Les rois sont ceux qu' adorent celles
Qui sont charmantes comme vous ;
La Marne est pleine d' étincelles ;
Femme, le ciel immense est doux.
«Ô laveuse à la taille mince,

Qui vous aime est dans un palais.
Si vous vouliez, je serais prince ;
Je serais dieu, si tu voulais. » -
La blanchisseuse, gaie et tendre,

Sourit, et, dans le hameau noir,
Sa mère au loin cessa d' entendre
Le bruit vertueux du battoir.

Les vieillards grondent et reprochent,
Mais, ô jeunesse ! Il faut oser.
Deux sourires qui se rapprochent
Finissent par faire un baiser.

Je m' arrête. L' idylle est douce,
Mais ne veut pas, je vous le dis,
Qu' au delà du baiser on pousse
La peinture du paradis.


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Message par andré » mar. 13 févr. 07, 18:27

Théodore Hannon est né à Iselles (Belgique), en 1851. Il fut peintre, poète et auteur dramatique. Il est décédé en 1916

Ce poème est extrait du recueil Rimes de Joie (1882) Hannon se réclame de Baudelaire, de Gautier et de Banville pour la forme, mais veut couler une inspiration moderne dans le moule parnassien. Hannon exprime la beauté sulfureuse de la femme moderne, les artifices de la parure, les envoûtements des fards et des parfums, le luxe maladif des boudoirs aux lourdes odeurs exotiques de musc, de patchouli, d'opoponax. Raffinements qu'il aime pimenter d'érotisme.


Théodore HANNON

DUETTINO (1884)

Les nuages faisaient le gros dos dans le ciel.
Par l'air pesant flottaient des effluves d'orage.
Je restai sur ma chaise, affalé, sans courage,
Troublé, rêvant à quelque Éden artificiel.

De ma fenêtre alors j'aperçus ma voisine,
Ce fruit vert interdit à ma lubricité,
Comme moi sous le coup de l'électricité,
Sans doute, - car sa main s'égarait, enfantine.

Au jupon retroussé sur un ventre ivoirin :
Son clitoris braquait sous l'impalpable crin
Le médian branleur humecté de salive.

Au bordel le plus proche, éperdu, je m'encours
Et revins dès que j'eus dégorgé mes olives,
La vierge aux doigts vaillants se tisonnait toujours !

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Message par andré » sam. 17 févr. 07, 12:13

Notre cher fabuliste Jean de La FONTAINE n'a pas écrit que les gentilles fables moralistes que nous lui connaissons et dont nous avons tous récité les plus connues d'entre elles. Ce poème ne figure pas dans les ouvrages destinés à nos chères têtes blondes qui doivent être loin de se douter que le poète ne dédaignait pas, à l'occasion, s'évader de ses animaux préférés pour écrire sur des sujets plus lubriques et polissons :

ÉPIGRAMME

Aimons, Foutons, ce sont plaisirs
Qu'il ne faut pas que l'on sépare ;
La jouissance et les désirs
Sont ce que l'âme a de plus rare.
D'un Vit, d'un Con, et de deux coeurs,
Naît un accord plein de douceurs,
Que les dévots blâment sans cause.
Amarillis, pensez-y bien :
Aimer sans Foutre est peu de chose,
Foutre sans aimer ce n'est rien.

Jean de La FONTAINE (1650)
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Message par andré » jeu. 22 févr. 07, 12:07



Alexis LÉGER de son vrai non. ( Saint-John PERSE )

LA JEUNE HÔTESSE

Voulez-vous que je vous loge ?
Venez gentils voyageurs :
Je puis vous dire sans éloge
Que mon gîte est des meilleurs.
Du plus exigeant je brave
L’examen sans nul effroi :
Du grenier jusqu’à la cave
Tout est bien garni chez moi.

Qui veut une demeure
La mienne a mille agrémens
On peut trouver à toute heure
Deux jolis appartemens.
Veut-on avoir de la marge ?
Veut-on un petit endroit ?
Au premier on est au large,
Au second plus à l’étroit.

Pour contenter tout le monde
On ne doit rien épargner ;
Aussi quand la foule abonde
J’ai l’art de me retourner ;
En hôtesse hospitalière,
L’on me voit assez souvent
Me mettre sur le derrière
Quand quelqu’un veut le devant.
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Message par andré » ven. 23 févr. 07, 16:18

Robert Angot L'ÉPERONNÈRE (1581- 1640)

ÉCHANGE D'AMOUR

Monsieur au-dessus de Madame,
Fourbissait la servante un jour,
Elle éprise de même flamme,
Lui rend au double son retour.
L'un va l'amble en cette partie,
L'autre galop en ce métier,
Comme un courtaud d'académie,
Sous les fesses d'un écuyer
Ce ne sont rien de part et d'autre,
Que cous de bricole et de trou,
Chacun sur le lit se vautre,
Comme un verrat dans une soue
Eh bien, Monsieur, dit la servante,
Que trouvez-vous par cette foi,
Qui de nous est la plus savante
Ou de Madame ou bien de moi ?
Par Dieu je confesse Isabelle,
Que c'est toi, sans t'aller flattant,
Monsieur je vous crois bien, dit-elle,
Un chacun m'en dit tout autant.

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Message par andré » mar. 27 févr. 07, 11:47

Lucie DELARUE-MARDRUS (1880-1945)

Lucie DELARUE-MARDRUS était une femme d'une grande beauté.totalement libérée pour son époque. Elle fut l'amante d'Impéria DE HEREDIA, de Natalie BARNEYet de Germaine DE CASTRO.

Entre 1902 et 1905, cette femme poète à la plume facile et inspirée, écrivit de nombreux poèmes lesbiens retraçant sa liaison avec, notamment, Natalie Clifford BARNAY. Cette dernière les fit éditer en 1951 aux éditions "Les Isles" dans un recueil intitulé : " Nos secrètes amours."
SI TU VIENS...

Si tu viens, je prendrai tes lèvres dès la porte,
Nous irons sans parler dans l'ombre et les coussins,
Je t'y ferai tomber, longue comme une morte,
Et, passionnément, je chercherai tes seins.

À travers ton bouquet de corsage, ma bouche
Prendra leur pointe nue et rose entre deux fleurs,
Et t'écoutant gémir du baiser qui les touche,
Je te désirerai, jusqu'aux pleurs, jusqu'aux pleurs !

- Or, les lèvres au sein, je veux que ma main droite
Fasse vibrer ton corps - instrument sans défaut -
Que tout l'art de l'Amour inspiré de Sapho
Exalte cette chair sensible intime et moite.

Mais quand le difficile et terrible plaisir
Te cambrera, livrée, éperdument ouverte,
Puissé-je retenir l'élan fou du désir
Qui crispera mes doigts contre ton col inerte !
____________________


Lucie DELARUE-MARDRUS

FURIEUSEMENT

Je veux te prendre, toi que je tiens haletante
Contre mes seins, les yeux de noirs de consentement ;
Je veux te posséder comme un amant,
Je veux te prendre jusqu'au coeur !...Je veux te prendre !...

Ah ! rouler ma nudité sur ta nudité,
Te fixer, te dévorer les yeux jusqu'à l'âme,
Te vouloir, te vouloir !... Et n'être qu'une femme
Sur le bord défendu de la félicité !...

Et m'assouvir d'une possession ingrate
Qui voudrait te combler, t'atteindre, t'éventrer,
Et qui n'est rien qu'un geste vain d'ongle fardé
Fouillant de loin ta chair profonde et délicate !...
____________________


ÉNERVEMENTS

Corps à corps…Nos désirs brûlent, nos bouches s’offrent,
Mais nous ne voulons pas sentir toute le joie.

Seins contre seins à travers les étoffes,
Viens! Gardons entre nous ces laines de soies.

Tes yeux fuient mon regard; ta tête se dérobe;
Nos mains rôdent le long des robes.

Respirons de tout près l’âme de ce baiser
Que nous ne voulons pas, ce soir, réaliser.

Sens-tu comme nos genoux tremblent ?
Ah! ce désir des hanches amoureuses !

Ah! céder!... Défaillir ensemble!...Mourir!...Prendre!...
-Cherchons nos doigts; tâchons d’unir nos paumes creuses.

Des profondeurs en nous grandissent, inconnues:
Etreignons-nous au moins de toutes nos mains nues.

Ma bouche sent déjà la forme de ta bouche:
Mais nous reculerons avant qu’elles se touchent,

Pour que nos sens cabrés souffrent l’ardente joie
De s’être en sanglotant, arrachés de leur proie !
____________________
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Message par andré » ven. 02 mars 07, 19:14

Germain NOUVEAU (1851-1920)


À L'ÉGLISE

Elle était à genoux et montrait son derrière
Dans le recueillement profond de la prière.
Pour le mieux contempler j'approchai de son banc:
Sous la jupe levée il me sembla si blanc
Que dans le temple vide où nulle ombre importune
N'apparaissait au loin par le bleu clair de lune,
Sans troubler sa ferveur je me fis son amant.

Elle priait toujours. Je perçus vaguement
Qu'elle bénissait Dieu dans le doux crépuscule.
Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule.

:mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
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Message par andré » mar. 06 mars 07, 11:31

Théophile GAUTIER

L'ÉPOUSEUR DE FAMILLE.

Fuit la fille
Qui n’a pour dot qu’un cu
Sans écu.
Aussi, quoique jolie,
Azélie
Se trouve vierge encor
Faute d’or.
Le désir la picote
Sous sa cotte,
Et souvent elle doit
Mettre un doigt
Qui longtemps y repose
Sur sa rose.
Le dard raide et fumant
D’un amant
Ferait mieux son affaire,
Mais que faire
Quand on est seule au lit
Et qu’on lit
Un roman érotique,
Spermatique,
Qui fait rentrer le bras
Sous les draps ?
La main partout lutine,
Libertine,
Agace le bouton
Du téton
Qui, sentant la caresse,
Se redresse,
Passe au ventre poli
Sans un pli,
Tâte les fesses, rondes
Mappemondes,
Entr’ouvre les poils longs,
Bruns ou blonds,
Et glisse triomphante
Dans la fente
Où, sous son capuchon
Folichon,
Le clitoris s’abrite,
Rose ermite.
L’index frotte d’abord
Sur le bord
La coquille rosée,
Arrosée
Du liquide élixir
Du désir ;
Cherche le point sensible
De la cible.
Et trouvant le ressort
Bande fort,
Fait jaillir Aphrodite
Interdite
D’avoir joué ce tour
A l’Amour.
D’autres fois, plus lubrique,
Elle s’applique
En long son traversin
Sur son sein ;
Dans ses cuisses l’enferme,
Fort et ferme,
L’étreint comme un amant
Puissamment,
Lève les reins et frotte
À sa motte
Le molasse phallus
Tant et plus.
Ce sac de plume d’oie
Qui se ploie
Représente assez mal
L’idéal.
Pourtant la pose est digne
Du beau cygne
Qui, chez les Grecs, banda
Pour Léda.
Hélas ! sur la mortelle
Aucune aile
Des cieux en frémissant
Ne descend.
Aucun dieu de l’Olympe
Ne la grimpe !
Les dieux, chauds autrefois,
Sont très froids.
La jouissance arrive
Convulsive,
Tachant d’un jet subtil
Le coutil.
Dans la petite coupe
Une soupe,
Où manque le bouillon
Du couillon,
Par Vénus attrapée
Est trempée ;
Et l’amour autre part
Met son dard !

Moralité :

Ma fille, sois ardente,
Mais prudente,
Et sentant l’oreiller
Se plier
Tout au bas de ton ventre
Où rien n’entre,
Ne va pas pour jouir
Enfouir
Dans ta fleur élargie
Ta bougie.
Bientôt le chandelier
Tout entier
Suivrait, sans la bobèche
Qui l’empêche.
Au fond du temple étroit
Que le doigt
Respecte la membrane
Diaphane,
Dont passera l’hymen
L’examen.

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Message par andré » mer. 07 mars 07, 19:41

Marc-Antoine DePAPILLON (1597-1599)



ÇA, JE VEUX FOURNILLER

Ça, je veux fourniller en ton joli fourneau;
Car j'ai de quoi éteindre et allumer la flamme,
Je vous veux chatouiller jusqu'au profond de l'âme
Et vous faire mourir avec un bon morceau.

Ma petonne, inventons un passe-temps nouveau.
Le chantre ne vaut rien qui ne dit qu'une gamme,
Faites donc le seigneur et je ferai la dame,
Serrez, poussez, entrez, et retirez tout beau.

Je remuerai à bonds d'une vitesse ardente,
Nos pieds entrelacés, notre bouche baisante:
La langue frétillarde ira s'entre-moillant.

Jouons assis, debout, à côté, par-derrière, -
Non à l'italienne, - et toujours babillant:
Cette diversité est plaisante à Cythère

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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Message par andré » dim. 11 mars 07, 19:25

Mellin de SAINT-GELAIS ( 1491 - 1558 )

FOLIE

Comme un cheval qui pâlit à l'étrille
Et comme on voit un hareng sur la grille
Se revenir, et un chapon en mue,
Ainsi j'engraisse et ma couleur se mue
Quand ma mignonne avecques moi babille.

Et s'il advient qu'elle se déshabille
Montrant un sein aussi rond qu'une bille,
J'ai un poulain qui se dresse et remue
Comme un cheval.

Je lui hennis, je l'embrasse et la pille
Et le lui montre aussi droit qu'un quille,
Le museau gros comme un bout de massue.
Puis quand c'est fait, au pas, au trop, je drille *
Comme un cheval.


*Drille = Sautille.
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Message par andré » lun. 12 mars 07, 19:03

Héliette de VIVONNE (1558 - 1625)

LE LUTH

Pour le doux ebast que je puisse choisir,
Souvent, après disner, craignant qu'il ne m'ennuye,
Je prends le manche en main, je le taste et manie,
Tant qu'il soit en estat de me donner plaisir.

Sur mon lict je me jette, et, sans m'en dessaisir,
Je l'estrains de mes bras et sur moy je l'apuye,
Et, remuant bien fort, d'aise toute ravie,
Entre mille douceurs j'accomplis mon désir.

S'il avient, par malheur quelquefois qu'il se lasche,
De la main je le dresse, et, derechef, je tasche
Au jouir du plaisir d'un si doux maniment :

Ainsi, mon bien aymé, tant que le nerf luy tire,
Me contemple et me plaist, puis de luy, doucement,
Lasse et non assouvie en fin je me retire.
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