Petits poèmes érotiques.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » sam. 04 avr. 09, 9:18

Jean RICHEPIN

AU THEÂTRE

Nous n'étions pas au fond d'une baignoire obscure,
Mais en pleine avant-scène. Oh ! J'ai mal conservé
Dans ma mémoire si l'on jouait de l'herVé
ou du Donizetti : je n'en avais pas cure.

Nous nous tenions la main. Je sentais la piqûre
Du désir s'enfoncer dans mon coeur énervé ;
Et le désir croissait, de se voir observé.
Oh ! L'âpre volupté que le danger procure !

Nous aurions pu si bien nous embrasser chez nous,
Où j'aurais mis ton corps tout nu sur mes genoux
Pour te porter au lit comme un enfant qu'on couche.

Mais ici, c'était fou ! Tous ces yeux à l'entour !
Soudain je fis claquer mon baiser sur ta bouche,
Et ce baiser valait toute une nuit d'amour.

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Message par andré » dim. 05 avr. 09, 8:07

Michel-Nicolas BALISSON, Baron de ROUGEMONT (1781-1840)

LES BAISERS

Hier, je pinçais de la guitare.
Mon cousin admirait ma main ;
Pour la baiser il s'en empare ;
Moi, je la retire soudain.
En fille sage et bien apprise,
J'ai toujours cet avis présent,
Qu'il faut, de peur d'une surprise,
Savoir se retirer avant.

Mon cousin fit un peu la moue;
Puis, en se levant brusquement,
Il m'appliqua sur chaque joue
Deux baisers un peu lestement
Je fis semblant d'être sévère
Et, sachant à propos rougir,
Je lui montrai de la colère
Afin de cacher mon plaisir.

On eût dit, à mon air farouche,
Que rien ne pouvait m'apaiser,
Lorsqu'Armand me ferme la bouche
En la couvrant d'un long baiser.
C'est bien à tort que l'on répète
Que notre sexe aime à jaser ;
Je resterais cent ans muette
Au prix d'un semblable baiser.

En jouant, mon fichu s'envole,
Et mon cousin, fort peu décent,
Reste tout debout et se colle
Sur deux jumeaux qui n'ont qu'un an.
De mon corps une douce flamme
Embrasa le plus petit coin ;
Je n'aurais pas cru, sur mon âme,
Qu'un baiser pût aller si loin.

Le soir, vêtue à la légère,
Et quoiqu'il fît un peu de vent,
Je m'endormis sur la fougère ;
J'y fus surprise par Armand.
Hélas ! dans ce lieu solitaire,
Le fripon, en déterminé,
Me donne un baiser où mon père
Ne m'en avait jamais donné.

Pour échapper au téméraire,
Le lendemain, dans le vallon,
Je dormis les yeux, contre terre
Et les deux mains dessus mon front.
Je ris en le voyant paraître
Et je crus son espoir déçu...
Il s'approche, il me prend, le traître !...
Par bonheur, je n'en ai rien vu.
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Message par andré » lun. 06 avr. 09, 12:41

Jean RICHEPIN

Tes paroles ont des musiques cristallines.
Rien qu'à les écouter, que de fois j'ai joui !
Je pâme, les yeux clos, et presque évanoui,
Quand, pour me parler bas, dans le cou, tu t'inclines.

Ce n'est pas de ton souffle embaumant les pralines
Que je me grise alors ; c'est du ton inouï
Que tu mets dans un mot quelconque un simple oui.
Ta bouche a des façons de prononcer câlines.

Voilà ce qui me fait tous les sens engourdis.
Je t'écoute, mais sans savoir ce que tu dis,
Comme si tu parlais une langue inconnue ;

Je me laisse couler dans l'extase ; et je sens
Une invisible main passer sur ma peau nue,
Car tes paroles mêmes ont des doigts caressants.

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Message par andré » mar. 07 avr. 09, 12:27

Marie-Catherine DESJARDINS de VILLEDIEU (1632-1683)

JOUISSANCE

Aujourd'hui dans tes bras j'ai demeuré pâmée,
Aujourd'hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur
Triomphe impunément de toute ma pudeur
Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.

Ta flamme et ton respect m'ont enfin désarmée ;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d'honneur
Puisque j'aime Tirsis et que j'en suis aimée.

O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas
Les plaisirs les plus doux que l'on goûte ici-bas,
Apprenez les transports dont mon âme est ravie !

Une douce langueur m'ôte le sentiment,
Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,
Et c'est dans cette mort que je trouve la vie.


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Message par andré » mer. 08 avr. 09, 10:09

Jean RICHEPIN

UNE FANTAISIE

C'est toi qui l'as voulu. Tu faisais ton devoir
De femme curieuse, et ton désir de voir
Etait si fort que j'ai cédé, petite folle.
Comme un saint fatigué du poids de l'auréole
Qui voudrait dans l'enfer se promener un peu,
Comme un enfant gâté qui joue avec le feu,
Il te plaisait d'entrer au coeur de la fournaise
Où le Paris viveur fait la noce à son aise
Et c'est pourquoi je t'ai conduite sans ennui,
Dans un de ces cafés ouverts toute la nuit,
Où rôde sur le gras velours d'une banquette
La Prostitution comme une chienne en quête.
Le gaz, le ruolz (1) clair, les cristaux découpés,
Mêlaient leurs flamboiements aux fumets des soupers ;
Tout chantait, les baisers, le champagne, la soie,
Les bijoux, les louis ; et tu connus la joie
D'être servie, au bruit grisant du bacchanal (2)
Par un garçon pressé, bouffi, glabre et banal.
Quelle drôle de chose est une Parisienne !
Dans ce milieu nouveau tu semblais une ancienne.
Avec un tact exquis tu t'étais sans façon,
Pour ne pas détonner, mise au diapason,
Malgré le luxe moins voyant de ta toilette,
Malgré l'enroulement d'une chaste violette,
Et le bon goût des fleurs qui semaient ton chapeau,
Tu sentais la débauche et portais à la peau ;
Si bien qu'en te voyant les coudes sur la table,
Rieuse, le tient chaud et l'air peu respectable,
J'ai mené notre amour, les prunelles en feu,
Achever le dessert dans un cabinet bleu.



(1) alliage de métaux
(2) tapage festif - emprunté au latin bacchanal : "lieu où l'on célèbre les mystères de Bacchus"


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Message par andré » jeu. 09 avr. 09, 11:45

Pierre TOURNEMINE

THOMAS ET LISETTE

Piron plus gai que délicat,
Sans nul préliminaire,
Dit partout qu'un chat est un chat.
Moi, je suis plus sévère.
Souvent un seul mot
En dit beaucoup trop;
Mais qu'un gaze fine,
Sans cacher les traits,
Voile les portraits,
Le reste se devine.

Lisette aimait le beau Thomas,
La chose est naturelle.
Thomas était joli garçon, avait su lui plaire;
Mais, sages tous deux,
Chacun sent fort bien
Que, chez leurs pèr's et mères,
Ils ne pouvaient pas,
Par rapport aux mœurs...
Le reste se devine.

Cependant, suivez-bien le fil
De cette triste histoire.
Thomas, revenant du hameau,
Aux champs surprit Lisette.
Soudain, chapeau bas
Et fort poliment,
Il lui tint ce langage:
"M'aimes-tu toujours?"
Lisette dit: "Oui."
Le reste se devine.

Ils avaient fort longtemps bavardé
Sur la verte fougère
Et l'eau qui tomba par torrents
Les surprit dans la plaine.
Lors, pour mieux courir,
Lisette troussa
Ses jupons et sa robe;
Puis, prenant la main
De l'heureux berger,
Le reste se devine.

Il n'était pas encor très tard,
Ce qui fut bientôt cause
Que, lorsque la belle rentra,
Ses parents l'aperçurent.
Las! en quel état
L'amoureux Thomas
Avait-il mis la belle!
Son œil était vif,
Son cœur était gros,
Le reste se devine.

Après avoir examiné
La tremblante bergère,
Sa mère lui dit: "Se peut-il?
Il n'est donc plus de doute?
Vos bas sont salis,
Vos jupons fripés,
Votre marche est gênée,
Vos yeux sont brillants,
Votre dos est vert...
Le reste se devine"

La fillette allait s'excuser
Quand le père, en colère,
Se lève de contre le feu
Et dit, cassant sa pipe:
"Ah! je n'y tiens plus.
C'est un peu trop fort!
Sors d'ici, malheureuse"
Puis, armant son bras
D'un manche à balai,
Le reste se devine.

Sans se le faire répéter,
La tremblante bergère,
Au troisième coup de balai,
S'enfuit à toutes jambes.
Dans son désespoir,
Passant sur un pont
Elle eut assez de force
Pour prier le ciel;
Et, du parapet,...
Le reste se devine.

Dieu l'écouta probablement
Puisque, par un miracle,
Thomas se trouvait près du pont
Qui pêchait à la ligne.
La voyant tomber,
Plus prompt que l'éclair.
Il se jette et fend l'onde.
Saisit son jupon
Et, par ce moyen,...
Le reste se devine.

Les parents sentirent alors
Qu'à moins d'être fort bêtes
Ils devaient unir les amants
Si bien faits l'un pour l'autre.
Bientôt le curé
Les unit tous deux
Et, la noce étant faite,
Les nouveaux époux
Furent se coucher...
Le reste se devine.

Amis, si vous êtes contents
De cette chansonnette,
Si vous vous êtes attendris
Sur cet amoureux couple,
Prouvez-le gaîment
Et qu'ici, ce soir,
Retroussant tous vos manches,
De suite et d'accord,
Elevant vos bras...
Le reste se devine.

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Message par andré » ven. 10 avr. 09, 9:45

VOLTAIRE

L’ABBE DESFONTAINES ET LE RAMONEUR

Un ramoneur à face basanée,
Le fer en main, les yeux ceints d'un bandeau,
S'allait glissant dans une cheminée,
Quand de Sodome un antique bédeau,
Qui pour l'Amour prenait ce jouvenceau,
Vint endosser son échine inclinée.
L'Amour cria ; le quartier accourut.
On verbalise, et Des Fontaines en rut,
Est encagé dans le clos de Bicêtre.
On vous le lie, on le fait dépouiller.
Un bras nerveux se complaît d'étriller
Le lourd fessier du sodomite prêtre,
Filles riaient, et le cuistre écorché
Criait : " Monsieur, pour Dieu soyez touché ;
Lisez de grâce et mes vers et ma prose. "
Le fesseur lut, et soudain plus fâché,
Du renégat il redoubla la dose ;
Vingt coups de fouet pour son vilain péché,
Et trente en sus pour l'ennui qu'il nous cause.


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Message par andré » sam. 11 avr. 09, 10:37

Evariste de Forges de PARNY (1753-1814)

LE LENDEMAIN

" Enfin, ma chère Eléonore,
Tu l'as connu ce péché si charmant.
Que tu craignais même en le désirant :
En le goûtant, tu le craignais encore.
Eh bien, dis-moi, qu'a-t-il de si effrayant?
Que laisse-t-il après lui dans ton âme?
Un léger trouble, un tendre souvenir,
L'étonnement de sa nouvelle flamme,
Un doux regret, et surtout un désir "

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Message par andré » dim. 12 avr. 09, 8:53

Théophile GAUTIER (1811-1872)

UN JOUR

Un jour, au doux rêveur qui l'aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poème,
Le poème de son beau corps.

D'abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d'infante
Un flot de velours nacarat :

Telle qu'au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d'artiste,
Laissant tomber l'épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l'épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s'abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléomène,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d'eau,
Grains laiteux qu'un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d'art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C'est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l'admire
Avec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l'autre replié.

Et comme l'odalisque d'Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l'amour !

Sa tête penche et se renverse
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d'argent bruni,
Et l'on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l'infini.

D'un linceul de point d'Angleterre
Que l'on recouvre sa beauté :
L'extase l'a prise à la terre ;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.

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Message par andré » mar. 14 avr. 09, 10:34

Charles CROS (1842-1888)

DANS LA CLAIRIÈRE

Pour plus d'agilité, pour le loyal duel,
Les témoins ont jugé qu'Elles se battraient nues.
Les causes du combat resteront inconnues ;
Les deux ont dit : Motif tout individuel.

La blonde a le corps blanc, plantureux, sensuel ;
Le sang rougit ses seins et ses lèvres charnues.
La brune a le corps d'ambre et des formes ténues ;
Les cheveux noirs-bleus font ombre au regard cruel.

Cette haie où l'on a jeté chemise et robe,
Ce corps qui tour à tour s'avance ou se dérobe,
Ces seins dont la fureur fait se dresser les bouts,

Ces battements de fer, ces sifflantes caresses,
Tout paraît amuser ce jeune homme à l'oeil doux
Qui fume en regardant se tuer ses maîtresses.

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Message par andré » mer. 15 avr. 09, 10:36

Louis-Charles ROYER

MEUNIERE

Le vent lève son cotillon,
Et la farine la parfume ;
Elle montre ses mollets ronds,
Sa nuque grasse et ses tétons,
Et les yeux des rouliers s'allument.
"Meunier !... Meunier !... Tu es cocu!..."

Car le soir, ni vu, ni connu,
Tandis que ton moulin tourne au vent de galerne,
Dans ses draps rudes, frais lavés,
Sur son corps caressé par les valets de ferme,

Je goûte la saveur douce et tiède du blé.

[/b]
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Message par andré » jeu. 16 avr. 09, 10:52

Louis RATISBONNE

LA VOLUPTE ET L’AMOUR

O belle, dont le corps semble un vivant poëme,
Pourquoi m'ouvrir les bras, sans me dire : Je t'aime ?
Même à l'heure d'amour, contre ton sein pâmé
Tu ne me presses pas ainsi qu'un bien-aimé ;
Tu ne dis pas le mot envié des dieux même ;
Tu soupires : je meurs ; tu ne dis pas : Je t'aime !
Et pourtant ton œil darde un feu délicieux.
Tel un ange tombé qu'un songe emporte aux cieux,
Mais qui ne pourrait pas, courbé sous l'anathème,
Y proférer le mot angélique : Je t'aime !

Eh bien, reste muette, et, dans ta volupté,
Brûle comme une rose aux flammes de l'été,
Des baisers du soleil s'emplissant ivre et blême.

La rose ne dit rien ; le soleil dit : Je t'aime !



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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » ven. 17 avr. 09, 17:11

Isaac Du RYER

Vous me jurez assez que vous êtes l'unique
Des filles de Paris pour aimer constamment :
Mais quand vous en feriez un solennel serment,
Serais-je donc en cela toujours plus hérétique :


Car plus je vous fréquente et plus je vous pratique
Plus votre humeur me fait en juger autrement;
Et s'il m'était permis d'en parler librement,
Je vous tiendrais plutôt pour être un peu lubrique.


Ou aimer celui-ci, ou aimer celui-là,
Et quand quelque bouffon vous parle de cela,
Vous faire tout soudain venir l'eau dans la bouche :


Sortir de la maison cinq ou six fois le jour,
Montrer votre beau sein, permettre qu'on le touche
Appellez-vous cela être chaste en amour ?

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Message par andré » dim. 19 avr. 09, 10:24

Pierre CORNEILLE
LA PLAE ROYALE

Ne parle point d'un nœud* dont le seul nom m'alarme.
J'idolâtre Angélique: elle est belle aujourd'hui,
Mais sa beauté peut-elle autant durer que lui ?
Et pour peu qu'elle dure, aucun me peut-il dire
Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle expire ?
Du temps, qui change tout, les révolutions
Ne changent-elles pas nos résolutions ?
Est-ce une humeur égale et ferme que la nôtre ?
N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre ?
Juge alors le tourment que c'est d'être attaché,
Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché.
Cependant Angélique, à force de me plaire,
Me flatte doucement de l'espoir du contraire ;
Et si d'autre façon je ne me sais garder,
Je sens que ses attraits m'en vont persuader.
Mais puisque son amour me donne tant de peine,
Je la veux offenser pour acquérir sa haine,
Et mériter enfin un doux commandement
Qui prononce l'arrêt de mon bannissement.
Ce remède est cruel, mais pourtant nécessaire :
Puisqu'elle me plaît trop, il me faut lui déplaire.
Tant que j'aurai chez elle encor le moindre accès,
Mes desseins de guérir n'auront point de succès.

* c'est à dire le mariage

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Message par andré » lun. 20 avr. 09, 12:09

Olivier De MAGNY

SONNET À MÊME

Ce que j'aime au printemps, je te veux dire, Même ;
J'aime à fleurer la rose, et l'oeillet, et le thym,
J'aime à faire des vers, et me lever matin,
Pour, au chant des oiseaux, chanter celle que j'aime.

En été, dans un val, quand le chaud est extrême,
J'aime à baiser sa bouche et toucher son tétin,
Et sans faire autre effet, faire un petit festin,
Non de chair, mais de fruit, de fraises et de crème.

Quand l'automne s'approche et le froid vient vers nous,
J'aime avec la châtaigne avoir de bon vin doux,
Et, assis près du feu, faire chère lie.

En hiver, je ne puis sortir de la maison,
Si n'est au soir masqué ; mais en cette saison,
J'aime fort à coucher dans les bras de ma mie.

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