Petits poèmes érotiques.

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Jean AUVRAY

AMOURETTES

Quand je veux dire en vers mon martyre, ma belle,
La muse qui me fait escorte nuit et jour,
Me dit, mon cher Auvray, ton service fidèle
Mérite être chanté par la bouche d'amour.
Le malade qui peut sa douleur si bien dire
A beaucoup plus de peur qu' il n' a d'affliction,
Aussi l'amant qui peut exprimer son martyre
A plus de vanité qu'il n'a de passion.
Amour est un tyran qui s'emparant des âmes
Les gourmande si fort, que les pauvres amants
Sont contraints de chanter au milieu de leurs flammes,
Ou de garder silence au fort de leurs tourments.
Celui qui sous les lois d' une dame se lie
Se réduit en tutelle, et dés le premier jour
Renonçant à soi-même esclave résilie
Toutes ses volontés entre les mains d'amour.
De la vient que celui qui si doctement touche
La corde de son mal n'est en fin qu'un moqueur :
Toutes ses passions ne lui passent la bouche,
Jamais le trait d'amour ne lui navra le coeur.
Car la langue ne peut tant féconde soit elle
Exprimer les concepts d'un coeur bien amoureux,
Le messager du coeur c'est le penser fidèle
Que les sages amants font parler par les yeux.
L'oeil au choc de ses rais fait jaillir une flamme
Qui pénètre au profond de nos affections
C'est le miroir du coeur, la fenêtre de l'âme,
Et le vrai truchement de nos intentions.
Aussi des vrais amants qui ont l'âme bien née
Aux mystères d'amour : le premier document,
C'est d'imposer silence à la langue effrenée,
Et de permettre aux yeux de parler seulement.
Voila comme ce dieu d'un parler angélique
Par l'oeil coule au penser ses désirs les plus doux,
Et comme il nous apprend ce langage mystique
Pour établir son règne en dépit des jaloux.
De la vient que je suis une immobile souche
Quand je veux témoigner la grandeur de ma foi
Mais, mon oeil usurpant l'office de ma bouche
Mes amoureux regards parlent assez pour moi.
La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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Renée VIVIEN

Notre coeur est semblable en notre sein de femme,
Très chère ! Notre corps est pareillement fait.
Un même destin lourd a pesé sur notre âme,
Nous nous aimons et nous sommes l’hymne parfait.

Je traduis ton sourire et l’ombre sur ta face.
Ma douceur est égale à ta grande douceur,
Parfois même il nous semble être de même race…
J’aime en toi mon enfant, mon amie et ma soeur.

Comme toi j’aime l’eau solitaire, la brise,
Les lointains, le silence et le beau violet…
Par la force de mon amour, je t’ai comprise :
Je sais exactement quelle chose te plaît.

Voici, je suis plus que tienne, je suis toi-même.
Tu n’as point de tourment qui ne soit mon souci…
Et que pourrais-tu donc aimer que moi je n’aime ?
Et que penserais-tu que je ne pense aussi ?

Notre amour participe aux choses infinies,
Absolu comme sont la mort et la beauté…
Voici, nos coeurs sont joints et nos mains sont unies
Fermement dans l’espace et dans l’éternité.

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Abbé de CHAULIEU

Hélas ! pourquoi faut-il, par une loi trop dure,
Que la jeunesse des saisons,
Qui rend la verte chevelure
A nos arbres, à nos buissons,
Ne puisse ranimer notre machine usée ;
Rendre à mon sang glacé son ancienne chaleur,
A mon corps, à mes sens leur première vigueur,
Et d'esprits tout nouveaux réchauffer ma pensée ;
Surtout, rendre à mon coeur ces tendres sentiments,
Ces transports, ces fureurs, ces précieuses larmes,
Qui de nos jours font l'unique printemps,
Et dont mon coeur usé ne connaît plus les charmes ?
Alors vous me verriez cent fois à vos genoux
Vous redire combien vous me semblez aimable ;
Vous jurer que le ciel me fit exprès pour vous ;
Que mon attachement serait tendre et durable ;
Que dans l'imagination
Quelque chose de sympathique
Prépare entre nous l'union
Par où l'amour au coeur souvent se communique ;
Enfin, sans vous chercher cent autres agréments,
Que vous avez tous les talents
Que je sens qu'il faut pour me plaire.
Ainsi je parlerois dans ces bienheureux temps ;
Mais je dois maintenant me taire.

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Renée VIVIEN

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L'harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtries,
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où je plonge les mains!
Ils ont connu l'ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...
Chair des choses! J'ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts...

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Louis MENARD

C'était un soir d'été; de grands nuages sombres
Couraient sous le ciel lourd, pas un souffle dans l'air,
Les vieux arbres du cloître épaississaient leurs ombres;
La monotone voix des vagues de la mer
Vers le ciel orageux s'exhalait par bouffées,
Comme un lugubre écho de plaintes étouffées ;

La cloche du couvent venait de retentir ;
Des cours et du jardin, comme des hirondelles
Qui regagnent le nid, commençaient à sortir
Les sœurs et les enfants qui grandissent près d'elles.
Mais Blanche et Madeleine, étouffant leur sanglots,
Se tenaient par la main et regardaient les flots.

C'était un jour d'adieu pour elles : Madeleine
Partait le lendemain. Elle avait dix-huit ans à peine ;
Une intime et profonde amitié, dès ce temps,
L'avait unie à Blanche, et des heures passées
Toutes deux recueillaient les traces dispersées.

Blanche avait dix-sept ans. Les baisers maternels
Avaient été trop tôt ravis à son enfance;
Sous des enseignements graves et solennels
Son âme avait grandi dans l'ombre et le silence.
Sa beauté, sa pâleur, la faisaient ressembler
Aux anges des vitraux qu'elle aimait contempler.

L'extase avait marqué d'une céleste empreinte
Ses traits calmes et doux, son front pur et rêveur.
Ses sœurs, qui l'honoraient à l'égal d'une sainte,
Enviaient son austère et brûlante ferveur,
Et cette pureté qui met une auréole
Sur le front lumineux des vierges de Fiesole .

Mais son voluptueux sourire et ses grands yeux
Noirs, languissants, voilés, par un contraste étrange,
Annonçaient qu'un désir vague et mystérieux
Veillait à son insu sous les rêves de l'ange.
C'est le type idéal que créa Raphaël,
Chaste et passionné, mystique et sensuel.

Cependant sa beauté, rêve d'un autre monde,
Appelait moins l'amour que l'adoration.
On eût cru, la voyant, mélancolique et blonde,
Se pencher vers sa sœur, à l'apparition
Des célestes esprits qui délaissaient leur sphère,
Séduits par la beauté des filles de la terre.

Madeleine était brune et pâle ; ses yeux bleus
Avaient de longs éclairs veloutés et fluides.
Quand Blanche rencontrait un regard de ces yeux,
Tout son corps frissonnait sous leurs rayons humides;
Son âme se noyait dans ce regard profond,
Et d'intimes pâleurs lui montaient vers le front.

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Jean AUVRAY

À MADAME OLYMPE

Qu'à dieu ne plaise, Olympe, que je grimpe
Dessus ton corps comme un audacieux,
Ne fut-ce pas dessus le mont Olympe
Que les Titans firent la guerre aux dieux ?

J'aime bien mieux une raze campagne
Qu'ambitieux prendre l'essor si haut,
Puis ne sais-tu pas que tu fus la montagne
Où ton Egisthe (1) a vu son échaffaud.

Ton teint flétri de couleur de rubarbe,
Fuit les baisers de ces hommes barbus :
Mais, à propos mon cul n'a point de barbe
Sois sa Daphné, il sera ton Phoebus. (2)

Et damoiseau qui fit pour ton mérite
Par un bourreau échancrer son collet,
T'a bien montré que rarement habite
De la sagesse avec du poil follet.

Ne lit-on pas que Ciprine (3) la douce
N'engendra rien de son fluet Adon (4)
Trop bien de Mars la robuste secousse
Mère la fit du gentil Cupidon.

Mars est barbu mais sur la rouge trogne
Du dieu Bacchus ne croit point de cheveux,
Aimes-tu mieux un visage d'ivrogne
Qu'un mâle front d'un guerrier généreux ?


(1) Fils de Thyeste qui fut conçu dans le viol incestueux de sa propre fille Pélopia
(2) Daphné fut le premier amour de Phoebus (autre nom d'Apollon)
(3) Un des surnom d'Aphrodite en référence à l'île de Cypre
(4) Adonis





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Raoul PONCHON

LA FEMME DE TRENTE ANS

Certes, nul plus que moi, quand l’hiver agonise,
N’admire le retour du radieux Printemps ;
J’en aime le ciel jeune et les vertus hésitants,
Et je suis pénétré de sa grâce indécise.

Il m’attache à la vie et me la préconise.
Et j’adore en jouir, ne fût-ce qu’un instant.
Ce que j’aime en lui, c’est sa candeur… Et pourtant,
Je préfère l’Eté, de beauté plus rassise.

La femme de trente ans est semblable à l’Eté.
D’elle émane une ardente et pleine volupté
Affectant plus mes sens qu’elle ne fait mon âme,

La femme de trente ans, voilà la femme ! C’est
Si j’ose dire ainsi - du Liebig de femme,
C’est de l’esprit de chair et de la chair qui sait !

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Paul VALERY

ÉPISODE…

Un soir favorisé de colombes sublimes,
La pucelle doucement se peigne au soleil.
Aux nénuphars de l’onde elle donne un orteil
Ultime, et pour tiédir ses froides mains errantes
Parfois trempe au couchant leurs roses transparentes.
Tantôt, si d’une ondée innocente, sa peau
Frissonne, c’est le dire absurde d’un pipeau,
Flûte dont le coupable aux dents de pierrerie
Tire un futile vent d’ombre et de rêverie
Par l’occulte baiser qu’il risque sous les fleurs.

Mais presque indifférente aux feintes de ces pleurs,
Ni se se divinisant par aucune parole
De rose, elle démêle une lourde auréole ;
Et tirant de sa nuque un plaisir qui la tord,
Ses poings délicieux pressent la touffe d’or
Dont la lumière coule entre ses doigts limpides !
... Une feuille meurt sur ses épaules humides,
Une goutte tombe de la flûte sur l’eau,
Et le pied pur s’épeure comme un bel oiseau
Ivre d’ombre...

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Marquis de VILLETTE

ÉPÎTRE À UNE JOLIE LESBIENNE

Toi, la plus belle des Didons,
Chaste un peu moins que Pénélope ,
Dans ce pays d'illusions
Il n'est rien que nous ne fassions
Pour fuir l'ennui qui nous galope.
Plumes en l'air, nez en avant,
On court grimpé sur la chimère
Vers le plaisir qui fuit d'autant
On aime, on plaît à sa manière :
Le plus sage tourne à tout vent ;
L'un atteint l'amour par devant
L'autre l'attrape par derrière.
Le caprice est ce qui nous meut ;
Le diable emporte les scrupules.
Enfin, on fait du pis qu'on peut :
Tout le monde a des ridicules,
Mais n'a pas des vices qui veut.
Du tien ne va pas te défaire,
Dans la Grèce on en faisait cas,
Et sur le vice, on sait, ma chère,
Que les grecs étaient délicats ;
Dans Rome encor, ville exemplaire,
Messaline , Actée ou Glycère ,
Ne t'aurait pas cédé le pas.
Jours de débauche et de lumière,
Beaux jours de la corruption,
Les petits soupers de Néron
Auraient bien été ton affaire :
Là, nul censeur contredisant,
Jeunes Bacchantes très humaines,
Au corps souple, au geste agaçant,
Auraient imité tes fredaines
Et su provoquer ton talent.
Saint-Jérôme cite souvent
Le tempérament des romaines.
Quoi qu'il en soit, au gré du tien
Eduque nos Parisiennes;
Il est des excès qu'en tout bien
Il faudra que tu leur apprennes.
Ceignant la pampre et le laurier
N'obéis qu'à ta fantaisie,
Garde ton essor cavalier
Et ton audace et ton génie
Et cet amour peu familier,
Dont le costume irrégulier
Tente la bonne compagnie.
Monte le matin un coursier
D'Angleterre ou d'Andalousie ;
Aime le soir Souck et Julie ;
Le lendemain viens larmoyer
Tenant l'urne de Cornélie .
Le parterre a beau guerroyer,
Laisse à tes pieds siffler l'envie ;
Tout va, tout prend, tout nous est bon,
Nous aimons à voir une Reine
En pet-en-l'air, en court jupon ;
Beaucoup plus lascive que vaine
Faire de myrtes une moisson,
De ses bras lier sa Climène ,
Et mettre sans tant de façon
La cocarde du fier dragon
Sur l'oreille de Melpomène .
Va dans ce siècle de bon ton
Les mœurs sont une singerie,
Les préjugés une chanson
Et la sagesse une folie.
Nous sommes libertins à fond,
Par nous tu dois être accueillie.
L'oubli joyeux de la raison
Est un don du ciel qu'on t'envie ;
Nargue les sots, cède à tes goûts.
Donne aux femmes des rendez-vous,
Parle aux hommes philosophie ;
N'en aime aucun, trompe les tous :
Sois gaie, insolente et jolie :
Sur la scène avec énergie,
Prends le sceptre, règne sur nous :
Tiens le thyrse dans une orgie
Et tu n'auras que des jaloux !


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Raoul PONCHON

L’AMOUR OBLIGATOIRE

Ah ! Paul Hervieu, la bonne histoire !
C'est de quoi nous stupéfier.
Rendre l'Amour obligatoire,
Et vouloir le codifier !

Assurément, c'est d'un brave homme,
Et ça part d'un coeur non petit.
Mais, en réalité, c'est comme
Si tu décrétais l'appétit.

Pour y joindre cet épisode
De l'Amour, sans faire crier,
Il faudrait, premier que le code
T'obligeât à te marier.

Or, j'ai beau chausser mes bésicles,
Voire continuer mon droit,
Je ne vois rien dans ses articles
Qui m'impose ce joug étroit.

Non. Malgré son âme retorse,
Il ne peut à ce point sévir,
Il n'est bon que pour le divorce -
Encor sait-il peu s'en servir.

Mariez-vous tout à votre aise.
Il ne saurait vous en blâmer.
Ce qu'il pourrait - dans l'hypothèse -
C'est vous punir de vous aimer.

Il y consent? C'est quelque chose.
Ne lui demandez rien de plus.
Vous pensez bien que pour sa prose,
l'Amour est un mot superflu.

Mariez-vous, si c'est la mode.
Aimez-vous, ne vous aimez pas...
Pourquoi voulez-vous que le Code
Intervienne dans ces débats ?

Vas-tu nous compliquer encore
Le mariage, ô Paul Hervieu ?
Crois-tu que l'Amour peut éclore
Spontanément dans ce milieu ?...

Sans aller chercher dans l'Histoire,
Ne voit-on pas, et chaque jour,
Tel ménage illustre, notoire,
Se porter fort bien sans Amour ?

Dans l'oeuvre matrimoniale,
Je ne sais que chez l'Esquimau,
Une entente plus cordiale.
Au surplus, ce n'est qu'un mot.

Qui sait - chez ce peuple baroque,
Si l'un, en fait d'affection,
N'apporte pas des peaux de phoque,
Et l'autre, ses relations ?...

O législateur émérite,
Toi, qui crois encore à l'Amour,
Epouse une femme d'élite,
Qui soit belle comme le jour.

Aime-la d'un amour modèle ;
Mais n'exige pas tout d'abord
Qu'elle te demeure fidèle,
Jeune immortel ! jusqu'à la mort.

Pour moi, pauvre célibataire,
Si je le suis, c'est à dessein ;
Sachant bien que l'Amour sur terre,
C'est la femme de son voisin.

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BAUDELAIRE

L’INVITATION AU VOYAGE

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.


Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l'âme en secret
Sa douce langue natale.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.


Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

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Jean-Baptiste De GRECOURT

LE BIEN VIENT EN DORMANT

Pour éviter l'ardeur du plus grand jour d'été,
Climène sur un lit dormait à demi-nue,
Dans un état si beau qu'elle eut même tenté
L'humeur la plus pudique et la plus retenue.

Sa jupe permettait de voir en liberté
Ce petit lieu charmant qu'elle cache à la vue,
Le centre de l'amour et de la volupté,
La cause du beau feu qui m'enflamme et me tue.

Mille objets ravissants, en cette occasion,
Bannissant mon respect et ma discrétion,
Me firent embrasser cette belle dormeuse.

Alors elle s'éveille à cet effort charmant,
Et s'écrie aussitôt : Ah ! que je suis heureuse !
Les biens, comme l'on dit, me viennent en dormant !

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Raoul PONCHON

LE PAYS SANS CHEMISE

Il est une contrée omise
Sur la carte de l’univers
Où les femmes sont sans chemise
Même dans le sein des hivers.

Mais, par une étrange manie,
Bien qu’en montrant tous leurs appas,
Elles dérobent le génie
De leurs mollets sous de longs bas.

Ce sont d’irréductibles viandes
Qui cagnent comme des bassets,
Quand ce ne sont pas des limandes
Qui tiendraient trois dans deux corsets.

Il faut les voir à la lumière
De préférence, car leur teint
S’envole aussitôt en poussière
Au jour indiscret du matin.

Tout le long des lentes journées,
Dans un far nient sans pareil,
Elles restent emprisonnées
Sans se soucier du soleil.

Elles sont veules et ganaches,
Roulant un regard sans entrain
Dans leurs yeux - comme on dit - de vaches
Qui regardent passer un train.

Et puis ? Qu’est-ce qu'elles fabriquent ?
Me direz-vous. - Eh bien, messieurs,
Elles attendent et s’astiquent,
- Tels des soldats consciencieux.

Elles fument des cigarettes
Ou s’affalent comme un paquet,
Interrogent des pâquerettes
A l’aide d’un jeu de piquet.

La reine, une vieille matrone
Qui s’écroule de tous côtés
Et se dénomine patronne,
Préside aux jeux de ces beautés.

Et le roi ? Car la souveraine
Est mariée ? Oh ! le roi, c’est
Plutôt le mari de la reine,
Voire encor son premier sujet.

Et c’est là, vous pouvez m’en croire,
Le seul homme de tout l’Etat ;
Je ne cite que pour mémoire
Un très déplorable soldat

Sans fusil, qui lave et qui brosse,
Ministre de la propreté,
Qui travaille comme une rosse
Plutôt comme un député.

Et le patron ? Quelles affaires
A-t-il ? Aucune. Il ne fait rien,
Il fume et boit des petits verres
Ou se promène avec son chien,

Sauf cependant quand il arrive
Quelque anicroche dans l’État ;
Il fait alors donner l’active
Et la réserve du soldat.

Lui-même se met de la fête
Et tout désordre disparaît,
Plus rapide qu’une tempête
Dans les entrailles d’un bidet.

Quand, troublant cette paix sereine,
Vient à passer un étranger,
A côté de leur souveraine
Les femmes viennent se ranger.

On l’environne, on l’importune ;
Alors lui choisit dans le lot
Une blonde ou bien une brune,
Selon qu’elle fait mieux son blot.

Mais l’inexorable patronne,
Sur laquelle rien ne prévaut,
Prélève pour les frais du trône
Tout d’abord un modeste impôt.

Puis, ensuite, elle l’abandonne
A celle qu’il veut… adopter
Et qui devient sa cicérone
Pendant le temps qu’il doit rester.

Celle-ci, rendons-lui justice,
Lui fait voir tout, lui montre tout,
Accède à son moindre caprice
Et le promène un peu partout.

Elle va lui cueillir des roses,
Revient le flatter de la main,
Fait des mines et prend des poses,
Batifole comme un gamin,

Va, roule, virevolte, tangue,
A seule fin de l’amuser ;
Et puis n’épargne pas sa langue
Pour peu qu’il désire causer.

Lui, pour prix de ses bons offices,
Lui donne alors quelques ducats :
Ce sont ses petits bénéfices
Qu’elle éparpille dans ses bas.

Puis il regagne la frontière.
Elle, l’engage à revenir ;
Des fois même, cette bergère
Lui laisse un léger souvenir

Qui, pour le reste de sa vie,
Va mettre ses jours en danger,
Et lui fera passer l’envie
D’aller dans ces lieux voyager.

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CHEVALIER D’AUTUME

LA BROUSAILLE TONDUE

Du petit bois où l’Amour fait la guerre,
Par passe-temps la gentille Margot
Avait un jour éméché la lisière.
Par passe-temps, un autre jour, Guillot,
Qui voulait boire à sa vive fontaine,
N’y trouvant plus de mousse ni de laine,
S’écrie : « Hé ! donc ? qu’est devenu ce crin ?
Je l’ai tondu, dit-elle – Et pourquoi ? – Parce
Que ce poil n’est qu’une broussaille épaisse
Qui du plaisir entravait le chemin. »


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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andré
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Re: Petits poèmes érotiques.

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Gaston COUTÉ

SUR LE PRESSOIR

Sous les étoiles de septembre
Notre cour a l'air d'une chambre
Et le pressoir d'un lit ancien ;
Grisé par l'odeur des vendanges
Je suis pris d'un désir
Né du souvenir des païens.
Couchons ce soir
Tous les deux, sur le pressoir !
Dis, faisons cette folie ?...
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir,
Margot, Margot, ma jolie !

Parmi les grappes qui s'étalent
Comme une jonchée de pétales,
Ô ma bacchante ! roulons-nous.
J'aurai l'étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Ecraseront les raisins doux.

Sous les baisers et les morsures,
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux ;
Et le vin nouveau de l'Automne
Ruissellera jusqu'en la tonne,
D'autant plus qu'on s'aimera mieux !

Au petit jour, dans la cour close,
Nous boirons la part de vin rose
Oeuvrée de nuit par notre amour ;
Et, dans ce cas, tu peux m'en croire,
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour.

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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