Petits poèmes érotiques.

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Re: Petits poèmes érotiques.

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Jean De LA FONTAINE

L’ANNEAU D’HANS CARVEL

Hans Carvel prit sur ses vieux ans
Femme jeune en toute manière:
Il prit aussi soucis cuisants;
Car l'un sans l'autre ne va guère.
Babeau (c'est la jeune femelle,
Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle,
Et propre à l'amoureux combat.
Carvel, craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature
Et la Légende, et l'Ecriture,
Et tous les livres les meilleurs:
Blâmait les visites secrètes,
Frondait l'attirail des coquettes;
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galande
Ne s'arrêtait aucunement;
Et de sermons n'était friande
A moins qu'ils fussent d'un amant.
Cela faisait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu'y dire;
Eût voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort:
L'histoire en est très véritable.
Une nuit, qu'ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Babeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau;
Qu'il lui disait: Je sais la peine
Qui te tourmente et qui te gêne;
Carvel, j'ai pitié de ton cas:
Tiens cette bague, et ne la lâches.
Car, tandis qu'au doigt tu l'auras,
Ce que tu crains point ne seras,
Point ne seras sans que le saches.
- Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel; la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand merci, Monsieur l'aumônier.
La-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggravés,
Il se trouva que le bon homme
Avait le doigt où vous savez

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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Louis MENARD

C'était un soir d'été; de grands nuages sombres
Couraient sous le ciel lourd, pas un souffle dans l'air,
Les vieux arbres du cloître épaississaient leurs ombres;
La monotone voix des vagues de la mer
Vers le ciel orageux s'exhalait par bouffées,
Comme un lugubre écho de plaintes étouffées ;

La cloche du couvent venait de retentir ;
Des cours et du jardin, comme des hirondelles
Qui regagnent le nid, commençaient à sortir
Les sœurs et les enfants qui grandissent près d'elles.
Mais Blanche et Madeleine, étouffant leur sanglots,
Se tenaient par la main et regardaient les flots.

C'était un jour d'adieu pour elles : Madeleine
Partait le lendemain. Elle avait dix-huit ans à peine ;
Une intime et profonde amitié, dès ce temps,
L'avait unie à Blanche, et des heures passées
Toutes deux recueillaient les traces dispersées.

Blanche avait dix-sept ans. Les baisers maternels
Avaient été trop tôt ravis à son enfance;
Sous des enseignements graves et solennels
Son âme avait grandi dans l'ombre et le silence.
Sa beauté, sa pâleur, la faisaient ressembler
Aux anges des vitraux qu'elle aimait contempler.

L'extase avait marqué d'une céleste empreinte
Ses traits calmes et doux, son front pur et rêveur.
Ses sœurs, qui l'honoraient à l'égal d'une sainte,
Enviaient son austère et brûlante ferveur,
Et cette pureté qui met une auréole
Sur le front lumineux des vierges de Fiesole .

Mais son voluptueux sourire et ses grands yeux
Noirs, languissants, voilés, par un contraste étrange,
Annonçaient qu'un désir vague et mystérieux
Veillait à son insu sous les rêves de l'ange.
C'est le type idéal que créa Raphaël,
Chaste et passionné, mystique et sensuel.

Cependant sa beauté, rêve d'un autre monde,
Appelait moins l'amour que l'adoration.
On eût cru, la voyant, mélancolique et blonde,
Se pencher vers sa sœur, à l'apparition
Des célestes esprits qui délaissaient leur sphère,
Séduits par la beauté des filles de la terre.

Madeleine était brune et pâle ; ses yeux bleus
Avaient de longs éclairs veloutés et fluides.
Quand Blanche rencontrait un regard de ces yeux,
Tout son corps frissonnait sous leurs rayons humides;
Son âme se noyait dans ce regard profond,
Et d'intimes pâleurs lui montaient vers le front.

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Jean De LA FONTAINE

L’ANNEAU D’HANS CARVEL

Hans Carvel prit sur ses vieux ans
Femme jeune en toute manière:
Il prit aussi soucis cuisants;
Car l'un sans l'autre ne va guère.
Babeau (c'est la jeune femelle,
Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle,
Et propre à l'amoureux combat.
Carvel, craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature
Et la Légende, et l'Ecriture,
Et tous les livres les meilleurs:
Blâmait les visites secrètes,
Frondait l'attirail des coquettes;
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galande
Ne s'arrêtait aucunement;
Et de sermons n'était friande
A moins qu'ils fussent d'un amant.
Cela faisait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu'y dire;
Eût voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort:
L'histoire en est très véritable.
Une nuit, qu'ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Babeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau;
Qu'il lui disait: Je sais la peine
Qui te tourmente et qui te gêne;
Carvel, j'ai pitié de ton cas:
Tiens cette bague, et ne la lâches.
Car, tandis qu'au doigt tu l'auras,
Ce que tu crains point ne seras,
Point ne seras sans que le saches.
- Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel; la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand merci, Monsieur l'aumônier.
La-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggravés,
Il se trouva que le bon homme
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Lucie DELARUE-MARDRUS

L’ÉTREINTE MARINE

Une voix sous-marine enfle l'inflexion
De ta bouche et la mer est glauque tout entière
De rouler ta chair pâle en son remous profond.

Et la queue enroulée à ta stature altière
Fait rouer sa splendeur au ciel plein de couchant,
Et, parmi les varechs où tu fais ta litière,

Moi qui passe le long des eaux, j'ouïs ton chant
Toujours, et, sans te voir jamais, je te suppose
Dans ton hybride grâce et ton geste alléchant.

Je sais l'eau qui ruisselle à ta nudité rose,
Visqueuse et te salant journellement ta chair
Où une flore étrange et vivante est éclose ;

Tes dix doigts dont chacun pèse du chaton clair
Que vint y incruster l'algue ou le coquillage
Et ta tête coiffée au hasard de la mer ;

La blanche bave dont bouillonne ton sillage,
L'astérie à ton front et tes flancs gras d'oursins
Et la perle que prit ton oreille au passage ;

Et comment est plaquée en rond entre tes seins
La méduse ou le poulpe aux grêles tentacules,
Et tes colliers d'écume humides et succincts.

Je te sais, ô sirène occulte qui circules
Dans le flux et le reflux que hante mon loisir
Triste et grave, les soirs, parmi les crépuscules,

Jumelle de mon âme austère et sans plaisir,
Sirène de ma mer natale et quotidienne,
O sirène de mon perpétuel désir !

O chevelure ! Ô hanche enflée avec la mienne,
Seins arrondis avec mes seins au va-et-vient
De la mer, ô fards clairs, ô toi, chair neustrienne !

Quand pourrais-je sentir ton cœur contre le mien
Battre sous ta poitrine humide de marée
Et fermer mon manteau lourd sur ton corps païen,

Pour t'avoir nue ainsi qu'une aiguille effarée
A moi, dans le frisson mouillé des goémons,
Et posséder enfin ta bouche désirée ?

Ou quel soir, descendue en silence des monts
Et des forêts vers toi, dans tes bras maritimes
Viendras-tu m'emporter pour, d'avals en amonts,

Balancer notre étreinte au remous des abîmes ?...

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Alexis PIRON

Notre beauté sensible à cet assaut
Cherche la puce, en veut faire justice :
Mais Cupidon s'esquive par un saut,
Et doucement sous son corset se glisse,
Y fait carnage et n'en veut déloger.
Fillettes sont bons morceaux à gruger :
L'Amour en fait souvent son ordinaire.
Si comme lui je savais me venger,
De par saint Jean, je ferais bonne chère.
Agnès en feu déchire son corset,
Le jette au loin, arrache sa chemise
Et montre au jour deux montagnes de lait
Où sur chacune une fraise est assise.
Elle visite et regarde en tous lieux,
Où s'est caché l'ennemi qui l'assiège ;
Mais il était déjà loin de ses yeux
Et lui mordait une cuisse de neige.
Ce dernier coup accroît ses déplaisirs ,
Elle déliait sa jupe toute émue :
Au même instant, mille amoureux zéphirs
Vont caresser ce qui s'offre à leur vue,
Et combattant en foule à ses côtés
Par une heureuse et douce préférence,
Sauvent l'Amour d'une prompte vengeance.
Qui l'attendait au sein des voluptés.
A la faveur d'un saut, d'une gambade,
Le petit dieu soutient sa mascarade,
Aux barres joue et sans cesse fend l'air.
Il vient s'offrir de lui-même a la belle,
Puis il échappe aussi prompt qu'un éclair,
Et fait cent tours de vrai polichinelle.
Pendant ce jeu, vers un jeune taillis,
L'amour lorgnait un portail de rubis,
Fief en tous lieux relevant de Cythère,
Mais que la belle, injuste et téméraire,
Avec chaleur disputait à Cypris.

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GUICHARD

LA DUCHESSE ET SON COCHER

Le beau cocher d'une belle duchesse,
Qui, toujours prête à l'amoureux ébat,
Favorisait le clergé, la noblesse,
Sans rejeter les vœux du tiers-état,
La conduisait sous galante aventure,
Hors de Paris. « Descends-moi dans ce coin. »
Elle sentait petit besoin,
Et le cocher aussi. L'on cède à la nature ;
La duchesse, à l'écart, derrière la voiture,
L'autre vis-à-vis les chevaux.
En cette décente posture,
Des deux sources coulaient fort gentiment les flots.
Apercevant, baissée, un objet qui l'attire,
Ma gaillarde, gaîment, n'hésite pas de dire :

— « A ta santé, mon cher ! » C'était le provoquer.
Ce familier propos l'enflamme :
— « Bien de l'honneur, répond-il, et Madame
Plus de plaisir encor, si vous vouliez trinquer. »

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Abbé de CHAULIEU

Hélas ! pourquoi faut-il, par une loi trop dure,
Que la jeunesse des saisons,
Qui rend la verte chevelure
A nos arbres, à nos buissons,
Ne puisse ranimer notre machine usée ;
Rendre à mon sang glacé son ancienne chaleur,
A mon corps, à mes sens leur première vigueur,
Et d'esprits tout nouveaux réchauffer ma pensée ;
Surtout, rendre à mon coeur ces tendres sentiments,
Ces transports, ces fureurs, ces précieuses larmes,
Qui de nos jours font l'unique printemps,
Et dont mon coeur usé ne connaît plus les charmes ?
Alors vous me verriez cent fois à vos genoux
Vous redire combien vous me semblez aimable ;
Vous jurer que le ciel me fit exprès pour vous ;
Que mon attachement serait tendre et durable ;
Que dans l'imagination
Quelque chose de sympathique
Prépare entre nous l'union
Par où l'amour au coeur souvent se communique ;
Enfin, sans vous chercher cent autres agréments,
Que vous avez tous les talents
Que je sens qu'il faut pour me plaire.
Ainsi je parlerois dans ces bienheureux temps ;
Mais je dois maintenant me taire.

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PELLUCHON-DESTOUCHES

LE CAS DE CONSCIENCE

Dame Calliste, aux pieds du père Hilaire,
De ses péchés disposant le fardeau,
Versait des pleurs, et lui disait: — Mon père !
Vous me voyez tremblante et toute en eau,
Sur certain cas dont il me reste à faire
Aveu naïf et pour moi tout nouveau.
Très bien savez que l'usage autorise...
Que dis-je? usage ! Eh ! vous-même à l'église
Traitez le don d'amoureux merci
Comme un tribut que femme bien apprise
Doit à son chef, en disant grand'merci.
Aussi, depuis qu'un heureux hyménée
A mon époux a joint ma destinée,
J'ai satisfait au plus doux des tributs
Avant-coureur du plaisir des élus.
Mais combien l'homme est pervers, et volage !
Entrelacé dans mes bras caressants,
Comme on le doit, pour flatter tous les sens
Pour l'ordinaire, il m'offrait son hommage.
Là, bouche à bouche, enchaînés, confondus,
Portant l'ivresse en ses sens éperdus,
Je recueillais ses soupirs au passage.
Ce tems n'est plus. Monsieur veut raffiner.
Et sans pudeur, hélas, me fait tourner
Ce que des Dieux le monarque suprême
Dans Ganymède admirait, ce dit-on ;
Ce que souvent, sans être son giton,
Montre au régent un morveux de sixième. »
- « Eh! dites-moi, reprit le Révérend,
Dans quel pertuis fait-il la douce affaire?
Est-ce devant, ou si c'est pas derrière? »
— « Que dites-vous ? poursuit en se signant
La pénitente. .. Oh ! par devant, mon père.
Et c'est toujours dans le vase ordinaire
Que l'arrosoir... » — « En ce cas, mon enfant,
Vous y gagnez, reprend le père Hilaire,
Et le scrupule, ici, n'est que chimère.
Saint Paul a dit que femme ayant époux,
Doit se soumettre au caprice de l'homme;
Et puis, d'ailleurs, de quoi vous plaignez-vous ?
Vous le voyez : tout chemin mène à Rome. »

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Raoul PONCHON

LES FEMMES ET LE PRINTEMPS

Il paraîtrait que le Printemps,
Si l'on en croit l'Histoire,
Etait jadis des plus constants,
Fatal, obligatoire.

C'était un héros gracieux,
Chanté par nos grands-pères,
Et sous ses pas délicieux
Naissaient les primevères.

Il arrivait, disant : " C'est moi ! "
Peu après le carème.
Et l'on sentait à quelque émoi
Qu'il était bien lui-même.

Les coeurs ainsi que les pavés
Sautaient comme des chèvres...
Et puis, des roses, vous savez,
Jaillissaient de ses lèvres.

Il vous berçait, vous dorlotait ;
Il vous rendait bien aise.
Ah ! le cher Printemps que c'était
Sous le roi Louis Seize !

" Qui n'a - Talleyrand me disait -
Vécu sous ce règne ivre,
Ne peut pas savoir ce que c'est
Que la douceur de vivre. "

Aujourd'hui, voyez mon cochon.
C'est un affreux bonhomme,
Plus sale et puant qu'un torchon,
Tout Printemps qu'il se nomme.

Ce ne sont plus que des crapauds
Qui sortent de sa bouche ;
Sa voix, qui vous faisait, dispos,
Tressaillir sur la couche,

N'est plus bonne à rien qu'à glapir
Le résultat des curses ;
Et, quand vous l'entendez sévir,
Croyez qu'il vous précurse

Des pestes et des choléras,
Des tremblements de terre,
Sans compter les et coeteras
D'huissier... d'apothicaire...

Alors, messieurs, puisqu'aussi bien
Ces heures sont infâmes,
Et puisque nous n'y pouvons rien,
Allons donc voir les femmes.

Les temps sont noirs ? Que fait cela ?
Les chères créatures
N'entrent pas dans ces détails-là,
Dans cette clémature.

Malgré cette absurde saison,
Malgré les cieux rebelles,
Elles sont, sans comparaison,
Mille et trois fois plus belles.

Elles ont même, en vérité,
- Dis-je une chose énorme ? -
Non seulement plus de beauté,
Mais aussi plus de " formes ".

Il faut qu'à chaque renouveau,
Et quelque temps qu'il fasse,
Cette pure image du Beau
Augmente encore en grâce.

C'est là le miracle profond,
La loi mystérieuse
Qu'il nous faut adorer du fond
De notre âme pieuse...

Maintenant, jeunes entêtés,
Avec vos temps de truies,
Qu'est-ce que vous nous embêtez ?...
Prenez vos parapluies.

Qu'importe nos cieux dégoûtants,
Chères femmes ! nos boues...
Si l'on respire le Printemps
Aux roses de vos joues.

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Tristan KLINGSOR

LES BELLES DAMES DE PARIS

Les belles dames de Paris
Ont de belles robes
Avec de grands cols à broderies
Sous les manteaux fourrés de haut prix.

Les belles dames de Paris
Du Pont-Neuf à la Concorde
Ont de beaux visages poudrés de riz
Et de mignonnes mains gantées de gris.

Mais elles ont mieux
Pour les galants audacieux,
Elles ont mieux encore
Que beaux habits et beaux yeux ;

Elles ont mieux que fraîches mines
Malicieuses de souris:
Elles ont de gracieux corps
Sous les chemises fines ;

Elles ont cuisses et jambes jolies
Et veloutées comme fleur ou fruit
Dans leur lit,
Les belles dames de Paris.

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Arlette GREGH (1882-1958)

Tu travailles, je rêve et poursuis près de toi
Le songe d'une joie ainsi continuée ;
Dans la brise d'hiver qui souffle, atténuée,
La nuit rôde, légère et bleue, au bord du toit.

Le silence, alentour de notre chambre, veille,
Et fait meileurs les mots amis que nous disons ;
Parfois dans l'âtre clair s'écroulent des tisons
Dont le flamboiement pourpre et blanc nous émerveille.

Et nous restons à regarder ainsi longtemps
Palpiter puis mourir, comme un coeur, cette braise ;
Notre amour enflammé, sans s'éteindre, s'apaise
Dans la sérénité tendre de ces instants.

Ah ! ce soir, nos destins sont échangés, ce soir
Parmi l'ombre secrète où nos âmes s'élancent,
Et si douces que soient nos voix dans le silence,
Nous renonçons aux mots de ferveur et d'espoir.

Car notre coeur n'est plus désormais solitaire ;
Nous n'aurons plus besoin pour nous être compris
D'entendre une voix chère aux aveux attendris ;
Nous nous aimons si bien que nous pouvons nous taire.
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Augustin De PILS (1755-1832)

LA BALANCOIRE

Il n'est pas de jeux innocens,

Fût-ce même au village.
Dès qu'on badine avec les sens

La vertu déménage.
J'en ai pour preuve en ce moment

L'histoire de Rosine
Qui se balançoit fréquemment

Dans la foret voisine.
Colas un jour s'étoit niché

Tout au haut d'un des chênes
Ou Rosine avoit attaché

Ses vagabondes chaînes.
Et là mon drôle entrevoyoit

Certaines grâces nues
Qu'en s'élevant elle croyait

Ne dévoiler qu'aux nues
« Amour, dit-il alors tout bas,

J'ai besoin de ton aide :
Du mal que me fait tant d'appas

Donne-moi le remède.
Pour lorgner tout, de mes deux yeux

En vain je fais usage
J'en vois trop peu pour être heureux

Et trop pour rester sage. »
Colas dit, et l'amour malin

Rompant la balançoire
Rosine en tombant montre en plein

Et i'ébène et l'y voire.
Du chêne, ardent comme un brasier

Colas se précipite
Et met ses doigts sur un rosier

Dont la fraîcheur l'irrite ;
N'y mit-il que les doigts ? holà !

Il faut de la décence.
Rosine depuis ce jour-là

Jamais ne se balance,
Et quand les filles, de ce jeu

Lui rappellent les charmes,
Rosine leur dit avec feu

Mais non sans quelques larmes
— « Ne croyez pas qu'à la santé

Ce jeu puisse être utile.
Car plus le corps est agité,

Moins le cœur est tranquille ;
L'honneur alors est en suspens

Et si la corde casse
Ce n'est jamais qu'à nos dépens

Que l'amour nous ramasse. »

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Etienne JODELLE

TOUCHE DE MAIN MIGNONNE

Touche de main mignonne, fretillarde,
Sur l'Instrument le plus doux en amour,
Qui peut chasser la plaintive clamour,
Sous un accord de plaisance gaillarde,

Et, au tenter d'une ruse pillarde,
Pince et blandit mainte corde à l'entour,
En l'animant d'agile brusque tour,
Par la vertu de sa voix babillarde.

Assez, assez, pour jouir à plaisir
Et commencer me tente le desir:
Tiens la mesure, ou sur mon Luth fredonne

Les doux accords des accordants débats;
Ce temps pendant, du pouvoir que me donne
Le long repos, je fournirai le bas.


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Pierre Jean de BERANGER

LE GRAND MARCHEUR

Je suis un marcheur agile ;
J'ai le pied bon, le corps sain.
A la campagne, à la ville,
Jour et nuit je vais grand train.
Leste et gai, j'enfile, j'enfile, j'enfile,
J'enfile droit mon chemin.

Lorsqu'une fille nubile
Devant moi trotte à dessin,
La poursuivre m'est facile...
Je cours, l'attrape, et soudain
Leste et gai, j'enfile, j'enfile, j'enfile,
J'enfile droit mon chemin.

Dans un sentier difficile,
J'avance la canne en main ;
Une pucelle indocile
Voudrait m'écarter en vain ;
Leste et gai, j'enfile, j'enfile, j'enfile,
J'enfile droit mon chemin.

Qu'un buveur, amant débile,
Marche d'un pas incertain,
Moi, pour plaire à ma Lucile,
Quoique souvent pris de vin,
Leste et gai, j'enfile, j'enfile, j'enfile,
J'enfile droit mon chemin.

Mon médecin, homme habile,
M'ordonne l'air du matin ;
Que vingt tendrons à la file
Se trouvent dans mon jardin,
Leste et gai, j'enfile, j'enfile, j'enfile,
J'enfile droit mon chemin.

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BEAUMARCHAIS (1732 - 1799)

L’ÉPOUSE A LA MODE

La jeune Elvire, à quatorze ans,
Livrée à des goûts innocents,
Voit, sans en deviner l'usage,
Eclore ses appas naissants ;
Mais l'amour, effleurant ses sens,
Lui dérobe un premier hommage :
Un soupir
Vient d'ouvrir
Au plaisir
Le passage ;
Un songe a percé le nuage.


Lindor, épris de sa beauté,
Se déclare ; il est écouté :
D'un songe, d'une vaine image,
Lindor est la réalité ;
Le sein d'Elvire est agité,
Le trouble a couvert son visage.
Quel moment
Si l'amant,
Plus ardent
Ou moins sage
Pouvait hasarder davantage !


Mais quel transport vient la saisir !
Cet objet d'un premier désir,
Qu'avec rougeur elle envisage,
Est l'époux qu'on doit lui choisir ;
On les unit :
Dieux ! quel plaisir !
Elvire en fournit plus d'un gage.
Les ardeurs,
Les langueurs,
Les fureurs,
Tout présage
Qu'on veut un époux sans partage.


Dans le monde, un essaim flatteur
Vivement agite son cœur ;
Lindor est devenu volage,
Lindor méconnaît son bonheur.
Elvire a fait choix d'un vengeur ;
Il la prévient, il l'encourage :
Vengez-vous ;
Il est doux,
Quand l'époux
Se dégage,
Qu'un amant répare l'outrage.


Voilà l'outrage réparé ;
Son cœur n'est que plus altéré
Des plaisirs le fréquent usage
Rend son désir immodéré ;
Son regard fixe et déclaré
A tout amant tient ce langage
Dès ce soir,
Si l'espoir
De m'avoir
Vous engage,
Venez, je reçois votre hommage.


Elle épuise tous les excès ;
Mais, au milieu de ses succès,
L'époux meurt, et, pour héritage,
Laisse des dettes, des procès.
Un vieux traitant demande accès :
L'or accompagne son message...
Ce coup d'œil
Est l'écueil
Ou l'orgueil
Fait naufrage :
Un écrin consomme l'ouvrage.


Dans ce fatal abus du temps
Elle a consumé son printemps ;
La coquette d'un certain âge
N'a plus d'amis, n'a plus d'amants :
En vain, de quelques jeunes gens
Elle ébauche l'apprentissage ;
Tout est dit,
L'amour fuit,
On en rit :
Quel dommage !...
Elvire, il fallait être sage.

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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