Petits poèmes érotiques.

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Charles CROS (1842-1888)

DANS LA CLAIRIÈRE

Pour plus d'agilité, pour le loyal duel,
Les témoins ont jugé qu'Elles se battraient nues.
Les causes du combat resteront inconnues ;
Les deux ont dit : Motif tout individuel.

La blonde a le corps blanc, plantureux, sensuel ;
Le sang rougit ses seins et ses lèvres charnues.
La brune a le corps d'ambre et des formes ténues ;
Les cheveux noirs-bleus font ombre au regard cruel.

Cette haie où l'on a jeté chemise et robe,
Ce corps qui tour à tour s'avance ou se dérobe,
Ces seins dont la fureur fait se dresser les bouts,

Ces battements de fer, ces sifflantes caresses,
Tout paraît amuser ce jeune homme à l'oeil doux
Qui fume en regardant se tuer ses maîtresses.

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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Antoine De BERTIN

À CATILIE

Va, ne crains pas que je l’oublie,
Ce jour, ce fortuné moment,
Où, pleins d’amour et de folie,
Tous les deux, sans savoir comment,
Dans un rapide emportement,
Nous fîmes le tendre serment
De nous aimer toute la vie.
Tu n’avais pas encor seize ans ;

Les jeux seuls occupaient ta naïve ignorance ;
Tes plaisirs étaient purs, et tes goûts innocents ;
L’œil baissé, tu voyais avec indifférence
S’arrondir de ton sein les trésors ravissants.
De ces dons précieux je t’enseignai l’usage ;
Je sentis sous mes doigts le marbre s’animer ;
La pudeur colora les lis de ton visage ;
Ton tendre cœur s’ouvrit au doux besoin d’aimer.

Te souvient-il de ces belles soirées,
Où dans le bois touffu nous respirions le frais ?
Entre ta sœur et ta mère égarées,
Mes mains savaient toujours rencontrer tes attraits ;
De mon bras gauche étendu par derrière,
Je te serrais mollement sur mon cœur ;
À leurs côtés je baisais ta paupière,
Et ce péril augmentait mon bonheur.

Enfin je l’ai cueilli ce prix de ma tendresse,
Que tes cris refusaient à mon juste désir ;
Tu sais avec combien d’adresse,
Malgré toi, par degrés, il fallut le saisir.
Tu frémis de douleur, tu répandis des larmes ;
Mais un dieu qui survint dissipa tes alarmes,
Et le plaisir guérit l’ouvrage du plaisir.
Prémices de l’amour, délicieuse ivresse,

Ah ! que ne durez-vous toujours !
Plaisirs, dont l’enfance intéresse,

Ne fuyez pas si vite ; arrêtez : qui vous presse ?
Votre aurore vaut seule un siècle de beaux jours.
Eh ! qui peut remplacer l’erreur enchanteresse
Où s’abandonne alors un amant éperdu ?

Le breuvage divin qu’a goûté sa maîtresse,
Le fruit que sa bouche a mordu,
Son baiser du matin, sa première caresse,
L’attente d’un bonheur mille fois suspendu,
Et ce mot si touchant, ce seul mot, je vous aime,
Est peut-être aussi doux que la volupté même.

Ô ma divinité suprême,
Prolongeons, s’il se peut, des moments aussi courts.
Laissons là la vieillesse et tous ses vains discours.
Je foule aux pieds ces biens que le vulgaire envie ;
Dans tes bras amoureux j’achèverais ma vie
Loin du bruit des cités et du faste des cours.

Transportez-moi sous le pôle du monde,
Dans ces déserts glacés, où, tout couvert de peaux,
Seul, errant tristement dans une nuit profonde,
Le Lapon, emporté sur de légers traîneaux,
Promène incessamment sa hutte vagabonde ;

Transportez-moi sous l’ardent équateur,
Dans les sables mouvants de l’inculte Libye :
Oui, j’aimerai toujours les yeux de Catilie ;
Oui, j’aimerai toujours son sourire enchanteur.

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Marie-Catherine DESJARDINS de VILLEDIEU (1632-1683)

JOUISSANCE

Aujourd'hui dans tes bras j'ai demeuré pâmée,
Aujourd'hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur
Triomphe impunément de toute ma pudeur
Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.


Ta flamme et ton respect m'ont enfin désarmée ;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d'honneur
Puisque j'aime Tirsis et que j'en suis aimée.


O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas
Les plaisirs les plus doux que l'on goûte ici-bas,
Apprenez les transports dont mon âme est ravie !


Une douce langueur m'ôte le sentiment,
Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,
Et c'est dans cette mort que je trouve la vie.

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Charles COLLÉ

LES PAYS BAS

Des marchands que le diable berce
Vont au Mexique, vont en Perse
Porter leurs pas.
Amants, sans faire de traverse,
Tenez-vous-en au doux commerce
Des Pays-Bas.

Ce n'est point ses épiceries,
Son tabac ni ses broderies
Dont on fait cas ;
Mais chemise fine et de Frise
Donne goût pour la marchandise
Des Pays-Bas.

Je connais un séminariste
Qui ne prend que là sa batiste
Pour ses rabats :
Il se croit plus adroit qu'un singe
De ne jamais laver de linge
Qu'aux Pays-Bas.

Qu'en Espagne et qu'en Italie
L'amour jaloux y multiplie
Les cadenas,
La république de Hollande
Donne une liberté plus grande
Aux Pays-Bas.

L'on a toujours là quelque intrigue:
Fille avec plaisir y prodigue
Tous ses appas ;
Et jamais, après ces délices,
Galant ne s'est plaint des malices
Des Pays-Bas.

L'esprit seul, sans changer de place,
Voyage, passe et puis repasse
En cent climats ;
Tel est l'amant dans son vieux âge:
Sa tendre idée encor voyage
Aux Pays-Bas.

Ceux que le beau sexe, avec joie,
Voit brûler en France, on les noie
Dans les Etats,
L'amour publie à son de trompe
Qu'il ne faut pas que l'on se trompe
Aux Pays-Bas.
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Jean-Louis Dubut De LAFOREST (1853-1902)

LA LÉGENDE DE KERDECK


C’est fête patronale au Kerdeck en Bretagne
Yvon roi des binious, Yvon jeune et charmant
Mène le bal et gai comme un appel d’amant
Le biniou fait vibrer la grève et la montagne

Seul Yvon chante encore vers le soleil mourant
Plus doux est son refrain, plus noire est la campagne
L’homme tremble d’amour quand du flot qui le gagne
Une femme s’élance et des bras l’entourant

Viens, dit-elle suis moi dans la plaine écumante
Je t’aime je serai ton éternelle amante
Je t’aime et veux t’offrir mes trésors les plus beaux

Par les soirs amoureux sous la vague berceuse
Le grand biniou redit sa chanson glorieuse
On dansait sur la terre, on danse au fond des eaux

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Alexis PIRON

LA PLUME D’AMOUR

Une femme avec son amant
Se donnait licence parfaite :
Elle tenait d'une main satisfaite
Ce sceptre, le premier vraiment ;
Beau sceptre qu'à prix d'or ni de sang on n'achète.
Pour un pareil joyau (je le dis franchement)
Si l'on pouvait en faire emplette,
Je combattrais comme un athlète,
Ou donnerais tout mon vaillant,
Mais reprenons notre aventure…


Certain Damon, survenu là,
Par le trou peu discret d'une large serrure,
Tranquille spectateur, regardait tout cela.
Le sceptre bas, notre amant se retire :
Verrous d'être ôtés doucement ;
Damon d'entrer, la dame de lui dire :
«Pardon, si vous avez attendu quelque instant,
J'écrivais.- Oh! repart avec un prompt sourire
Damon, que vous devez bénir votre destin!
C'est l'Amour qui vous fait écrire,
Vous aviez sa plume en la main!»

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Albert SAMAIN

TSILLA

C'était aux temps premiers où les brûlants archanges,
Qui volent d'astre en astre, un glaive d'or en main,
S'arrêtaient quelquefois pour s'unir en chemin
Aux filles de la terre en des noces étranges.

En ce temps-là vivait, puissant en sa fortune,
Sem-Nacor, et sa fille avait pour nom Tsilla
Et jamais nulle femme au monde n'égala
Ses cheveux ténébreux comme une nuit sans lune.

Or, un soir que Tsilla venait à la fontaine,
Sa cruche sur l'épaule, en un pas bien rythmé,
Elle vit, seul au bord d'un sentier parfumé,
Un étranger vêtu d'une grâce hautaine.

Sa bouche avait l'éclat de la grenade vive,
Et ses yeux regardaient avec tant de douceur
Que, ce soir-là, Tsilla, dont Naïm fut la sœur,
Revint de la fontaine à pas très lents, pensive.

Le lendemain, au jour tombant, comme la veille,
Un grand lis à la main, l'étranger était là ;
Quand la vierge apparut, il sourit et Tsilla,
Rose, s'épanouit comme une fleur vermeille*.

Ils causèrent ; leurs voix chantaient, mélancoliques ;
La lune découpait leurs ombres à leurs pieds ;
Et vers eux les chameaux tournaient, agenouillés,
La limpide douceur de leurs grands yeux obliques.

Et puis, un soir, à l'heure où le croissant émerge,
Dans l'ombre, au bruit lointain des chariots rentrant,
Tsilla, sous le frisson d'un palmier odorant,
Fit devant l'inconnu tomber sa robe vierge.

Ainsi devant le ciel Tsilla, fille d'un homme,
Connut, ayant quinze ans, Phaëlim, fils de Dieu ;
Et ceci se passait près d'Hesbon, au milieu
Du pays qui s'étend de Galad à Sodome.

Ils s'aimaient ; à travers leurs candides prunelles
Passait la grande extase où toute l'âme fond ;
L'infini se mirait dans leur amour profond,
Et leurs baisers chantaient par les nuits solennelles !

Dans le cœur de Tsilla brûlaient d'ardentes fièvres ;
Étreignant Phaëlim en ses bras langoureux,
Elle versait sur lui la nuit de ses cheveux
Et, des heures, buvait, immobile, à ses lèvres.

Parfois l'ange tendait l'aile comme une voile,
Et, fixant un point d'or dans l'azur enfoui,
Les amants y jetaient leur amour ébloui,
Et montaient, frissonnants, s'aimer dans une étoile.

Or, un soir, Tsilla dit d'une voix de prière
A Phaëlim : « Montons jusqu'au Soleil, veux-tu ? »
Et l'ange poursuivit son essor éperdu
Dans un ruissellement splendide de lumière.

Vol sublime ! A leurs yeux le feu bouillonnait, ivre ;
L'or s'écroulait sur l'or à flots précipités
Dans une cataracte énorme de clartés.
Et Tsilla regardait, pâle, le Soleil vivre…

Quand elle regagna la terre obscure encore,
Son passage à travers le sombre firmament
Derrière elle allumait tant d'éblouissement
Qu'au fond des bois courut le frisson de l'aurore

Car le soleil avait, au baiser de ses flammes,
Changé ses noirs cheveux en un grand fleuve d'or ;
Et c'est pourquoi Tsilla, fille de Sem-Nacor,
Fut blonde, la première, entre toutes les femmes.

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Albert SAMAIN

HERMAPHRODITE

Vers l'archipel limpide où se mirent les îles,
L'Hermaphrodite nu, le front ceint de jasmin,
Épuise ses yeux verts en un rêve sans fin;
Et sa souplesse torse empruntée aux reptiles,

Sa cambrure élastique, et ses seins erectiles
Suscitent le désir de l'impossible hymen.
Et c'est le monstre éclos, exquis et surhumain,
Au ciel supérieur des formes plus subtiles.

La perversité rôde en ses courts cheveux blonds.
Un sourire éternel, frère des soirs profonds,
S'estompe en velours d'ombre à sa bouche ambiguë

Et sur ses pâles chairs se traîne avec amour
L'ardent soleil païen, qui l'a fait naître un jour
De ton écume d'or, ô Beauté suraiguë
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Alexis PIRON

Tel qu'on voit le soleil, dans les jours les plus beaux,
Du plus haut de sa carrière,
Sur la surface des eaux,
Lancer, doubler sa lumière :
Tels, autour des flacons remplis d'un jus divin,
Les flambeaux d'une nuit si belle
Lançaient une clartée rebelle,
Qui semblait disputer au vin
Cet éclat ravissant dont un verre étincelle.
Dans le brillant cristal de ce verre enchanté,
Je m'enivrais d'un vin plus doux que l'ambroisie.
Et m'enivrais à la santé
D'une jeune et tendre beauté,
Qu'aussi bien que mon vin, les dieux avaient choisie,
Jusqu'à d'un fol amour ne va pas le transport !
J'ai, sur le rond d'un rouge bord,
Forcé ma belle amante à pencher son visage ;
Tandis que, l'oeil fixé sur ce joli tableau,
Je buvais lentement avec un chalumeau,
Pour abreuver ainsi mon coeur de son image.
Gens sages, s'il en est, donnez-moi mon congé ;
Aux Petites-Maisons, marquez ma résidence ;
Chassez-moi d'entre vous : je signe ma sentence ;
Mais gardez-vous d'aimer : je serais bien vengé!
J'aurais pourtant de l'indulgence,
Je frondais comme vous : Amour m'a corrigé,
Mon bonheur a fini par le bonheur suprême.

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Gabriel VICAIRE

PLATONISME

La chair de la Femme, argile extatique,
Nos doigts polluants la vont-ils toucher ?
Non, non, le Désir n'ose effaroucher
La Vierge Dormante au fond du Triptyque.

La chair de la Femme est comme un Cantique
Qui s'enroule autour d'un divin clocher,
C'est comme un bouton de fleur de pêcher
Éclos au Jardin de la nuit Mystique.

Combien je vous plains, mâles épaissis,
Rongés d'Hébétude et bleus de soucis,
Dont l'âme se vautre en de viles proses !

O sommeil de la Belle au Bois Dormant,
Je veux t'adorer dans la Paix des roses,
Mon angelot d'or, angéliquement.

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Gabriel MONTOYA

LA LEÇON DE SOLFÈGE

Ecoutez, et sachez comment,
L'an passé, j'appris la musique ;
C'est aussi drôle qu'un roman,
Plus simple qu'un tour de physique.
Notez bien que mon professeur
Etait d'abord un tout jeune homme
A la voix pleine de douceur...
Peut-être même un prix de Rome.

Dès le premier jour il me dit :
"Savez vous bien votre solfège ?"
- "Pas trop." Alors il répondit :
"Nous l'apprendrons, prenez un siège."
Et m'asseyant sur ses genoux
Sans que j'y fisse résistance :
"La musique doit entre nous,
Dit-il, supprimer la distance !"

J'obéis, n'y comprenant rien,
Songeant : "C'est peut-être la mode."
Lui me dit : "C'est pour votre bien
Que j'adopte cette méthode.
Prenons d'abord la clef de sol
Puisque vous n'êtes pas très forte,
Et sans dièze, ni bémol,
Nous ouvrirons la bonne porte !"

"Comment, fis-je, et la clef de fa,
L'apprendrons-nous bientôt ?" - "Gourmande.
Un peu plus tard sur le sopha,
Répondit-il à ma demande.
Pourquoi vouloir sauter d'un coup
Par-dessus les préliminaires ?
Cette ardeur nous promet beaucoup
De choses extraordinaires !"

Et sur la clef de sol d'abord
Quelques instants nous appuyâmes,
Exécutant avec transports
Une multitude de gammes ;
Tous les tons et les demi-tons,
Même les gammes chromatiques,
Dans le fourmillement des sons,
Dansaient des rondes fantastiques.

Bref, j'appris, et comme en rêvant,
Grâce à la nouvelle méthode,
Des morceaux longs et d'un savant...
Croyez-moi, l'autre est moins commode,
Car dans une heure j'avais fait,
C'est très fort, mais c'est véridique,
Plus de six fois l'accord parfait...
Depuis, j'adore la musique !

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VERLAINE

Tu n'es pas la plus amoureuse
De celles qui m'ont pris ma chair;
Tu n'es pas la plus savoureuse
De mes femmes de l'autre hiver.

Mais je t'adore tout de même !
D'ailleurs ton corps doux et bénin
A tout, dans son calme suprême,
De si grassement féminin,

De si voluptueux sans phrase,
Depuis les pieds longtemps baisés
Jusqu'à ces yeux clairs purs d'extase,
Mais que bien et mieux apaisés!

Depuis les jambes et les cuisses
Jeunettes sous la jeune peau,
A travers ton odeur d'éclisses
Et d'écrevisses fraîches, beau,

Mignon, discret, doux, petit Chose
A peine ombré d'un or fluet,
T'ouvrant en une apothéose
A mon désir rauque et muet,

Jusqu'aux jolis tétins d'infante,
De miss à peine en puberté,
Jusqu'à ta gorge triomphante
Dans sa gracile vénusté,

Jusqu'à ces épaules luisantes,
Jusqu'à la bouche, jusqu'au front
Naïfs aux mines innocentes
Qu'au fond les faits démentiront,

Jusqu'aux cheveux courts bouclés comme
Les cheveux d'un joli garçon,
Mais dont le flot nous charme, en somme,
Parmi leur apprêt sans façon.

En passant par la lente échine
Dodue à plaisir, jusques au
Cul somptueux, blancheur divine,
Rondeurs dignes de ton ciseau,

Mol Canova! jusqu'aux cuisses
Qu'il sied de saluer encor,
Jusqu’aux mollets, fermes délices,
Jusqu aux talons de rose et d'or!

Nos nœuds furent incoercibles?
Non, mais eurent leur attrait leur.
Nos feux se trouvèrent terribles?
Non, mais donnèrent leur chaleur.

Quant au Point, Froide? Non pas, Fraîche.
Je dis que notre « sérieux »
Fut surtout, et]e m'en pourlèche,
Une masturbation mieux,

Bien qu'aussi bien les prévenances
Sussent te préparer sans plus,
Comme l'on dit, d'inconvenances,
Pensionnaire qui me plus.

Et je te garde entre mes femmes
Du regret non sans quelque espoir
De quand peut-être nous aimâmes
Et de sans doute nous revoir.
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Charles BORDES (1711-1781)

LE BERGER

Chantons les amours de Lubin,
Nuit et jour il soupire en vain :
Hélas ! sans espérance.
Lise, pourtant, l'aime en secret ;
Mais il l'ignore, et n'oserait
Parler de sa, parler de sa,
Parler de sa constance.

Content d'admirer ses attraits,
Il n'ose approcher de trop près,
Tant Lubin est honnête :
Il croit, sans se rendre suspect,
Qu'on doit, à force de respect,
Mériter sa, mériter sa,
Mériter sa conquête.

Lise, un beau jour, d'un air coquet,
Lui dit: suis-moi dans le bosquet ;
Il court plein d'allégresse,
Charmé de pouvoir à l'écart,
Loin de tout importun regard,
Lui montrer sa, lui montrer sa,
Lui montrer sa sagesse.

Voyez, dit-il, cet instrument
Qui s'anime si tendrement,
Du coeur, c'est l'interprète.
Il dit ces mots d'un ton malin,
Et tout aussitôt dans sa main
Il lui mit sa, il lui mit sa,
Il lui mit sa musette.

Lise la prit nonchalamment ;
La belle était en ce moment
Assise sur l'herbette.
Ses jupons étaient un peu courts ;
Le berger s'enflammait toujours,
Il lui prit sa, il lui prit sa,
Il lui prit sa houlette.

Puis il alla cueillir le thym,
La violette et le jasmin,
Le muguet, la lavande.
Il revint tout chargé de fleurs,
Lise en respirait les odeurs,
Il lui mit sa, il lui mit sa,
Il lui mit sa guirlande.

Comme il en ornait ses beaux bras,
La belle ayant fait un faux pas,
Tomba sur la verdure ;
Ses blonds cheveux flottaient au vent ;
Lubin sans perdre un seul instant,
Lui remit sa, lui remit sa,
Lui remit sa coiffure.

Tandis qu'il prend un soin si doux,
Lise s'assied sur ses genoux
D'un petit air d'aisance.
Eh quoi, dit-il, seulette ici,
Sur un berger placée ainsi,
Sentez-vous sa, sentez-vous sa,
Sentez-vous sa prudence ?

Au village ils sont de retour,
Lise abjurant un sot amour ;
Et fier de sa prouesse,
Lubin s'écriait tout joyeux :
Peut-être, dans un an, ou deux,
J'obtiendrai sa, j'obtiendrai sa,
J'obtiendrai sa tendresse.


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Jean RICHEPIN

SONNET DU MOYEN ÂGE

Dans le décor de la tapisserie ancienne
La châtelaine est roide et son corsage est long.
Un grand voile de lin pend jusqu'à son talon
Du bout de son bonnet pointu de magicienne.

Aux accords d'un rebec* la belle musicienne
Chante son chevalier, le fier preux au poil blond
Qui combat sans merci le Sarrazin félon.
Elle garde sa foi comme il garde la sienne.

Il reviendra quand il aura bien mérité
De cueillir le lis blanc de sa virginité.
Peut-être il restera dix ans, vingt ans loin d'elle.

Et s'il ne revient pas, s'il périt aux lieux saints,
Elle mourra dans son serment, chaste et fidèle,
Et nul n'aura fondu la neige de ses seins.

* ancêtre du violon

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Mathieu De MONTREUIL

Nous aurons trop de temps pour amasser des fleurs,
Ménageons ce moment, adorable Sylvie,
Ta jalouse est absente, et ta sœur l’a suivie.
Avant qu’elle revienne, allège mes langueurs.

Laisse-là tous ces lys, ces œillets et ces roses,
À quoi voudrais-tu t’amuser ?
Crois-moi, ce sont deux douces choses :
Tromper ta mère, et nous baiser.

Ne me laisse pas davantage
À la merci des maux que me donne l’amour,
Je suis dans ce jardin devant le point du jour
Afin de t’attendre au passage.

Je sais que si matin je ne t’y verrai pas ;
Mais ce lieu m’est plus doux que le lit où je couche,
Et je ne puis soûler ni mes yeux ni ma bouche
De voir et de baiser la trace de tes pas.

En t’attendant ici tout charme mes esprits,
Tout me paraît avoir je ne sais quelle grâce,
Ce petit tapis vert que nous avons fait gris,
Et cette herbe séchée aux lieux où je t’embrasse.

Ce fossé qui s’éboule à l’endroit où je passe,
Renouvelle en mon cœur un doux ressouvenir ;
Et ce gazon tombé me plaît mieux qu’en sa place,
Parce que c’est par là que tu dois revenir.

Mais que mal à propos mon amour t’entretient !
Sylvie, approche-toi, que je t’en fasse excuse.
Je te pressais tantôt, à présent je m’amuse,
Et je ne songe pas que ta mère revient.

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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