Petits poèmes érotiques.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » ven. 12 nov. 10, 19:19


Antoine De BERTIN

Tout s’anime dans la nature.
Doux Avril, tu descends des airs :
Vénus détache sa ceinture ;
Les fleurs émaillent la verdure,
Et l’oiseau reprend ses concerts.
Quittez le brouillard de la ville
Et ses embarras indiscrets ;
Paisible habitant du marais,
Courez, dans ce vallon fertile
Qu’ont embelli Flore et Cérès,
De la campagne renaissante
Respirer les douces odeurs,
Et sur l’épine blanchissante
Cueillir ses premières faveurs.
Aux champs le printemps vous appelle :
Ah ! profitez de ses beaux jours.
Heureux favori des amours,
C’est pour vous qu’il se renouvelle :
Pour moi la peine est éternelle,
Et l’hiver durera toujours.


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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » sam. 13 nov. 10, 12:24

André CHÉNIER

L’AMOUR ET LE BERGER

Loin des bords trop fleuris de Gnide et de Paphos,
Effrayé d'un bonheur ennemi du repos,
J'allais, nouveau pasteur, aux champs de Syracuse
Invoquer dans mes vers la nymphe d'Aréthuse,
Lorsque Vénus, du haut des célestes lambris,
Sans armes, sans carquois, vint m'amener son fils.
Tous deux ils souriaient : " Tiens, berger, me dit-elle,
Je te laisse mon fils, sois son guide fidèle ;
Des champêtres douceurs instruis ses jeunes ans ;
Montre-lui la sagesse, elle habite les champs. "
Elle fuit. Moi, crédule à cette voix perfide,
J'appelle près de moi l'enfant doux et timide.
Je lui dis nos plaisirs et la paix des hameaux ;
Un dieu même au Pénée abreuvant des troupeaux ;
Bacchus et les moissons ; quel dieu, sur le Ménale,
Forma de neuf roseaux une flûte inégale.
Mais lui, sans écouter mes rustiques leçons,
M'apprenait à son tour d'amoureuses chansons :
La douceur d'un baiser et l'empire des belles ;
Tout l'Olympe soumis à des beautés mortelles ;
Des flammes de Vénus Pluton même animé ;
Et le plaisir divin d'aimer et d'être aimé.
Que ses chants étaient doux ! je m'y laissai surprendre.
Mon âme ne pouvait se lasser de l'entendre.
Tous mes préceptes vains, bannis de mon esprit,
Pour jamais firent place à tout ce qu'il m'apprit.
Il connaît sa victoire, et sa bouche embaumée
Verse un miel amoureux sur ma bouche pâmée.
Il coula dans mon cœur ; et, de cet heureux jour,
Et ma bouche et mon coeur n'ont respiré qu'amour.
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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » lun. 15 nov. 10, 11:32

André CHÉNIER

Abel, doux confident de mes jeunes mystères,
Vois, mai nous a rendu nos courses solitaires.
Viens à l'ombre écouter mes nouvelles amours ;
Viens. Tout aime au printemps, et moi j'aime toujours.
Tant que du sombre hiver dura le froid empire,
Tu sais si l'aquilon s'unit avec ma lyre.
Ma Muse aux durs glaçons ne livre point ses pas ;
Délicate, elle tremble à l'aspect des frimas,
Et près d'un pur foyer, cachée en sa retraite,
Entend les vents mugir, et sa voix est muette.
Mais sitôt que Procné ramène les oiseaux,
Dès qu'au riant murmure et des bois et des eaux,
Les champs ont revêtu leur robe d'hyménée,
A ses caprices vains sans crainte abandonnée,
Elle renaît ; sa voix a retrouvé des sons ;
Et comme la cigale, amante des buissons,
De rameaux en rameaux tour à tour reposée,
D'un peu de fleur nourrie et d'un peu de rosée,
S'égaye, et, des beaux jours prophète harmonieux,
Aux chants du laboureur mêle son chant joyeux ;
Ainsi, courant partout sous les nouveaux ombrages,
Je vais chantant Zéphyr, les nymphes, les bocages,
Et les fleurs du printemps et leurs riches couleurs,
Et mes belles amours, plus belles que les fleurs.

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Message par andré » mer. 17 nov. 10, 8:09

Jean RICHEPIN

AU THEÂTRE

Nous n'étions pas au fond d'une baignoire obscure,
Mais en pleine avant-scène. Oh ! J'ai mal conservé
Dans ma mémoire si l'on jouait de l'herVé
ou du Donizetti : je n'en avais pas cure.

Nous nous tenions la main. Je sentais la piqûre
Du désir s'enfoncer dans mon coeur énervé ;
Et le désir croissait, de se voir observé.
Oh ! L'âpre volupté que le danger procure !

Nous aurions pu si bien nous embrasser chez nous,
Où j'aurais mis ton corps tout nu sur mes genoux
Pour te porter au lit comme un enfant qu'on couche.

Mais ici, c'était fou ! Tous ces yeux à l'entour !
Soudain je fis claquer mon baiser sur ta bouche,
Et ce baiser valait toute une nuit d'amour.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » mer. 17 nov. 10, 8:11

Raoul PONCHON

LA GREVE DES POSTIERS

Braves postiers, qui vous mettez en grève,
Quel soluble rêve
Caressez-vous ?
Contre l’Etat, ô vous si doux naguère,
Partir en guerre !
Vous êtes fous.

Votre désir est de parer sans doute,
Coûte que coûte,
Au plus urgent.
Vous voudriez -disons-le sans vergogne -
Moins de besogne
Et plus d’argent.

Ah ! Seigneur ! Voilà bien; pauvres hommes,
Où nous en sommes
A peu près tous.
Vous demandez le travail de huit heures,
Ou de sept heures.
Et bien, et nous ?…

Si je tenais seulement pour une heure
L’assiette au beurre,
Croyez ceci :
Que je voudrais doubler votre salaire
Rudimentaire,
Le mien aussi.


Vous ne touchez en or, argent et bronze,
Dites-vous, qu’onze
A douze cents.
Évidemment, ce n’est pas la fortune.
Triste pécune
Aux temps présents ?

Pour peu que vous ayez femme et mioches
Que d’anicroches,
O Dieu vivant !
A ce prix-là je crois que plus ils jeûnent
Qu’ils ne déjeunent,
Le plus souvent.

Votre métier est dur et j’en soupire ;
J’en sais de pire,
Croyez-le bien.
Il est de vos semblables, de vos frères,
Comme honoraires,
Ne touchant rien.

Vous vous plaignez de dévorer l’espace,
Tel temps qu’il fasse,
Clopin-clopant,
Et de peiner, et d’avoir la peau bise,
Et par la bise,
Et par le vent.

Ce n’est pas gai, certes, mais la froidure
Non plus ne dure,
O mécontents !
Et vous vous rattrapez de belle sorte,
Quand vous conforte
Le doux printemps.

Et l’on vous voit, trottinant par la ville,
D’un pas agile
Et guilleret.
A ces moments ne pèsent plus vos boîtes
Que des ouates,
On le dirait.

Pensez toujours à ceux qui languissent,
Et qui moisissent,
Sur des papiers,
En des bureaux, depuis leur plus bel âge,
Sans faire usage
De leurs deux pieds !

Pour quant à moi dont tout autre est la vie
Je vous envie,
En vérité.
Vivre en plein air, faire de l’exercice,
C’est un délice,
C’est la santé !

Et, bien qu’en aient - que je crois innombrables -
Des honorables
Contradicteurs,
On voit bien moins vieillir, sur notre terre,
Des ministères
Que de facteurs.

Reprenez donc dès demain vos services.
S’il est des vices
Dans le contrat,
Soyez certains que bientôt sans secousse,
Tout à la douce,
S’arrangera.

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Message par andré » jeu. 18 nov. 10, 17:28

Jean RICHEPIN

Son corps est d'un blanc monotone
Comme la neige sur les champs ;
Mais sa toison semble un automne
Doré par les soleils couchants.

Ses seins droits ont la pointe aigüe
Ainsi que la ronce des murs
Et sont froids comme la ciguë
Plein de poissons doux et sûrs.

Dire l'odeur de sa peau fraîche,
Aucun parfum ne le saurait,
Ni le foin séché
Dans la crèche
Ni l'haleine d'une forêt,

Ni le thym ni la marjolaine,
Ni le muguet, ni le cresson
Nourri des pleurs de la fontaine
Et tout baigné de sa chanson,

Ni le repli des coquillages
Qui garde un arôme énervant,
Souvenance d'anciens sillages,
D'algues, de marée et de vent.

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » sam. 20 nov. 10, 19:25

Robbé De BEAUVESET (1714-1794)

ÉPIGRAMME

Un Directeur, suppôt des plus zélés,
Pour les autels des deux enfants ailés,
D'un vieux mari, à la gente soubrette,
Voulut planter l'antiphysique aigrette.
"La belle enfant, ça, dit-il, tourne-toi
Que pour varier je m'escrime en levrette.
Y gagneras un bon pouce de roi.
- Je le veux bien, dit la belle Angélique,
Mais n'allez pas à Vénus faire un vol
Et vous trompant par erreur jésuitique,
Ne prenez pas Saint Pierre pour Saint Paul.
- Ah, double impie ! à l'instant repart l'autre,
Dis-moi, prends-tu ton cul pour un apôtre ?
______________________


Laus de BOISSY

ÉPIGRAMME

Un Florentin auprès de sa maîtresse,
Un certain jour, par goût de changement,
Pour attaquer la forteresse,
S'apprêtait à poser le mineur * par devant.
La donzelle surprise, arrête court mon homme ;
Quoi ! (dit-elle) par-là ! mon cher, y pensez-vous ?
Ah ! (reprit-il) rassurez-vous ;
Plus d'un chemin conduit à Rome.
__________________________


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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » sam. 20 nov. 10, 19:33

FABERT François

Un jour je t'avais vue à l'heure du goûter
Embrasser ton amie aussi nue que toi
Et poser sur ses seins tes pointes érigées
Tandis qu'elle frottait sur ta fauve toison
Son pubis épilé Et vous restiez ainsi
Tendrement enlacées vos vêtements épars
Au soleil de la chambre et les rideaux ouverts
Aux cris des hirondelles C'est ma sœur disais-tu
Attends-moi là Je suis à toi dans un instant
Et le jardin touffu était seul à entendre courbant
De vos souffles mêlés la bienheureuse attente
De vos cris éperdus l'amoureuse cantate


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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » lun. 22 nov. 10, 16:36

Louis ARAGON

La belle que voici va-t'en de porte en porte
Apprendre si c'est moi qui t'avais oubliée
Tes yeux ont la couleur des gerbes que tu portes
Le printemps d'autrefois fleurit ton tablier

Notre amour fut-il feint notre passion fausse
Reconnaissez ce front ce ciel soudain troublé
Par un regard profond comme parfois la Beauce
Qu'illumine la zizanie au coeur des blés

N'a-t-elle pas ces bras que l'on voit aux statues
Au pays de la pierre où l'on fait le pain blond
Douce perfection par quoi se perpétue
L'ombre de Jean Racine à la Ferté-Milon

Le sourire de Reims à ses lèvres parfaites
Est comme le soleil à la fin d'un beau soir
Pour la damnation des saints et des prophètes
Ses cheveux de Champagne ont l'odeur du pressoir

Ingres de Montauban dessina cette épure
Le creux de son épaule où s'arrête altéré
Le long désir qui fait le trésor d'une eau pure
A travers le tamis des montagnes filtré

Ô Laure l'aurait-il aimée à ta semblance
Celle pour qui meurtrie aujourd'hui nous saignons
Ce Pétrarque inspiré comme le fer de lance
Par la biche échappée aux chasseurs d'Avignon

Appelez appelez pour calmer les fantômes
Le mirage doré de mille-et-un décors
De Saint-Jean-du-Désert aux caves de Brantôme
Du col de Roncevaux aux pentes du Vercors

Il y a dans le vent qui vient d'Arles des songes
Qui pour en parler haut sont trop près de mon coeur
Quand les marais jaunis d'Aunis et de Saintonge
Sont encore rayés par les chars des vainqueurs

Le grand tounoi des noms de villes et provinces
Jette un défi de fleurs à la comparaison
Qui se perd dans la trace amoureuse des princes
Confond dans leur objet le rêve et sa raison

O chaînes qui barraient le ciel et la Durance
O terre des bergers couleur de ses raisins
Et Manosque si doux à François roi de France
Qu'il écrivit son nom sur les murs sarrasins

Moins douce que tu n'es ma folle ma jalouse
Qui ne sait pas te reconnaître dans mes vers
Arrêtons-nous un peu sur le seuil de Naurouze
Où notre double sort hésite entre deux mers

Non tu veux repartir comme un chant qui s'obstine
Où t'en vas-tu déjà passé le Mont Ventoux
C'est la Seine qui coule en bas et Lamartine
Rêve à la Madeleine entre des pommiers doux

Femme vin généreux berceuse ou paysage
Je ne sais plus vraiment qui j'aime et qui je peins
Et si ces jambes d'or si ces fruits de corsage
Ne sont pas au couchant la Bretagne et ses pins

Gorgerin de blancheur où ma bouche mendie
Cidre et lait du bonheur plénitude à dormir
Pour toi se crèveront secrète Normandie
Les soldats en exil aux ruines de Palmyre

Je ne sais plus vraiment où commencent les charmes
Il est de noms de chair comme les Andelys
L'image se renverse et nous montre ses larmes
Taisez-vous taisez-vous Ah Paris mon Paris

Qu'importe que je meure avant que se dessine
Le visage sacré s'il doit renaître un jour
Dansons ô mon enfant dansons la capucine
Ma patrie est la faim la misère et l'amour

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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par andré » jeu. 25 nov. 10, 19:21

Nicole Estienne LIÉBAUT

Muses, qui chastement passez votre bel âge
Sans vous assujétir aux loix du mariage,
Sachant combien la femme y endure de mal,
Favorisez-moi tant que je puisse décrire
Les travaux continus et le cruel martyre
Qui sans fin nous tallonne en ce joug nuptial.

Du soleil tout voyant la lampe journalière
Ne saurait remarquer, en faisant sa carrière,
Rien de plus misérable et de plus tourmenté
Que la femme sujette à ces hommes iniques
Qui, dépourvus d’amour, par leurs loix tyraniques,
Se font maîtres du corps et de la volonté.

Ô grand Dieu tout-puissant ! si la femme, peu caute (1)
Contre ton saint vouloir avoit fait quelque faute,
Tu la devais punir d’un moins aigre tourment ;
Mais, las ! ce n’est pas toi, Dieu rempli de clémence,
Qui de tes serviteurs pourchasses la vengeance :
Tout ce malheur nous vient des hommes seulement.

Voyant que l’homme était triste, mélancolique,
De soi-même ennemi, chagrin et fantastique,
Afin de corriger ce mauvais naturel,
Tu lui donnas la femme, en beautés excellente,
Pour fidèle compagne, et non comme servante,
En chargeant à tous deux un amour mutuel.

Ô bien heureux accord ! ô sacrée alliance !
Present digne des cieux, gracieuse accointance,
Pleine de tout plaisir, de grâce et de douceur,
Si l’homme audacieux n’eut, à sa fantaisie,
Changé tes douces lois en dure tyrannie
Ton miel en amertume, et ta paix en rigueur !

À peine maintenant sommes-nous hors d’enfance,
Et n’avons pas encor du monde connaissance,
Que vous tâchez dejà par dix mille moyens,
Par présents et discours, par des larmes contraintes,
À nous embarasser dedans vos labyrintes,
Vos cruelles prisons, vos dangereux liens.

Et comme l’oiseleur, pour les oiseaux attraire
En ses pipeuses rets (2), sait sa voix contrefaire,
Aussi vous, par écrits cauteleux (1) et rusés,
Faites semblant d’offrir vos bien humbles services
À nous, qui, ne sachant vos fraudes et malices,
Ne pensons que vos cœurs soient ainsi déguisés.

Nous sommes votre cœur, nous sommes vos maîtresses
Ce ne sont que respects, ce ne sont que caresses ;
Le ciel, à vous ouïr, ne vous est rien au pris ;
Puis vous savez donner quelque anneau, quelque chaîne,
Pour nous réduire après en immortelle gêne.
Ainsi par des appas le poisson se sent pris.

Mais quelle deité ne serait point surprise
En vous voyant user de si grande feintise ?
Et voyant de vos yeux deux fontaines couler,
Qui penserait, bon Dieu ! qu’un si piteux visage,
Avec la cruauté d’un déloyal courage,
Couvassent le poison sous un brave parler ?

Ainsi donc, nous laissons la douceur de nos mères,
La maison paternelle, et nos sœurs et nos frères,
Pour à votre vouloir, pauvrettes, consentir ;
Et un seul petit mot promis à la légère
Nous fait vivre à jamais en peine et en misère,
En chagrin et douleur par un tard repentir.

Le jour des noces vient, jour plein de fâcherie,
Bien qu’il soit déguisé de fraude et tromperie,
Borne de nos plaisirs, source de nos tourments.
Si de bon jugement nos âmes sont atteintes,
Nous découvrons à l’œil que ces liesses feintes
Ne servent en nos maux que de déguisement.

Le son des instruments, les chansons nompareilles,
Qui d’accords mesurés ravissent les oreilles,
Les chemins tapissés, les habits somptueux,
Les banquets excessifs, la viande excellente,
Semblent représenter la boisson mal plaisante,
Où l’on mêle parmi quelque miel gracieux.

Encore maintenant, pour faire un mariage,
On songe seulement aux biens et au lignage,
Sans connaître les mœurs et les complexions ;
Par ainsi, ce lien trop rigoureux assemble
Deux contraires humeurs à tout jamais ensemble,
Dont viennent puis après mille discensions.

On ne saurait penser combien la jeune femme
Endure de tourment et au corps et à l’âme,
Sujette à un vieillard rempli de cruauté
Qui jouit à son gré d’une jeunesse telle
Pour ce qu’il la veut faire ou dame ou damoiselle,
Et pour ce qu’il est grand en biens et dignité.

Lui qui avait coutume auparavant, follâtre,
De diverses amours ses jeunes ans ébattre,
Entretenant sa vie en toute oisiveté,
Se sent or’ accablé de quelque mal funeste,
Qui, malgré qu’il en ait, dans son lit le moleste,
Assez digne loyer de sa lubricité.

La femme prend le soin d’apprêter les viandes
Qui au goût du vieillard seront les plus friandes,
Sans prendre aucun repos ni la nuit ni le jour ;
Et lui, se souvenant de sa folle jeunesse,
Si tant soit peu sa femme aucune fois le laisse,
Pense qu’elle lui veut jouer un mauvais tour.

Et lors c’est grand pitié : car l’âpre jalousie
Tourmente son esprit, le met en frénésie,
Et chasse loin de lui tout humain sentiment.
Les plus aigres tourments des âmes criminelles
Ne sont pour approcher des peines moins cruelles
Que cette pauvre femme endure injustement.

Aussi voit-on souvent qu’un homme mal-habile,
Indigne, épousera quelque femme gentille,
Sage, de rare esprit et de bon jugement,
Mais lui, ne faisant cas de toute sa science
(Comme la cruauté suit toujours l’ignorance),
L’en traitera plus mal et moins humainement.

Au lieu que si c’était un discret personnage,
Qui avec le savoir eut de raison l’usage,
Il la rechercherait et en ferait grand cas,
Se réputant heureux que la grâce divine
D’un don si precieux l’aurait estimé digne.
Mais certes un tel homme est bien rare ici-bas.

Si le cynique grec, au milieu d’une ville,
N’en peut trouver un seul entre plus de dix mille,
Tenant en plein midi la lanterne en sa main,
Je pense qu’il faudrait une torche bien claire
En ce temps corrompu, et se pourrait bien faire
Qu’on dépenserait le temps et la lumière en vain.

Car vraiment c’est l’esprit et cette âme divine,
Reconnaissant du ciel sa première origine,
Qui fait le vertueux du nom d’homme appeller,
Et non pas celui-là qui seulement s’arrête
Au corruptible corps, commun à toute bête
Qui vit dessous les eaux, sur la terre ou en l’air.

Il serait donc besoin de grande prévoyance
Ainsi que faire un accord d’une telle importance,
Qui ne peut seulement que par mort prendre fin,
Attendu pour certain que ce n’est chose aisée,
À quelque homme que soit une femme épousée,
De la voir sans ennui, sans peine et sans chagrin.

S’elle en épouse un jeune, en plaisirs et liesse,
En délices et jeux passera sa jeunesse,
Dépensera son argent sans qu’il amasse rien.
Bien que sa femme soit assez gentille et belle,
Si aura-il toujours quelque amie nouvelle,
Et sera reputé des plus hommes de bien.

Car c’est par ce moyen que l’humaine folie
A du grand Jupiter la puissance établie,
Pour ce que, méprisant sa Junon aux beaux yeux,
Sans esclaver son cœur sous le joug d’hymenée,
Suivant sa volonté lâche et désordonnée,
Il sema ses amours en mille et mille lieux.

Et quoi ! voyons-nous pas qu’ils confessent eux-mêmes,
Si l’on se sent épris de quelque amour extrême,
Pour en être délivré il se faut marier,
Puis, sans avoir égard à serment ni promesses,
Faire ensemble l’amour à diverses maîtresses,
Et non en un endroit sa volonté fier.

Si c’est quelque pauvre homme, hélas ! qui pourrait dire
La honte, le mépris, le chagrin, le martyre
Qu’en son pauvre ménage il lui faut endurer !
Elle seule entretient sa petite famille,
Elève ses enfans, les nourrit, les habille,
Contre-gardant son bien pour le faire durer.

Et toutes fois encor l’homme se glorifie
Que c’est par son labeur que la femme est nourrie,
Et qu’il apporte seul ce pain à la maison.
C’est beaucoup d’acquérir, mais plus encor je prise
Quand l’on sçait sagement garder la chose acquise :
L’un dépend de fortune, et l’autre de raison.

S’elle en épouse un riche, il faut qu’elle s’attende
D’obéir à l’instant à tout ce qu’il commande,
Sans oser s’enquérir pour quoi c’est qu’il le fait.
Il veut faire le grand, et, superbe, dédaigne
Celle qu’il a choisie pour épouse et compagne,
En faisant moins de cas que d’un simple valet.

Mais que lui peut servir d’avoir un homme riche,
S’il ne laisse pourtant d’être vilain et chiche ?
S’elle ne peut avoir ce qui est de besoin
Pour son petit ménage ? Ou si, vaincu de honte,
Il donne quelque argent, de lui en rendre compte,
Comme une chambrière, il faut qu’elle ait le soin.

Et cependant monsieur, étant en compagnie,
Assez prodiguement ses écus il manie,
Et hors de son logis se donne du bon temps ;
Puis, quand il s’en revient, fâché pour quelque affaire,
Sur le seuil de son huis laisse la bonne chère (3)
Sa femme a tous les cris, d’autres le passe-temps.

Il cherche occasion de prendre une querelle,
Qui sera bien souvent pour un bout de chandelle,
Pour un morceau de bois, pour un verre cassé.
Elle, qui n’en peut mais, porte la folle enchère,
Et sur elle à la fin retombe la colère
Et l’injuste courroux de ce fol insensé.

Ainsi de tous côtés la femme est misérable,
Sujette à la merci de l’homme impitoyable,
Qui lui fait plus de maux qu’on ne peut endurer.
Le captif est plus aise, et le pauvre forçaire (4)
Encor en ses malheurs et l’un et l’autre espère ;
Mais elle doit sans plus à la mort espérer.

Ne s’en faut ébahir, puis qu’eux, pleins de malice,
N’ayant autre raison que leur seule injustice,
Font et rompent les lois selon leur volonté,
Et, usurpants tous seuls, à tort, la seigneurie
Qui de Dieu nous était en commun départie,
Nous ravissent, cruels ! la chère liberté.

Je laisse maintenant l’incroyable tristesse
Que cette pauvre femme endure en sa grossesse ;
Le danger où elle est durant l’enfantement,
La charge des enfans, si pénible et fâcheuse ;
Combien pour son mari elle se rend soigneuse,
Dont elle ne reçoit pour loyer que tourment.

Je n’aurai jamais fait si je veux entreprendre,
Ô Muses ! par mes vers de donner à entendre
Et notre affliction et leur grand’ cruauté,
Puis, en renouvellant tant de justes complaintes,
J’ai peur que de pitié vos âmes soient atteintes,
Voyant que votre sexe est ainsi maltraité.



(1) prenant ses précautions, prévoyant : du latin cautus
(2) filets
(3) sur le seuil de sa maison laisse son bon visage
(4) forcer - en occitan : viol aggravé


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Opaline
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Re: Petits poèmes érotiques.

Message par Opaline » jeu. 25 nov. 10, 21:38

Ce poème a déjà été posté
Posté: 19 Juil 2010, 16:36
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