"Le seigneur des porcheries"

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Invitée3
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Message par Invitée3 » lun. 23 mai 05, 3:08

Je l'ai découvert dès sa parution chez Gallimard en 1998. En premier le titre "Le seigneur des porcheries" que j'ai trouvé superbe puis la jaquette recouvrant la fameuse collection blanche : une photo sépia de Dorothea Lange (elle a photographié le peuple victime de la grande dépression de 1930 aux Etats Unis et chacun à en mémoire "Migrant Mother", extraordinaire portrait d'une mère miséreuse entourée de ses jeunes enfants) montrant un homme qui, du revers de sa main, cache sa bouche. Je l'ai acheté, sidérée par le style flamboyant, presque baroque des vingt cinq premières pages, qui n'est pas sans rappeler celui de William Faulkner . Commencé en début de soirée, je n''ai plus laché cette merveille jusqu'au lever du jour. L'écriture est époustouflante, dans un rythme, une richesse extrèmement dense, l'auteur maîtrisant tour à tour chaque personnage, les paysages, l'ambiance, la misère de cette Amérique exsangue dans un souci du détail qui vous laisse abasourdi, la tête foisonnante de bruits, de villes, de féraille, d'odeurs et de l'histoire de John, le tenace et si particulier seigneur des porcheries. La critique virulente et crue d'une société américaine, raciste, bigote et alcoolique est sans concession à travers le calvaire du petit John qui mourra dans des conditions plusque suspectes.

Tristan Egolf a 26 ans, il survit dans Paris, son manuscrit refusé par 70 éditeurs. Dans un café, il rencontre une jeune femme, lui dit qu'il écrit et elle emporte le manuscrit. Or, elle est la fille de Patrick Modiano l'écrivain et lecteur chez Gallimard. Enthousiasmé, Modiano le fait éditer . Le succès du livre sera mondial.

En 2002, Tristan Egolf sort un second livre "Jupons et violons" dont l'écho est quasi confidentiel. Rentré aux USA, tout en écrivant son 3ème livre, Tristan Egolf s'engage dans un activisme politique, souvent spectaculaire, dénoncant la torture en Irak et son anti Bush viscéral.

Le 7 mai 2005, il se suicide d'une balle dans la tête. Il avait 33 ans.
Cela me touche infiniment davantage que d'apprendre que Saddam Hussein écrit ses mémoires, que Ludovic Chancel s'offre au voyeurisme chez Ardisson ou que Patrick Sébastien
sorte un livre où il relate ses soirées échangistes avec des célébrités dissimulées sous des pseudos.

" ... il avait su avec certitude que rien n'était fini, que John n'était pas dansun monde meilleur, et qu'un objet en mouvement tend à rester en mouvement. Un seigneur au repos tend à se retourner dans sa tombe."

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Danaelle
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Message par Danaelle » lun. 23 mai 05, 7:59

Oh l'image!

....et merci pour ce compte rendu de lecture qui donne vraiment envie de lire ce livre (mis sur ma liste "fnac" :clinoeil:)

Invitée3
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Message par Invitée3 » lun. 23 mai 05, 12:50

Danaelle a écrit:
Oh l'image!

....et merci pour ce compte rendu de lecture qui donne vraiment envie de lire ce livre (mis sur ma liste "fnac" :clinoeil:)
oup's l'image! Pardon j'aurais du la réduire :clinoeil:

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