Centenaire de la naissance de Jean-Paul Sartre

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Invitée3
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Centenaire de la naissance de Jean-Paul Sartre

Message par Invitée3 » ven. 10 juin 05, 18:07

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Jean-Paul Sartre est né le 21 juin 1905 à Paris. Son père meurt alors qu’il a un peu plus d’un an.
Brillant élève, il est reçu à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm en août 1924. Il est agrégé en philosophie en 1929 pui enseigne la philosophie au lycée du Havre, à Laon, au lycée Pasteur de Neuilly, au lycée Condorcet à Paris, carrière d’enseignant à laquelle il met fin en juin 1944 pour se consacrer à l’écriture et son engagement politique.

Héritier de Descartes et influencé par les philosophes allemands Hegel, Husserl, Marx et Heidegger, Jean-Paul Sartre publie en 1943 son œuvre philosophique majeure, « L'Etre et le Néant » . Ce traité de l'existentialisme athée, d'un abord difficile car s'adressant aux philosophes, aborde les rapports entre conscience et liberté. Il s'articule autour des thèmes de la conscience, de l'existence, du pour-soi (manière d'être de l'existant), de la responsabilité de l'être-en-situation, de l'angoisse lorsque la conscience appréhende l'avenir face à sa liberté, de la liberté d'échapper à l'enchaînement des causes et déterminations naturelles, du projet lorsque la conscience se projette vers l'avenir.

Pour Jean-Paul Sartre, Dieu n'existe pas, les hommes n'ont pas d'autres choix que de prendre en main leur destinée à travers les conditions politiques et sociales dans lesquelles ils se trouvent.


"L'existentialisme n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt: même si Dieu existait, ça ne changerait rien; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyons que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action, et c'est seulement par mauvaise foi que, confondant leur propre désespoir avec le nôtre, les chrétiens peuvent nous appeler désespérés."
Jean-Paul Sartre « L'existentialisme est un humanisme » Editions Gallimard (Texte d'une conférence donnée à Paris le 20 octobre 1945)


En janvier 1945, il effectue un voyage aux États-Unis, comme envoyé spécial de Combat et du Figaro. La même année, il fonde la revue Les Temps Modernes dont le premier numéro paraît à l'automne. C'est à la même période que paraissent les deux premiers volumes de « Les Chemins de la liberté » (L'âge de raison, Le Sursis) et qu'il donne une conférence qui sera publiée : « L'existentialisme est un humanisme ». Il participe, d'ailleurs sans trop d'illusions, à la vogue " existentialiste " déclenchée à partir de son œuvre.

Son œuvre théâtrale s'enrichit. Il écrit « La Putain Respectueuse » et, en 1948, « Les Mains Sales." Ces deux dernières pièces font scandale. Une campagne de presse communiste très hostile se déclenche. Un stalinien le traitera de « hyène à stylographe » Cependant ses œuvres lui valent une réputation internationale.
En 1949, paraît le troisième tome de « Les Chemins de la liberté » : « La mort dans l'âme ».
À partir de 1950, Sartre se manifeste de plus en plus ouvertement en politique. En 1950, il écrit un article contre les camps soviétiques. C'est le début de la guerre de Corée. Sartre se rapproche des communistes, mais de façon critique. Il relit Marx.
En 1952, Sartre se brouille avec Camus. Il publie « Les Communistes et la paix » dans Les Temps Modernes.
En 1953, Merleau-Ponty démissionnant de la revue, Sartre devient le seul directeur des Temps Modernes.
En mai-juin 1954, Sartre fait un premier voyage en URSS et devient, en décembre, vice-président de l'association France – URSS.
En 1955 il fait un voyage en Chine et il rencontre Mao Tsé-Toung.
1956 marque le premier engagement des Temps Modernes aux côtés du F.L.N., dans la guerre d'Algérie. En novembre, dans une interview accordée à L'Express, Sartre condamne l'intervention soviétique en Hongrie et rompt avec le P.C.F.
En 1958, il signe avec Malraux et Mauriac un appel dénonçant la torture en Algérie. Le 22 mai il prend position contre De Gaulle. En 1960, à l'occasion de la mort de Camus, le 4 janvier, il écrit un article à sa mémoire. En août il signe le manifeste des 121 sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie. Du Brésil, où il fait un voyage, il envoie une déposition retentissante au procès des membres du réseau Jeanson, son ami, accusé d'aider militairement le F.L.N. En octobre, Les Temps Modernes sont saisis. Une manifestation d'anciens combattants défilant sur les Champs Élysée crie " Fusillez Sartre ". La même année paraît le second grand ouvrage philosophique, « Critique de la Raison dialectique. »
Le 4 mai 1961 meurt Merleau-Ponty. Un numéro spécial des Temps Modernes lui est consacré en octobre.
En 1964, Sartre publie « Les Mots », livre où il fait le récit de son enfance. C'est cette année là aussi qu'il refuse le prix Nobel de littérature.
En 1967, il fait partie du tribunal Russell, chargé d'enquêter sur les crimes de guerre américains au Vietnam. Il soutient la cause d'Israël pendant la guerre des 6 jours.
En 1968, il soutient les étudiants en révolte en mai, s'entretient avec Cohn-Bendit et parle des le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. Il condamne l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. En 1970, il refuse de témoigner au procès d'Alain Geismar et va haranguer, juché sur un tonneau, les ouvriers de la régie Renault, au cours d'un meeting improvisé.
Son ouvrage sur Flaubert, « L'Idiot de la Famille », commence à paraître (Tomes 1 et 2 en 1971, Tome 3 en 1972).
Le 22 mai 1973, paraît le premier numéro de Libération, journal qu'il a fondé. Mais quelques jours plus tard, Sartre est frappé de demi-cécité. Il ne peut plus écrire, ni se relire. Il trouvera des parades, le magnétophone, l'écriture en collaboration, mais plusieurs de ses œuvres (notamment celle consacrée à Flaubert) resteront inachevées.
En 1973, il prendra position en faveur de la Fraction Armée Rouge (dite " Bande à Bader "). Il meurt le 15 avril 1980 à l'hôpital Broussais à Paris.

Sa compagne Simone de Beauvoir (1908-1986), femme de lettres et intellectuelle française est née le 9 janvier 1908 à Paris dans un milieu bourgeois traditionnel et catholique. Simone de Beauvoir est d'abord une "jeune fille rangée", comme elle se décrit elle-même, mais elle affirme assez rapidement son anticonformisme: après des études classiques qui la mènent en 1929 jusqu'à l'agrégation de philosophie —où elle fut reçue première—, elle refusa de se conformer à son destin tout tracé de mère et d'épouse.
Sa rencontre avec Jean-Paul Sartre, qui passait l'agrégation la même année qu'elle, fut décisive: "Ce fut l'événement capital de mon existence", écrit-elle dans « Tout compte fait » (1972). Simone de Beauvoir noua en effet avec Sartre une relation de complicité amoureuse et intellectuelle qui dura jusqu'à la mort de Sartre, en 1980. Avec lui, elle mit en pratique un certain nombre des principes qui fondent sa conception de la femme et du couple, puisqu'ils ne se marièrent jamais, ne vécurent pas ensemble et s'autorisèrent des liaisons hors de leur couple, établissant parfois ensemble des relations triangulaires avec une tierce personne. Ce mode de vie très libre n'était pas dissocié, pour Simone de Beauvoir, de la réflexion qu'elle mena, sa vie durant, sur la condition féminine, l'engagement et le rapport à l'autre. Après avoir enseigné la philosophie, elle entra comme rédactrice à la revue les Temps modernes, dirigée par Sartre. Intellectuelle engagée et curieuse de tout, elle voyagea beaucoup, visitant successivement les États-Unis et la Chine, plus tard Cuba et l'URSS. Sa philosophie —l'existentialisme— et sa situation d'intellectuelle de gauche furent remises en cause par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. La mort de Sartre, en 1980, lui inspira « la Cérémonie des adieux » (1981). Elle-même meurt Paris le 14 avril 1986.

Sartre est la grande figure de l'intellectuel engagé. Il considère qu'il est du devoir du philosophe de prendre part à l'histoire. On lui reproche parfois aujourd'hui de s'être beaucoup trompé mais il est bien plus simple et confortable de juger les évènements après coup que lorsqu'on en est le contemporain immédiat. Il eut le courage de prendre ces risques avec une sincérité sans faille, fidèle à sa philosophie de la liberté.


Le Magazine Littéraire a sorti un hors-série passionnant, exceptionnel et ouvert grâce à la diversité des auteurs intervenant dans ce numéro.

Le Nouvel Obs a consacré plusieurs articles sur Sartre dans son n° de la première semaine de mars 2005. L’article de Aude Lancelin lamine tant son œuvre, sa pensée que sa vie privée et pose la question « Faut-il brûler Sartre ? »
Le colloque organisé par Le Centre Culturel International de Cerisy( F - 50210 Cerisy la Salle, France ) répondra sans doute à cette question puisque le sujet en est « le point sur les nouvelles approches et les perspectives que l'œuvre sartrienne ouvre au début du XXIe siècle ». (du 20 au 30 juillet 2005). http://www.ccic-cerisy.asso.fr/programme.html


A l’occasion du centenaire de la naissance de Jean-Paul Sartre, la Bibliothèque Nationale de France organise une exposition du 9 mars au 21 août. Titre : « Sartre ». (du mardi au samedi 10h à 19h, le dimanche 12h à 19h, fermée le lundi et jours fériés). http://www.bnf.fr/

Arte diffuse vendredi 10 juin à 22h 15 "Deux documents exceptionnels pour rencontrer le grand philosophe existentialiste, dont l'oeuvre prolifique n'a jamais cessé d'agir sur les esprits, toutes générations confondues."«

"Exister c'est être là simplement... Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu'on s'en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter."

Jean-Paul Sartre « La Nausée » Ed. Gallimard
Modifié en dernier par Invitée3 le sam. 11 juin 05, 2:14, modifié 2 fois.

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Jolie synthèse

Message par Asteroid » ven. 10 juin 05, 19:22

Quelle jolie synthèse...
Ce que j'ai lu me donne envie de plus...d'aller plus loin, de revenir à l'oeuvre... d'y réfléchir...
N'est ce pas le plus important ?
:merci:

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Message par Lorelei » ven. 10 juin 05, 23:08

Sartre, c'est en ce moment même, sur Arte.
"On reconnait le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite les animaux" Gandhi

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Message par Opaline » ven. 10 juin 05, 23:30

J'ai beaucoup lu Sartre et Beauvoir. Je devrais m'y remettre, tu m'en a donné le goût :wink:
Modifié en dernier par Opaline le sam. 11 juin 05, 8:28, modifié 1 fois.

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Message par Invitée3 » sam. 11 juin 05, 2:17

!envoyercoeur! Opaline et Asteroid :wink:

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Message par butt » lun. 13 juin 05, 12:57

L'Express du 28/02/2005

Sartre-Aron: On refait le match

par Thierry Gandillot

Ils auraient eu 100 ans cette année. Il ont fait leurs études en même temps, ont polémiqué toute leur vie et ont, tous deux, marqué le XXe siècle de leur intelligence. Valait-il mieux avoir tort avec Jean-Paul Sartre que raison avec Raymond Aron? L'Express rouvre le débat

© J.-R. Roustan/L'Express




Rue d'Ulm, au milieu des années 1920, ils s'étaient engagés à ce que celui qui survivrait à l'autre écrirait sa notice nécrologique que publierait le bulletin des anciens élèves de l'Ecole normale. Le 18 avril 1980, dans L'Express, Raymond Aron explique pourquoi il n'honorera pas la promesse faite plus de cinquante ans plus tôt: «L'engagement ne tient plus - trop de temps s'est écoulé entre l'intimité des étudiants et la poignée de main à l'occasion de la conférence de presse du “Bateau pour le Vietnam” - mais il en reste quelque chose. Je laisse à d'autres la charge, ingrate mais nécessaire, de célébrer une œuvre dont la richesse, la diversité, l'ampleur confondent les contemporains, de payer un juste tribut à un homme dont nul ne suspecta jamais la générosité et le désintéressement, même s'il s'engagea plus d'une fois dans des combats douteux.» Plus loin, Raymond Aron enfonce le clou: «Sartre était, et il est resté toute sa vie, en profondeur, un moraliste, bien qu'il ait été amené, par la logique de l'absolu révolutionnaire, à rédiger des textes sur la violence, par exemple la préface du livre de Fanon, qui pourraient figurer dans des anthologies de la littérature fascisante.» (Lire l'intégralité de l'article du 18 avril 1980)


A l'heure où l'on fête le 100e anniversaire de la naissance des deux hommes - saluons au passage la mémoire du troisième «petit camarade», Paul Nizan, dont Grasset publie, à cette occasion, le merveilleux roman Antoine Bloyé - la question de savoir s'il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron paraît toujours, dans le chaos du monde moderne, d'une brûlante actualité. Bien sûr, sur le plan de la lucidité politique, Aron remporte le match par KO. Au milieu des années 1930, il perçoit la montée du nazisme, que Sartre sous-estime. Après la guerre, les deux condisciples - un temps réunis sous la bannière des Temps modernes - vont se déchirer sur la question du communisme, du gaullisme, de l'atlantisme, de Cuba, de Mai 68, du maoïsme - sur tout ou presque, en fait...


Il faudra attendre 1979 et la tragédie des boat people pour les voir de nouveau, côte à côte, sous les ors de l'Elysée. Aron aura beau jeu de souligner qu'il s'agissait de condamner une situation engendrée par une dictature communiste. Pourtant, quelques mois plus tard, une foule immense accompagnait son turbulent «petit camarade» vers sa dernière demeure: la rue votait Sartre - une fois encore.
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Quand on a une tête de canard, un bec de canard, des pattes de canard et qu'on cancane comme un canard....... c'est qu'on est un canard.

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