Túpac Amaru

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Opaline
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Túpac Amaru

Message par Opaline » dim. 12 juin 05, 23:22

L'Inca José Gabriel Túpac Amaru ( ? ? ? ?-1781)


Des révoltes paysanes se succèdent au Pérou, en Équateur, au Paraguay, au Mexique et en Bolivie. Une occupation de grandes et très grandes propriétés rurales au Brésil. L'Argentine, la Colombie et le Venezuela en révolte. Túpac Amaru symbolise toutes ces luttes et toutes ces réalités.

La soumission des peuples originaires

Le 18 mai 1781, l'Inca José Gabriel Túpac Amaru fut assassiné par les Espagnols. Avec lui tombèrent ses familiers les plus proches et quelques-uns des participants de la révolte. Mutilés, pendus, décapités, écartelés, honnis par leurs gardiens, les tupamaristes écrivirent une page d'héroïsme que les peuples de l'Amérique indienne évoquent encore avec émotion.

L'Inca Túpac Amaru décrivit lui-même certains des modes de vie que les conquistadors imposaient aux natifs américains. « Ils nous oppriment - disait-il - dans les travaux forcés, les chorillos et les plantations de canne à sucre, les plantations de coca, les mines et les prisons et dans nos villages, sans nous donner le moindre instant de liberté dans notre travail ; ils nous rassemblent comme des bêtes, et attachés les uns aux autres, nous livrent aux fermes pour y travailler, sans autre secours que nos propres biens et parfois sans rien ».

C'était la description d'une exploitation terrible où « les Indiens rendent leur vie en vomissant leur sang ».

La rébellion de Túpac Amaru fut l'une des plus importantes menées contre l'empire espagnol. Quelques historiens ont voulu sous-estimer sa signification. Vicente Sierra l'a réduite à un soulèvement contre un corrégidor et Ernesto Palacio a tenté de la discréditer en la reliant aux machinations anglaises dans les colonies espagnoles.

Les causes de la rébellion tupamara furent politiques, sociales et culturelles et mirent au jour l'infâme fléau de l'empire espagnol en Amérique.

Dans Le Capital, Marx décrivit judicieusement, il y a plus d'un siècle, l'effusion de sang qui marqua la domination espagnole. Ce fut, selon Marx, une « croisade d'extermination, d'asservissement et d'ensevelissement de la population aborigène dans les mines », et il rappela que : « Les actes de barbarie et d'impitoyable cruauté que les races qui se disent chrétiennes commirent contre toutes les religions et tous les peuples de la terre qu'ils purent subjuguer, ne connaissent de précédents à aucune époque de l'histoire universelle et dans aucune race, pour sauvage et inculte et pour impitoyable et cynique qu'elle soit ».

La propre mort de Túpac Amaru témoigne de la cruauté subie par la race américaine. La condamnation de Túpac Amaru décrivait en détail la manière dont il devait mourir : « Qu'il soit tiré de la prison, traîné à la queue d'une bête de somme et conduit à la potence ... qu'ayant été naturellement mis à mort par la main du bourreau, sa tête soit coupée et qu'il soit écartelé ; que sa tête soit emportée dans une cage en fer au port de La Guaira ... que l'on expose l'un des quatre morceaux à l'entrée du village de Macuto ».

La réalité dépassa en horreur l'ordre donné. Pedro De Angelis a inséré dans l'une de ses oeuvres documentaires la description minutieuse qu'un témoin oculaire a faite du sacrifice. On pendit d'abord José Verdejo, Andrés Castelo et la femme de Túpac Amaru, Micaela Bastidas, qui subit des tourments infinis ; à son oncle Francisco Túpac Amaru et à son un fils Hipólito, on coupa la langue avant de les pendre ; à l'indienne Condemaita, cacique d'Acos, on appliqua le supplice du garrot. À José Gabriel on coupa la langue et on attacha l'extrémité de ses membres à quatre chevaux. Ne parvenant pas à l'écarteler, ils lui coupèrent la tête.

On infligeait couramment de tels traitements aux indigènes américains et aux autres rebelles. Malgré ses efforts, l'Espagne ne réussit pas à éliminer totalement l'influence inca, dangereuse pour sa stabilité impériale, et le penseur Alexandre von Humboldt écrivit dans la dernière décennie de l'époque coloniale : « Partout où la langue péruvienne a pénétré, l'espoir d'une restauration des Incas a laissé des traces dans la mémoire des indigènes qui gardent quelque souvenir de leur histoire nationale ».

L'épopée de Túpac Amaru appartient à l'ensemble des révoltes populaires anticolonialistes du XVIIIè siècle, comme Antequera, qui ébranla le Paraguay, l'indépendantiste Mompox qui souleva les Guaranis en 1732. Ou comme la population du Venezuela qui se leva contre la Compañía Guipuzcuana entre 1762 et 1764, ou le peuple de Quito en 1765 contre le monopole de l'alcool.

Les écrivains péruviens Urteaga et Valega ont expliqué le contexte du soulèvement tupamaro de 1780 : « La mita (corvée), convertie en travail perpétuel, quel que soit le climat ; les travaux forcés, en facteurs d'anéantissement ; la domesticité, en stérilisation de la jeunesse ; les répartitions, en foyers d'esclavage ; le monopole commercial, en force de désintégration ; l'impôt excessif de l'église, en facteur d'appauvrissement ; la loi inefficace, en instigatrice des représailles contre ceux qui réclamaient des droits légitimes ».

Túpac Amaru subit une influence garcilasienne. Le prêche libérateur de l'Inca Garcilaso de la Vega détermina beaucoup de consciences de l'époque. Ses Commentaires royaux rassemblaient une partie de la vision cosmique indigène, laquelle apparentait la situation réelle à la pensée magico-religieuse des opprimés. Des visiteurs, des corrégidors, des ecclésiastiques et des militaires de l'époque se donnèrent pour tâche de détruire cette oeuvre « dangereuse » qui, cependant, était lue avec intérêt par les rebelles.

Mais en étudiant chez les jésuites, Túpac Amaru connut aussi beaucoup d'idées tributaires du tomisme espagnol qui encourageaient la résistance à l'oppression, et posaient même la question du tyranicide contre les despotes. Muni de cet arsenal spirituel, politique et idéologique, Túpac Amaru façonna une révolte qui avait aussi un contenu social. Les Espagnols, considérant les Indiens comme des « bipèdes inférieurs », estimaient que leur exploitation allait de soi. A la base du programme social de Túpac Amaru figuraient cinq revendications :

- 1) La suppression de la mita ; - 2) l'élimination des manufactures ; - 3) l'annulation du partage des corrégidors ; - 4) l'abolition de toute espèce d'impôt sur les ventes ; - 5) l'affranchissement des esclaves, sous réserve qu'ils adhèrent à la cause.

Túpac Amaru proposa « d'extirper » les Espagnols du sol américain, à l'exception des prêtres, démontrant par là sa volonté indépendantiste.

Le plus grand de ses biographes, Boleslao Lewin, montre dans son oeuvre non surpassée, « La révolte de Túpac Amaru et les origines de l'indépendance de l'Amérique espagnole », que le leader rebelle, malgré les remarquables expressions de sa fidélité au catholicisme, ne manifeste pas dans ses édits aux métis et aux Indiens d'exaltation particulière pour les monarques et les Espagnols.

C'est ainsi qu'il annonçait, en termes voilés, le séparatisme, l'indépendantisme, qui devait encore attendre quatre décennies pour s'affermir. Dans l'un de ses documents, daté du 23 décembre 1780, se référant aux « menaces faites par le royaume d'Europe », il promet aux métis et aux Indiens qu' « ils seront sous peu totalement libres ».

Son cri de liberté perdure. Comme persiste aussi l'aliénation des droits indigènes dans toute l'Amérique latine.

Traduction pour El Correo : Philippe Raynaud

Opaline
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Message par Opaline » dim. 12 juin 05, 23:30

Túpac Amaru II

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José Gabriel Condorcanqui serait le descendant de Túpac Amaru I, Le dernier Inca de Vilcabamba, qui fut exécuté sur la place de Cuzco en 1572 sur ordre du vice-roi du Pérou, Toledo.

José Gabriel Túpac Amaru est né à Tinta, le 19 Mars 1738. C'est le deuxième fils de Miguel Condorcanqui et de Rosa Noguera. A la mort de son frère ainé il est le seul héritier des possessions de Surimana, Tungasuca et Pampamarca. Il est éduqué par les Jésuites au collège de San Francisco de Borja situé à Cuzco.

Il a un peu plus de 20 ans quand il se marie avec Bastidas Puyucahua. Il possède des champs de coca à Carabaya, des champs de maïs à Tinta, des mines et il est le propriétaire de 350 mules.

En 1776, il présente une pétition officielle pour que les indiens soient libérés du travail obligatoire dans les mines. Face au refus des autorités de Lima, il prend des mesures plus radicales. En 1780 il prend la tête de la rébellion populaire la plus importante de l'histoire de la vice-royauté.

Les tributs excessifs, la " Mita " et les abus des Corregidores ont été les causes principales de la révolte indienne qui, en novembre 1780, a éclaté dans la vallée de Tinta. Pendant cette rébellion, le Corregidor Arriaga est fait prisonnier et exécuté, sous l'ordre du chef José Gabriel Condorcanqui, fils de Miguel Condorcanqui et descendant de par sa mère de Túpac Amaru, le dernier souverain Inca, dont il adopte le nom.

Même si au début, le mouvement reconnaît l'autorité de la couronne d'Espagne, il se transforme rapidement en un mouvement indépendantiste, luttant contre les abus des espagnols.

Après avoir vaincu une troupe de 1200 espagnols à Sangarará, Túpac Amaru ne se décide pas à marcher sur Cuzco mais revient vers sa ville natale à Tungasuca. Il souhaite négocier la paix, avouant que son objectif n'est pas la guerre contre les espagnols mais en finir avec les abus des Corregidores.

Cela donne le temps aux espagnols d'organiser la résistance et les rebelles sont vaincus une première fois le 8 Janvier 1781 par l'armée envoyée par le Vice-roi, puis entre le 5 et le 6 Avril à Tinta, par les troupes du Maréchal del Valle.

Poursuivi par le général Ventura Landa à Tatanico, il est fait prisonnier, jugé, et le 18 Mai 1781, il assiste à l'assassinat de toute sa famille sur la Place d'Armes de Cuzco, ainsi que son épouse et conseillère, Micaela Bastidas.

Le juge Areche le condamne à mourir écartelé par quatre chevaux attachés à ses quatre membres. Mais Túpac Amaru est un homme robuste et ses bourreaux ne parviennent pas à le tuer de cette manière. On ordonne alors sa décapitation.
Son corps est mis en morceau, sa tête est placée su une lance que l'on exhibe à Cuzco et à Tinta, ses bras sont envoyés à Tungasuca et Carabaya, et ses jambes à Livitaca et Santa Rosa.

Malgré l'exécution de Túpac Amaru et de sa famille, les espagnols ne parviennent pas à étouffer la rébellion qui se poursuit sous les ordres de son demi-frère Diego Cristóbal Túpac Amaru, et qui s'étend vers l'altiplano bolivien, la région de Jujuy et le Nord-Ouest de l'Argentine.

La renommée de Túpac Amaru se fait telle que même les indiens qui se sont soulevés dans la plaine de Casanare, en Nouvelle Grenade, le proclament roi d'Amérique.

Suivant les pas de ses prédécesseurs qui avaient tenté de trouver une solution pacifique au conflit, après de difficiles négociations le nouveau chef inca accepte de déposer les armes en Janvier 1782, avec la promesse espagnole d'être indulgent envers les rebelles et de faire quelque chose quant aux problèmes des indiens.

Les rébellions créoles qui suivront prennent l'habitude d'invoquer le nom de Túpac Amaru afin d'obtenir le soutien des indiens.

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Message par Lorelei » dim. 12 juin 05, 23:35

!super! !applaudissement!
"On reconnait le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite les animaux" Gandhi

Tupac Amaru
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Message par Tupac Amaru » jeu. 16 juin 05, 12:32

Bravo!!
bon, j'ai plus qu'à changer de pseudo...
Sandino, Zapata ou Allende??
" il n'y a pas de problèmes si grand qu'on ne puisse pas les contourner"..

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