Deux corps dans le noir

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Invitée3
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Message par Invitée3 » sam. 28 mai 05, 14:20

Elle encadre l’espace. Tenter d’éviter de ressembler à ces baudruches qui s’enflent et se froissent au gré du souffle. Trouver la régularité de l’air, ne pas claquer au vent, banderole illisible tant le sens échappe.

Elle s’absorbe dans ce qu’elle sait faire, tassant avec obstination la ténacité de l’absence, de la mémoire qui l’enfle parfois si sauvagement jusqu’à la supplication. La piétiner celle-ci, ne pas lui ouvrir de porte. A aucun prix.

Assise les jambes croisées, ses bras s’enserrant doucement, elle se berce.

Qui croyez-vous qu’elle soit ?
Juste se déprendre et l’absoudre de son malheur.

Elle ne lui parle jamais de la terre qui se tasse là-bas sur le corps de son père. Rien de beau, on ment, rien de beau, l’horreur, ce qui s’échappe dans la glace de cette boucle.

Laisse moi courir, laisse moi prendre le train.

Regarde, là, sur la terre brune enserrée dans le sac de toile, il y a la tige infime et incroyablement solide de la graine Phoenix Roebelinii, palmier rebelle, mon amour.

Le voile de sa voix pressée , petite plume aussi fugitive que le vent qui câline le tissu léger de sa jupe. Elle sourit.
La nuit ouvre le livre. La rivière Athi le long du plateau Yatta.

Et la nuit barre le ciel de larges bandes sombres qu’elle enjambe, voler juste une fois, encore l’air.

Claude Lazou

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