Le match qui dura 84 minutes :scandale 1930

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roberto
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Le match qui dura 84 minutes :scandale 1930

Message par roberto »

Je viens de retrouver ce compte rendu relatif au second match de l'équipe de France , incroyable :tetmur:


SCANDALE 1930
Article du 15 Juillet 1930 - Écrit par L'Équipe
LE MATCH QUI DURA 84 MINUTES

France - Argentine est le deuxième match de l’équipe de France. Sa conclusion rocambolesque interviendra six minutes trop tôt.

Cette rencontre, tout l'Uruguay l'attendait avec d'autant plus de fébrilité et de curiosité que les Argentins lui avaient causé les pires misères, en 1928, aux Jeux olympiques d'Amsterdam, où les deux pays s'étaient affrontés en finale. Nazzazi, le capitaine José Andrade, la « merveille noire » Gestrido, qui n'avait que vingt-quatre ans, Scarone, qui termina sa carrière en Italie, avaient tremblé jusqu'au bout et ne l'emportant que de justesse 2 à 1. Aussi voyaient-ils d'un bon oeil une éventuelle défaite des joueurs de la « Pampa » particulièrement agressifs et mals aimés, à l'image d'un des leurs, Monti, le défenseur le plus brutal et méchant que le football mondial ait connu. Échantillonnage sélectionné au travers d'une élite assez impressionnante, l'Argentine symbolisait ce football d'une autre planète avec tout ce qu'il pouvait représenter de force, d'arrogance, de talent, de couleur, de la touche de fantaisie et d'orgueil inhérente au caractère d'un peuple tout acquis déjà à la cause d'une balle de cuir …

Pour la France, le ciel avait soudainement changé de ton lorsque le gardien Alex Thépot, soigné une bonne partie de la nuit par le masseur miracle, se sentit apte à tenir de nouveau sa place, ainsi que Delfour, remis de son K.-O. technique. Mais pour la presse spécialisée, face à une formation complète dans toutes ses lignes, et qui envisageait d'atteindre la finale, la France partait sans la moindre chance de l'emporter. « Ces journalistes semblaient ignorer que chez nous aussi l'amour du ballon rond était soigneusement ancré dans nos entrailles», dira plus tard, à son retour près des siens, Emile Veinante, qui n'était prévu qu'au titre de remplaçant et ne cessait d'encourager ses camarades. « Francia ! », « Francia ! », « Francia ! ». Le public était « pour nous » …Envolé du coup les complexes. Du panache, au contraire.

Face à ce jeu très enlevé, brillant, des Argentins, les Tricolores donnèrent toutefois, au début, quelques signes de panique. C'est ainsi que Villaplane et Pinel éprouvaient des difficultés à contenir Ferreira, Evaristo, Perinetti, les plus en vue, tandis que Capelle qui ratissait la pelouse autour des combinaisons soigneusement menées, devait redoubler d'attention. Mais Alex Thépot était dans un jour faste. Il réalisait des prouesses. Restait maître sur sa ligne. Un véritable rempart sur lequel venait « mourir » les actions des avants argentins.

« C'est alors que le terrible Luisito Monti entra en transe. À défaut de coup d'éclat il plongea littéralement dans les jambes de Lucien Laurent qui resta au sol en se tordant de douleur, sa cheville ayant rapidement doublé de volume. Ce fut d'autant plus écoeurant que l'arbitre portugais, M. Almeida Rego, ne siffla même pas un coup franc. Les jambes de Maschinot souffrirent à leur tour du traitement infligé par le demi argentin qui se sentait visiblement «protégé». Mais le temps passait. Nous tenions toujours. Mieux, Liberati, qui avait réussi à échapper au marquage de son vis-à-vis, le puissant Suarez, un joueur très habile et correct, lui, fut à deux doigts de tromper Bossio, le goal, qui avait été peu sollicité, il est vrai, jusque-là.» Edmond Delfour en arriva ensuite à l'incident qui coûta la victoire, du moins le match nul et dans lequel il fut directement mêlé.

« Il restait dix minutes à peine à jouer. Le vent s'était levé et modifiait de plus en plus la trajectoire du ballon. Sur un tir en lob d'un attaquant j'ai contrôlé le ballon avec la poitrine à une vingtaine de mètres des buts gardés par Alex Thépot. Rien de répréhensible. Or, l'arbitre estima que j'avais touché le ballon de la main et siffla la faute. Tandis que nous nous apprêtions à nous placer, Monti est arrivé à toute allure et sans que Almeida Rego lui en ait intimé l'odre, il frappa en force et... marqua ! But accordé ! Alors de rage, dans un mouvement de révolte, on se lança à corps perdu dans la furieuse bataille qui se déroulait dans un climat que je vous laisse deviner volontiers. Sur un renversement d'attaque, Langiller se retrouva seul devant le goal argentin Bossio, mais tira à côté. Moi-même, quelques secondes plus tard, je mettais légèrement au-dessus. Le temps de la remise en jeu et Langiller, encore lui, filait au but quand l'arbitre, qui venait de consulter son chrono, mit fin aux opérations ! »

« Stupeur dans les tribunes et dans le camp français. Il avait, de bonne foi ou pas écourté la partie de huit minutes ! On rentra aux vestiaires dans la confusion la plus totale, tandis que Thépot, Tassin, Andoire et Veinante, accourûs depuis le bord de la touche, parlementaient. S'étant aperçu de son « erreur » il rappela tout le monde afin que le jeu puisse reprendre, cependant le capitaine argentin, Varallo, vaincu par toutes ces émotions, était emporté en vitesse auprès du médecin, en proie à une véritable crise de nefs. On se rhabilla à la hâte et on disputa donc cette « prolongation » . mais le bombardement intensif ne servit à rien. Le résultat était acquis. Nous étions battus. Il ne nous restait que ce dont nous étions le plus fier, à l'image de Cyrano de Bergerac : notre panache ... »

Le public envahit le terrain de nouveau pour porter notamment Alex Thépot en triomphe. Mieux, un policier à cheval, le hissa sur la croupe et lui fit faire un tour d'honneur … Quelques-uns pleurèrent de dépit. Ils avaient soudain le sentiment qu'ils venaient de passer à côté d'un exploit. Les spectateurs qui les avaient attendus à la sortie eurent beau leur faire encore une ovation, ils ne sont pas arrivés à se consoler. Ils pestaient encore contre ce diable de Monti, qui, quatre ans plus tard, après avoir remporté cette fois la Coupe du monde avec l'Italie, paya cher, très cher, sa méchanceté. Au cours du match Angleterre-Italie, disputé au mois d'octobre 1934, l'attaquant d'Arsenal, le canonnier Edward Drake n'y alla pas par quatre chemins : d'un tacle glissé avec élan, il cassa volontairement la jambe de Monti. Sa carrière se termina là. Il avait expié ses fautes.

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