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Section animée par André
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Renée VIVIEN
ENVERS VOUS, BELLES, MA PENSEE N’EST POINT CHANGEANTE
Je ne change point, ô vierges de Lesbos ! Lorsque je poursuis la Beauté fugitive, Tel le Dieu chassant une vierge au peplos Très blanc sur la rive. Je n’ai point trahi l’invariable amour. Mon cœur identique et mon âme pareille Savent retrouver, dans le baiser d’un jour, Celui de la veille. Et j’étreins Atthis sur les seins de Dika. J’appelle en pleurant, sur le seuil de sa porte, L’ombre, que longtemps ma douleur invoqua, De Timas la morte. Pour l’Aphrodita j’ai dédaigné l’Éros, Et je n’ai de joie et d’angoisse qu’en elle : Je ne change point, ô vierges de Lesbos, Je suis éternelle.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
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| Sam 31 Jan 09, 12:54 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Henri CANTEL
ALINE
Aline sommeillait. Un matin, Léona, Voyant la blonde vierge en fleur et demi-nue, Dans ses veines sentit sa force inconnue Courir, comme la foudre éclatant sous la nue.
Sa folle passion soudain se déchaîna ; Elle trembla, rougit, pâlit. Ivre et farouche, Elle enlaça sa proie, et lui ferma la bouche D'un baiser. Lors l'enfant se dressa sur sa couche !
" Aline, mon cher cœur et mon rêve adoré, Va ! ne crains rien, c'est moi, ta Léona ! Je t'aime Et brûle d'infuser mon amour en toi-même !
Mes lèvres vont cueillir ton fruit tant désiré ! " La victime, n'osant fuir l'œil noir qui la couve, Se taisait sous les dents puissantes de la louve.
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| Dim 01 Fév 09, 14:13 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Federico GARCIA LORCA
LA FEMME ADULTÈRE
Je la pris près de la rivière Car je la croyais sans mari Tandis qu'elle était adultère Ce fut la Saint-Jacques la nuit Par rendez-vous et compromis Quand s'éteignirent les lumières Et s'allumèrent les cri-cri Au coin des dernières enceintes Je touchai ses seins endormis Sa poitrine pour moi s'ouvrit Comme des branches de jacinthes Et dans mes oreilles l'empois De ses jupes amidonnées Crissait comme soie arrachée Par douze couteaux à la fois Les cimes d'arbres sans lumière Grandissaient au bord du chemin Et tout un horizon de chiens Aboyait loin de la rivière
Quand nous avons franchi les ronces Les épines et les ajoncs Sous elle son chignon s'enfonce Et fait un trou dans le limon Quand ma cravate fût ôtée Elle retira son jupon Puis quand j'ôtai mon ceinturon Quatre corsages d'affilée Ni le nard ni les escargots N'eurent jamais la peau si fine Ni sous la lune les cristaux N'ont de lueur plus cristalline Ses cuisses s'enfuyaient sous moi Comme des truites effrayées L'une moitié toute embrasée L'autre moitié pleine de froid Cette nuit me vit galoper De ma plus belle chevauchée Sur une pouliche nacrée Sans bride et sans étriers
Je suis homme et ne peux redire Les choses qu'elle me disait Le clair entendement m'inspire De me montrer fort circonspect Sale de baisers et de sable Du bord de l'eau je la sortis Les iris balançaient leur sabre Contre les brises de la nuit Pour agir en pleine droiture Comme fait un loyal gitan Je lui fis don en la quittant D'un beau grand panier à couture Mais sans vouloir en être épris Parce qu'elle était adultère Et se prétendait sans mari Quand nous allions vers la rivière
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| Lun 02 Fév 09, 9:07 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Alexis PIRON
LE BIEN VIENT EN DORMANT
Pour éviter l'ardeur du plus grand jour d'été, Catin dessus un lit dormait à demi-nue, Dans un état si beau qu'elle eut même tenté L'humeur la plus pudique et la plus retenue.
Sa jupe permettait de voir en liberté Ce petit lieu charmant qu'elle cache à la vue, Le centre de l'amour et de la volupté, La cause du beau feu qui m'enflamme et me tue.
Mille objets ravissants, en cette occasion, Bannissant mon respect et ma discrétion, Me firent foutre à l'instant cette belle dormeuse.
Alors elle s'éveille à cet effort charmant, Et s'écrie aussitôt : Ah ! que je suis heureuse ! Les biens, comme l'on dit, me viennent en dormant !
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| Mar 03 Fév 09, 11:26 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Armand GOUFFE
LE COUP DU MILIEU
Nos bons aïeux aimaient à boire, Que pouvons-nous faire de mieux ? Versez, versez ! je me fais gloire De ressembler à mes aïeux ! Entre le Chablis que j'honore Et l'Aï dont je fais mon dieu, Savez-vous ce que j'aime encore ? C'est le petit coup du milieu
Je bois quand je me mets à table Et le vin m'ouvre l'appétit ; Bientôt ce nectar délectable, Au dessert, m'ouvrira l'esprit. Si tu veux combler mon ivresse, Viens, Amour, viens, espiègle dieu, Pour trinquer avec ma maîtresse, M'apprêter le coup du milieu.
Ce coup, mes très chers camarades, A pris naissance dans les cieux ; Les dieux buvaient force rasades, Buvaient enfin comme des dieux. Les déesses, femmes discrètes, Ne prenaient point goût à ce jeu. Vénus, pour les mettre en goguettes, Proposa le coup du milieu.
Aussitôt cet aimable usage Par l'Amour nous fut apporté ; Chez nous son premier avantage Fut d'apprivoiser la beauté. Le sexe, à Bacchus moins rebelle, Lui rend hommage en temps et lieu Et l'on ne voit pas une belle Refuser le coup du milieu.
Buvons à la paix, à la gloire ! Ce plaisir nous est bien permis ; Doublons les rasades pour boire A la santé de nos amis ! De Momus disciples fidèles, Buvons à Panard, à Chaulieu ; Mais pour la santé de nos belles, Réservons le coup du milieu.
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| Mer 04 Fév 09, 11:06 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Louis de BOISSY (1694 -1747)
ÉPIGRAMME
Un florentin auprès de sa maîtresse, Un certain jour, par goût de changement, Pour attaquer la forteresse, S’apprêtait à poser le mineur par devant. La donzelle surprise, arrête court mon homme ; Quoi ! (dit-elle) par-là ! mon cher, y pensez-vous ? Ah ! (reprit-il) rassurez-vous ; Plus d’un chemin conduit à Rome.
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| Jeu 05 Fév 09, 12:47 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Théodore De BANVILLE
SONGE D’HIVER
O don Juans, bien longtemps, artistes de la vie, Affamés d'idéal, vous aviez tous cherché L'amante au coeur divin, sans cesse poursuivie.
Et toujours son front pur, dans la brume caché, S'était enfui devant l'éclair de vos prunelles, Comme un rapide oiseau s'envole, effarouché.
Reines montrant l'orgueil des pourpres éternelles, Courtisanes de marbre aux regards embrasés, Fillettes de seize ans riant sous les tonnelles,
Vous aviez tour à tour meurtri de vos baisers Tout ce qui porte un nom de princesse ou de femme, Sans que vos longs tourments en fussent apaisés.
Bourreaux charmants et doux, héros d'un sombre drame, Au-dessus de vos fronts des spectres convulsifs Avaient gémi toujours comme le vent qui brame;
Cependant, effleurant avec vos doigts pensifs Les lys délicieux que le zéphyr adore, Et serrant sans repos entre vos bras lascifs
Mille vierges enfants que la beauté décore Et qui cachent l'extase en leurs seins palpitants, Toujours vous aviez dit: Ce n'est pas elle encore!
Et vous, pâles Vénus! longtemps, oh! bien longtemps, Même pour des mortels, sur vos lits de Déesses Vous aviez dénoué vos beaux cheveux flottants
Et, comme un flot, versé leurs superbes ivresses, Mais sans jamais, hélas! pouvoir trouver celui Dont votre ardente soif implorait les caresses.
Et toujours emportant votre sauvage ennui, O victimes du dieu qui de nos maux se joue, A travers les chemins longtemps vous aviez fui,
Tremblantes sous le fouet horrible que secoue Le vieux titan Désir, tyran de l'univers, Et dont le vent cruel souffletait votre joue!
Mais, ô don Juans, et vous, blanches filles des mers, Sous les feux merveilleux du lustre qui flamboie, Après tant de travaux et de regrets amers,
Vous savouriez enfin le repos et la joie.
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| Ven 06 Fév 09, 12:17 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
LE BAISER RENDU
Guillot passait avec sa mariée. Un gentilhomme à son gré la trouvant: Qui t'a, dit-il, donné telle épousée ? Que je la baise à la charge d'autant. Bien volontiers, dit Guillot à l'instant. Elle est, Monsieur, fort à votre service. Le Monsieur donc fait alors son office; En appuyant; Perronnelle en rougit. Huit jours après ce gentilhomme prit Femme à son tour: à Guillot il permit Même faveur. Guillot tout plein de zèle: Puisque Monsieur, dit-il, est si fidèle, J'ai grand regret et je suis bien fâché Qu'ayant baisé seulement Perronnelle, Il n'ait encore avec elle couché.
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| Sam 07 Fév 09, 13:46 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
LA COUTURIÈRE
Certaine soeur dans un couvent, Avait certain amant en ville, Qu'elle ne voyait pas souvent, La chose, comme on sait, est assez difficile. Tous deux eussent voulu qu'elle l'eût été moins, tous deux à s'entrevoir apportaient tous leurs soins, Notre soeur en trouva le secret la première, Nonnettes en ceci manquent peu de talent. Elle introduisit le galant Sous le titre de couturière, Sous le titre et l'habit aussi, Le tour ayant bien réussi, Sans causer le moindre scrupule, Nos amants eurent soin de fermer la cellule, Et passèrentle jour assez tranquillement A coudre, mais Dieu sait comment, La nuit vint, c'était grand dommage, Quand on a le coeur à l'ouvrage. Il fallut le quitter, Adieu, ma soeur, bonsoir, Couturière, au revoir, Et ma soeur fut au réfectoire Un peu plus tard, et c'est là le facheux de l'histoire. L'abesse l'aperçut, et lui dit en courroux, Pourquoi donc venir la dernière? Madame, dit la soeur, j'avais la couturière. Vos guimpes ont donc bien des trous, Pour la tenir une journée entière, Quelle besogne avez-vous tant chez vous, Où jusqu'au soir elle soit nécessaire? Elle en avait encore, dit-elle, pour veiller, Au métier qu'elle a fait, on a beau travailler, On y trouve toujours à faire.
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| Dim 08 Fév 09, 12:11 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Etienne JODELLE
Des trois sortes d'aimer la première exprimée En ceci c'est l'instinct, qui peut le plus mouvoir L'homme envers l'homme ; alors que d'un hautain devoir La propre vie est moins qu'une autre vie aimée.
L'autre moindre, et plus fort toutefois enflammée, C'est l'amour que peut plus l'homme à la femme avoir. La tierce c'est la nôtre, ayant d'un tel pouvoir De la femme la foi vers la femme animée.
Que des deux hommes donc taillez ici, les noeuds Tant forts cèdent à nous ! Que sur tes ardents feux - O amour - cet amour entier soit encor maître.
L'autel même de mort ferait foi de ceci, Que de l'autel de Foi montre. A jamais donc ainsi Diane en Anne, et Anne en Diane puisse être.*
* allusion à un sonnet de Ronsard où l'une de ces femmes offre à l'autre son portrait
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| Lun 09 Fév 09, 13:22 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
PROMETTRE EST AUTRE CHOSE
Jean amoureux de la jeune Perette, Ayant en vain auprès d'elle employé, Soupirs, serments, doux jargon d'amourette, Sans que jamais rien lui fût octroyé, Pour la fléchir, s'avisa de lui dire, En lui montrant de ses mains les dix doigts, Qu'il lui pourrait prouver autant de fois, Qu'en fait d'amour il était un grand sire. De tels signaux parlent éloquemment, Et pour toucher ont souvent plus de force, Que soins, soupirs, et que tendres serments. Perette aussi se prit à cette amorce. Déjà ses regards sont plus doux mille fois, Plus de fierté, l'amour a pris sa place. Tout est changé jusqu'au son de sa voix. On souffre jean, voir e même on l'agace, On lui sourit, on le pince parfois, Et le galant voyant l'heure venue, L'heure aux amants tant seulement connue, Ne perds point de temps, prend quelques menus droits, Va plus avant, et si bien s'insinue, Qu'il acquitta le premier de ses doigts, Passe au second, au tiers, au quatrième, Reprend haleine, et fournit le cinquième. Mais qui pourrait aller toujours de même ! Plus moi hélas ; quoique d'âge à cela, Jean non plus, car il en resta là. Perette donc en son conte trompée, Si toutefois c'est tromper que ceci, Car j'en connais maintes très haut huppée Qui voudrait bien être trompée ainsi ; Perette, dis-je, abusée en son conte, Et ne pouvant rien de plus obtenir, Se plaint à Jean, lui dit que c'est grand honte D'avoir promis, et de ne pas tenir. Mais à cela notre trompeur Apôtre, De son travail suffisamment content, Sans s'émouvoir répond en la quittant, Promettre est un et tenir est un autre. Avec le temps je m'acquitterais des dix, En attendant, Perette, adieu je vous dis.
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| Mar 10 Fév 09, 10:24 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
COMMENT L’ESPRIT VIENT AUX FILLES
Il est un jeu divertissant sur tous. Jeu dont l'ardeur souvent se renouvelle: Il divertit & la laide & la belle. Soit jour, soit nuit, à toute heure il est doux: Devinez donc comment ce jeu s'appelle. Le beau du jeu n'est connu que de l'époux; C'est chez l'Amant que ce plaisir excelle: De regardant pour y juger des coups, Il n'en faut point, jamais on ne s'y querelle. Devinez donc comment ce jeu s'appelle.
Qu'importe ? Sans s'arrêter au nom, Ni badiner là-dessus davantage, Je vais encore vous en dire un usage, Il fait venir l'esprit et la raison. Nous le voyons en maint bestiole. Avant que Lise allât en cette école, Lise n'était qu'un misérable oison. Coudre & filer était son exercice; Non pas le sien, mais celui de ses doigts; Car que l'esprit eût part à cet office, Ne le croyez pas; il n'était nul emplois Où Lise pût avoir l'âme occupée: Lise songeait autant que sa poupée.
Cent fois le jour sa mère lui disait, Va-t-en chercher de l'esprit, malheureuse. La pauvre fille aussitôt s'en allait Chez ses voisins, affligée & honteuse, On en riait; à la fin on lui dit, Allez trouver le père Bonaventure, Car il en a bonne provision. Incontinent la jeune créature S'en va le voir, non sans confusion: Elle craignait que ce ne fût dommage De détourner un tel personnage.
Me voudrait-il faire de tels présents A moi qui n'ai que quatorze ou quinze ans? Vaux-je cela ? disait en soi la belle. Son innocence augmentait ses appas: Amour n'avait à son croc de pucelle Dont il crût faire un aussi bon repas. Mon Révérend, dit-elle au béat homme, Je viens vous voir; des personnes m'ont dit, Qu'en ce Couvent on vendait de l'esprit: Vôtre plaisir ferait-il qu'à crédit J'en pûsse avoir ? Non pas pour grosse somme; A gros achat mon trésor ne suffit: Je reviendrait s'il m'en faut davantage: Et cependant prenez ceci en gage. A ce discours, je sais quel anneau, Qu'elle tirait de son doigt avec peine, Ne venant point, le Père dit, tout beau, Nous pourvoirons à ce qui vous amène Sans exiger nul salaire de vous: Il est marchande & marchande entre nous: A l'une on vend ce qu'à d'autres on donne.
Entrez ici, suivez-moi hardiment; Nul ne nous voit, aucun ne nous entend, Tous sont au choeur; le portier est personne Entièrement à ma dévotion; Et ces murs ont de la discrétion. Elle le suit, ils vont à sa Cellule. Mon Révérend la jette sur un lit; Veut la baiser, la pauvrette recule Un peu la tête, & l'innocente dit: Quoi, c'est ainsi qu'on donne de l'esprit? Et vraiment oui, repart sa Révérence; Puis il lui met la main sur le téton.
Encore ainsi ? Vraiment, oui, comment donc? La belle prend le tout en patience: Il suit sa pointe, & d'encore en encore, Toujours l'esprit s'insinue & s'avance, Tant & si bien qu'il arrive à bon port. Lise riait du succès de la chose. Bonaventure à ce moment là Donne d'esprit une seconde dose.
Ce ne fut pas tout, une autre succéda; La charité du beau Père était grande. Et bien, dit-il, que pensez-vous du jeu? A nous venir l'esprit tarde bien peu, reprit la belle; & puis elle demande, Mais s'il s'en va? Nous verrons; D'autres secrets se mettent en usage. N'en cherchez point, dit Lise, davantage; De celui-ci nous recommencerons Au pis aller, tant & tant qu'il suffise. Le pis aller sembla le mieux à Lise.
Le secret même encore se répéta Par le même Pater ; il aimait cette dance. Lise lui fait une humble révérence; Et s'en retourne en songeant à cela. Lise songer! Quoi déjà Lise songe! Elle fait plus, elle cherche un mensonge, Se doutant bien qu'on lui demanderait, Sans y manquer, d'où ce retard venait. Deux jours après, sa compagne Nanette S'en vient la voir : pendant leur entretien Lise rêvait : Nanette comprit bien, Comme elle était clairvoyante & finette, Que Lise alors ne rêvait pas pour rien.
Elle fait tant, tourne tant son amie, Que celle-ci lui déclare le tout. L'autre n'était pas à l'ouïr endormie. Sans rien cacher, Lise de bout en bout, De point en point lui conte le mystère, Dimensions de l'esprit du beau Père, Et les encore, enfin tout le Phoebé. Mais vous, dit-elle, apprenez-nous de grâce Quand et par qui l'esprit vous fut donné. Anne reprit : puisqu'il faut que je fasse Un libre aveu, c'est vôtre frère Alain Qui m'a donné de l'esprit un beau matin. Mon frère Alain! Alain! S'écria Lise, Alain mon frère! Ah, je suis bien surprise; Il n'en a point, comment en donnerait-il? Sotte, dit l'autre. Hélas! Tu n'en sais guère: Apprends de moi que pour pareille affaire Il n'es besoin que l'on soit si subtil.
Ne me crois tu pas ? Sache-le de ta mère, Elle est experte au fait dont il s'agit; Sur ce point là l'on t'aura bientôt dit, Vivent les sots pour donner de l'esprit.
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| Mer 11 Fév 09, 13:20 |
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andré
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Inscription: Mer 27 Juil 05, 13:06 Messages: 14651 Localisation: Marseille Pays:
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
SŒUR JEANNE
Soeur Jeanne ayant fait un poupon, Jeûnait, vivait en sainte fille; Etait toujours en oraison; Et toujours ses soeurs à la grille. Un jour donc l'abesse leur dit : Vivez comme soeur Jeanne vit, Fuyez le monde et sa séquelle. Toutes reprirent à l'instant : Nous serons aussi sage qu'elle, Quand nous en auront fait autant.
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| Jeu 12 Fév 09, 12:20 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Georges FOUREST
CHERS AMIS DU BALCON
Chers amis du Balcon, j’ai passé tout l’été À glander au soleil, à en foutre pas une, À pas penser à vous, et à pas rimailler, À délaisser Léonne, A contempler la lune Le nez dans les étoiles et le coeur amoureux. Ce mois-ci, à défaut de vous pondre des vers, Je veux vous présenter un gars talentueux, Un poète fumiste au lyrisme super, Et dont l’oeuvre demeure, hélas, fort méconnue. Je vous présente ici quelques-uns de ses textes, Vous aimerez sans doute ainsi qu’ils m’ont émue.
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| Jeu 12 Fév 09, 12:22 |
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Georges FOUREST
EPITRE DE CASSANDRE A COLOMBINE
Les diables sur leurs charbons incandescents brûlent de moins de feux que mon coeur et mes sens lorsque sur ton sein nu mon regard lascif ose se poser ! Pour te plaire, incaguant la cyphose et l'asthme et l'emphysème (1) et la goutte et la toux, moi podagre (2), j'irais gravir le mont Ventoux. Je ne demande pas, vois-tu bien, que l'on m'aime d'un véritable amour, je n'exige pas même que l'on fasse semblant : à moi, vieux roquentin (3), devenir ton bouffon, ton hochet, ton pantin, pauvre jouet dont on s'amuse et que l'on casse voilà tout ce qu'il faut ! Je serai si cocasse ! Je fais des à-peu-près (je les chipe à Willy*) et, pour te divertir, comme un pitre avili, je cabriolerai, je ferai des grimaces... Pourtant, si Dieu voulait, un jour, que tu m'aimasses ! Ecoute ! tu pourras me gifler si tu veux, me fesser, me tirer le nez et les cheveux, trouer à coups de pied le fond de ma culotte ; croquignole et pinçon et nazarde et calotte de toi j'aimerai tout ! et je dirai : " Merci ! "
(1) maladie des alvéoles pulmonaires (2) qui est atteint de la goutte aux pieds (3) vieillard ridicule qui veut faire le jeune homme * écrivain qui fut le mari de Colette
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| Ven 13 Fév 09, 10:21 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Georges FOUREST
UN HOMME
Quand le docteur lui dit : "Monsieur, c'est la vérole indiscutablement !", quand il fut convaincu sans pouvoir en douter qu'il était bien cocu l'Homme n'articula pas la moindre parole.
Quand il réalisa que sa chemise ultime et son pantalon bleu par un trou laissaient voir sa fesse gauche et quand il sut que vingt centimes (oh ! pas même cinq sous !) faisaient tout son avoir
il ne s'arracha point les cheveux, étant chauve, il ne murmura point : "Que le bon Dieu me sauve !" ne se poignarda pas comme eût fait un Romain,
sans pleurer, sans gémir, sans donner aucun signe d'un veule désespoir, calme, simple, très-digne il prononça le nom de l'excrément humain.
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| Sam 14 Fév 09, 14:07 |
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
ÉLOGE DE LA VOLUPTÉ
Ô douce Volupté, sans qui, dès notre enfance, Le vivre et le mourir nous deviendraient égaux ; Aimant universel de tous les animaux, Que tu sais attirer avecque violence ! Par toi tout se meut ici-bas. C'est pour toi, c'est pour tes appâts, Que nous courons après la peine : Il n'est soldat, ni capitaine, Ni ministre d'État, ni prince, ni sujet, Qui ne t'ait pour unique objet. Nous autres nourrissons, si pour fruit de nos veilles Un bruit délicieux ne charmait nos oreilles, Si nous ne nous sentions chatouillés de ce son, Ferions-nous un mot de chanson ? Ce qu'on appelle gloire en termes magnifiques, Ce qui servait de prix dans les jeux olympiques, N'est que toi proprement, divine Volupté. Et le plaisir des sens n'est-il de rien compté ? Pour quoi sont faits les dons de Flore, Le Soleil couchant et l'Aurore, Pomone et ses mets délicats, Bacchus, l'âme des bons repas, Les forêts, les eaux, les prairies, Mères des douces rêveries ? Pour quoi tant de beaux arts, qui tous sont tes enfants ? Mais pour quoi les Chloris aux appâts triomphants, Que pour maintenir ton commerce ? J'entends innocemment : sur son propre désir Quelque rigueur que l'on exerce, Encore y prend-on du plaisir. Volupté, Volupté, qui fus jadis maîtresse Du plus bel esprit de la Grèce, Ne me dédaigne pas, viens-t'en loger chez moi ; Tu n'y seras pas sans emploi. J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien Qui ne me soit souverain bien, Jusqu'au sombre plaisir d'un coeur mélancolique. Viens donc ; et de ce bien, ô douce Volupté, Veux-tu savoir au vrai la mesure certaine ? Il m'en faut tout au moins un siècle bien compté ; Car trente ans, ce n'est pas la peine.
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| Dim 15 Fév 09, 12:35 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
LES AVOEUX INDISCRETS
Paris, sans pair, n'avait en son enceinte Rien dont les yeux semblassent si ravis Que de la belle, aimable et jeune Aminte. Fille à pourvoir, et des meilleurs partis. Sa mère encor la tenait sous son aile Son père avait du comptant et du bien Faites état qu’il ne lui manquait rien.
Le beau Damon s'étant pique pour elle Elle reçut les offres de son cœur: Il fit si bien l'esclave de la belle Qu'il en devint le maître et le vainqueur: Bien entendu sous le nom d’hyménée: Pas ne voudrais qu'on le crût autrement. L'an révolu ce couple si charmant Toujours d'accord, de plus en plus s’aimant (Vous eussiez dit la première journée) Se promettait la vigne de l’abbé; Lorsque Damon, sur ce propos tombé Dit à sa femme: Un point trouble mon âme Je suis épris d'une si douce flamme Que je voudrais n'avoir aimé que vous, Que mon cœur n’eût ressenti que vos coups Qu'il n’eût logé que votre seule image Digne, il est vrai, de son premier hommage.
J’ai cependant éprouvé d'autres feux; JI'en dis ma coulpe, et j'en suis tout honteux. Il m’en souvient, la nymphe était gentille, Au fond d'un bois, l'Amour seul avec nous; Il fit si bien, si mal, me direz-vous, Que de ce fait il me reste une fille. Voilà mon sort, dit Aminte à Damon: J'étais un jour seulette à la maison; Il me vint voir certain fils de famille, Bien fait et beau, d’agréable façon; J'en eus pitié; mon naturel est bon; Et pour conter tout de fil en aiguille, Il m'est resté de ce fait un garçon. Elle eut à peine achevé la parole, Que du mari l'âme jalouse et folle Au désespoir s'abandonne aussitôt. Il sort plein d’ire, il descend tout d'un saut, Rencontre un bât, se le met, et puis crie: Je suis bâté. Chacun au bruit accourt, Les père et mère, et toute la mégnie, Jusqu'aux voisins. Il dit, pour faire court, Le beau sujet d'une telle folie. II ne faut pas que le lecteur oublie Que les parents d'Aminte, bons bourgeois, Et qui n'avaient que cette fille unique, La nourrissaient, et tout son domestique, Et son époux, sans que, hors cette fois, Rien eût troublé la paix de leur famille. La mère donc s'en va trouver sa fille; Le père suit, laisse sa femme entrer, Dans le dessein seulement d’écouter.
La porte était entrouverte; il s’approche; Bref il entend la noise et le reproche Que fit sa femme à leur fille en ces mots: Vous avez tort: j'ai vu beaucoup de sots, Et plus encor de sottes en ma vie; Mais qu'on pût voir telle indiscrétion, Qui l'aurait cru ? car enfin, je vous prie, Qui vous forçait ? quelle obligation De révéler une chose semblable ? Plus d'une fille a forligné; le diable Est bien subtil; bien malins sont les gens. Non pour cela que l’on soit excusable: Il nous faudrait toutes dans des couvents Claquemurer jusques à l’hyménée. Moi qui vous parle ai même destinée; J'en garde au cœur un sensible regret. J'eus trois enfants avant mon mariage A votre père ai-je dit ce secret ? En avons-nous fait plus mauvais ménage ? Ce discours fut à peine proféré, Que l’écoutant s'en court, et tout outre Trouve du bât la sangle et se l'attache, Puis va criant partout: Je suis sanglé. Chacun en rit, encor que chacun sache Qu'il a de quoi faire rire à son tour. Les deux maris vont dans maint carrefour, Criant, courant, chacun à sa manière, Bâté le gendre, et sangé' le beau-père.
On doutera de ce dernier point-ci; Mais il ne faut telles choses mécroire Et par exemple, écoutez bien ceci. Quand Roland sut les plaisirs et la gloire Que dans la grotte avait eus son rival, D'un coup de poing il tua son cheval. Pouvait-il pas, traînant la pauvre bête, Mettre de plus la selle sur son dos ? Puis s'en aller, tout du haut de sa tête, Faire crier et redire aux échos: Je suis bâté', sanglé, car il n'importe, Tous deux sont bons. Vous voyez de la sorte Que ceci peut contenir vérité; Ce n'est assez, cela ne doit suffire; Il faut aussi montrer l’utilité De ce récit; je m'en vais vous la dire. L'heureux Damon me semble un pauvre sire. Sa confiance eut bientôt tout gâté. Pour la sottise et la simplicité De sa moitié, quant à moi, je l'admire.
Se confesser à son propre mari ! Quelle folie ! imprudence est un terme Faible à mon sens pour exprimer ceci. Mon discours donc en deux points se renferme. Le noeud d'hymen doit être respecté, Veut de la foi, veut de l’honnêteté: Si par malheur quelque atteinte un peu forte Le fait clocher d'un ou d'autre côté, Comportez-vous de manière et de sorte Que ce secret ne soit point éventé. Gardez de faire aux égards banqueroute; Mentir alors est digne de pardon. Je donne ici de beaux conseils, sans doute: Les ai-je pris pour moi-même ? hélas ! non.
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| Lun 16 Fév 09, 8:53 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Tristan L'Hermite (1601 - 1655)
LA NÉGLIGENCE AVANTAGEUSE
Je surpris l'autre jour la Nymphe que j'adore Ayant sur une jupe un peignoir seulement ; En la voyant ainsi, l'on eut dit proprement Qu'il sortait de son lit une nouvelle Aurore.
Ses yeux que le sommeil abandonnait encore, Ses cheveux autour d'elle errant confusément Ne lièrent mon coeur que plus étroitement, Ne firent qu'augmenter le feu qui me dévore.
Amour, si mon Soleil brûle dès le matin, Je ne puis espérer en mon cruel destin De voir diminuer l'ardeur qui me tourmente.
Dieux ! quelle est la Beauté qui cause ma langueur ? Plus elle est negligée et plus elle est charmante, Plus son poil est épars, plus il presse mon coeur.
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| Mar 17 Fév 09, 13:30 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Benedict BADDEL
Ah ! si j'étais une fourmi, Je m'en irais sans plus attendre Me mettre au travers du treillis, De ma belle la basse-chambre.
Je vous ferai si bien mon cas, Qu'après avoir la promenade Fait tout autour ; dedans son bas Je lui donnerais une pinçade.
Après cela, incontinent Qu'elle voudrait de sa main tendre Cette fourmi tout doucement Attraper ; je lui ferais prendre
Une fourmi, ô quel plaisir ! Qui à l'autre est bien différente. Car de celle-ci, pour ne mentir, La race en est plus excellente.
Elle sait si bien fourmiller, Chatouiller, trouver sa tanière, Qu'elle ne veut point sommeiller, Mais va cherchant sa fourmilière :
Et suis assuré, qu'une fois Qu'elle l'aurait en main tenue, Elle voudrait cent mille fois Sur un jour coucher toute nue.
Elle ne souhaiterait mieux Que ma fouyrmi bien fourmillante, Pour aplanir son bas raboteux, Que toujours dedans fut glissante.
Laisse donc belle ma fourmi Fourmiller, par ton descendre, Tu connaîtras que morts et vies Sont pour conjoint, à toi se rendre.
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| Mer 18 Fév 09, 11:16 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
L’ANNEAU DE HANS CARVEL
Hans Carvel prit sur ses vieux ans Femme jeune en toute manière ; Il prit aussi soucis cuisants ; Car l’un sans l’autre ne va guère. Babeau (c’est la jeune femelle, Fille du bailli Concordat) Fut du bon poil, ardente, et belle Et propre à l’amoureux combat. Carvel craignant de sa nature Le cocuage et les railleurs, Alléguait à la créature Et la Légende, et l’Ecriture, Et tous les livres les meilleurs : Blâmait les visites secrètes ; Frondait l’attirail des coquettes, Et contre un monde de recettes, Et de moyens de plaire aux yeux, Invectivait tout de son mieux. A tous ces discours la galande Ne s’arrêtait aucunement ; Et de sermons n’était friande A moins qu’ils fussent d’un amant. Cela faisait que le bon sire Ne savait tantôt plus qu’y dire, Eut voulu souvent être mort. Il eut pourtant dans son martyre Quelques moments de réconfort : L’histoire en est très véritable. Une nuit, qu’ayant tenu table, Et bu force bon vin nouveau, Carvel ronflait près de Babeau, Il lui fut avis que le diable Lui mettait au doigt un anneau, Qu’il lui disait.. : Je sais la peine Qui te tourmente, et qui te gène ; Carvel, j’ai pitié de ton cas, Tiens cette bague, et ne la lâches. Car tandis qu’au doigt tu l’auras, Ce que tu crains point ne seras, Point ne seras sans que le saches. Trop ne puis vous remercier, Dit Carvel, la faveur est grande. Monsieur Satan, Dieu vous le rende, Grand merci Monsieur l’aumônier Là-dessus achevant son somme, Et les yeux encore aggraves, Il se trouva que le bon homme Avait le doigt ou vous savez.
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| Jeu 19 Fév 09, 9:45 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Marie Alliot Du MAINE
MILLE ET UNE NUITS
De volupté divine, admire o magie du cycle, Par quel affectif effort tu nous fis apparaître visibles, La nature sans voile est sue de toute parts, Sur nos fronts, sous nos pieds l'ouvrir à nos regards,
Dans la suite après chaque victoire, Sacrifices des libations d'huile et de lait, Celle-ci en mémoire du temps, gardait Le sentiment, parce que l'olivier noir,
Fidèle au dieu du jour ne se plaît, Que plus tendre à ses ami(es), Secrètement pour vous habiter, Encore sous la retraite où je vous écris;
Que d'un peuple d'adorateurs Si les hommages sont flatteurs? Qui sait mourir mieux qu'une belle? Qui sait ressusciter mieux qu'elle? Palpiter, pâlir, tomber, enfin s'évanouir?
Or, qui jamais posséda mieux, Les équivoques, la magie, Et le dédale insidieux De l'adroite amphibologie?
Qui jamais sut avec plus d'art, Peser la crainte et l'espérance, Donner double face au hasard, Au milieu du raisonnement fondé sur l'expérience.
Ou femme au divin comité Plaide avec la reine des belles; Car la sagesse et la beauté Sont rarement d'accord entre elles.
Minerve présente à la fois Septs sages que la Grèce encense; Et Vénus met pour contre poids Les trois grâces de la balance.
Près d'un si séduisant minois, Vénus va, dans son apanage, Avoir milles grâce pour trois, Minerve n'aura plus un sage.
Votre crainte est bien naturelle, Je soupçonne entre vous un peu d'affinité Et même de la fraternité Rassurer l'amitié éternelle.
Après de longs pèlerinages, Et de longues processions Combien de dévots personnages, Auquel ils mordraient les talons.
Sous les lambris doués des célestes portiques, Vous regretterez quelque fois, Les danses les concerts rustiques. Ah! revenez habiter dans nos bois.
Alors s'est une Vénus que l'Amour dans vos yeux, Brille et s'aperçoive sans peine, Comme l'on voit l'azur des cieux, Comme le cristal d'une fontaine.
Ne vous tromperez vous jamais? le serment Qui sort de vos lèvres vermeilles, Est aussi doux pour votre amant, Que le miel de jeunes abeilles.
Mais la séduisante douceur, D'un aveu dicté par la feinte, Pour un crédule et tendre coeur, Est quelque fois plus amère que l'absinthe.
Recevez les pleurs de l'Amour, Que vos charmes ont fait éclore, Comme le coeur au point du jour, Reçoit les larmes de l'aurore.
Cédez, mais à ses voeux ardents, N'accordez pas tout ce qu'ils osent; Des plaisirs de votre printemps, Craint d'éparpiller la "Rose".
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| Ven 20 Fév 09, 13:11 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean Antoine De Baïf
D’UNE JEUNE FUYARDE
Petite pouliche farouche, Mais pourquoi, de tes yeux pervers M'aguichant ainsi de travers, Ne souffres-tu que je te touche ?
Comme une génisse qui mouche Tu sautelles par les prés verts : Tu te perds ensemble et me perds, Ne voulant point que je t'approche.
Ne m'estimes-tu qu'une souche ? Crois-tu que je ne sache rien ? Si fait, si fait : je m'entends bien A mettre le mors en la bouche.
Je sais comme c'est que l'on dresse La cavale qu'il faut choyer La domptant sans la rudoyer, J'en sais la façon et l'adresse.
Je sais manier à passade, A sauts, à courbettes, à bond, A toutes mains, en long, en rond, Et ne craindrais point les ruades.
Arrête, pouliche farouche ! Modère ta course et ton coeur ; Apprends si je suis bon piqueur*, Et prends le mors dedans ta bouche.
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| Sam 21 Fév 09, 11:55 |
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Marc Papillon de LASPHRISE
Quand viendra l'heureux jour que je sacrifirai Mon corps sur votre autel que saint DESIR dédie, Que j'épendrai mon sang en mémoire infinie D'avoir par une erreur si longtemps soupiré ?
Quand viendra l'heureux jour que je vous offrirai Un bénit cierge ardent avec cérémonie, Etant à deux genoux près de vous accomplie, Afin d'avoir pitié de mon coeur martyrisé ?
Hé ! quand serai-je orné dans votre sacré temple, Servant vos déités que dévot je contemple ? Quand accepterez-vous ma chère oblation*,
Pour fidèle témoin de mes peines souffertes ? Mais quand en recevant mes divines offertes Aurai-je de vos mains la bénédiction ?
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| Dim 22 Fév 09, 14:41 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean de La FONTAINE
NICAISE
Un apprenti marchand était, Qu 'avec droit Nicaise on nommait; Garçon très neuf, hors sa boutique, Et quelque peu d'arithmétique; Garçon novice dans les tours Qui se pratiquent en amours.
Bons bourgeois du temps de nos pères S'avisaient tard d'être bons frères. Ils n'apprenaient cette leçon Qu'ayant de la barbe au menton. Ceux d'aujourd'hui, sans qu'on les flatte, Ont soin de s'y rendre savants Aussitôt que les autres gens.
Le jouvenceau de vieille date, Possible un peu moins avancé Par les degrés n'avait passé. Quoi qu'il en soit le pauvre sire En très beau chemin demeura, Se trouvant court par celui-là C'est par l'esprit que je veux dire. Une belle pourtant l'aima: C'était la fille de son maître Fille aimable autant qu'on peut l'être, Et ne tournant autour du pot Soit par humeur franche et sincère; Soit qu'il fût force d'ainsi faire, Etant tombée aux mains d'un sot. Quelqu'un de trop de hardiesse Ira la taxer, et moi non: Tels procédés ont leur raison.
Lorsque l'on aime une déesse, Elle fait ces avances-là: Notre belle savait cela. Son esprit, ses traits, sa richesse, Engageaient beaucoup de jeunesse A sa recherche: heureux serait Celui d'entre eux qui cueillerait En nom d'hymen certaine chose, Qu'a meilleur titre elle promit Au Jouvenceau ci-dessus dit. Certain dieu parfois en dispose, Amour nomme communément. Il plût à la belle d'élire Pour ce point l'apprenti marchand. Bien est vrai (car il faut tout dire) Qu'il était très bien fait de corps Beau, jeune, et frais; ce sont trésors Que ne méprise aucune dame Tant soit son esprit précieux.
Pour une qu'Amour prend par l'âme Il en prend mille par les yeux. Celle-ci donc des plus galantes, Par mille choses engageantes Tâchait d'encourager le gars, N'était chiche de ses regards Le pinçait, lui venait sourire, Sur les yeux lui mettait la main Sur le pied lui marchait enfin. A ce langage il ne sut dire Autre chose que des soupirs, Interprètes de ses désirs. Tant fut, à ce que dit l'histoire, De part et d'autre soupiré, Que leur feu dûment déclaré, Les jeunes gens, comme on peut croire, Ne s'épargnèrent ni serments, Ni d'autres points bien plus charmants; Comme baisers à grosse usure; Le tout sans compte et sans mesure. Calculateur que fut l'amant, Brouiller fallait incessamment: La chose était tant infinie Qu'il y faisait toujours abus: Somme toute, il n'y manquait plus Qu'une seule cérémonie.
Bon fait aux filles l'épargner. Ce ne fut pas sans témoigner Bien du regret, bien de l'envie Par vous, disait la belle amie, Je me la veux faire enseigner, Où ne la savoir de ma vie. Je la saurai, je vous promets; Tenez-vous certain désormais De m'avoir pour votre apprentie. Je ne puis pour vous que ce point. Je suis franche; n'attendez point Que par un langage ordinaire Je vous promette de me faire Religieuse, à moins qu'un jour L'hymen ne suive notre amour.
Cet hymen serait bien mon compte N'en doutez point; mais le moyen ? Vous m'aimez trop pour vouloir rien Qui me pût causer de la honte Tels et tels m'ont fait demander. Mon père est prêt de m'accorder. Moi je vous permets d'espérer Qu'à qui que ce soit qu'on m'engage, Soit conseiller, soit président, Soit veille où jour de mariage Je serai vôtre auparavant, Et vous aurez mon pucelage.
Le garçon la remercia Comme il put. A huit jours de là Il s'offre un parti d'importance. La belle dit à son ami: Tenons-nous-en à celui-ci; Car il est homme, que je pense, A passer la chose au gros sas ". La belle en étant sur ce cas, On la promet, on la commence Le jour des noces se tient prêt. Entendez ceci, s'il vous plaît. Je pense voir votre pensée Sur ce mot-là de commencée. C'était alors sans point d' abus Fille promise et rien de plus. Huit jours donnés à la fiancée, Comme elle appréhendait encor Quelque rupture en cet accord, Elle diffère le négoce Jusqu'au propre jour de la noce; De peur de certain accident Qui les fillettes va perdant. On mène au moutier cependant Notre galande encor pucelle. Le oui fut dit à la chandelle. L'époux voulut avec la belle S'en aller coucher au retour. Elle demande encor ce jour, Et ne l'obtient qu'avecque peine. Il fallut pourtant y passer. Comme l'aurore était prochaine, L'épouse au lieu de se coucher S'habille. On eût dit une reine, Rien ne manquait aux vêtements, Perles, joyaux, et diamants; Son épousé la faisait dame. Son ami pour la faire femme Prend heure avec elle au matin. Ils devaient aller au jardin, Dans un bois propre à telle affaire.
Une compagne y devait faire Le guet autour de nos amants, Compagne instruite du mystère. La belle s'y rend la première, Sous le prétexte d'aller faire Un bouquet, dit-elle à ses gens. Nicaise après quelques moments La va trouver: et le bon sire Voyant le lieu se met à dire: Qu'il fait ici d'humidité ! Foin, votre habit sera gâté. Il est beau: ce serait dommage. Souffrez sans tarder davantage Que j'aille quérir un tapis. Eh mon Dieu laissons les habits; Dit la belle toute piquée. Je dirai que je suis tombée. Pour la perte, n'y songez point: Quand on a temps si fort à point Il en faut user; et périssent Tous les vêtements du pays; Que plutôt tous les beaux habits Soient gâtés, et qu'ils se salissent Que d'aller ainsi consumer Un quart d'heure: un quart d'heure est cher Tandis que tous les gens agissent Pour ma noce, il ne tient qu'à vous D'employer des moments si doux.
Ce que je dis ne me sied guère: Mais je vous chéris; et vous veux Rendre honnête homme si je peux En vérité, dit l'amoureux Conserver étoffe si chère Ne sera point mal fait à nous. Je cours; c'est fait; je suis à vous; Deux minutes feront l'affaire. Là-dessus il part sans laisser Le temps de lui rien répliquer. Sa sottise guérit la dame: Un tel dédain lui vint en l'âme, Qu'elle reprit dès ce moment Son coeur que trop indignement Elle avait place: quelle honte ! Prince des sots, dit-elle en soi, Va, je n'ai nul regret de roi: Tout autre eût été mieux mon compte. Mon bon ange a considéré Que tu n'avais pas mérité Une faveur si précieuse. Je ne veux plus être amoureuse Que de mon mari, j'en fais voeu. Et de peur qu'un reste de feu A le trahir ne me rengage, Je vais sans tarder davantage Lui porter un bien qu'il aurait, Quand Nicaise en son lieu serait. A ces mots, la pauvre épousée Sort du bois, fort scandalisée.
L'autre revient, et son tapis: Mais ce n'est plus comme jadis. Amants, la bonne heure ne sonne A toutes les heures du jour. J'ai lu dans l'Alphabet d'Amour, Qu'un galant près d'une personne N'a toujours le temps comme il veut: Qu'il le prenne donc comme il peut. Tous délais y font du dommage: Nicaise en est un témoignage. Fort essoufflé d'avoir couru, Et joyeux de telle prouesse, Il s'en revient bien résolu D'employer tapis et maîtresse. Mais quoi, la dame au bel habit Mordant ses lèvres de dépit Retournait voir la compagnie; Et de sa flamme bien guérie, Possible allait dans ce moment, Pour se venger de son amant, Porter à son mari la chose Qui lui causait ce dépit-là. Quelle chose ? c'est celle-là Que fille dit toujours qu'elle a. Je te crois, mais d'en mettre jà Mon doigt au feu, ma foi je n'ose: Ce que je sais, c est qu'en tel cas Fille qui ment ne pêche pas Grâce à Nicaise notre belle Ayant sa fleur en dépit d'elle S'en retournait tout en grondant: Quand Nicaise, la rencontrant A quoi tient, dit-il à la dame, Que vous ne m'ayez attendu ? Sur ce tapis bien étendu Vous seriez en peu d'heure femme. Retournons donc sans consulter: Venez cesser d'être pucelle; Puisque je puis sans rien gâter Vous témoigner quel est mon zèle Non pas cela, reprit la belle Mon pucelage dit qu'il faut Remettre l'affaire à tantôt.
J'aime votre santé, Nicaise; Et vous conseille auparavant De reprendre un peu votre vent. Or respirez tout à votre aise. Vous êtes apprenti marchand; Faites-vous apprenti galant: Vous n'y serez pas si tôt maître A mon égard, je ne puis être Votre maîtresse en ce métier. Sire Nicaise, il vous faut prendre Quelque servante du quartier Vous savez des étoffes vendre, Et leur prix en perfection; Mais ce que vaut l'occasion, Vous l'ignorez, allez l'apprendre.
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| Lun 23 Fév 09, 12:54 |
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