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 Petits poèmes érotiques. 
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Charles CROS (1842-1888)

DANS LA CLAIRIÈRE

Pour plus d'agilité, pour le loyal duel,
Les témoins ont jugé qu'Elles se battraient nues.
Les causes du combat resteront inconnues ;
Les deux ont dit : Motif tout individuel.

La blonde a le corps blanc, plantureux, sensuel ;
Le sang rougit ses seins et ses lèvres charnues.
La brune a le corps d'ambre et des formes ténues ;
Les cheveux noirs-bleus font ombre au regard cruel.

Cette haie où l'on a jeté chemise et robe,
Ce corps qui tour à tour s'avance ou se dérobe,
Ces seins dont la fureur fait se dresser les bouts,

Ces battements de fer, ces sifflantes caresses,
Tout paraît amuser ce jeune homme à l'oeil doux
Qui fume en regardant se tuer ses maîtresses.



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Mar 14 Avr 09, 11:34
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Louis-Charles ROYER

MEUNIERE

Le vent lève son cotillon,
Et la farine la parfume ;
Elle montre ses mollets ronds,
Sa nuque grasse et ses tétons,
Et les yeux des rouliers s'allument.
"Meunier !... Meunier !... Tu es cocu!..."

Car le soir, ni vu, ni connu,
Tandis que ton moulin tourne au vent de galerne,
Dans ses draps rudes, frais lavés,
Sur son corps caressé par les valets de ferme,

Je goûte la saveur douce et tiède du blé.


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Mer 15 Avr 09, 11:36
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Louis RATISBONNE

LA VOLUPTE ET L’AMOUR

O belle, dont le corps semble un vivant poëme,
Pourquoi m'ouvrir les bras, sans me dire : Je t'aime ?
Même à l'heure d'amour, contre ton sein pâmé
Tu ne me presses pas ainsi qu'un bien-aimé ;
Tu ne dis pas le mot envié des dieux même ;
Tu soupires : je meurs ; tu ne dis pas : Je t'aime !
Et pourtant ton œil darde un feu délicieux.
Tel un ange tombé qu'un songe emporte aux cieux,
Mais qui ne pourrait pas, courbé sous l'anathème,
Y proférer le mot angélique : Je t'aime !

Eh bien, reste muette, et, dans ta volupté,
Brûle comme une rose aux flammes de l'été,
Des baisers du soleil s'emplissant ivre et blême.

La rose ne dit rien ; le soleil dit : Je t'aime !




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Jeu 16 Avr 09, 11:52
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Isaac Du RYER

Vous me jurez assez que vous êtes l'unique
Des filles de Paris pour aimer constamment :
Mais quand vous en feriez un solennel serment,
Serais-je donc en cela toujours plus hérétique :


Car plus je vous fréquente et plus je vous pratique
Plus votre humeur me fait en juger autrement;
Et s'il m'était permis d'en parler librement,
Je vous tiendrais plutôt pour être un peu lubrique.


Ou aimer celui-ci, ou aimer celui-là,
Et quand quelque bouffon vous parle de cela,
Vous faire tout soudain venir l'eau dans la bouche :


Sortir de la maison cinq ou six fois le jour,
Montrer votre beau sein, permettre qu'on le touche
Appellez-vous cela être chaste en amour ?


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Ven 17 Avr 09, 18:11
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Pierre CORNEILLE
LA PLAE ROYALE

Ne parle point d'un nœud* dont le seul nom m'alarme.
J'idolâtre Angélique: elle est belle aujourd'hui,
Mais sa beauté peut-elle autant durer que lui ?
Et pour peu qu'elle dure, aucun me peut-il dire
Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle expire ?
Du temps, qui change tout, les révolutions
Ne changent-elles pas nos résolutions ?
Est-ce une humeur égale et ferme que la nôtre ?
N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre ?
Juge alors le tourment que c'est d'être attaché,
Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché.
Cependant Angélique, à force de me plaire,
Me flatte doucement de l'espoir du contraire ;
Et si d'autre façon je ne me sais garder,
Je sens que ses attraits m'en vont persuader.
Mais puisque son amour me donne tant de peine,
Je la veux offenser pour acquérir sa haine,
Et mériter enfin un doux commandement
Qui prononce l'arrêt de mon bannissement.
Ce remède est cruel, mais pourtant nécessaire :
Puisqu'elle me plaît trop, il me faut lui déplaire.
Tant que j'aurai chez elle encor le moindre accès,
Mes desseins de guérir n'auront point de succès.

* c'est à dire le mariage


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Dim 19 Avr 09, 11:24
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Olivier De MAGNY

SONNET À MÊME

Ce que j'aime au printemps, je te veux dire, Même ;
J'aime à fleurer la rose, et l'oeillet, et le thym,
J'aime à faire des vers, et me lever matin,
Pour, au chant des oiseaux, chanter celle que j'aime.

En été, dans un val, quand le chaud est extrême,
J'aime à baiser sa bouche et toucher son tétin,
Et sans faire autre effet, faire un petit festin,
Non de chair, mais de fruit, de fraises et de crème.

Quand l'automne s'approche et le froid vient vers nous,
J'aime avec la châtaigne avoir de bon vin doux,
Et, assis près du feu, faire chère lie.

En hiver, je ne puis sortir de la maison,
Si n'est au soir masqué ; mais en cette saison,
J'aime fort à coucher dans les bras de ma mie.


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Lun 20 Avr 09, 13:09
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Evariste de Forges PARNY (1753-1814)

LA FRAYEUR

Te souvient-il, ma charmante maîtresse,
De cette nuit où mon heureuse adresse
Trompa l'Argus qui garde tes appas ?
Furtivement j'arrivai dans tes bras.
Tu résistait ; mais ta bouche vermeille
A mes baisers se dérobait en vain ;
Chaque refus amenait un larcin.
Un bruit subit effraya ton oreille,
Et d'un flambeau tu vis l'éclat lointain.
Des voluptés tu passas à la crainte ;
L'étonnement vint resserrer soudain
Ton faible coeur palpitant sous ma main ;
Tu murmurais ; je riais de ta plainte ;
Je savais trop que le dieu des amants
Sur nos plaisirs veillait en ces moments.
Il vit tes pleurs ; Morphée, à sa prière,
Du vieil Argus que réveillaient nos jeux
Ferma bientôt et l'oreille et les yeux,
Et de son aile enveloppa ta mère.
L'Aurore vint, plus tôt qu'à l'ordinaire,
De nos baisers interrompre le cours ;
Elle chassa les timides Amours :
Mais ton sourire, peut-être involontaire,
Leur accorda le rendez-vous du soir.

Ah ! si les dieux me laissaient le pouvoir
De dispenser la nuit et la lumière,
Du jour naissant la jeune avant-courrière
Viendrait bien tard annoncer le Soleil ;
Et celui-ci dans sa course légère
Ne ferait voir au haut de l'hémisphère
Qu'une heure ou deux son visage vermeil.
L'ombre des nuits durerait davantage,
Et les amours auraient plus de loisirs.
De mes instants l'agréable partage
Serait toujours au profit du plaisir.
Dans un accord réglé par la sagesse,
A mes amis j'en donnerais un quart ;
Le doux sommeil aurait semblable part,
Et la moitié serait pour ma maîtresse.


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Mar 21 Avr 09, 10:23
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Pierre BERTHELOT

CHEVALIERS AVENTUREUX

Qui, plein d'un feu vigoureux,
Soupirez après les femmes,
Venez éteindre vos flammes
Dans mon giron amoureux,
Car le feu qui vous martyre
N'est qu'une eau que je désire.

Venez, accourez y tous,
Et j'aurai pitié de vous,
Vous prêtant une fournaise
Qui recevra votre braise,
Comme miel ou sucre doux,
Car le feu qui vous martyre
N'est qu'une eau que je désire.

Bas donc, chausses et pourpoint !
Venez nus, la torche au poing :
Je ne fais que vous attendre.
Tachez de me mettre en cendre,
Mais cela ne sera point,
Car le feu qui vous martyre
N'est qu'une eau que je désire.

O, bons Dieux ! quelle liqueur
Qui, me coulant jusqu'au coeur,
Noie de plaisirs mon âme !
De l'appeller feu, ni flamme,
Serait un dire moqueur,
Car le feu qui vous martyre
N'est qu'une eau que je désire.

C'est un baume précieux,
Un nectar délicieux,
Une céleste rosée
Dont, pour en être arrosée,
J'abandonnerais les cieux,
Car le feu qui vous martyre
N'est qu'une eau que je désire.

Poussez donc hardiment,
Et me mouillez tellelement
Qu'ayant épuisé vos veines
Je ne sois rien que fontaines
D'un si parfait élément :
Car le feu qui vous martyre
N'est qu'une eau que je désire.



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Mer 22 Avr 09, 11:52
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
André CHENIER

O ! JEUNE ADOLESCENT

O jeune adolescent ! tu rougis devant moi.
Vois mes traits sans couleurs; ils pâlissent pour toi :
C'est ton front virginal, ta grâce, ta décence ;
Viens. Il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance.
O jeune adolescent, viens savoir que mon coeur
N'a pu de ton visage oublier la douceur.
Bel enfant, sur ton front la volupté réside.
Ton regard est celui d'une vierge timide.
Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour,
Semble encore ignorer qu'on soupire d'amour.
Viens le savoir de moi. Viens, je veux te l'apprendre ;
Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre,
Afin que mes leçons, moins timides que toi,
Te fassent soupirer et languir comme moi;
Et qu'enfin rassuré, cette joue enfantine
Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine.

Oh ! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin
Reposer mollement ta tête sur mon sein!
Je te verrais dormir, retenant mon haleine,
De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine.
Mon écharpe de lin, que je ferais flotter,
Loin de ton beau visage aurait soin d'écarter
Les insectes volants dont les ailes bruyantes
Aiment à se poser sur les lèvres dormantes.


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Jeu 23 Avr 09, 11:20
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
André CHÉNIER

O ! JEUNE ADOLESCENT

O jeune adolescent ! tu rougis devant moi.
Vois mes traits sans couleurs; ils pâlissent pour toi :
C'est ton front virginal, ta grâce, ta décence ;
Viens. Il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance.
O jeune adolescent, viens savoir que mon coeur
N'a pu de ton visage oublier la douceur.
Bel enfant, sur ton front la volupté réside.
Ton regard est celui d'une vierge timide.
Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour,
Semble encore ignorer qu'on soupire d'amour.
Viens le savoir de moi. Viens, je veux te l'apprendre ;
Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre,
Afin que mes leçons, moins timides que toi,
Te fassent soupirer et languir comme moi;
Et qu'enfin rassuré, cette joue enfantine
Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine.


Oh ! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin
Reposer mollement ta tête sur mon sein!
Je te verrais dormir, retenant mon haleine,
De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine.
Mon écharpe de lin, que je ferais flotter,
Loin de ton beau visage aurait soin d'écarter
Les insectes volants dont les ailes bruyantes
Aiment à se poser sur les lèvres dormantes.


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Ven 24 Avr 09, 17:48
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Edmond HARAUCOURT


LA SOURCE


Source vénérienne où vont boire les mâles !

Fissure de porphyre où frise un brun gazon,

Qui, fin comme un duvet, chaud comme une toison,

Moutonne dans un bain de senteurs animales.

Quand un homme a trempé dans tes eaux baptismales

Les désirs turgescents qui troublaient sa raison,

Il en garde à jamais la soif du cher poison

Dont s’imprégna sa peau dedans tes eaux thermales.

Ô Jouvence des cœurs ! Fontaine des plaisirs !

Abreuvoir où descend le troupeau des désirs

Pour s’y gorger d’amour, de parfum et d’extases !

Il coule de tes flancs, le nectar enchanté,

Elixir de langueur, crème de volupté…

Et pour le recueillir nos baisers sont des vases !


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Sam 25 Avr 09, 12:33
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Auguste BRIZEUX

LE JEUNE PÂTRE BRETON

Dès que la grive est éveillée,
Sur cette lande encor mouillée
Je viens m’asseoir
Jusques au soir ;
Grand’mère de qui je me cache,
Dit: Loïc aime trop sa vache.
Oh ! Nenni da !
Mais j’aime la petite Anna.


A son tour Anna, ma compagne,
Conduit derrière la montagne,
Près des sureaux,
Ses noirs chevreaux;
Si la montagne où je m’égare,
Ainsi qu’un grand mur, nous sépare,
Sa douce voix
Sa voix m’appelle au fond du bois.


Oh ! Sur un air plaintif et tendre,
Qu’il est doux au loin de s’entendre,
Sans même avoir
L’heure de se voir !
De la montagne à la vallée
La voix par la voix appelée
Semble un soupir
Mêlé d’ennuis et de plaisir.


Ah ! retenez bien votre haleine,
Brise étourdie, et dans la plaine,
Parmi les blés
Courez, volez !
Dieu ! la méchante a sur son aile
Emporté la voix douce et frêle,
La douce voix
Qui m’appelait au fond du bois.


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Dim 26 Avr 09, 11:58
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Charles COLLÉ

ON NE DISPUTE POINT DES GOÛTS

Chacun a son goût qui le mène,
L’un hait ce que l’autre chérit :
Un sot est aimé de Climène ,
Lucinde aime un homme d’Esprit.
L’une prend ce que l’autre rebute,
Et dans cela, comme dans tout,
Chacun a son goût,
Point de dispute
Chacun à son goût.


En fait d’amour et de musique,
L’on ne s’accorde plus en rien,
L’un préfère le goût antique,
L’autre le goût italien,
L’un aime ce que l’autre rebute,
Mais dans cela comme dans tout
Chacun a son goût,
Point de dispute
Chacun à son goût.


Chaque femme, à ce qu’il nous semble,
N’a qu’un seul amant à la fois ;
Mais la tendre Iris prend ensemble,
Deux amants, et fort souvent trois,
C’est pour en avoir à la minute ;
Mais dans cela comme dans tout
Chacun a son goût,
Point de dispute
Chacun à son goût.


Tandis que Daphné sans tendresse,
Refuse un amant jeune et beau,
Qu’elle fuit le Dieu du Permesse ,
Pasyphaé prend un Taureau,
Et c’est Apollon qu’on rebute,
Mais dans cela comme dans tout
Chacun a son goût,
Point de dispute
Chacun à son goût.


Socrate et Sapho la Lesbienne
Ont eu des goûts assez suspects :
Tous les jours en France on ramène
Leurs jeux renouvelés des Grecs.
Il n’est point de plaisir qu’on rebute,
Mais dans cela comme dans tout
Chacun a son goût,
Point de dispute
Chacun à son goût.


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Mar 28 Avr 09, 9:56
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Charles COLLE

L'amant trop vif et sans art,
Part, part, part,
Sans qu'on puisse y prendre part ;
C'est ne pas savoir vivre,
C'est là manquer d'égard,
Car, car, car,
L'amant poli part plus tard !

Il emploie avant cela,
Là, là, là,
Le précurseur que voilà !
Ce doigt, toujours honnête,
Qui prépare tout ça,
Va, va, va,
Avant que l'on entre là !

Un homme un peu complaisant
Sent, sent, sent,
Qu'il est civil et décent
De bien limer sa dame ;
Et la galant attend
Tant, tant, tant,
Qu'ils partent au même instant !


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Mer 29 Avr 09, 12:18
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Antoinette DESHOULIERES

Entre deux draps de toile belle et bonne,
Que très souvent on rechange, on savonne,
La jeune Iris, au coeur sincère et haut,
Aux yeux brillants, à l'esprit sans défaut,
Jusqu'à midi volontiers se mitonne.

Je ne combats de goûts contre personne,
Mais franchement sa paresse m'étonne ;
C'est demeurer seule plus qu'il ne faut
Entre deux draps.

Quand à rêver ainsi l'on s'abandonne,
Le traître amour rarement le pardonne :
À soupirer on s'exerce bientôt :

Et la vertu soutient un grand assaut,
Quand une fille avec son coeur raisonne
Entre deux draps.


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Jeu 30 Avr 09, 12:18
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Jacques Brindejont-Offenbach

VIEILLESSE

Les voyages avaient éclairci ses cheveux,
Et ses tempes de jais étaient, à présent, blanches ;
Déjà vieux, mais voulant satisfaire à ses voeux,
Un seul jour par semaine, il craignait les dimanches.

Une nuit qu'il traînait dans quelque Napoli
Ses désirs refroidis et son âme inquiète,
Une matrone épaisse, avec un ton poli,
À son vice inactif proposa sa fillette.

Tout pour le sacrifice était prêt : en bâillant,
La victime attendait un prélude brillant :
Il y manquait la flamme impossible à soustraire.

C'est alors que le fruit, encore acidulé,
Narguant ses efforts vains, le regard désolé,
Proposa simplement : "Veux-tu mon petit frère".


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Ven 01 Mai 09, 20:48
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Chevalier de PARNY (1753-1814)

LE CABINET DE TOILETTE

Voici le cabinet charmant
Où les grâces font leur toilette.
Dans cette amoureuse retraite
J’éprouve un doux saisissement.
Tout m' y rappelle ma maîtresse,
Tout m' y parle de ses attraits,
Je crois l’entendre, et mon ivresse
La revoit dans tous les objets.
Ce bouquet, dont l’éclat s' efface,
Toucha l’albâtre de son sein ;
Il se dérangea sous ma main,
Et mes lèvres prirent sa place.
Ce chapeau, ces rubans, ces fleurs,
Qui formaient hier sa parure,
De sa flottante chevelure
Conservent les douces odeurs.
Voici l’inutile baleine
Où ses charmes sont en prison.
J’aperçois le soulier mignon
Que son pied remplira sans peine.
Ce lin, ce dernier vêtement...
Il a couvert tout ce que j’aime ;
Ma bouche s' y colle ardemment,
Et croit baiser dans ce moment
Les attraits qu’il baisa lui-même.
Cet asile mystérieux
De Vénus sans doute est l’empire.
Le jour n' y blesse point mes yeux ;
Plus tendrement mon cœur soupire ;
l' air et les parfums qu' on respire
de l' amour allument les feux.
Parois, ô maîtresse adorée !
J' entends sonner l' heure sacrée
qui nous ramène les plaisirs ;
du temps viens connaître l' usage,
et redoubler tous les désirs
qu' a fait naître ta seule image.


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Sam 02 Mai 09, 13:00
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Théophile GAUTIER (1811-1872)

UN JOUR

Un jour, au doux rêveur qui l'aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poème,
Le poème de son beau corps.

D'abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d'infante
Un flot de velours nacarat :

Telle qu'au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d'artiste,
Laissant tomber l'épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l'épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s'abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléomène,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d'eau,
Grains laiteux qu'un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d'art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C'est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l'admire
Avec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l'autre replié.

Et comme l'odalisque d'Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l'amour !

Sa tête penche et se renverse
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d'argent bruni,
Et l'on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l'infini.

D'un linceul de point d'Angleterre
Que l'on recouvre sa beauté :
L'extase l'a prise à la terre ;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.


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Dim 03 Mai 09, 10:21
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Guy de MAUPASSANT (1850 - 1893)

L’AFFINITE DES CHAIRS

Je ne l'entendais pas, tant je la regardais
Par sa robe entr'ouverte, au loin je me perdais,
Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles :
Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres !
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l'immobilité
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse
Haletait fortement avec de longs sanglots.
Sa joie était brûlante et ses yeux demi-clos ;
Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d'amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent
Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers
Un lien nous tenait, l'affinité des chairs.


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Lun 04 Mai 09, 11:54
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Armand GOUFFE

LE COUP DU MILIEU

Nos bons aïeux aimaient à boire,
Que pouvons-nous faire de mieux ?
Versez, versez ! je me fais gloire
De ressembler à mes aïeux !
Entre le Chablis que j'honore
Et l'Aï dont je fais mon dieu,
Savez-vous ce que j'aime encore ?
C'est le petit coup du milieu

Je bois quand je me mets à table
Et le vin m'ouvre l'appétit ;
Bientôt ce nectar délectable,
Au dessert, m'ouvrira l'esprit.
Si tu veux combler mon ivresse,
Viens, Amour, viens, espiègle dieu,
Pour trinquer avec ma maîtresse,
M'apprêter le coup du milieu.

Ce coup, mes très chers camarades,
A pris naissance dans les cieux ;
Les dieux buvaient force rasades,
Buvaient enfin comme des dieux.
Les déesses, femmes discrètes,
Ne prenaient point goût à ce jeu.
Vénus, pour les mettre en goguettes,
Proposa le coup du milieu.

Aussitôt cet aimable usage
Par l'Amour nous fut apporté ;
Chez nous son premier avantage
Fut d'apprivoiser la beauté.
Le sexe, à Bacchus moins rebelle,
Lui rend hommage en temps et lieu
Et l'on ne voit pas une belle
Refuser le coup du milieu.

Buvons à la paix, à la gloire !
Ce plaisir nous est bien permis ;
Doublons les rasades pour boire
A la santé de nos amis !
De Momus disciples fidèles,
Buvons à Panard, à Chaulieu ;
Mais pour la santé de nos belles,
Réservons le coup du milieu.


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Mar 05 Mai 09, 12:27
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Abbé de CHAULIEU

À Madame la Marquise de Lassay de Fontenay,
le premier Jour de Mai 1705


Hélas ! pourquoi faut-il, par une loi trop dure,
Que la jeunesse des saisons,
Qui rend la verte chevelure
A nos arbres, à nos buissons,
Ne puisse ranimer notre machine usée ;
Rendre à mon sang glacé son ancienne chaleur,
A mon corps, à mes sens leur première vigueur,
Et d'esprits tout nouveaux réchauffer ma pensée ;
Surtout, rendre à mon coeur ces tendres sentiments,
Ces transports, ces fureurs, ces précieuses larmes,
Qui de nos jours font l'unique printemps,
Et dont mon coeur usé ne connaît plus les charmes ?
Alors vous me verriez cent fois à vos genoux
Vous redire combien vous me semblez aimable ;
Vous jurer que le ciel me fit exprès pour vous ;
Que mon attachement serait tendre et durable ;
Que dans l'imagination
Quelque chose de sympathique
Prépare entre nous l'union
Par où l'amour au coeur souvent se communique ;
Enfin, sans vous chercher cent autres agréments,
Que vous avez tous les talents
Que je sens qu'il faut pour me plaire.
Ainsi je parlerois dans ces bienheureux temps ;
Mais je dois maintenant me taire.

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Mer 06 Mai 09, 12:47
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Pierre Le LOYER

Dans ton sein applani son deux pommes décloses
Qu'en parfaite rondeur nature à fait lever,
Et dans ton même sein se voient élever
Deux fraises de Printemps belles sur toutes choses.

Les pommes rondes sont tes deux mamelles closes.
Les fraises, tes tétons plus beaux qu'on peut trouver,
Les pommes vont semblant aux neiges de l'hiver,
Et les fraises encor' aux plus vermeilles roses.

Cupidon les suçant à longs traits et goulus
De ma mère le lait, dit-il, ne me plait plus,
Ses tétons sont moins doux, moins douce est sa mamelle.

J'aime bien mieux friand dans ce sein m'arrêter
Et là un doux Nectar sans cesse suçoter
Meilleur que n'est le lait de Venus immortelle.


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Jeu 07 Mai 09, 17:06
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Abbé de CHAULIEU

A Madame la Marquise de Lassay de Fontenay,
le premier Jour de Mai 1705


Hélas ! pourquoi faut-il, par une loi trop dure,
Que la jeunesse des saisons,
Qui rend la verte chevelure
A nos arbres, à nos buissons,
Ne puisse ranimer notre machine usée ;
Rendre à mon sang glacé son ancienne chaleur,
A mon corps, à mes sens leur première vigueur,
Et d'esprits tout nouveaux réchauffer ma pensée ;
Surtout, rendre à mon coeur ces tendres sentiments,
Ces transports, ces fureurs, ces précieuses larmes,
Qui de nos jours font l'unique printemps,
Et dont mon coeur usé ne connaît plus les charmes ?
Alors vous me verriez cent fois à vos genoux
Vous redire combien vous me semblez aimable ;
Vous jurer que le ciel me fit exprès pour vous ;
Que mon attachement serait tendre et durable ;
Que dans l'imagination
Quelque chose de sympathique
Prépare entre nous l'union
Par où l'amour au coeur souvent se communique ;
Enfin, sans vous chercher cent autres agréments,
Que vous avez tous les talents
Que je sens qu'il faut pour me plaire.
Ainsi je parlerois dans ces bienheureux temps ;
Mais je dois maintenant me taire.


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Ven 08 Mai 09, 11:33
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Mme De LAUVERGNE

Aimable Godefroy, vous êtes redoutable,
Vos beaux yeux savent l'art d'ôter la liberté.
Ils ont de la douceur, ils ont de la fierté
Et leur brillant éclat n'a rien de comparable.

Le tour de votre esprit parait inimitable,
Qui pourrait se lasser d'admirer sa beauté,
Il est fin, délicat et rempli de bonté,
Et l'on voit dans votre air un charme inévitable.

Mon cœur qui tant de fois se défendit d'aimer,
Connut que malgré lui vous l'alliez enflammer,
Par vos attraits puissants, mon âme fut surprise,

Et je sentis pour vous certain je ne sais quoi,
Que mes brûlants soupirs vous dirent mieux que moi,
Au moment qu'à vos pieds je perdis ma franchise.





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Sam 09 Mai 09, 12:05
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Abbé De LATTAIGNANT

LE MOT ET LA CHOSE

Madame quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose
On vous a dit souvent le mot
On vous a fait souvent la chose
Ainsi de la chose et du mot
Vous pouvez dire quelque chose
Et je gagerais que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose
Pour moi voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose
J'avouerai que j'aime le mot
J'avouerai que j'aime la chose
Mais c'est la chose avec le mot
Mais c'est le mot avec la chose
Autrement la chose et le mot
A mes yeux seraient peu de chose
Je crois même en faveur du mot
Pouvoir ajouter quelque chose
Une chose qui donne au mot
Tout l'avantage sur la chose
C'est qu'on peut dire encore le mot
Alors qu'on ne fait plus la chose
Et pour peu que vaille le mot
Mon Dieu c'est toujours quelque chose
De là je conclus que le mot
Doit être mis avant la chose
Qu'il ne faut ajouter au mot
Qu'autant que l'on peut quelque chose
Et que pour le jour où le mot
Viendra seul hélas sans la chose
Il faut se réserver le mot
Pour se consoler de la chose
Pour vous je crois qu'avec le mot
Vous voyez toujours autre chose
Vous dites si gaiement le mot
Vous méritez si bien la chose
Que pour vous la chose et le mot
Doivent être la même chose
Et vous n'avez pas dit le mot
Qu'on est déjà prêt à la chose
Mais quand je vous dis que le mot
Doit être mis avant la chose
Vous devez me croire à ce mot
Bien peu connaisseur en la chose
Et bien voici mon dernier mot
Et sur le mot et sur la chose
Madame passez-moi le mot
Et je vous passerai la chose.



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Dim 10 Mai 09, 11:40
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