Pour plus d'agilité, pour le loyal duel, Les témoins ont jugé qu'Elles se battraient nues. Les causes du combat resteront inconnues ; Les deux ont dit : Motif tout individuel.
La blonde a le corps blanc, plantureux, sensuel ; Le sang rougit ses seins et ses lèvres charnues. La brune a le corps d'ambre et des formes ténues ; Les cheveux noirs-bleus font ombre au regard cruel.
Cette haie où l'on a jeté chemise et robe, Ce corps qui tour à tour s'avance ou se dérobe, Ces seins dont la fureur fait se dresser les bouts,
Ces battements de fer, ces sifflantes caresses, Tout paraît amuser ce jeune homme à l'oeil doux Qui fume en regardant se tuer ses maîtresses.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Le vent lève son cotillon, Et la farine la parfume ; Elle montre ses mollets ronds, Sa nuque grasse et ses tétons, Et les yeux des rouliers s'allument. "Meunier !... Meunier !... Tu es cocu!..."
Car le soir, ni vu, ni connu, Tandis que ton moulin tourne au vent de galerne, Dans ses draps rudes, frais lavés, Sur son corps caressé par les valets de ferme,
Je goûte la saveur douce et tiède du blé.
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O belle, dont le corps semble un vivant poëme, Pourquoi m'ouvrir les bras, sans me dire : Je t'aime ? Même à l'heure d'amour, contre ton sein pâmé Tu ne me presses pas ainsi qu'un bien-aimé ; Tu ne dis pas le mot envié des dieux même ; Tu soupires : je meurs ; tu ne dis pas : Je t'aime ! Et pourtant ton œil darde un feu délicieux. Tel un ange tombé qu'un songe emporte aux cieux, Mais qui ne pourrait pas, courbé sous l'anathème, Y proférer le mot angélique : Je t'aime !
Eh bien, reste muette, et, dans ta volupté, Brûle comme une rose aux flammes de l'été, Des baisers du soleil s'emplissant ivre et blême.
La rose ne dit rien ; le soleil dit : Je t'aime !
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Vous me jurez assez que vous êtes l'unique Des filles de Paris pour aimer constamment : Mais quand vous en feriez un solennel serment, Serais-je donc en cela toujours plus hérétique :
Car plus je vous fréquente et plus je vous pratique Plus votre humeur me fait en juger autrement; Et s'il m'était permis d'en parler librement, Je vous tiendrais plutôt pour être un peu lubrique.
Ou aimer celui-ci, ou aimer celui-là, Et quand quelque bouffon vous parle de cela, Vous faire tout soudain venir l'eau dans la bouche :
Sortir de la maison cinq ou six fois le jour, Montrer votre beau sein, permettre qu'on le touche Appellez-vous cela être chaste en amour ?
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Ne parle point d'un nœud* dont le seul nom m'alarme. J'idolâtre Angélique: elle est belle aujourd'hui, Mais sa beauté peut-elle autant durer que lui ? Et pour peu qu'elle dure, aucun me peut-il dire Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle expire ? Du temps, qui change tout, les révolutions Ne changent-elles pas nos résolutions ? Est-ce une humeur égale et ferme que la nôtre ? N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre ? Juge alors le tourment que c'est d'être attaché, Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché. Cependant Angélique, à force de me plaire, Me flatte doucement de l'espoir du contraire ; Et si d'autre façon je ne me sais garder, Je sens que ses attraits m'en vont persuader. Mais puisque son amour me donne tant de peine, Je la veux offenser pour acquérir sa haine, Et mériter enfin un doux commandement Qui prononce l'arrêt de mon bannissement. Ce remède est cruel, mais pourtant nécessaire : Puisqu'elle me plaît trop, il me faut lui déplaire. Tant que j'aurai chez elle encor le moindre accès, Mes desseins de guérir n'auront point de succès.
* c'est à dire le mariage
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Ce que j'aime au printemps, je te veux dire, Même ; J'aime à fleurer la rose, et l'oeillet, et le thym, J'aime à faire des vers, et me lever matin, Pour, au chant des oiseaux, chanter celle que j'aime.
En été, dans un val, quand le chaud est extrême, J'aime à baiser sa bouche et toucher son tétin, Et sans faire autre effet, faire un petit festin, Non de chair, mais de fruit, de fraises et de crème.
Quand l'automne s'approche et le froid vient vers nous, J'aime avec la châtaigne avoir de bon vin doux, Et, assis près du feu, faire chère lie.
En hiver, je ne puis sortir de la maison, Si n'est au soir masqué ; mais en cette saison, J'aime fort à coucher dans les bras de ma mie.
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Te souvient-il, ma charmante maîtresse, De cette nuit où mon heureuse adresse Trompa l'Argus qui garde tes appas ? Furtivement j'arrivai dans tes bras. Tu résistait ; mais ta bouche vermeille A mes baisers se dérobait en vain ; Chaque refus amenait un larcin. Un bruit subit effraya ton oreille, Et d'un flambeau tu vis l'éclat lointain. Des voluptés tu passas à la crainte ; L'étonnement vint resserrer soudain Ton faible coeur palpitant sous ma main ; Tu murmurais ; je riais de ta plainte ; Je savais trop que le dieu des amants Sur nos plaisirs veillait en ces moments. Il vit tes pleurs ; Morphée, à sa prière, Du vieil Argus que réveillaient nos jeux Ferma bientôt et l'oreille et les yeux, Et de son aile enveloppa ta mère. L'Aurore vint, plus tôt qu'à l'ordinaire, De nos baisers interrompre le cours ; Elle chassa les timides Amours : Mais ton sourire, peut-être involontaire, Leur accorda le rendez-vous du soir.
Ah ! si les dieux me laissaient le pouvoir De dispenser la nuit et la lumière, Du jour naissant la jeune avant-courrière Viendrait bien tard annoncer le Soleil ; Et celui-ci dans sa course légère Ne ferait voir au haut de l'hémisphère Qu'une heure ou deux son visage vermeil. L'ombre des nuits durerait davantage, Et les amours auraient plus de loisirs. De mes instants l'agréable partage Serait toujours au profit du plaisir. Dans un accord réglé par la sagesse, A mes amis j'en donnerais un quart ; Le doux sommeil aurait semblable part, Et la moitié serait pour ma maîtresse.
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Qui, plein d'un feu vigoureux, Soupirez après les femmes, Venez éteindre vos flammes Dans mon giron amoureux, Car le feu qui vous martyre N'est qu'une eau que je désire.
Venez, accourez y tous, Et j'aurai pitié de vous, Vous prêtant une fournaise Qui recevra votre braise, Comme miel ou sucre doux, Car le feu qui vous martyre N'est qu'une eau que je désire.
Bas donc, chausses et pourpoint ! Venez nus, la torche au poing : Je ne fais que vous attendre. Tachez de me mettre en cendre, Mais cela ne sera point, Car le feu qui vous martyre N'est qu'une eau que je désire.
O, bons Dieux ! quelle liqueur Qui, me coulant jusqu'au coeur, Noie de plaisirs mon âme ! De l'appeller feu, ni flamme, Serait un dire moqueur, Car le feu qui vous martyre N'est qu'une eau que je désire.
C'est un baume précieux, Un nectar délicieux, Une céleste rosée Dont, pour en être arrosée, J'abandonnerais les cieux, Car le feu qui vous martyre N'est qu'une eau que je désire.
Poussez donc hardiment, Et me mouillez tellelement Qu'ayant épuisé vos veines Je ne sois rien que fontaines D'un si parfait élément : Car le feu qui vous martyre N'est qu'une eau que je désire.
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O jeune adolescent ! tu rougis devant moi. Vois mes traits sans couleurs; ils pâlissent pour toi : C'est ton front virginal, ta grâce, ta décence ; Viens. Il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance. O jeune adolescent, viens savoir que mon coeur N'a pu de ton visage oublier la douceur. Bel enfant, sur ton front la volupté réside. Ton regard est celui d'une vierge timide. Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour, Semble encore ignorer qu'on soupire d'amour. Viens le savoir de moi. Viens, je veux te l'apprendre ; Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre, Afin que mes leçons, moins timides que toi, Te fassent soupirer et languir comme moi; Et qu'enfin rassuré, cette joue enfantine Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine.
Oh ! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin Reposer mollement ta tête sur mon sein! Je te verrais dormir, retenant mon haleine, De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine. Mon écharpe de lin, que je ferais flotter, Loin de ton beau visage aurait soin d'écarter Les insectes volants dont les ailes bruyantes Aiment à se poser sur les lèvres dormantes.
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O jeune adolescent ! tu rougis devant moi. Vois mes traits sans couleurs; ils pâlissent pour toi : C'est ton front virginal, ta grâce, ta décence ; Viens. Il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance. O jeune adolescent, viens savoir que mon coeur N'a pu de ton visage oublier la douceur. Bel enfant, sur ton front la volupté réside. Ton regard est celui d'une vierge timide. Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour, Semble encore ignorer qu'on soupire d'amour. Viens le savoir de moi. Viens, je veux te l'apprendre ; Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre, Afin que mes leçons, moins timides que toi, Te fassent soupirer et languir comme moi; Et qu'enfin rassuré, cette joue enfantine Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine.
Oh ! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin Reposer mollement ta tête sur mon sein! Je te verrais dormir, retenant mon haleine, De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine. Mon écharpe de lin, que je ferais flotter, Loin de ton beau visage aurait soin d'écarter Les insectes volants dont les ailes bruyantes Aiment à se poser sur les lèvres dormantes.
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Dès que la grive est éveillée, Sur cette lande encor mouillée Je viens m’asseoir Jusques au soir ; Grand’mère de qui je me cache, Dit: Loïc aime trop sa vache. Oh ! Nenni da ! Mais j’aime la petite Anna.
A son tour Anna, ma compagne, Conduit derrière la montagne, Près des sureaux, Ses noirs chevreaux; Si la montagne où je m’égare, Ainsi qu’un grand mur, nous sépare, Sa douce voix Sa voix m’appelle au fond du bois.
Oh ! Sur un air plaintif et tendre, Qu’il est doux au loin de s’entendre, Sans même avoir L’heure de se voir ! De la montagne à la vallée La voix par la voix appelée Semble un soupir Mêlé d’ennuis et de plaisir.
Ah ! retenez bien votre haleine, Brise étourdie, et dans la plaine, Parmi les blés Courez, volez ! Dieu ! la méchante a sur son aile Emporté la voix douce et frêle, La douce voix Qui m’appelait au fond du bois.
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Chacun a son goût qui le mène, L’un hait ce que l’autre chérit : Un sot est aimé de Climène , Lucinde aime un homme d’Esprit. L’une prend ce que l’autre rebute, Et dans cela, comme dans tout, Chacun a son goût, Point de dispute Chacun à son goût.
En fait d’amour et de musique, L’on ne s’accorde plus en rien, L’un préfère le goût antique, L’autre le goût italien, L’un aime ce que l’autre rebute, Mais dans cela comme dans tout Chacun a son goût, Point de dispute Chacun à son goût.
Chaque femme, à ce qu’il nous semble, N’a qu’un seul amant à la fois ; Mais la tendre Iris prend ensemble, Deux amants, et fort souvent trois, C’est pour en avoir à la minute ; Mais dans cela comme dans tout Chacun a son goût, Point de dispute Chacun à son goût.
Tandis que Daphné sans tendresse, Refuse un amant jeune et beau, Qu’elle fuit le Dieu du Permesse , Pasyphaé prend un Taureau, Et c’est Apollon qu’on rebute, Mais dans cela comme dans tout Chacun a son goût, Point de dispute Chacun à son goût.
Socrate et Sapho la Lesbienne Ont eu des goûts assez suspects : Tous les jours en France on ramène Leurs jeux renouvelés des Grecs. Il n’est point de plaisir qu’on rebute, Mais dans cela comme dans tout Chacun a son goût, Point de dispute Chacun à son goût.
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L'amant trop vif et sans art, Part, part, part, Sans qu'on puisse y prendre part ; C'est ne pas savoir vivre, C'est là manquer d'égard, Car, car, car, L'amant poli part plus tard !
Il emploie avant cela, Là, là, là, Le précurseur que voilà ! Ce doigt, toujours honnête, Qui prépare tout ça, Va, va, va, Avant que l'on entre là !
Un homme un peu complaisant Sent, sent, sent, Qu'il est civil et décent De bien limer sa dame ; Et la galant attend Tant, tant, tant, Qu'ils partent au même instant !
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Entre deux draps de toile belle et bonne, Que très souvent on rechange, on savonne, La jeune Iris, au coeur sincère et haut, Aux yeux brillants, à l'esprit sans défaut, Jusqu'à midi volontiers se mitonne.
Je ne combats de goûts contre personne, Mais franchement sa paresse m'étonne ; C'est demeurer seule plus qu'il ne faut Entre deux draps.
Quand à rêver ainsi l'on s'abandonne, Le traître amour rarement le pardonne : À soupirer on s'exerce bientôt :
Et la vertu soutient un grand assaut, Quand une fille avec son coeur raisonne Entre deux draps.
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Les voyages avaient éclairci ses cheveux, Et ses tempes de jais étaient, à présent, blanches ; Déjà vieux, mais voulant satisfaire à ses voeux, Un seul jour par semaine, il craignait les dimanches.
Une nuit qu'il traînait dans quelque Napoli Ses désirs refroidis et son âme inquiète, Une matrone épaisse, avec un ton poli, À son vice inactif proposa sa fillette.
Tout pour le sacrifice était prêt : en bâillant, La victime attendait un prélude brillant : Il y manquait la flamme impossible à soustraire.
C'est alors que le fruit, encore acidulé, Narguant ses efforts vains, le regard désolé, Proposa simplement : "Veux-tu mon petit frère".
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Voici le cabinet charmant Où les grâces font leur toilette. Dans cette amoureuse retraite J’éprouve un doux saisissement. Tout m' y rappelle ma maîtresse, Tout m' y parle de ses attraits, Je crois l’entendre, et mon ivresse La revoit dans tous les objets. Ce bouquet, dont l’éclat s' efface, Toucha l’albâtre de son sein ; Il se dérangea sous ma main, Et mes lèvres prirent sa place. Ce chapeau, ces rubans, ces fleurs, Qui formaient hier sa parure, De sa flottante chevelure Conservent les douces odeurs. Voici l’inutile baleine Où ses charmes sont en prison. J’aperçois le soulier mignon Que son pied remplira sans peine. Ce lin, ce dernier vêtement... Il a couvert tout ce que j’aime ; Ma bouche s' y colle ardemment, Et croit baiser dans ce moment Les attraits qu’il baisa lui-même. Cet asile mystérieux De Vénus sans doute est l’empire. Le jour n' y blesse point mes yeux ; Plus tendrement mon cœur soupire ; l' air et les parfums qu' on respire de l' amour allument les feux. Parois, ô maîtresse adorée ! J' entends sonner l' heure sacrée qui nous ramène les plaisirs ; du temps viens connaître l' usage, et redoubler tous les désirs qu' a fait naître ta seule image.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Je ne l'entendais pas, tant je la regardais Par sa robe entr'ouverte, au loin je me perdais, Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles : Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres ! Ce fut un baiser long comme une éternité Qui tendit nos deux corps dans l'immobilité Elle se renversa, râlant sous ma caresse ; Sa poitrine oppressée et dure de tendresse Haletait fortement avec de longs sanglots. Sa joie était brûlante et ses yeux demi-clos ; Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort, Un cri d'amour monta, si terrible et si fort Que des oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers Un lien nous tenait, l'affinité des chairs.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Nos bons aïeux aimaient à boire, Que pouvons-nous faire de mieux ? Versez, versez ! je me fais gloire De ressembler à mes aïeux ! Entre le Chablis que j'honore Et l'Aï dont je fais mon dieu, Savez-vous ce que j'aime encore ? C'est le petit coup du milieu
Je bois quand je me mets à table Et le vin m'ouvre l'appétit ; Bientôt ce nectar délectable, Au dessert, m'ouvrira l'esprit. Si tu veux combler mon ivresse, Viens, Amour, viens, espiègle dieu, Pour trinquer avec ma maîtresse, M'apprêter le coup du milieu.
Ce coup, mes très chers camarades, A pris naissance dans les cieux ; Les dieux buvaient force rasades, Buvaient enfin comme des dieux. Les déesses, femmes discrètes, Ne prenaient point goût à ce jeu. Vénus, pour les mettre en goguettes, Proposa le coup du milieu.
Aussitôt cet aimable usage Par l'Amour nous fut apporté ; Chez nous son premier avantage Fut d'apprivoiser la beauté. Le sexe, à Bacchus moins rebelle, Lui rend hommage en temps et lieu Et l'on ne voit pas une belle Refuser le coup du milieu.
Buvons à la paix, à la gloire ! Ce plaisir nous est bien permis ; Doublons les rasades pour boire A la santé de nos amis ! De Momus disciples fidèles, Buvons à Panard, à Chaulieu ; Mais pour la santé de nos belles, Réservons le coup du milieu.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
À Madame la Marquise de Lassay de Fontenay, le premier Jour de Mai 1705
Hélas ! pourquoi faut-il, par une loi trop dure, Que la jeunesse des saisons, Qui rend la verte chevelure A nos arbres, à nos buissons, Ne puisse ranimer notre machine usée ; Rendre à mon sang glacé son ancienne chaleur, A mon corps, à mes sens leur première vigueur, Et d'esprits tout nouveaux réchauffer ma pensée ; Surtout, rendre à mon coeur ces tendres sentiments, Ces transports, ces fureurs, ces précieuses larmes, Qui de nos jours font l'unique printemps, Et dont mon coeur usé ne connaît plus les charmes ? Alors vous me verriez cent fois à vos genoux Vous redire combien vous me semblez aimable ; Vous jurer que le ciel me fit exprès pour vous ; Que mon attachement serait tendre et durable ; Que dans l'imagination Quelque chose de sympathique Prépare entre nous l'union Par où l'amour au coeur souvent se communique ; Enfin, sans vous chercher cent autres agréments, Que vous avez tous les talents Que je sens qu'il faut pour me plaire. Ainsi je parlerois dans ces bienheureux temps ; Mais je dois maintenant me taire.
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Dans ton sein applani son deux pommes décloses Qu'en parfaite rondeur nature à fait lever, Et dans ton même sein se voient élever Deux fraises de Printemps belles sur toutes choses.
Les pommes rondes sont tes deux mamelles closes. Les fraises, tes tétons plus beaux qu'on peut trouver, Les pommes vont semblant aux neiges de l'hiver, Et les fraises encor' aux plus vermeilles roses.
Cupidon les suçant à longs traits et goulus De ma mère le lait, dit-il, ne me plait plus, Ses tétons sont moins doux, moins douce est sa mamelle.
J'aime bien mieux friand dans ce sein m'arrêter Et là un doux Nectar sans cesse suçoter Meilleur que n'est le lait de Venus immortelle.
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A Madame la Marquise de Lassay de Fontenay, le premier Jour de Mai 1705
Hélas ! pourquoi faut-il, par une loi trop dure, Que la jeunesse des saisons, Qui rend la verte chevelure A nos arbres, à nos buissons, Ne puisse ranimer notre machine usée ; Rendre à mon sang glacé son ancienne chaleur, A mon corps, à mes sens leur première vigueur, Et d'esprits tout nouveaux réchauffer ma pensée ; Surtout, rendre à mon coeur ces tendres sentiments, Ces transports, ces fureurs, ces précieuses larmes, Qui de nos jours font l'unique printemps, Et dont mon coeur usé ne connaît plus les charmes ? Alors vous me verriez cent fois à vos genoux Vous redire combien vous me semblez aimable ; Vous jurer que le ciel me fit exprès pour vous ; Que mon attachement serait tendre et durable ; Que dans l'imagination Quelque chose de sympathique Prépare entre nous l'union Par où l'amour au coeur souvent se communique ; Enfin, sans vous chercher cent autres agréments, Que vous avez tous les talents Que je sens qu'il faut pour me plaire. Ainsi je parlerois dans ces bienheureux temps ; Mais je dois maintenant me taire.
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Aimable Godefroy, vous êtes redoutable, Vos beaux yeux savent l'art d'ôter la liberté. Ils ont de la douceur, ils ont de la fierté Et leur brillant éclat n'a rien de comparable.
Le tour de votre esprit parait inimitable, Qui pourrait se lasser d'admirer sa beauté, Il est fin, délicat et rempli de bonté, Et l'on voit dans votre air un charme inévitable.
Mon cœur qui tant de fois se défendit d'aimer, Connut que malgré lui vous l'alliez enflammer, Par vos attraits puissants, mon âme fut surprise,
Et je sentis pour vous certain je ne sais quoi, Que mes brûlants soupirs vous dirent mieux que moi, Au moment qu'à vos pieds je perdis ma franchise.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Madame quel est votre mot Et sur le mot et sur la chose On vous a dit souvent le mot On vous a fait souvent la chose Ainsi de la chose et du mot Vous pouvez dire quelque chose Et je gagerais que le mot Vous plaît beaucoup moins que la chose Pour moi voici quel est mon mot Et sur le mot et sur la chose J'avouerai que j'aime le mot J'avouerai que j'aime la chose Mais c'est la chose avec le mot Mais c'est le mot avec la chose Autrement la chose et le mot A mes yeux seraient peu de chose Je crois même en faveur du mot Pouvoir ajouter quelque chose Une chose qui donne au mot Tout l'avantage sur la chose C'est qu'on peut dire encore le mot Alors qu'on ne fait plus la chose Et pour peu que vaille le mot Mon Dieu c'est toujours quelque chose De là je conclus que le mot Doit être mis avant la chose Qu'il ne faut ajouter au mot Qu'autant que l'on peut quelque chose Et que pour le jour où le mot Viendra seul hélas sans la chose Il faut se réserver le mot Pour se consoler de la chose Pour vous je crois qu'avec le mot Vous voyez toujours autre chose Vous dites si gaiement le mot Vous méritez si bien la chose Que pour vous la chose et le mot Doivent être la même chose Et vous n'avez pas dit le mot Qu'on est déjà prêt à la chose Mais quand je vous dis que le mot Doit être mis avant la chose Vous devez me croire à ce mot Bien peu connaisseur en la chose Et bien voici mon dernier mot Et sur le mot et sur la chose Madame passez-moi le mot Et je vous passerai la chose.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
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