Multipliez le monde en votre accouplement*, Dit la voix éternelle à notre premier père, Et lui, tout aussitôt, désireux de le faire, Il met sa femme bas, et la fout vitement.
Nous, qui faisons les fous, disputons sottement, De ce Dieu tout-puissant la volonté si claire, Par une opinion ouvertement contraire, Nous-mêmes nous privant de ce contentement.
Pauvres ! qu'attendons-nous d'une bonté si grande ? Ne fait-il pas assez, puisqu'il nous le commande ? Faut-il qu'il nous assigne et le temps et le lieu ?
Il n'a pas dit, Foutez ; mais, grossiers que nous sommes ! Multiplier le monde en langage de Dieu, Qu'est-ce, si ce n'est Foutre en langage des hommes ?
* interprétation du texte de la Genèse 1, 28 : "Crescite et multiplicamini et replete terram"
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
C'était un soir d'été; de grands nuages sombres Couraient sous le ciel lourd, pas un souffle dans l'air, Les vieux arbres du cloître épaississaient leurs ombres; La monotone voix des vagues de la mer Vers le ciel orageux s'exhalait par bouffées, Comme un lugubre écho de plaintes étouffées ;
La cloche du couvent venait de retentir ; Des cours et du jardin, comme des hirondelles Qui regagnent le nid, commençaient à sortir Les sœurs et les enfants qui grandissent près d'elles. Mais Blanche et Madeleine, étouffant leur sanglots, Se tenaient par la main et regardaient les flots.
C'était un jour d'adieu pour elles : Madeleine Partait le lendemain. Elle avait dix-huit ans à peine ; Une intime et profonde amitié, dès ce temps, L'avait unie à Blanche, et des heures passées Toutes deux recueillaient les traces dispersées.
Blanche avait dix-sept ans. Les baisers maternels Avaient été trop tôt ravis à son enfance; Sous des enseignements graves et solennels Son âme avait grandi dans l'ombre et le silence. Sa beauté, sa pâleur, la faisaient ressembler Aux anges des vitraux qu'elle aimait contempler.
L'extase avait marqué d'une céleste empreinte Ses traits calmes et doux, son front pur et rêveur. Ses sœurs, qui l'honoraient à l'égal d'une sainte, Enviaient son austère et brûlante ferveur, Et cette pureté qui met une auréole Sur le front lumineux des vierges de Fiesole .
Mais son voluptueux sourire et ses grands yeux Noirs, languissants, voilés, par un contraste étrange, Annonçaient qu'un désir vague et mystérieux Veillait à son insu sous les rêves de l'ange. C'est le type idéal que créa Raphaël, Chaste et passionné, mystique et sensuel.
Cependant sa beauté, rêve d'un autre monde, Appelait moins l'amour que l'adoration. On eût cru, la voyant, mélancolique et blonde, Se pencher vers sa sœur, à l'apparition Des célestes esprits qui délaissaient leur sphère, Séduits par la beauté des filles de la terre.
Madeleine était brune et pâle ; ses yeux bleus Avaient de longs éclairs veloutés et fluides. Quand Blanche rencontrait un regard de ces yeux, Tout son corps frissonnait sous leurs rayons humides; Son âme se noyait dans ce regard profond, Et d'intimes pâleurs lui montaient vers le front.
Après le départ de Madeleine, Blanche reçoit une lettre de celle-ci
Or, un jour, un billet à Blanche fut remis. Aussitôt qu'elle en eût reconnu l'écriture, Joyeuse et palpitante, elle en baisa les plis; Mais, avant d'en pouvoir achever la lecture, Elle s'évanouit au milieu des sanglots. La lettre contenait une fleur et ces mots :
"Ma sœur, je bénis Dieu : j'aime et je suis aimée ! O Blanche ! puisses-tu, comme moi, quelque jour, Entendre, recueillie, immobile et charmée, Un mot dit à genoux, un premier lot d'amour ; Livrer ta main tremblante à des lèvres ravies, Epuiser en un jour le bonheur de deux vies !
Comme sous le tranchant d'une lame glacée, Un frisson contracta son cœur ; pour arracher Madeleine à l'amour, sa première pensée Avait été d'écrire, et de lui reprocher D'immoler en un jour, lâche; ingrate et frivole, Ses plus saints souvenirs aux pieds de son idole.
Parfois elle voulait partir, l'aller chercher, L'éclairer, la sauver, la ramener près d'elle ; Mais c'était révéler ce qu'elle eût dû cacher, Même au prix du salut de sa vie éternelle, Ou couvrir du manteau des pieuses fureurs Ses transports insensés, ses jalouses terreurs.
Enfin, elle voulut passer seule, à genoux, Au milieu de l'église, une nuit toute entière. Son confesseur, vieux prêtre au front austère et doux, Devait le lendemain matin, à sa prière, Venir l'y retrouver, pour apprendre un dessein Que Dieu même avait fait éclore dans son sein.
" Un rêve de l'enfer m'embrase et me pénètre : J'aime comme jamais je n'avais aimé Dieu ! - Confiez-vous en lui, mon enfant, dit le prêtre. Quoiqu'il fait du cloître un port tranquille et sûr, Il ne condamne pas l'amour dans un cœur pur.
- Non, mon amour n'est pas de ceux que Dieu pardonne : Sa clémence ne peut à ce point dépasser Sa justice. O mon dieu ! ma force m'abandonne ! Son nom ! je n'oserai jamais le confesser..." Et le prêtre, penché sur elle, et sans haleine, L'entendit murmurer le nom de Madeleine.
" O mon père ! surtout qu'elle ignore à jamais Pourquoi je vais mourir et combien je l'aimais ! "
Un matin, de ses sœurs en prière entourée, Sur ses lèvres pressant une croix de bois noir, Blanche mourut sereine et comme délivrée. Madeleine trop tard arriva pour la voir Et ne put recueillir sa dernière parole Et le baiser de paix de l'âme qui s'envole.
Pourtant, en l'embrassant, il lui sembla sentir D'un suprême soupir sa lèvre caressée, Léger frissonnement qui la fit tressaillir Comme un muet baiser d'une bouche glacée, Et l'âme s'envola dans ce dernier adieu Qu'elle avait attendu pour remonter à Dieu.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Belle, ta beauté s'enfuit : Cueillons ensemble le fruit De la jeunesse gaillarde. Pendant qu'en avons le temps, Rendons nos désirs contents : Beauté n'est un fruit de garde.
L'âge ennemi des ébats Tôt le fait tomber à bas, Comme un vent la rose ouverte. L'amour se paye en aimant : Aimant donc pareillement Ne crains d'être découverte.
Si du bruit tu prends émoi, Nul ne scèle mieux que moi Toute amoureuse entreprise. Un secret chasseur je suis, Quand j'ai ce que je poursuis Jamais je ne corne* prise.
* lâcher (Corne signifie "racine" en latin)
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Mes bons amis, que je vous prêche à table, Moi, l'apôtre de la gaîté. Opposez tous au destin peu traitable Le repos et la liberté; À la grandeur, à la richesse, Préférez des loisirs heureux. C'est mon avis, moi de qui la sagesse A fait tomber tous les cheveux. Mes bons amis, voulez-vous dans la joie Passer quelques instants sereins, Buvez un peu; c'est dans le vin qu'on noie L'ennui, l'humeur, et les chagrins. À longs flots puisez l'alégresse Dans ces flacons d'un vin mousseux. C'est mon avis, moi de qui la sagesse
Mes bons amis, et bien boire et bien rire N'est rien encor sans les amours. Que la beauté vous charme et vous attire; Dans ses bras coulez tous vos jours. Gloire, trésors, santé, jeunesse, Sacrifiez tout à ses voeux. C'est mon avis, moi de qui la sagesse Mes bons amis, du sort et de l'envie On brave ainsi les traits cuisants. En peu de jours usant toute la vie, On en retranche les vieux ans. Achetez la plus douce ivresse Au prix d'un âge malheureux. C'est mon avis, moi de qui la sagesse
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Dans son boudoir tendu de rose, Cydalise Toute rose, en paniers de satin rose clair Est à son clavecin, martyrisant un air ; L’abbé tourne la page avant qu’elle la lise.
Les meubles sont en bois de rose couleur chair, La fenêtre à vitraux, discrètement, tamise Un jour tendre qui rose un flocon de chemise Fleur de dentelle éclose au corsage entr’ouvert.
Pourtant, l’abbé coquet, sans vicaire et sans pages, Tourne de plus en plus éperdument les pages ; L’amour commencera quand l’air sera fini.
Et tous les deux iront, causant de mille choses, Vers le lit rose au pied duquel Boucher peignit De roses Cupidons dans des nuages roses.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Dans son boudoir tendu de rose, Cydalise Toute rose, en paniers de satin rose clair Est à son clavecin, martyrisant un air ; L’abbé tourne la page avant qu’elle la lise.
Les meubles sont en bois de rose couleur chair, La fenêtre à vitraux, discrètement, tamise Un jour tendre qui rose un flocon de chemise Fleur de dentelle éclose au corsage entr’ouvert.
Pourtant, l’abbé coquet, sans vicaire et sans pages, Tourne de plus en plus éperdument les pages ; L’amour commencera quand l’air sera fini.
Et tous les deux iront, causant de mille choses, Vers le lit rose au pied duquel Boucher peignit De roses Cupidons dans des nuages roses.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Par le jardin royal, en l'arôme des roses, La princesse aux yeux pers, soeur nubile des fleurs, Erre en pleurs au vouloir de ses rêves moroses :
Les mille et mille voix du triomphal matin Lui murmurent l'amour, et le soleil sommeille En ses cheveux épars sur son col enfantin.
Un jet d'eau dont la gerbe en perles d'or ruisselle Parmi les boulingrins (1) aux bordures de buis S'irise de reflets d'ambre et de rubacelle (2).
La brise heureuse a ri sous l'osier des taillis, Et les oiseaux issus des massifs de verdure Se sont, au bleu des airs, grisés de gazouillis.
Mais ni le brouillard rose et rouge des corolles, Ni l'eau mirant le ciel ensoleillé d'avril, Ni les rameaux émus de vivantes paroles,
Ne peuvent divertir la douce déraison De l'Infante qui va vers la haute terrasse D'où le regard des rois rôde vers l'horizon.
II
De ses mules de pourpre elle a frôlé les marbres, Et la voici courbée au rebord des remparts Où déferle d'en bas la verdure des arbres.
A ses pieds, par les prés et les marais herbeux, De l'aube à l'angelus sanglotent les sonnailles Des solennels troupeaux de taureaux et de boeufs.
Sous le soleil de l'est la ligne des montagnes Ondule en des lueurs d'améthyste et d'azur Pour mourir au milieu des moissons des campagnes.
Parfois comme le pleur sonore d'un beffroi L'âme d'un lointain cor s'essore du silence, Puis s'étouffe soudain sous un souffle d'effroi.
La chaleur s'alourdit. Parmi les piliers grêles Des frênes et des pins, déjà darde midi : La brise vocalise au coeur des fleurs si frêles,
Et les feuilles en pleurs soupirent de désir : Mais morne, ce jour-là, la Princesse s'attarde A poursuivre le cours de son mauvais plaisir.
III
« Les monts là-bas sont bleus comme un éveil de rêves Et, ô le cor qui râle en le matin vermeil ! Si pâle est la paresse en la saison des sèves.
Oh ! m'évader des murs de mon divin enfer Vers les lointains où vont les graves cavalcades Caracolant au chant des fanfares de fer !
Au fond de la forêt glapit la mâle meute : J'entends par heurts d'horreur haleter l'hallali, (3) Et c'est là-bas, là-bas, comme un émoi d'émeute.
Demain, ayant occis sangliers et dix-cors, Les dames reviendront au trot des haquenées (4) Dans la gloire des fers, des cuivres et des ors.
Pourquoi dois-je, princesse austère et solitaire, Mourir ici d'ennui : qui viendra conquérir Ma main, pour me mener vers l'inconnu mystère !
Où luira-t-il, ton casque, ô chaste chevalier Que je crois voir venir au vol de la Chimère, Le bras bardé de bronze et lourd d'un bouclier ! »
IV
Jamais n'éclatera l'écarlate oriflamme Du céleste sauveur, et jamais le dragon Ne battra les remparts de ses ailes de flamme.
Mais la Princesse attend toujours, son bleu regard Perdu dans la poussière impalpable des brumes : Et la Princesse attend encor, le front hagard.
Pourtant purs sont les cieux, et paisibles les terres ; La semence mûrit aux ris du renouveau, Et la nature en rut aspire aux adultères.
Cuirassé d'émeraude et de chrysobéryl (5) Un paon qui se pavane au bord des balustrades Exulte à l'estival tumulte de l'avril.
A l'ombre des lauriers et des cerisiers roses Les tourtereaux rêveurs qu'endort le lourd midi Roucoulent leur amour aux corolles mi-closes.
Et le long des degrés de porphyre (6) des cours Tintent les cordes d'or des lentes mandolines Sous les doigts indolents d'un choeur de troubadours.
(1) pelouse bordée d'arbustes (2) rubis de couleur claire (3) cri de chasse annonçant la mort prochaine d'un animal (4) petit cheval pour les dames (5) pierre fine et dorée (6) roches volcaniques de couleur poupre
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IL n'est point de jeux innocents, Fût-ce même au village ; Dès qu'on badine avec les sens La vertu déménage : J'en ai pour preuve en ce moment L'histoire de Rosine, Qui se balançait fréquemment Dans la forêt voisine. Colas un jour s'était niché Tout au haut d'un des chênes Où Rosine avait attaché Ses vagabondes chaînes, Et là mon drôle entrevoyait Certaines grâces nues Qu'en s'élevant elle croyait Ne dévoiler qu'aux nues. — Amour, dit-il alors tout bas, J'ai besoin de ton aide ; Du mal que me font tant d'appas Donne-moi le remède ; Pour lorgner tout de mes deux yeux En vain je fais usage ; J'en vois trop peu pour être heureux, Et trop pour rester sage. — Colas dit, et, l'Amour malin Rompant la balancoire, Rosine tombe, et montre en plein Et l'ébène et l'ivoire. Du chêne, ardent comme un brasier, Colas se précipite, Et met ses doigts sur un rosier Dont la fraîcheur l'irrite : N'y met-il que les doigts ? — Hola ; Il faut de la décence. Rosine depuis ce jour-là Jamais ne se balance, Et quand les filles de ce jeu Lui rappellent les charmes, Rosine leur dit avec feu, Mais non sans quelques larmes : — Ne croyez pas qu'à la santé Ce jeu puisse être utile; Car plus le corps est agité, Moins le cœur est tranquille : L'honneur alors est eu suspens, Et si la corde casse Ce n'est jamais qu'à nos dépens Que L'Amour nous ramasse.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Loin des petits auteurs, et des grandes coquettes, Je compose en plein air, sans livre et sans tablettes ; Zoïle n'est pas là quand mon vers cherche à fuir, Et ma maîtresse est là s'il m'échappe un soupir.
Et toi, sexe divin, dont l'organe flatteur Ajoute à notre langue un charme séducteur ; Toi qui dans le discours, à l'oreille enchaînée, Prodigues les trésors d'une harmonie innée ; Toi qui, si l'amour dicte, écris bien mieux que nous, Pour capter ton sourire j'embrasse tes genoux. Je sais que d'ordinaire un sujet didactique Lié dans tous ses points par un fil méthodique, Ne présente au beau sexe, à le lire empressé, Qu'un vaste et froid tissu dont son oeil est blessé : Mais j'abandonne enfin l'aride théorie, Et Phébus à l'instant m'ouvre une galerie, Où ma muse à grands traits exerçant ses pinceaux, Saura pour tes plaisirs varier ses tableaux. Éole a dit aux vents : tourmentez la nature, Et, des flancs caverneux de sa retraite obscure, Sortis tous à la fois, comme des conjurés, De la terre et des mers ils se sont emparés : Ceux-ci, de l'océan desséchant les rivages, Vont soulevant ses flots jusqu'au sein des nuages ; Ceux-là, poussant le sable en épais tourbillons, Semblent presser Cybèle entre leurs bataillons : Eurus échevelé sifflant de plaine en plaine, Renverse les moissons que brûle son haleine ; Et le terrible Auster, en épuisant ses flancs, Des superbes cités sappe les fondemens ; Il n'est pas même alors jusqu'au léger Zéphire Qui le long des bosquets se plaisait à sourire, Qu'on n'entende, cédant à ses voeux indiscrets, Faire au loin frissonner le faîte des forêts. Mais l'Aquilon sur-tout, luttant contre les voiles, Quand on veut les hisser, se glisse entre leurs toiles, Les déchire aux regards du pilote irrité, Insulte avec constance à sa dextérité, Rompt la rame rebelle et le cable qui crie ; Et sur les mâts tremblans redoublant sa furie, Au fond d'un vaste gouffre entr'ouvert sous les eaux, Au regret de Plutus enfonce les vaisseaux. Telle est des vents épars et la force et l'audace ; Leur souffle meurtrier brûle, gèle et fracasse.
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Robin cherchant aventure charnelle Pressait au bal tendron de quatorze ans Qui sous l'habit de gente Damoiselle Lui dit, calmez ces désir violents, Point ne ferez ici d'exploits galants : Mâle je suis. Robin ne se dérange Et s'écria les yeux étincelants, Ainsi soit-il ! parbleu je gagne au change. ___________
Jean-Baptiste ROUSSEAU
Un précepteur logé chez un Génois Tant procéda, que de fil en aiguille Il exploita la nièce du bourgeois, Et le disciple, et la mère, et la fille. Le cas fit bruit : Et le chef de famille, Homme prudent, tira mon drôle à part. Ça, ça, dit-il, venez, Messire Oudart Sur notre peau consommer vos ouvrages. C'est bien raison que j'en tire ma part, Puisque c'est moi qui vous donne vos gages. ________________
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Lorsque j'étais comme inutile, J'avais un mari si habile Aux plus doux passe-temps d'amour, Qu'il me caressait nuit et jour. Ores, celui qui me commande, Comme son tronc gît dedans le lit, Et maintenant que je suis grande, Il se repose jour et nuit. L'un fut trop vaillant en courage Et l'autre trop alangouri. Amour, rends-moi mon premier âge, Ou rends-moi mon premier mari.
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Un verd-galant se confessait naguère D'avoir réduit maintes filles aux abois. Et des garçons, dit le moine ? Ah ! mon Père Je ne suis homme à semblables exploits. Tant mieux mon fils, poursuis, si tu me crois, Dit le Pater, je te loue et pour cause : Car si ce mal t'arrivais une fois, Plus ne voudrais jamais faire autre chose. ________________
Jean-Baptiste ROUSSEAU
Un beau cordelier, moine napolitain, Fut pris sondant son Prieur Dom Jérôme Et fut conduit au Métropolitain. Ça, votre nom ? dit l'Évêque. Dom Côme. Votre péché, quel est-il ? De Sodome. Votre âge, quel ? Il est de vingt-huit ans. Moine de quand ? Dès mon plus jeune temps. Dans le couvent, qui êtes vous ? Économe. Hem ! dit alors l'Évêque, entre ses dents, Bien payerais un pareil Majordome.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Sous les étoiles de septembre Notre cour à l'air d'une chambre Et le pressoir d'un lit ancien; Grisé par des vendanges Je suis pris d'un désir étrange Né du souvenir des païens.
Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir Dis faisons cette folie ? Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir Margot, Margot ma jolie !
Parmi les grappes qui s'étalent Comme une jonchée de pétales O ma bacchante roulons nous J'aurais l'étreinte rude et franche Et les tressauts de ta chair blanche Ecraseront les raisins doux
Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir Dis faisons cette folie? Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir Margot, Margot ma jolie !
Sous les baisers et les morsures, Nos bouches et les grappes mûres Mêleront leur sang généreux; Et le vin nouveau de l'Automne Ruissellera jusqu'en la tonne, D'autant plus qu'on s'aimera mieux !
Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir Dis faisons cette folie? Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir Margot, Margot ma jolie !
Au petit jour dans la cour close Nous boirons la part du vin rose Oeuvrée de nuit par notre amour; Et, dans ce cas tu peux m'en croire, Nous aurons pleine tonne à boire Lorsque viendra le petit jour !
Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir Dis faisons cette folie? Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir Margot, Margot ma jolie !
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Piron plus gai que délicat, Sans nul préliminaire, Dit partout qu'un chat est un chat. Moi, je suis plus sévère. Souvent un seul mot En dit beaucoup trop; Mais qu'un gaze fine, Sans cacher les traits, Voile les portraits, Le reste se devine.
Lisette aimait le beau Thomas, La chose est naturelle. Thomas était joli garçon, avait su lui plaire; Mais, sages tous deux, Chacun sent fort bien Que, chez leurs pèr's et mères, Ils ne pouvaient pas, Par rapport aux mœurs... Le reste se devine.
Cependant, suivez-bien le fil De cette triste histoire. Thomas, revenant du hameau, Aux champs surprit Lisette. Soudain, chapeau bas Et fort poliment, Il lui tint ce langage: "M'aimes-tu toujours?" Lisette dit: "Oui." Le reste se devine.
Ils avaient fort longtemps bavardé Sur la verte fougère Et l'eau qui tomba par torrents Les surprit dans la plaine. Lors, pour mieux courir, Lisette troussa Ses jupons et sa robe; Puis, prenant la main De l'heureux berger, Le reste se devine.
Il n'était pas encor très tard, Ce qui fut bientôt cause Que, lorsque la belle rentra, Ses parents l'aperçurent. Las! en quel état L'amoureux Thomas Avait-il mis la belle! Son œil était vif, Son cœur était gros, Le reste se devine.
Après avoir examiné La tremblante bergère, Sa mère lui dit: "Se peut-il? Il n'est donc plus de doute? Vos bas sont salis, Vos jupons fripés, Votre marche est gênée, Vos yeux sont brillants, Votre dos est vert... Le reste se devine"
La fillette allait s'excuser Quand le père, en colère, Se lève de contre le feu Et dit, cassant sa pipe: "Ah! je n'y tiens plus. C'est un peu trop fort! Sors d'ici, malheureuse" Puis, armant son bras D'un manche à balai, Le reste se devine.
Sans se le faire répéter, La tremblante bergère, Au troisième coup de balai, S'enfuit à toutes jambes. Dans son désespoir, Passant sur un pont Elle eut assez de force Pour prier le ciel; Et, du parapet,... Le reste se devine.
Dieu l'écouta probablement Puisque, par un miracle, Thomas se trouvait près du pont Qui pêchait à la ligne. La voyant tomber, Plus prompt que l'éclair. Il se jette et fend l'onde. Saisit son jupon Et, par ce moyen,... Le reste se devine.
Les parents sentirent alors Qu'à moins d'être fort bêtes Ils devaient unir les amants Si bien faits l'un pour l'autre. Bientôt le curé Les unit tous deux Et, la noce étant faite, Les nouveaux époux Furent se coucher... Le reste se devine.
Amis, si vous êtes contents De cette chansonnette, Si vous vous êtes attendris Sur cet amoureux couple, Prouvez-le gaîment Et qu'ici, ce soir, Retroussant tous vos manches, De suite et d'accord, Elevant vos bras... Le reste se devine.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Dans le recueillement de notre chambre close, me délectant de tes beaux yeux verts et de ta prose, ma soeur si belle et si proche de moi je suis restée de long soirs avec toi pour faire de tes pleurs, de tes baisers, de tes soupirs, ma raison d'espérer, ma foi en l'avenir et j'ai su que par toi, j'allais redécouvrir ce que d'autres aurait voulu ensevelir : cette soif de l'amour, cette soif de tendresse, et cette faim d'espoir, et ce besoin de caresses, et j'ai su que Lesbos, perdue parmi les flots vers qui tu naviguas au péril de ton être afin d'y célébrer le culte de Sappho serait aussi l'île qu'il me faudrait un jour connaître et quand viendra l'interminable attente comme la tienne interminable et lente sur tes pas amoureux j'ajusterai les miens, toi qui connus cette île, belle Renée Vivien.
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Je hume en frémissant la tiédeur animale D’une fourrure aux bleus d’argent, aux bleus d’opale ; J’en goûte le parfum plus fort qu’une saveur, Plus large qu’une voix de rut et de blasphème, Et je respire, avec une égale ferveur, La Femme que je crains et les Fauves que j’aime.
Mes mains de volupté glissent, en un frisson, Sur la douceur de la Fourrure, et le soupçon De la bête traquée aiguise ma prunelle. Mon rêve septentrional cherche les cieux Dont la frigidité m’attire et me rappelle, Et la forêt où dort la neige des adieux.
Car je suis de ceux-là que la froideur enivre. Mon enfance riait aux lumières du givre. Je triomphe dans l’air, j’exulte dans le vent, Et j’aime à contempler l’ouragan face à face. Je suis fille du Nord et des Neiges, --- souvent J’ai rêvé de dormir sous un linceul de glace.
Ah ! la Fourrure où se complaît ta nudité, Où s’exaspèrera mon désir irrité ! --- De ta chair qui détend ses impudeurs meurtries Montent obscurément les chaudes trahisons, Et mon âme d’hiver aux graves rêveries S’abîme dans l’odeur perfide des Toisons.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Ta voix a la langueur des lyres lesbiennes, L’anxiété des chants et des odes saphiques, Et tu sais le secret d’accablantes musiques, O ù pleure le soupir d’unions anciennes.
Les Aèdes fervents et les Musiciennes T’enseignèrent l’ampleur des strophes érotiques Et la gravité des lapidaires distiques. Jadis tu comtemplas les nudités païennes.
Tu sembles écouter l’écho des harmonies Mortes ; bleus de ce bleu des clartés infinies, Tes yeux ont le reflet du ciel de Mytilène.
Les fleurs ont parfumé tes étranges mains creuses; De ton corps monte, ainsi qu’une légère haleine, La blanche volupté des vierges amoureuses.
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Les arbres ont gardé du soleil dans leurs branches. Voilé comme une femme, évoquant l’autrefois, Le crépuscule passe en pleurant… Et mes doigts Suivent en frémissant la ligne de tes hanches.
Mes doigts ingénieux s’attardent aux frissons De ta chair sous la robe aux douceurs de pétale… L’art du toucher, complexe et curieux, égale Les rêves des parfums, le miracle des sons.
Je suis avec lenteur le contour de tes hanches, Tes épaules, ton col, tes seins inapaisés. Mon désir délicat se refuse aux baisers; Il effleure et se pâme en des voluptés blanches.
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Entrer dans le bordel d’une démarche grave, Comme un Coq qui s’apprête à jouer de l’ergot, Demander Janneton, faire chercher Margot, Ou la jeune Bourgeoise, à cause qu’elle est brave ;
Fureter tous les trous, jusqu’au fond de la Cave, Y rencontrer Perrette, et daubant du gigot Danser le branle double au son du larigot*, Puis y faire festin d’une botte de rave :
N’y voir pour tous tableaux que quelque vieux rébus, Ou bien quelque Almanach qui sema ses abus L’An que Pantagruel déconfit les Andouilles,
Et du haut jusqu’au bas pour tous meubles de prix, Qu’une vieille paillasse, un pot et des quenouilles ; Voilà le passe-temps du Soudard de Cypris.
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Comme un cheval se polit à l'étrille Et comme on voit un hareng sur la grille Se revenir, et un chapon en mue, Ainsi j'engraisse, et ma couleur se mue Quand ma mignonne avec moi babille. Et s'il advient qu'elle se déshabille Montrant un sein aussi rond qu'une bille, J'ai un poulain que je dresse et remue Comme un cheval.
Il lui henni, je la prends et la pille, En lui montrant aussi droit qu'une quille Le museau gros comme un bout de massue. Le coeur m'en bat et le front lui en sue. Puis quand c'est fait au trot je drille* Comme un cheval.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Voici mon amour sur la touche : Jugez s'il marque nettement, Et si sa pointe se rebouche, Dans la peine et dans le tourment. Mais en l'état où je me trouve, Qu'est-il besoin de cette preuve, Pour vous montrer que ma langueur Et que ma constance est extrème ? Ne le savez-vous pas vous-même Si vous m'avez touché le coeur ?
Je croirais avoir trop d'amour, Et de vous être trop fidèle, Si vous n'étiez qu'un peu plus belle, Que l'Astre qui donne le jour. Mais puisque le reste du monde, N'a rien de beau qui vous seconde ; Et que tout cède au Dieu vainqueur Que votre bel oeil emprisonne, Il ne faut pas que je m'étonne, Si vous m'avez touché le coeur.
Vous ne sauriez douter de moi, Ni de la peine que j'endure, Pour servir une âme trop dure : Car la touche vous en fait foi. Sans être donc plus recherchée, Souffrez aussi d'être touchée, Et dépouillez cette rigueur, Qui rend votre beauté farouche. Je vous puis bien toucher la bouche, Si vous m'avez touché le coeur.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Je songeais cette nuit que nu entre deux draps, Je goûtais les plaisirs qu'on goûte entre vos bras. Votre humeur me semblait amoureuse, enjouée, Et [je] ne connus jamais de nouvelle épousée Qui se prit mieux que vous à semblables ébats.
De moi, qui ne fus onc* à si bons repas, Je mangeais volontiers, faisant honneur aux plats, Et comment je devais dévider ma fusée**, Je songeais.
Comnien de jeux, de transports, de trépas, Quelle confusion de charmes etd'appas Ont servi d'appareil à mon âme blessée ! Mais je lis dans vos yeux qu'en êtes courroucée, N'en changez point de teint, et n'en rougissez pas, Je songeais.
* jamais ** éjaculer
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
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