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 Petits poèmes érotiques. 
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
François De MALHERBE

Multipliez le monde en votre accouplement*,
Dit la voix éternelle à notre premier père,
Et lui, tout aussitôt, désireux de le faire,
Il met sa femme bas, et la fout vitement.

Nous, qui faisons les fous, disputons sottement,
De ce Dieu tout-puissant la volonté si claire,
Par une opinion ouvertement contraire,
Nous-mêmes nous privant de ce contentement.

Pauvres ! qu'attendons-nous d'une bonté si grande ?
Ne fait-il pas assez, puisqu'il nous le commande ?
Faut-il qu'il nous assigne et le temps et le lieu ?

Il n'a pas dit, Foutez ; mais, grossiers que nous sommes !
Multiplier le monde en langage de Dieu,
Qu'est-ce, si ce n'est Foutre en langage des hommes ?

* interprétation du texte de la Genèse 1, 28 : "Crescite et multiplicamini et replete terram"

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Lun 11 Mai 09, 13:09
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Louis MENARD

BLANCHE

C'était un soir d'été; de grands nuages sombres
Couraient sous le ciel lourd, pas un souffle dans l'air,
Les vieux arbres du cloître épaississaient leurs ombres;
La monotone voix des vagues de la mer
Vers le ciel orageux s'exhalait par bouffées,
Comme un lugubre écho de plaintes étouffées ;

La cloche du couvent venait de retentir ;
Des cours et du jardin, comme des hirondelles
Qui regagnent le nid, commençaient à sortir
Les sœurs et les enfants qui grandissent près d'elles.
Mais Blanche et Madeleine, étouffant leur sanglots,
Se tenaient par la main et regardaient les flots.

C'était un jour d'adieu pour elles : Madeleine
Partait le lendemain. Elle avait dix-huit ans à peine ;
Une intime et profonde amitié, dès ce temps,
L'avait unie à Blanche, et des heures passées
Toutes deux recueillaient les traces dispersées.

Blanche avait dix-sept ans. Les baisers maternels
Avaient été trop tôt ravis à son enfance;
Sous des enseignements graves et solennels
Son âme avait grandi dans l'ombre et le silence.
Sa beauté, sa pâleur, la faisaient ressembler
Aux anges des vitraux qu'elle aimait contempler.

L'extase avait marqué d'une céleste empreinte
Ses traits calmes et doux, son front pur et rêveur.
Ses sœurs, qui l'honoraient à l'égal d'une sainte,
Enviaient son austère et brûlante ferveur,
Et cette pureté qui met une auréole
Sur le front lumineux des vierges de Fiesole .

Mais son voluptueux sourire et ses grands yeux
Noirs, languissants, voilés, par un contraste étrange,
Annonçaient qu'un désir vague et mystérieux
Veillait à son insu sous les rêves de l'ange.
C'est le type idéal que créa Raphaël,
Chaste et passionné, mystique et sensuel.

Cependant sa beauté, rêve d'un autre monde,
Appelait moins l'amour que l'adoration.
On eût cru, la voyant, mélancolique et blonde,
Se pencher vers sa sœur, à l'apparition
Des célestes esprits qui délaissaient leur sphère,
Séduits par la beauté des filles de la terre.

Madeleine était brune et pâle ; ses yeux bleus
Avaient de longs éclairs veloutés et fluides.
Quand Blanche rencontrait un regard de ces yeux,
Tout son corps frissonnait sous leurs rayons humides;
Son âme se noyait dans ce regard profond,
Et d'intimes pâleurs lui montaient vers le front.


Après le départ de Madeleine, Blanche reçoit une lettre de celle-ci


Or, un jour, un billet à Blanche fut remis.
Aussitôt qu'elle en eût reconnu l'écriture,
Joyeuse et palpitante, elle en baisa les plis;
Mais, avant d'en pouvoir achever la lecture,
Elle s'évanouit au milieu des sanglots.
La lettre contenait une fleur et ces mots :

"Ma sœur, je bénis Dieu : j'aime et je suis aimée !
O Blanche ! puisses-tu, comme moi, quelque jour,
Entendre, recueillie, immobile et charmée,
Un mot dit à genoux, un premier lot d'amour ;
Livrer ta main tremblante à des lèvres ravies,
Epuiser en un jour le bonheur de deux vies !

Comme sous le tranchant d'une lame glacée,
Un frisson contracta son cœur ; pour arracher
Madeleine à l'amour, sa première pensée
Avait été d'écrire, et de lui reprocher
D'immoler en un jour, lâche; ingrate et frivole,
Ses plus saints souvenirs aux pieds de son idole.

Parfois elle voulait partir, l'aller chercher,
L'éclairer, la sauver, la ramener près d'elle ;
Mais c'était révéler ce qu'elle eût dû cacher,
Même au prix du salut de sa vie éternelle,
Ou couvrir du manteau des pieuses fureurs
Ses transports insensés, ses jalouses terreurs.

Enfin, elle voulut passer seule, à genoux,
Au milieu de l'église, une nuit toute entière.
Son confesseur, vieux prêtre au front austère et doux,
Devait le lendemain matin, à sa prière,
Venir l'y retrouver, pour apprendre un dessein
Que Dieu même avait fait éclore dans son sein.

" Un rêve de l'enfer m'embrase et me pénètre :
J'aime comme jamais je n'avais aimé Dieu !
- Confiez-vous en lui, mon enfant, dit le prêtre.
Quoiqu'il fait du cloître un port tranquille et sûr,
Il ne condamne pas l'amour dans un cœur pur.

- Non, mon amour n'est pas de ceux que Dieu pardonne :
Sa clémence ne peut à ce point dépasser
Sa justice. O mon dieu ! ma force m'abandonne !
Son nom ! je n'oserai jamais le confesser..."
Et le prêtre, penché sur elle, et sans haleine,
L'entendit murmurer le nom de Madeleine.

" O mon père ! surtout qu'elle ignore à jamais
Pourquoi je vais mourir et combien je l'aimais ! "

Un matin, de ses sœurs en prière entourée,
Sur ses lèvres pressant une croix de bois noir,
Blanche mourut sereine et comme délivrée.
Madeleine trop tard arriva pour la voir
Et ne put recueillir sa dernière parole
Et le baiser de paix de l'âme qui s'envole.

Pourtant, en l'embrassant, il lui sembla sentir
D'un suprême soupir sa lèvre caressée,
Léger frissonnement qui la fit tressaillir
Comme un muet baiser d'une bouche glacée,
Et l'âme s'envola dans ce dernier adieu
Qu'elle avait attendu pour remonter à Dieu.


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Mar 12 Mai 09, 11:29
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Jean PASSERAT

Belle, ta beauté s'enfuit :
Cueillons ensemble le fruit
De la jeunesse gaillarde.
Pendant qu'en avons le temps,
Rendons nos désirs contents :
Beauté n'est un fruit de garde.

L'âge ennemi des ébats
Tôt le fait tomber à bas,
Comme un vent la rose ouverte.
L'amour se paye en aimant :
Aimant donc pareillement
Ne crains d'être découverte.

Si du bruit tu prends émoi,
Nul ne scèle mieux que moi
Toute amoureuse entreprise.
Un secret chasseur je suis,
Quand j'ai ce que je poursuis
Jamais je ne corne* prise.



* lâcher (Corne signifie "racine" en latin)




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Mer 13 Mai 09, 11:45
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Pierre de BÉRANGER

MES CHEVEUX

Mes bons amis, que je vous prêche à table,
Moi, l'apôtre de la gaîté.
Opposez tous au destin peu traitable
Le repos et la liberté;
À la grandeur, à la richesse,
Préférez des loisirs heureux.
C'est mon avis, moi de qui la sagesse
A fait tomber tous les cheveux.
Mes bons amis, voulez-vous dans la joie
Passer quelques instants sereins,
Buvez un peu; c'est dans le vin qu'on noie
L'ennui, l'humeur, et les chagrins.
À longs flots puisez l'alégresse
Dans ces flacons d'un vin mousseux.
C'est mon avis, moi de qui la sagesse

Mes bons amis, et bien boire et bien rire
N'est rien encor sans les amours.
Que la beauté vous charme et vous attire;
Dans ses bras coulez tous vos jours.
Gloire, trésors, santé, jeunesse,
Sacrifiez tout à ses voeux.
C'est mon avis, moi de qui la sagesse
Mes bons amis, du sort et de l'envie
On brave ainsi les traits cuisants.
En peu de jours usant toute la vie,
On en retranche les vieux ans.
Achetez la plus douce ivresse
Au prix d'un âge malheureux.
C'est mon avis, moi de qui la sagesse


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Jeu 14 Mai 09, 11:32
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Louis MARSOLLEAU

SONNET EN ROSE

Dans son boudoir tendu de rose, Cydalise
Toute rose, en paniers de satin rose clair
Est à son clavecin, martyrisant un air ;
L’abbé tourne la page avant qu’elle la lise.

Les meubles sont en bois de rose couleur chair,
La fenêtre à vitraux, discrètement, tamise
Un jour tendre qui rose un flocon de chemise
Fleur de dentelle éclose au corsage entr’ouvert.

Pourtant, l’abbé coquet, sans vicaire et sans pages,
Tourne de plus en plus éperdument les pages ;
L’amour commencera quand l’air sera fini.

Et tous les deux iront, causant de mille choses,
Vers le lit rose au pied duquel Boucher peignit
De roses Cupidons dans des nuages roses.


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Jeu 14 Mai 09, 11:40
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Louis MARSOLLEAU

SONNET EN ROSE

Dans son boudoir tendu de rose, Cydalise
Toute rose, en paniers de satin rose clair
Est à son clavecin, martyrisant un air ;
L’abbé tourne la page avant qu’elle la lise.

Les meubles sont en bois de rose couleur chair,
La fenêtre à vitraux, discrètement, tamise
Un jour tendre qui rose un flocon de chemise
Fleur de dentelle éclose au corsage entr’ouvert.

Pourtant, l’abbé coquet, sans vicaire et sans pages,
Tourne de plus en plus éperdument les pages ;
L’amour commencera quand l’air sera fini.

Et tous les deux iront, causant de mille choses,
Vers le lit rose au pied duquel Boucher peignit
De roses Cupidons dans des nuages roses.


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Ven 15 Mai 09, 12:07
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Stuart MERRILL

LA DOULEUR DE LA PRINCESSE

À Paul Verlaine

I

Par le jardin royal, en l'arôme des roses,
La princesse aux yeux pers, soeur nubile des fleurs,
Erre en pleurs au vouloir de ses rêves moroses :

Les mille et mille voix du triomphal matin
Lui murmurent l'amour, et le soleil sommeille
En ses cheveux épars sur son col enfantin.

Un jet d'eau dont la gerbe en perles d'or ruisselle
Parmi les boulingrins (1) aux bordures de buis
S'irise de reflets d'ambre et de rubacelle (2).

La brise heureuse a ri sous l'osier des taillis,
Et les oiseaux issus des massifs de verdure
Se sont, au bleu des airs, grisés de gazouillis.

Mais ni le brouillard rose et rouge des corolles,
Ni l'eau mirant le ciel ensoleillé d'avril,
Ni les rameaux émus de vivantes paroles,

Ne peuvent divertir la douce déraison
De l'Infante qui va vers la haute terrasse
D'où le regard des rois rôde vers l'horizon.


II

De ses mules de pourpre elle a frôlé les marbres,
Et la voici courbée au rebord des remparts
Où déferle d'en bas la verdure des arbres.

A ses pieds, par les prés et les marais herbeux,
De l'aube à l'angelus sanglotent les sonnailles
Des solennels troupeaux de taureaux et de boeufs.

Sous le soleil de l'est la ligne des montagnes
Ondule en des lueurs d'améthyste et d'azur
Pour mourir au milieu des moissons des campagnes.

Parfois comme le pleur sonore d'un beffroi
L'âme d'un lointain cor s'essore du silence,
Puis s'étouffe soudain sous un souffle d'effroi.

La chaleur s'alourdit. Parmi les piliers grêles
Des frênes et des pins, déjà darde midi :
La brise vocalise au coeur des fleurs si frêles,

Et les feuilles en pleurs soupirent de désir :
Mais morne, ce jour-là, la Princesse s'attarde
A poursuivre le cours de son mauvais plaisir.


III

« Les monts là-bas sont bleus comme un éveil de rêves
Et, ô le cor qui râle en le matin vermeil !
Si pâle est la paresse en la saison des sèves.

Oh ! m'évader des murs de mon divin enfer
Vers les lointains où vont les graves cavalcades
Caracolant au chant des fanfares de fer !

Au fond de la forêt glapit la mâle meute :
J'entends par heurts d'horreur haleter l'hallali, (3)
Et c'est là-bas, là-bas, comme un émoi d'émeute.

Demain, ayant occis sangliers et dix-cors,
Les dames reviendront au trot des haquenées (4)
Dans la gloire des fers, des cuivres et des ors.

Pourquoi dois-je, princesse austère et solitaire,
Mourir ici d'ennui : qui viendra conquérir
Ma main, pour me mener vers l'inconnu mystère !

Où luira-t-il, ton casque, ô chaste chevalier
Que je crois voir venir au vol de la Chimère,
Le bras bardé de bronze et lourd d'un bouclier ! »


IV

Jamais n'éclatera l'écarlate oriflamme
Du céleste sauveur, et jamais le dragon
Ne battra les remparts de ses ailes de flamme.

Mais la Princesse attend toujours, son bleu regard
Perdu dans la poussière impalpable des brumes :
Et la Princesse attend encor, le front hagard.

Pourtant purs sont les cieux, et paisibles les terres ;
La semence mûrit aux ris du renouveau,
Et la nature en rut aspire aux adultères.

Cuirassé d'émeraude et de chrysobéryl (5)
Un paon qui se pavane au bord des balustrades
Exulte à l'estival tumulte de l'avril.

A l'ombre des lauriers et des cerisiers roses
Les tourtereaux rêveurs qu'endort le lourd midi
Roucoulent leur amour aux corolles mi-closes.

Et le long des degrés de porphyre (6) des cours
Tintent les cordes d'or des lentes mandolines
Sous les doigts indolents d'un choeur de troubadours.


(1) pelouse bordée d'arbustes
(2) rubis de couleur claire
(3) cri de chasse annonçant la mort prochaine d'un animal
(4) petit cheval pour les dames
(5) pierre fine et dorée
(6) roches volcaniques de couleur poupre



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Sam 16 Mai 09, 12:03
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Stuart Merrill

ÉTÉ

Le clair soleil d'avril ruisselle au long des bois.
Sous les blancs cerisiers et sous les lilas roses
C'est l'heure de courir au rire des hautbois.


Vos lèvres et vos seins, ô les vierges moroses,
Vont éclore aux baisers zézayants du zéphyr
Comme aux rosiers en fleur les corolles des roses.


Déjà par les sentiers où s'étouffe un soupir,
Au profond des taillis où l'eau pure murmure,
Dans le soir où l'on sent le sommeil s'assoupir,


Les couples d'amoureux dont la jeunesse mûre
Tressaille de désir sous la sève d'été
S'arrêtent en oyant remuer la ramure


Et hument dans l'air lourd la langueur du Léthé*.



* fleuve de l'oubli




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Dim 17 Mai 09, 11:50
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Augustin De PIIS

BALANCOIRE

IL n'est point de jeux innocents,
Fût-ce même au village ;
Dès qu'on badine avec les sens
La vertu déménage :
J'en ai pour preuve en ce moment
L'histoire de Rosine,
Qui se balançait fréquemment
Dans la forêt voisine.
Colas un jour s'était niché
Tout au haut d'un des chênes
Où Rosine avait attaché
Ses vagabondes chaînes,
Et là mon drôle entrevoyait
Certaines grâces nues
Qu'en s'élevant elle croyait
Ne dévoiler qu'aux nues. —
Amour, dit-il alors tout bas,
J'ai besoin de ton aide ;
Du mal que me font tant d'appas
Donne-moi le remède ;
Pour lorgner tout de mes deux yeux
En vain je fais usage ;
J'en vois trop peu pour être heureux,
Et trop pour rester sage. —
Colas dit, et, l'Amour malin
Rompant la balancoire,
Rosine tombe, et montre en plein
Et l'ébène et l'ivoire.
Du chêne, ardent comme un brasier,
Colas se précipite,
Et met ses doigts sur un rosier
Dont la fraîcheur l'irrite :
N'y met-il que les doigts ? — Hola ;
Il faut de la décence.
Rosine depuis ce jour-là
Jamais ne se balance,
Et quand les filles de ce jeu
Lui rappellent les charmes,
Rosine leur dit avec feu,
Mais non sans quelques larmes : —
Ne croyez pas qu'à la santé
Ce jeu puisse être utile;
Car plus le corps est agité,
Moins le cœur est tranquille :
L'honneur alors est eu suspens,
Et si la corde casse
Ce n'est jamais qu'à nos dépens
Que L'Amour nous ramasse.


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Lun 18 Mai 09, 11:57
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Augustin De PIIS

CHANT

Loin des petits auteurs, et des grandes coquettes,
Je compose en plein air, sans livre et sans tablettes ;
Zoïle n'est pas là quand mon vers cherche à fuir,
Et ma maîtresse est là s'il m'échappe un soupir.

Et toi, sexe divin, dont l'organe flatteur
Ajoute à notre langue un charme séducteur ;
Toi qui dans le discours, à l'oreille enchaînée,
Prodigues les trésors d'une harmonie innée ;
Toi qui, si l'amour dicte, écris bien mieux que nous,
Pour capter ton sourire j'embrasse tes genoux.
Je sais que d'ordinaire un sujet didactique
Lié dans tous ses points par un fil méthodique,
Ne présente au beau sexe, à le lire empressé,
Qu'un vaste et froid tissu dont son oeil est blessé :
Mais j'abandonne enfin l'aride théorie,
Et Phébus à l'instant m'ouvre une galerie,
Où ma muse à grands traits exerçant ses pinceaux,
Saura pour tes plaisirs varier ses tableaux.
Éole a dit aux vents : tourmentez la nature,
Et, des flancs caverneux de sa retraite obscure,
Sortis tous à la fois, comme des conjurés,
De la terre et des mers ils se sont emparés :
Ceux-ci, de l'océan desséchant les rivages,
Vont soulevant ses flots jusqu'au sein des nuages ;
Ceux-là, poussant le sable en épais tourbillons,
Semblent presser Cybèle entre leurs bataillons :
Eurus échevelé sifflant de plaine en plaine,
Renverse les moissons que brûle son haleine ;
Et le terrible Auster, en épuisant ses flancs,
Des superbes cités sappe les fondemens ;
Il n'est pas même alors jusqu'au léger Zéphire
Qui le long des bosquets se plaisait à sourire,
Qu'on n'entende, cédant à ses voeux indiscrets,
Faire au loin frissonner le faîte des forêts.
Mais l'Aquilon sur-tout, luttant contre les voiles,
Quand on veut les hisser, se glisse entre leurs toiles,
Les déchire aux regards du pilote irrité,
Insulte avec constance à sa dextérité,
Rompt la rame rebelle et le cable qui crie ;
Et sur les mâts tremblans redoublant sa furie,
Au fond d'un vaste gouffre entr'ouvert sous les eaux,
Au regret de Plutus enfonce les vaisseaux.
Telle est des vents épars et la force et l'audace ;
Leur souffle meurtrier brûle, gèle et fracasse.


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Mar 19 Mai 09, 11:56
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Jean-Baptiste ROUSSEAU

Robin cherchant aventure charnelle
Pressait au bal tendron de quatorze ans
Qui sous l'habit de gente Damoiselle
Lui dit, calmez ces désir violents,
Point ne ferez ici d'exploits galants :
Mâle je suis. Robin ne se dérange
Et s'écria les yeux étincelants,
Ainsi soit-il ! parbleu je gagne au change.
___________

Jean-Baptiste ROUSSEAU

Un précepteur logé chez un Génois
Tant procéda, que de fil en aiguille
Il exploita la nièce du bourgeois,
Et le disciple, et la mère, et la fille.
Le cas fit bruit : Et le chef de famille,
Homme prudent, tira mon drôle à part.
Ça, ça, dit-il, venez, Messire Oudart
Sur notre peau consommer vos ouvrages.
C'est bien raison que j'en tire ma part,
Puisque c'est moi qui vous donne vos gages.
________________


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Mer 20 Mai 09, 11:36
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Mathurin RÉGNIER

MARIAGE

Lorsque j'étais comme inutile,
J'avais un mari si habile
Aux plus doux passe-temps d'amour,
Qu'il me caressait nuit et jour.
Ores, celui qui me commande,
Comme son tronc gît dedans le lit,
Et maintenant que je suis grande,
Il se repose jour et nuit.
L'un fut trop vaillant en courage
Et l'autre trop alangouri.
Amour, rends-moi mon premier âge,
Ou rends-moi mon premier mari.


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Ven 22 Mai 09, 11:05
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Jean-Baptiste ROUSSEAU

Un verd-galant se confessait naguère
D'avoir réduit maintes filles aux abois.
Et des garçons, dit le moine ? Ah ! mon Père
Je ne suis homme à semblables exploits.
Tant mieux mon fils, poursuis, si tu me crois,
Dit le Pater, je te loue et pour cause :
Car si ce mal t'arrivais une fois,
Plus ne voudrais jamais faire autre chose.
________________

Jean-Baptiste ROUSSEAU

Un beau cordelier, moine napolitain,
Fut pris sondant son Prieur Dom Jérôme
Et fut conduit au Métropolitain.
Ça, votre nom ? dit l'Évêque. Dom Côme.
Votre péché, quel est-il ? De Sodome.
Votre âge, quel ? Il est de vingt-huit ans.
Moine de quand ? Dès mon plus jeune temps.
Dans le couvent, qui êtes vous ? Économe.
Hem ! dit alors l'Évêque, entre ses dents,
Bien payerais un pareil Majordome.


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Sam 23 Mai 09, 18:34
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Message Re: Petits poèmes érotiques.

GASTON COUTE

LE PRESSOIR

Sous les étoiles de septembre
Notre cour à l'air d'une chambre
Et le pressoir d'un lit ancien;
Grisé par des vendanges
Je suis pris d'un désir étrange
Né du souvenir des païens.

Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Dis faisons cette folie ?
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie !

Parmi les grappes qui s'étalent
Comme une jonchée de pétales
O ma bacchante roulons nous
J'aurais l'étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Ecraseront les raisins doux

Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Dis faisons cette folie?
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie !

Sous les baisers et les morsures,
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux;
Et le vin nouveau de l'Automne
Ruissellera jusqu'en la tonne,
D'autant plus qu'on s'aimera mieux !

Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Dis faisons cette folie?
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie !

Au petit jour dans la cour close
Nous boirons la part du vin rose
Oeuvrée de nuit par notre amour;
Et, dans ce cas tu peux m'en croire,
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour !

Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Dis faisons cette folie?
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie !





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Lun 25 Mai 09, 13:31
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Pierre TOURNEMINE

THOMAS ET LISETTE

Piron plus gai que délicat,
Sans nul préliminaire,
Dit partout qu'un chat est un chat.
Moi, je suis plus sévère.
Souvent un seul mot
En dit beaucoup trop;
Mais qu'un gaze fine,
Sans cacher les traits,
Voile les portraits,
Le reste se devine.

Lisette aimait le beau Thomas,
La chose est naturelle.
Thomas était joli garçon, avait su lui plaire;
Mais, sages tous deux,
Chacun sent fort bien
Que, chez leurs pèr's et mères,
Ils ne pouvaient pas,
Par rapport aux mœurs...
Le reste se devine.

Cependant, suivez-bien le fil
De cette triste histoire.
Thomas, revenant du hameau,
Aux champs surprit Lisette.
Soudain, chapeau bas
Et fort poliment,
Il lui tint ce langage:
"M'aimes-tu toujours?"
Lisette dit: "Oui."
Le reste se devine.

Ils avaient fort longtemps bavardé
Sur la verte fougère
Et l'eau qui tomba par torrents
Les surprit dans la plaine.
Lors, pour mieux courir,
Lisette troussa
Ses jupons et sa robe;
Puis, prenant la main
De l'heureux berger,
Le reste se devine.

Il n'était pas encor très tard,
Ce qui fut bientôt cause
Que, lorsque la belle rentra,
Ses parents l'aperçurent.
Las! en quel état
L'amoureux Thomas
Avait-il mis la belle!
Son œil était vif,
Son cœur était gros,
Le reste se devine.

Après avoir examiné
La tremblante bergère,
Sa mère lui dit: "Se peut-il?
Il n'est donc plus de doute?
Vos bas sont salis,
Vos jupons fripés,
Votre marche est gênée,
Vos yeux sont brillants,
Votre dos est vert...
Le reste se devine"

La fillette allait s'excuser
Quand le père, en colère,
Se lève de contre le feu
Et dit, cassant sa pipe:
"Ah! je n'y tiens plus.
C'est un peu trop fort!
Sors d'ici, malheureuse"
Puis, armant son bras
D'un manche à balai,
Le reste se devine.

Sans se le faire répéter,
La tremblante bergère,
Au troisième coup de balai,
S'enfuit à toutes jambes.
Dans son désespoir,
Passant sur un pont
Elle eut assez de force
Pour prier le ciel;
Et, du parapet,...
Le reste se devine.

Dieu l'écouta probablement
Puisque, par un miracle,
Thomas se trouvait près du pont
Qui pêchait à la ligne.
La voyant tomber,
Plus prompt que l'éclair.
Il se jette et fend l'onde.
Saisit son jupon
Et, par ce moyen,...
Le reste se devine.

Les parents sentirent alors
Qu'à moins d'être fort bêtes
Ils devaient unir les amants
Si bien faits l'un pour l'autre.
Bientôt le curé
Les unit tous deux
Et, la noce étant faite,
Les nouveaux époux
Furent se coucher...
Le reste se devine.

Amis, si vous êtes contents
De cette chansonnette,
Si vous vous êtes attendris
Sur cet amoureux couple,
Prouvez-le gaîment
Et qu'ici, ce soir,
Retroussant tous vos manches,
De suite et d'accord,
Elevant vos bras...
Le reste se devine.



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Mar 26 Mai 09, 13:31
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Gabrielle JANIER

À Renée VIVIEN

Dans le recueillement de notre chambre close,
me délectant de tes beaux yeux verts et de ta prose,
ma soeur si belle et si proche de moi
je suis restée de long soirs avec toi
pour faire de tes pleurs, de tes baisers, de tes soupirs,
ma raison d'espérer, ma foi en l'avenir
et j'ai su que par toi, j'allais redécouvrir
ce que d'autres aurait voulu ensevelir :
cette soif de l'amour, cette soif de tendresse,
et cette faim d'espoir, et ce besoin de caresses,
et j'ai su que Lesbos, perdue parmi les flots
vers qui tu naviguas au péril de ton être
afin d'y célébrer le culte de Sappho
serait aussi l'île qu'il me faudrait un jour connaître
et quand viendra l'interminable attente
comme la tienne interminable et lente
sur tes pas amoureux j'ajusterai les miens,
toi qui connus cette île, belle Renée Vivien.


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Mer 27 Mai 09, 19:18
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Renée VIVIEN

LOCUSTA

Nul n'a mêlé ses pleurs au souffle de ma bouche,
Nul sanglot n'a troublé l'ivresse de ma couche,
J'épargne à mes amants les rancoeurs de l'amour.

J'écarte de leur front la brûlure du jour,
J'éloigne le matin de leurs paupières closes,
Ils ne contemplent pas l'accablement des roses.

Seule je sais donner des nuits sans lendemains.

Je sais les strophes d'or sur le mode saphique,
J'enivre de regards pervers et de musique
La langueur qui sommeille à l'ombre de mes mains.

Je distille les chants, l'énervante caresse
Et les mots d'impudeur murmurés dans la nuit.
J'estompe les rayons, les senteurs et le bruit.

Je suis la tendre et la pitoyable Maîtresse.

Car je possède l'art des merveilleux poisons,
Insinuants et doux comme les trahisons
Et plus voluptueux que l'éloquent mensonge.

Lorsque, au fond de la nuit, un râle se prolonge
Et se mêle à la fuite heureuse d'un accord,
J'effeuille une couronne et souris à la Mort.

Je l'ai domptée ainsi qu'une amoureuse esclave.
Elle me suit, passive, impénétrable et grave,
Et je sais la mêler aux effluves des fleurs

Et la verser dans l'or des coupes des Bacchantes.

J'éteins le souvenir importun du soleil
Dans les yeux alourdis qui craignent le réveil
Sous le regard perfide et cruel des amantes.

J'apporte le sommeil dans le creux de mes mains.
Seule je sais donner des nuits sans lendemains.


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Jeu 28 Mai 09, 12:25
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Renée VIVIEN

LA FOURRURE

Je hume en frémissant la tiédeur animale
D’une fourrure aux bleus d’argent, aux bleus d’opale ;
J’en goûte le parfum plus fort qu’une saveur,
Plus large qu’une voix de rut et de blasphème,
Et je respire, avec une égale ferveur,
La Femme que je crains et les Fauves que j’aime.

Mes mains de volupté glissent, en un frisson,
Sur la douceur de la Fourrure, et le soupçon
De la bête traquée aiguise ma prunelle.
Mon rêve septentrional cherche les cieux
Dont la frigidité m’attire et me rappelle,
Et la forêt où dort la neige des adieux.

Car je suis de ceux-là que la froideur enivre.
Mon enfance riait aux lumières du givre.
Je triomphe dans l’air, j’exulte dans le vent,
Et j’aime à contempler l’ouragan face à face.
Je suis fille du Nord et des Neiges, --- souvent
J’ai rêvé de dormir sous un linceul de glace.

Ah ! la Fourrure où se complaît ta nudité,
Où s’exaspèrera mon désir irrité ! ---
De ta chair qui détend ses impudeurs meurtries
Montent obscurément les chaudes trahisons,
Et mon âme d’hiver aux graves rêveries
S’abîme dans l’odeur perfide des Toisons.


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Ven 29 Mai 09, 12:17
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Louise De VILMORIN

UN TONNELIER SÉVÐRE

Un tonnelier sévère
Qui mon amant devint
Par l'automne s'en vint
De Paris à Tonnerre
Car son coeur est devin.

Mon coeur n'a pas d'automne,
J'avais un autre amant
Caché dans une tonne
Que nul ne s'en étonne
Comment faire autrement ?

En entrant dans la pièce,
Mon amant tonnelier
Voulut me mettre en pièce
Puis en tonnant : " Qui est-ce ? "
Il s'en fut au cellier.

Là, couché dans sa tonne,
Ô lit de ses revers,
Mon innocent entonne
Quelques vers où l'eau tonne
Quand les bois sont d'hiver.

Mon tonnelier sévère,
À mis, à midi vingt,
L'ami, l'ami divin
Vent d'ange dans sa bière
Et je l'appelle en vain.


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Sam 30 Mai 09, 9:25
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Renée VIVIEN

SONNET FÉMININ

Ta voix a la langueur des lyres lesbiennes,
L’anxiété des chants et des odes saphiques,
Et tu sais le secret d’accablantes musiques,
O ù pleure le soupir d’unions anciennes.

Les Aèdes fervents et les Musiciennes
T’enseignèrent l’ampleur des strophes érotiques
Et la gravité des lapidaires distiques.
Jadis tu comtemplas les nudités païennes.

Tu sembles écouter l’écho des harmonies
Mortes ; bleus de ce bleu des clartés infinies,
Tes yeux ont le reflet du ciel de Mytilène.

Les fleurs ont parfumé tes étranges mains creuses;
De ton corps monte, ainsi qu’une légère haleine,
La blanche volupté des vierges amoureuses.



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Dim 31 Mai 09, 10:28
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Renée VIVIEN

LE TOUCHER

Les arbres ont gardé du soleil dans leurs branches.
Voilé comme une femme, évoquant l’autrefois,
Le crépuscule passe en pleurant… Et mes doigts
Suivent en frémissant la ligne de tes hanches.

Mes doigts ingénieux s’attardent aux frissons
De ta chair sous la robe aux douceurs de pétale…
L’art du toucher, complexe et curieux, égale
Les rêves des parfums, le miracle des sons.

Je suis avec lenteur le contour de tes hanches,
Tes épaules, ton col, tes seins inapaisés.
Mon désir délicat se refuse aux baisers;
Il effleure et se pâme en des voluptés blanches.


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Lun 01 Juin 09, 12:55
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
SAINT AMANT

Entrer dans le bordel d’une démarche grave,
Comme un Coq qui s’apprête à jouer de l’ergot,
Demander Janneton, faire chercher Margot,
Ou la jeune Bourgeoise, à cause qu’elle est brave ;

Fureter tous les trous, jusqu’au fond de la Cave,
Y rencontrer Perrette, et daubant du gigot
Danser le branle double au son du larigot*,
Puis y faire festin d’une botte de rave :

N’y voir pour tous tableaux que quelque vieux rébus,
Ou bien quelque Almanach qui sema ses abus
L’An que Pantagruel déconfit les Andouilles,

Et du haut jusqu’au bas pour tous meubles de prix,
Qu’une vieille paillasse, un pot et des quenouilles ;
Voilà le passe-temps du Soudard de Cypris.




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Mar 02 Juin 09, 10:07
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Mellin de SAINT GELAIS

RONDEAU DE L’AMANT

Comme un cheval se polit à l'étrille
Et comme on voit un hareng sur la grille
Se revenir, et un chapon en mue,
Ainsi j'engraisse, et ma couleur se mue
Quand ma mignonne avec moi babille.
Et s'il advient qu'elle se déshabille
Montrant un sein aussi rond qu'une bille,
J'ai un poulain que je dresse et remue
Comme un cheval.

Il lui henni, je la prends et la pille,
En lui montrant aussi droit qu'une quille
Le museau gros comme un bout de massue.
Le coeur m'en bat et le front lui en sue.
Puis quand c'est fait au trot je drille*
Comme un cheval.

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Mer 03 Juin 09, 12:12
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Vincent VOITURE

Voici mon amour sur la touche :
Jugez s'il marque nettement,
Et si sa pointe se rebouche,
Dans la peine et dans le tourment.
Mais en l'état où je me trouve,
Qu'est-il besoin de cette preuve,
Pour vous montrer que ma langueur
Et que ma constance est extrème ?
Ne le savez-vous pas vous-même
Si vous m'avez touché le coeur ?

Je croirais avoir trop d'amour,
Et de vous être trop fidèle,
Si vous n'étiez qu'un peu plus belle,
Que l'Astre qui donne le jour.
Mais puisque le reste du monde,
N'a rien de beau qui vous seconde ;
Et que tout cède au Dieu vainqueur
Que votre bel oeil emprisonne,
Il ne faut pas que je m'étonne,
Si vous m'avez touché le coeur.

Vous ne sauriez douter de moi,
Ni de la peine que j'endure,
Pour servir une âme trop dure :
Car la touche vous en fait foi.
Sans être donc plus recherchée,
Souffrez aussi d'être touchée,
Et dépouillez cette rigueur,
Qui rend votre beauté farouche.
Je vous puis bien toucher la bouche,
Si vous m'avez touché le coeur.


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Jeu 04 Juin 09, 12:34
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Message Re: Petits poèmes érotiques.
Vincent VOITURE

Je songeais cette nuit que nu entre deux draps,
Je goûtais les plaisirs qu'on goûte entre vos bras.
Votre humeur me semblait amoureuse, enjouée,
Et [je] ne connus jamais de nouvelle épousée
Qui se prit mieux que vous à semblables ébats.

De moi, qui ne fus onc* à si bons repas,
Je mangeais volontiers, faisant honneur aux plats,
Et comment je devais dévider ma fusée**,
Je songeais.

Comnien de jeux, de transports, de trépas,
Quelle confusion de charmes etd'appas
Ont servi d'appareil à mon âme blessée !
Mais je lis dans vos yeux qu'en êtes courroucée,
N'en changez point de teint, et n'en rougissez pas,
Je songeais.


* jamais
** éjaculer





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Mar 09 Juin 09, 11:57
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