Ah mon Dieu que de lis, ah mon Dieu que de roses, Ah que d’œillets vermeils, que d’attraits gracieux, Que de friands appas au parfait de mon mieux, Que de divinités y paraissent encloses !
La perle d’Orient & les plus rares choses Que du rivage Maure on amène en ces lieux, Ont la couleur ternie au prix de ses beaux yeux Et de tant de blancheurs que son sein a décloses.
Ah qu’avoir tels butins, ah qu’avoir tels trésors Seraient de Paradis, seraient de douces morts, Mais morts à préférer aux plus heureuses vies.
Mon Dieu que de plaisirs, que d’incroyables heurs A qui pourrait cueillir de sa main telles fleurs Si tôt que le printemps les a épanouies.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
CERTES, MADEMOISELLE… JEUNE FEMME OU PUCELLE, MARQUISE OU MARGOTON, JE NE TIENS PAS POUR FEMME UN ETRE MIXTE, INFAME QUI N’A PAS DE TETONS. PRENDS CELA POUR TON RHUME. ET CE LEGER MORCEAU
NE SORT PAS DE MA PLUME, MAIS D’UN TRES GROS VOLUME SIGNE JI-JI ROUSSEAU. LA-DESSUS TU M’ENGUEULES COMME DEUX DAMES SEULES ; ET JE NE SUIS QU’UN SOT. JE SERAI DONC UN SOT EN BELLE COMPAGNIE. ENCOR QUE JE LE NIE.
AINSI ME VOILA FRIT : JE NE SUIS PAS UN HOMME N’AYANT CŒUR NI ESPRIT : VOUS DITES CELA COMME SI DIEU L’AVAIT ECRIT ! PAS D’ESPRIT — JE L’ACCORDE, ON ME L’A DIT DEJA. JE NE VAIS PAS POUR ÇA CRIER MISERICORDE. MAIS, PAS DE CŒUR, HOLA ! PAS DE CŒUR, MOI, MADAME, PARCE QUE JE RECLAME DES TETONS POUR LA FEMME ! ASSUREMENT IL FAUT QU’ILS VOUS FASSENT DEFAUT. VOUS EN PARLEZ A L’AISE COMME UNE VIEILLE ANGLAISE. QUE SI VOUS EN AVIEZ VOUS NOUS LES MONTRERIEZ. OU BIEN ILS SONT INFIMES COMME DES CORNICHONS,
COMME VOUS ANONYMES, O FEMME SANS NICHONS ! ALLONS, VOUS VOULEZ RIRE, OU VOUS NE SAVEZ LIRE. CAR VOUS AURIEZ PU VOIR EN MON DERNIER CRACHOIR, MA BELLE DEMOISELLE, QUE JE M’APITOYAIS PRECISEMENT SUR CELLES CHEZ QUI JE N’EN VOYAIS.
POUR VOUS, CHERE MADAME, LA FEMME EST TOUJOURS FEMME SANS LE NICHON VAINQUEUR, POURVU QU’ELLE AIT DU CŒUR. QUANT A MOI, JE LE CLAME, C’EST UNE OPINION QU NOUS VIENT D’ALBION. JE CLAME ET JE RECLAME. NOUS SOMMES DES COCHONS POUR VOULOIR DES NICHONS ! NOUS SOMMES SANS ESPRIT POUR LES VOULOIR FLEURIS ET NOUS SOMMES SANS CŒUR POUR LES VOULOIR VAINQUEURS ! DU CŒUR C’EST BEAU SANS DOUTE… LE NICHON, SOMME TOUTE, N’A RIEN DE BIEN HIDEUX. ET VOUS POURRIEZ, MADAME, ÉTRE ENCORE PLUS FEMME EN POSSEDANT LES DEUX.
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O lit ! de celle là qui me donne la vie, Lit plaisant où madame a la nuit son repos, O beau lit ! que je porte à ton bonheur d'envie, Alors que tu la sens couchée sur le dos :
Tu es le seul témoin des amoureux propos Qu'elle jète en soupirs étant d'amour ravie, Donc, ô beau lit mignard à bon droit je t'envie, Par toi le mal jaloux se coule dans mes os.
Si je le suis de toi, je le suis d'avantage Des beaux draps retroussez qui baisent son visage D'où je n'ose espérer de jamais approcher :
Je lui suis encore plus de sa chemise blanche, Qui touche ses tétons, ses cuisses et sa hanche, Et ce que les amants tiennent en eux si cher.
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Le Printemps gracieux ne donne tant de fleurs, Ni les Fleurs ne font voir, tant, et tant de couleurs, Ni d’Étoiles au Ciel sereinement n’abonde, Ni de grêle en Hiver, ni de flots dans la Mer, Que je souffre en aimant de cruel et d’amer, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Comme le Marinier voit son Mât arraché, Par l’haleine des vents sur le Tillac couché, Et à sa triste voix n’entend qui lui réponde, Quand Eure mutiné lui foudroye le corps, Je me vois agité et dedans et dehors, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Le Soleil au Taureau n’élance tant de rais, Ni tant d’Oiseaux l’Été près de l’Ombrage frais Des Taillis chevelus, ne volent à la ronde, Ni d’orage éclatant n’est battu l’Apennin, Que le Ciel m’a vomi de rage, et de venin, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Je m’expose au péril, soit le Jour, soit la Nuit, Quand la blanche Phœbê, ou quand Phébus reluit, Aux cavernes des Ours même, l’hasard je sonde, Ni Tigres, ni Lions, ne m’effrayent de peur, Défiant le danger sous un aveu trompeur, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Durement enchaîné, au cordage, et aux fers, Comme les criminels condamnés aux Enfers, Nourri d’un vain espoir où ferme je me fonde, Le courroux, la rigueur, l’ennui, et le dépit, La flamme, et la fureur ! j’endure sans répit, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Le brûlant Montgibel n’est tant étincelant, Que mon corps tout en feu, va de feu recelant, Et mon sein est creusé d’une flamme profonde, Mourant sans me mourir, et vivant sans repos, Le seul but limité de la fière Atropos, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
On ne compterait point tant de feuilles aux Bois, Ni de formes là-haut durant les douze Mois, Ni aux profondes eaux tant d’arène inféconde, Que mon cœur et mes sens, sont sans cesse agités, Et que de maux divers je sens de tous côtés, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Sur une Mer de pleurs je flotte à l’abandon, Le cordage abattu à minuit sans brandon, N’attendant que le choc où ma Nef se confonde, Triste, et désespéré, sur un Ais me séant, Affublé pour ne voir l’horreur de l’Océan, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Quand tout le Ciel bandé me voudrait empêcher, A ne vous aimer pas, ou ne vous rechercher, Le Feu, la Terre, l’Air et l’Élément de l’Onde, Les Astres opposés, et le flambeau du jour, La Nature, et le sort, je vous suivrai toujours, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Le destin, la fureur, ni les Cieux irrités, Ni Bellone, ni Mars, ni leurs autorités, Ne pourront divertir mon âme pure, et monde, Je ne crains point l’éclat d’un Tonnerre soufreux, Les Signes dépités ni leurs regards affreux, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Naisse à chaque moment cent mille cruautés, Il renaîtra dans moi cent mille loyautés, Éclairé vivement de votre Étoile blonde, Flottant à Mât rompu, sur les vagues de l’eau, Je ne crains que le vent enfonce mon vaisseau, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
L’âge, la cruauté, ni le temps, ni le sort, Ni l’effort dépité ne pourront faire effort À ma fidélité qui n’a point de seconde, J’espère qu’à la fin je pourrai voir le port, Échappé doucement du péril de la mort, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
Tout ce qu’on saurait voir d’estimable Trésor, Le Diamant, la Perle, ou l’Émeraude, ou l’or, Ni ce que peut donner l’Arabie féconde, N’égale vos Trésors qui se font admirer, Et me plaît mon travail constamment endurer, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
L’ardeur que je nourris ordinaire en mon cœur, Arrose mes deux yeux de si douce liqueur, Bien qu’à tant de soupirs j’aye lâché la bonde, Que le plus grand plaisir que je puis estimer, Et ce qui plus me plaît c’est de me consumer, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
On ne voit pas toujours un orage cruel, On ne voit pas toujours un vent continuel, On ne voit pas toujours une Nef vagabonde, Tant d’inhumaines morts qu’à toute heure j’attends, Pourront cesser un jour et je serai content, Adorant vos beaux yeux la lumière du monde.
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Je suis heureux, je ris, je chante, Et pourtant forme des désirs ; Dans cette fête qui m'enchante, Je pense à de nouveaux plaisirs. Près de blonde ou brune chérie, Au bruit de joyeuses chansons, Je veux qu'ici chacun s'écrie : Recommençons, recommençons.
J'aime le vin, j'aime Lisette ; Près de mon lit j'ai du meilleur ; Je verse à boire à la fillette, Et remplis son verre et son cœur. Le doux jus plaît tant à la belle, Que lorsque nous nous reposons : Encore un coup, vite ! dit-elle ; Recommençons, recommençons.
Recommençons fête si sage, Mes chers amis, et pensons bien, Qu'hélas ! dans peu sonnera l'âge Où l'on ne recommence rien. Projetons des fêtes nouvelles Tant que libres dans nos façons, Nous pourrons dire avec nos belles : Recommençons, recommençons.
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Muses, qui chastement passez votre bel âge Sans vous assujétir aux loix du mariage, Sachant combien la femme y endure de mal, Favorisez-moi tant que je puisse décrire Les travaux continus et le cruel martyre Qui sans fin nous tallonne en ce joug nuptial.
Du soleil tout voyant la lampe journalière Ne saurait remarquer, en faisant sa carrière, Rien de plus misérable et de plus tourmenté Que la femme sujette à ces hommes iniques Qui, dépourvus d’amour, par leurs loix tyraniques, Se font maîtres du corps et de la volonté.
Ô grand Dieu tout-puissant ! si la femme, peu caute (1) Contre ton saint vouloir avoit fait quelque faute, Tu la devais punir d’un moins aigre tourment ; Mais, las ! ce n’est pas toi, Dieu rempli de clémence, Qui de tes serviteurs pourchasses la vengeance : Tout ce malheur nous vient des hommes seulement.
Voyant que l’homme était triste, mélancolique, De soi-même ennemi, chagrin et fantastique, Afin de corriger ce mauvais naturel, Tu lui donnas la femme, en beautés excellente, Pour fidèle compagne, et non comme servante, En chargeant à tous deux un amour mutuel.
Ô bien heureux accord ! ô sacrée alliance ! Present digne des cieux, gracieuse accointance, Pleine de tout plaisir, de grâce et de douceur, Si l’homme audacieux n’eut, à sa fantaisie, Changé tes douces lois en dure tyrannie Ton miel en amertume, et ta paix en rigueur !
À peine maintenant sommes-nous hors d’enfance, Et n’avons pas encor du monde connaissance, Que vous tâchez dejà par dix mille moyens, Par présents et discours, par des larmes contraintes, À nous embarasser dedans vos labyrintes, Vos cruelles prisons, vos dangereux liens.
Et comme l’oiseleur, pour les oiseaux attraire En ses pipeuses rets (2), sait sa voix contrefaire, Aussi vous, par écrits cauteleux (1) et rusés, Faites semblant d’offrir vos bien humbles services À nous, qui, ne sachant vos fraudes et malices, Ne pensons que vos cœurs soient ainsi déguisés.
Nous sommes votre cœur, nous sommes vos maîtresses Ce ne sont que respects, ce ne sont que caresses ; Le ciel, à vous ouïr, ne vous est rien au pris ; Puis vous savez donner quelque anneau, quelque chaîne, Pour nous réduire après en immortelle gêne. Ainsi par des appas le poisson se sent pris.
Mais quelle deité ne serait point surprise En vous voyant user de si grande feintise ? Et voyant de vos yeux deux fontaines couler, Qui penserait, bon Dieu ! qu’un si piteux visage, Avec la cruauté d’un déloyal courage, Couvassent le poison sous un brave parler ?
Ainsi donc, nous laissons la douceur de nos mères, La maison paternelle, et nos sœurs et nos frères, Pour à votre vouloir, pauvrettes, consentir ; Et un seul petit mot promis à la légère Nous fait vivre à jamais en peine et en misère, En chagrin et douleur par un tard repentir.
Le jour des noces vient, jour plein de fâcherie, Bien qu’il soit déguisé de fraude et tromperie, Borne de nos plaisirs, source de nos tourments. Si de bon jugement nos âmes sont atteintes, Nous découvrons à l’œil que ces liesses feintes Ne servent en nos maux que de déguisement.
Le son des instruments, les chansons nompareilles, Qui d’accords mesurés ravissent les oreilles, Les chemins tapissés, les habits somptueux, Les banquets excessifs, la viande excellente, Semblent représenter la boisson mal plaisante, Où l’on mêle parmi quelque miel gracieux.
Encore maintenant, pour faire un mariage, On songe seulement aux biens et au lignage, Sans connaître les mœurs et les complexions ; Par ainsi, ce lien trop rigoureux assemble Deux contraires humeurs à tout jamais ensemble, Dont viennent puis après mille discensions.
On ne saurait penser combien la jeune femme Endure de tourment et au corps et à l’âme, Sujette à un vieillard rempli de cruauté Qui jouit à son gré d’une jeunesse telle Pour ce qu’il la veut faire ou dame ou damoiselle, Et pour ce qu’il est grand en biens et dignité.
Lui qui avait coutume auparavant, follâtre, De diverses amours ses jeunes ans ébattre, Entretenant sa vie en toute oisiveté, Se sent or’ accablé de quelque mal funeste, Qui, malgré qu’il en ait, dans son lit le moleste, Assez digne loyer de sa lubricité.
La femme prend le soin d’apprêter les viandes Qui au goût du vieillard seront les plus friandes, Sans prendre aucun repos ni la nuit ni le jour ; Et lui, se souvenant de sa folle jeunesse, Si tant soit peu sa femme aucune fois le laisse, Pense qu’elle lui veut jouer un mauvais tour.
Et lors c’est grand pitié : car l’âpre jalousie Tourmente son esprit, le met en frénésie, Et chasse loin de lui tout humain sentiment. Les plus aigres tourments des âmes criminelles Ne sont pour approcher des peines moins cruelles Que cette pauvre femme endure injustement.
Aussi voit-on souvent qu’un homme mal-habile, Indigne, épousera quelque femme gentille, Sage, de rare esprit et de bon jugement, Mais lui, ne faisant cas de toute sa science (Comme la cruauté suit toujours l’ignorance), L’en traitera plus mal et moins humainement.
Au lieu que si c’était un discret personnage, Qui avec le savoir eut de raison l’usage, Il la rechercherait et en ferait grand cas, Se réputant heureux que la grâce divine D’un don si precieux l’aurait estimé digne. Mais certes un tel homme est bien rare ici-bas.
Si le cynique grec, au milieu d’une ville, N’en peut trouver un seul entre plus de dix mille, Tenant en plein midi la lanterne en sa main, Je pense qu’il faudrait une torche bien claire En ce temps corrompu, et se pourrait bien faire Qu’on dépenserait le temps et la lumière en vain.
Car vraiment c’est l’esprit et cette âme divine, Reconnaissant du ciel sa première origine, Qui fait le vertueux du nom d’homme appeller, Et non pas celui-là qui seulement s’arrête Au corruptible corps, commun à toute bête Qui vit dessous les eaux, sur la terre ou en l’air.
Il serait donc besoin de grande prévoyance Ainsi que faire un accord d’une telle importance, Qui ne peut seulement que par mort prendre fin, Attendu pour certain que ce n’est chose aisée, À quelque homme que soit une femme épousée, De la voir sans ennui, sans peine et sans chagrin.
S’elle en épouse un jeune, en plaisirs et liesse, En délices et jeux passera sa jeunesse, Dépensera son argent sans qu’il amasse rien. Bien que sa femme soit assez gentille et belle, Si aura-il toujours quelque amie nouvelle, Et sera reputé des plus hommes de bien.
Car c’est par ce moyen que l’humaine folie A du grand Jupiter la puissance établie, Pour ce que, méprisant sa Junon aux beaux yeux, Sans esclaver son cœur sous le joug d’hymenée, Suivant sa volonté lâche et désordonnée, Il sema ses amours en mille et mille lieux.
Et quoi ! voyons-nous pas qu’ils confessent eux-mêmes, Si l’on se sent épris de quelque amour extrême, Pour en être délivré il se faut marier, Puis, sans avoir égard à serment ni promesses, Faire ensemble l’amour à diverses maîtresses, Et non en un endroit sa volonté fier.
Si c’est quelque pauvre homme, hélas ! qui pourrait dire La honte, le mépris, le chagrin, le martyre Qu’en son pauvre ménage il lui faut endurer ! Elle seule entretient sa petite famille, Elève ses enfans, les nourrit, les habille, Contre-gardant son bien pour le faire durer.
Et toutes fois encor l’homme se glorifie Que c’est par son labeur que la femme est nourrie, Et qu’il apporte seul ce pain à la maison. C’est beaucoup d’acquérir, mais plus encor je prise Quand l’on sçait sagement garder la chose acquise : L’un dépend de fortune, et l’autre de raison.
S’elle en épouse un riche, il faut qu’elle s’attende D’obéir à l’instant à tout ce qu’il commande, Sans oser s’enquérir pour quoi c’est qu’il le fait. Il veut faire le grand, et, superbe, dédaigne Celle qu’il a choisie pour épouse et compagne, En faisant moins de cas que d’un simple valet.
Mais que lui peut servir d’avoir un homme riche, S’il ne laisse pourtant d’être vilain et chiche ? S’elle ne peut avoir ce qui est de besoin Pour son petit ménage ? Ou si, vaincu de honte, Il donne quelque argent, de lui en rendre compte, Comme une chambrière, il faut qu’elle ait le soin.
Et cependant monsieur, étant en compagnie, Assez prodiguement ses écus il manie, Et hors de son logis se donne du bon temps ; Puis, quand il s’en revient, fâché pour quelque affaire, Sur le seuil de son huis laisse la bonne chère (3) Sa femme a tous les cris, d’autres le passe-temps.
Il cherche occasion de prendre une querelle, Qui sera bien souvent pour un bout de chandelle, Pour un morceau de bois, pour un verre cassé. Elle, qui n’en peut mais, porte la folle enchère, Et sur elle à la fin retombe la colère Et l’injuste courroux de ce fol insensé.
Ainsi de tous côtés la femme est misérable, Sujette à la merci de l’homme impitoyable, Qui lui fait plus de maux qu’on ne peut endurer. Le captif est plus aise, et le pauvre forçaire (4) Encor en ses malheurs et l’un et l’autre espère ; Mais elle doit sans plus à la mort espérer.
Ne s’en faut ébahir, puis qu’eux, pleins de malice, N’ayant autre raison que leur seule injustice, Font et rompent les lois selon leur volonté, Et, usurpant tous seuls, à tort, la seigneurie Qui de Dieu nous était en commun départie, Nous ravissent, cruels ! la chère liberté.
Je laisse maintenant l’incroyable tristesse Que cette pauvre femme endure en sa grossesse ; Le danger où elle est durant l’enfantement, La charge des enfans, si pénible et fâcheuse ; Combien pour son mari elle se rend soigneuse, Dont elle ne reçoit pour loyer que tourment.
Je n’aurai jamais fait si je veux entreprendre, Ô Muses ! par mes vers de donner à entendre Et notre affliction et leur grand’ cruauté, Puis, en renouvelant tant de justes complaintes, J’ai peur que de pitié vos âmes soient atteintes, Voyant que votre sexe est ainsi maltraité.
(1) prenant ses précautions, prévoyant : du latin cautus (2) filets (3) sur le seuil de sa maison laisse son bon visage (4) forcer - en occitan : viol aggravé
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Accrochant les regards vicieux au passage, Ameutant les prurits autour de sa beauté Blonde, elle relevait d'un air de volupté Le luxe de sa robe et de son blanchissage.
Elle était provocante et pourtant semblait sage. Son père en cheveux blancs marchant à son côté, Malgré lui, contemplait avec lubricité, Les précoces rondeurs qui bombaient son corsage.
Derrière ses talons les passants retournés, Pris d'un désir lascif, suivaient avec le nez Ce corps d'où transsudait une odeur de caresse,
Et les moins corrompus doutaient sincèrement Si ce digne monsieur n'était pas son amant Et si la chaste enfant n'était pas sa maîtresse.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Tantôt je pousserai la porte sans rien dire - Mon miroir saura seul où vont mes yeux brillants, j'écouterai tes pas rôdeurs, jeune printemps et je t'appellerai quand le jour se retire.
J'ai besoin d'air, de fleurs, de feuilles triomphantes Je quitte la maison, je m'évade, je cours... Je veux laisser mourir l'odeur triste du jour et respirer sur toi, ce soir, toutes les menthes.
Plus rien ne nous séparera. J'ai oublié l'autre printemps sur qui j'appuyais mon épaule. Je n'aurais plus que toi pour me jouer le rôle Et je me redirai tes mots, les yeux fermés.
Près de nous passera la très douce pitié. J'aurai contre mon fronts tes mains et ton haleine Et tu m'embrasseras - et j'entendrai à peine Mon passé qui s'en va le long des peupliers...
Le printemps me poursuit et je me laisse prendre - Ecoute-moi gémir ! contre ses paumes tendres Je sens craquer mes os - blanc fagot de bois mort.
Ayez pitié de moi qui serre mes richesses Dans mon corps alourdi du festin des caresses.
Soulevez-vous du sol. Connaissez mon étreinte, Que j'écrase l'épi pour adorer le grain. Face à juillet, blessée de faim et de silence, Je vous tends mon désir, ma longue confiance Et prépare mon corps pour les noces du pain.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Quand je sens ta ferveur se poser sur mes lèvres Je suis ce paysage où palpite le ciel, Où la vie accomplit son acte essentiel Dans l’appel des rameaux et le flux de la sève.
Je suis cette colline amoureuse d’un lac Jusqu’à fondre en ses eaux sa couronne d’ombrages, Je suis la terre heureuse et chaude du rivage Qui boit l’effervescence au baiser du ressac.
J’entends me traverser les souffles et les brises Saturés de parfums, de graines, de pollens. J’abrite les désirs, les amours, les hymens Des tourterelles d’or, de blancs ramiers éprises.
Quand je sens la vigueur flexible de tes bras M’embrase en même temps l’étreinte de la terre. Et cette double extase et ce double mystère Pénètrent dans mon sang et me parlent tout bas.
La nature imposante, exorable et féconde M’offre ses voluptés et m’ouvre ses chemins. J’enserre la douceur de vivre entre mes mains Et mêle ma lumière à la lumière blonde.
Je saisis le secret, le coeur sacré des lieux Lorsque ta vérité me devient un exemple. Tout m’est prestigieux, parfait, solennel, ample : Je suis un univers où s’exaltent des dieux.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Un frisson naît et monte en ma forme élancée Le soir, quand je suis nue et que je me contemple, Et sur ma hanche souple au fléchissement ample Passent des voluptés en caresses glacées.
Pâle en la psyché blonde, impavide et dressée Comme une déité superbe dans un temple, Et t’évoquant, Vénus Solitaire, en Exemple, L’hermaphrodite amour éclot dans ma pensée.
De fleurs mortes au sein de coupes transparentes Une senteur morbide émane exaspérante Et mes sens font un pas d’ardeur inanimée.
Alors, double, je vois s’adorer mes prunelles Et mes lèvres se joindre et se baiser, pâmées, L’une à l’autre écrasant mes quadruples mamelles.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Du jardin qui respire et bouge se répand A travers une chambre ouverte au bruit des feuilles. Je regarde, immobile à ton côté, le pan De ciel tremblant de reflets qui m'accueillent.
Avant de t'enfoncer dans tes regards clos, Dans le pays où tu n'as plus que ton silence Et de franchir, sous le masque las du repos, La grande eau de la nuit qu'on passe dans l'absence,
Tu as noué ton bras à mon bras, comme si Je pouvais t'escorter jusque dans l'autre monde, Déchirante douceur à mon bras ! Me voici Liée à ton absence ! Amour, la nuit est ronde !
... Je te refais ! j'épie : elle viendra la nuit Où tu dormiras seul sans qu'obscure je veille Tout au long de ton corps, elle viendra la nuit
Où je dormirais seule et sans la patiente Chaleur de ce bras nu qui s'emmêle à mon bras, Dans la dernière solitude, quelle entente Pourrait encore hélas ! lorsque tu dormiras,
Lorsque je dormirais, nous rejoindre, effacés L'un dans l'autre.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Je ne change point, ô vierges de Lesbos ! Lorsque je poursuis la Beauté fugitive, Tel le Dieu chassant une vierge au peplos Très blanc sur la rive.
Je n’ai point trahi l’invariable amour. Mon cœur identique et mon âme pareille Savent retrouver, dans le baiser d’un jour, Celui de la veille.
Et j’étreins Atthis sur les seins de Dika. J’appelle en pleurant, sur le seuil de sa porte, L’ombre, que longtemps ma douleur invoqua, De Timas la morte.
Pour l’Aphrodita j’ai dédaigné l’Éros, Et je n’ai de joie et d’angoisse qu’en elle : Je ne change point, ô vierges de Lesbos, Je suis éternelle.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Tu travailles, je rêve et poursuis près de toi Le songe d'une joie ainsi continuée ; Dans la brise d'hiver qui souffle, atténuée, La nuit rôde, légère et bleue, au bord du toit.
Le silence, alentour de notre chambre, veille, Et fait meileurs les mots amis que nous disons ; Parfois dans l'âtre clair s'écroulent des tisons Dont le flamboiement pourpre et blanc nous émerveille.
Et nous restons à regarder ainsi longtemps Palpiter puis mourir, comme un coeur, cette braise ; Notre amour enflammé, sans s'éteindre, s'apaise Dans la sérénité tendre de ces instants.
Ah ! ce soir, nos destins sont échangés, ce soir Parmi l'ombre secrète où nos âmes s'élancent, Et si douces que soient nos voix dans le silence, Nous renonçons aux mots de ferveur et d'espoir.
Car notre coeur n'est plus désormais solitaire ; Nous n'aurons plus besoin pour nous être compris D'entendre une voix chère aux aveux attendris ; Nous nous aimons si bien que nous pouvons nous taire.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Des perles encor mouillent son bras blanc. Couchée en un lit de joncs verts et d'herbes, Le sein ombragé d'un rameau tremblant, Au bruissement des chênes superbes, Aux molles rumeurs des halliers épais, Non loin de la source elle rêve en paix. Tandis qu'au revers des souples lianes, Sur son reflet nu se figent pâmés Les flots du bassin, lèvres diaphanes, Sous les noirs treillis au ciel bleu fermés, Les yeux demi-clos, chargés de paresse, Elle se renverse, écoute, et caresse D'un baiser brûlant et vague à la fois Le souffle lointain qui monte et qui passe, Immense soupir amoureux des bois. Et tout souvenir en son cœur s'efface ; Et sous le réseau des parfums flottants, Dans l'oubli des dieux, du monde et du temps, Morte au vain souci du désir frivole, En libres essaims de songes épars, Son âme à travers les taillis s'envole. Autour des buissons, sur les nénuphars, Ne bourdonne plus l'abeille assouvie, Et partout s'éloigne ou s'endort la vie. Ils ne chantent plus, les oiseaux siffleurs ; Et vers ce beau corps teint de flammes roses, De tous les côtés se penchent les fleurs, Semblables aux yeux agrandis des choses.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Je hume en frémissant la tiédeur animale D’une fourrure aux bleus d’argent, aux bleus d’opale ; J’en goûte le parfum plus fort qu’une saveur, Plus large qu’une voix de rut et de blasphème, Et je respire, avec une égale ferveur, La Femme que je crains et les Fauves que j’aime.
Mes mains de volupté glissent, en un frisson, Sur la douceur de la Fourrure, et le soupçon De la bête traquée aiguise ma prunelle. Mon rêve septentrional cherche les cieux Dont la frigidité m’attire et me rappelle, Et la forêt où dort la neige des adieux.
Car je suis de ceux-là que la froideur enivre. Mon enfance riait aux lumières du givre. Je triomphe dans l’air, j’exulte dans le vent, Et j’aime à contempler l’ouragan face à face. Je suis fille du Nord et des Neiges, --- souvent J’ai rêvé de dormir sous un linceul de glace.
Ah ! la Fourrure où se complaît ta nudité, Où s’exaspèrera mon désir irrité ! --- De ta chair qui détend ses impudeurs meurtries Montent obscurément les chaudes trahisons, Et mon âme d’hiver aux graves rêveries S’abîme dans l’odeur perfide des Toisons.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
L’ombre nous semble une ennemie en embuscade… Viens, je t’emporterai comme une enfant malade, Comme une enfant plaintive et craintive et malade.
Entre mes bras nerveux j’étreins ton corps léger. Tu verras que je sais guérir et protéger, Et que mes bras sont forts pour mieux te protéger.
Les bois sacrés n’ont plus d’efficaces dictames, Et le monde a toujours été cruel aux femmes. Nous le savons, le monde est cruel pour les femmes.
Les blâmes des humains ont pesé sur nos fronts, Mais nous irons plus loin. Là-bas, nous oublierons… Sous un ciel plus clément, plus doux, nous oublierons…
Nous souvenant qu’il est de plus larges planètes, Nous entrerons dans le royaume des poètes, Ce merveilleux royaume où chantent les poètes.
La lumière s’y meut sur un rythme divin. On n’a point de soucis et l’on est libre enfin. On s’étonne de vivre et d’être heureux enfin.
Vois, élevés pour toi, ces palais d’émeraude Où le parfum s’égare, où la musique rôde, Où pleure un souvenir qui s’attarde et qui rôde.
Mon amour, qui s’élève à la hauteur du chant, Louera tes cheveux roux plus beaux que le couchant… Ah ! ces cheveux, plus beaux que le plus beau couchant !
Les douleurs se feront exquises et lointaines, Au milieu des jardins et du bruit des fontaines, O mauresques jardins où dorment les fontaines.
Nous bénirons les doux poètes fraternels En errant au milieu des jardins éternels, Dans l’harmonie et le clair de lune éternels…
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Du fond de mon passé, je retourne vers toi, Mytilène, à travers les siècles disparates, T'apportant ma ferveur, ma jeunesse et ma foi, Et mon amour, ainsi qu'un présent d'aromates, Mytilène, à travers les siècles disparates, Du fond de mon passé, je retourne vers toi.
Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes, Et ton azur où je me fonds et me dissous, Tes barques, et tes monts avec leurs nobles lignes, Tes cigales aux cris exaspérés et fous, Sous ton azur, où je me fonds et me dissous, Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes.
Reçois dans tes vergers un couple féminin, Île mélodieuse et propice aux caresses, Parmi l'asiatique odeur du lourd jasmin, Tu n'as point oublié Psappha ni ses maîtresses, Ile mélodieuse et propice aux caresses, Reçois dans tes vergers un couple féminin.
Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique, Ressuscite pour nous les lyres et les voix, Et les rires anciens, et l'ancienne musique Qui rendit si poignants les baisers d'autrefois, Toi qui gardes l'écho des lyres et des voix, Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique,
Évoque les péplos ondoyant dans le soir, Les lueurs blondes et rousses des chevelures, La coupe d'or et les colliers et le miroir, Et la fleur d'hyacinthe et les faibles murmures, Évoque la clarté des belles chevelures Et les légers péplos qui passaient, dans le soir,
Quand, disposant leurs corps sur tes lits d'algues sèches, Les amantes jetaient des mots las et brisés, Tu mêlais tes odeurs de roses et de pêches Aux longs chuchotements qui suivent les baisers, À notre tour, jetant des mots las et brisés, Nous disposons nos corps sur tes lits d'algues sèches,
Mythilène, parure et splendeur de la mer, Comme elle versatile et comme elle éternelle, Sois l'autel aujourd'hui des ivresses d'hier, Puisque Psappha couchait avec une immortelle, Accueille-nous avec bonté, pour l'amour d'elle, Mytilène, parure et splendeur de la mer !
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
Une nuit que j’étais dans les bras de Morphée, Reposant chastement, et la tête coiffée D’un bonnet de coton chaste aussi, le Courrier Français – vous savez bien, ce journal ordurier – M’apparut, sur ma tête accumulant l’outrage ; Même il avait encore augmenté son tirage. « Cramponne-toi, dit-il, Ferrouillat, Ferrouillat, Honteux échantillon de ton sexe – auvergnat ; Car Le Courrier Français est sur toutes les tables ; Je te plains de tomber dans ses mains redoutables, Ferrouille, et ses dessins que tu veux supprimer Devant tes chastes yeux vont vivre et s’animer. »
Comme il disait ces mots, toutes les femmes nues De Forain, de Zier, maigrichonnes, charnues, Et celles de Heidbrinck ; les fessiers de Quinsac Qui mettent le bon goût et la pudeur à sac, Les macabres et cruelles prostituées De Legrand, aux baisers des vieux habitués, Passaient et repassaient me faisant les yeux doux Et puis déliquesçaient comme au feu le saindoux. Et ce n’était pas tout, car toutes les orgies De nudités qu’on voit dans les Mythologies, Dans la Bible, partout, les derrières, les culs Qui fournirent un tas énorme de cocus, Tous ceux qui firent un peu de bruit dans l’ histoire Et dont les noms affreux affligent ma mémoire, Commencèrent un épouvantable sabbat ; Et rien qu’en y pensant mon cœur encore bat.
Je vis Adam et Eve, hélas ! avant leur faute, Sans le moindre embarras étendus côte à côte. Encor s’ils eussent eu des feuilles de figuier ! Mais non ! L’on pouvait voir jusques à leur gésier. Je vis l’horrible Loth qui fut son propre gendre Et ! Spectacle odieux que je ne saurais rendre ! Le solitaire Onan taquinant…le voisin A côté de Noé qui montrait son…raisin. Puis ce fut le troupeau des courtisanes grecques Dont les noms seuls prendraient plusieurs bibliothèques, Rhodope, Leonthium, Charitoblepharis… La belle Hélène sans chemise, avec Pâris ; Et Phryné devant qui menaient un grand tapage Les membres cramoisis de tout l’Aréopage ; Laïs, allant trouver la nuit, incognito, Diogène habillé de trous, dans son tonneau ; Aspasie, et Sapho dans son Académie Apprenant quelque langue à sa petite amie. Mais voici que tout se confond dans mon esprit.
Il faudrait que le reste en latin fût écrit : Que dis-je ? le latin est transparent, absurde, Pour bien faire il faudrait que j’écrivisse en kurde. Je vis Sardinapoil ; Héliogabapoil Qui se faisaient traîner par des femmes à poil. Toute l’orgie romaine, et sortant de leur crypte Les mystères fangeux de la lointaine Egypte. Pharaons, empereurs sans sexe, et selon l’us Les prêtresses d’Isis promenant le phallus ; Je vis, tableau bien fait pour la mélancolie, La déesse Vénus, horriblement jolie, Sortant de la mer, nue, avec son joli Cu pidon, dieu de l’Amour, qui me montrait son cul. Et Bacchus, sur son char traîné par les Bacchantes, Pour tout voile n’ayant que des feuilles d’acanthes Dans les cheveux ; Diane avec Endymion Telle que demandait à la voir Actéon. Je vis Pygmalion animant sa statue Et Caudaule montrant sa femme non vêtue. Le bel Antinoous, Narcisse au bord de l’eau S’amusant à je ne sais quoi – comme Charlot.
Un peu plus loin c’était cette belle inconnue, La Vérité sortant de son puits toute nue, Près de Penthésilée, ayant pour tout avoir Un seul sein, mais un sein que je ne saurais voir. Puis cette vision disparut dans l’Averne Et mon rêve se fit de plus en plus moderne. Il était, s’il se peut, encor plus biscornu, Et tout aussi nu, nu, nu, nu, nu, nu, nu, nu. Des femmes, si l’on peut appeler ça des femmes, Montraient à qui mieux mieux leurs natures infâmes. Des danseuses, n’ayant ni maillot ni tutu Disaient à la pudeur zut et turlututu. Des horizontales et des agenouillées, Les lèvres du souper d’hier encor mouillées, Allaient au Bois sur leur guitare à quatre pieds, Faisant de l’œil à nos petits estropiés. Je remarquais aussi les femmes de Catulle Aussi vagues que l’Aube ou que le Crépuscule, Et qui toutes étaient dans le simple appareil D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil.
Ce n’étaient que chameaux affamés de luxure ; Quelques-unes avaient cependant des ceintures De chasteté, mais sans cadenas : Je crus voir Les femmes de Bourget en simple corset noir ; En voiture, plus loin venait un être étrange. C’était ni plus ni moins que la baronne d’Ange, Morte tout récemment d’un cancer du fumeur, Du moins à ce que dit la publique rumeur. Je croyais que c’était fini, lorsque, en arrière, La Monquette en riant me montra son derrière. Puis vinrent des enfants tout nus, poussant des cris, Sentant encore le chou dont ils furent nourris ; D’autres, vit-on jamais une chose pareille, Miraculeusement se faisant par l’oreille ; Un tas de veaux mort-nés, erreurs de leurs parents, Chinois confits au fond de bocaux transparents. Et, brochant sur le tout, spectacle des plus ternes, Thiers qui montrait son cul entre quatre lanternes.
Et le Courrier français se mourait de plaisir. Et comme je tendais mes mains pour le saisir, Je n’ai plus rencontré qu’un horrible mélange De derrière meurtris et traînés dans la fange, Des ventres effrayants et des membres affreux Que des doigts convulsifs se disputaient entre eux.
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Très chère, sois plus femme encore, si tu veux Me plaire davantage et sois faible et sois tendre, Mêle avec art les fleurs qui parent tes cheveux, Et sache t’incliner au balcon pour attendre.
Ce qu’il est de plus grave en un monde futile, C’est d’être belle et c’est de plaire aux yeux surpris, D’être la cime pure, et l’oasis, et l’île, Et la vague musique au langage incompris.
Qu’un changeant univers se transforme en ta face, Que ta robe s’allie à la couleur du jour, Et choisis tes parfums avec un art sagace, Puisqu’un léger parfum sait attirer l’amour.
Immobile au milieu des jours, sois attentive Comme si tu suivais les méandres d’un chant, Allonge ta paresses à l’ombre d’une rive, Etre sous les cyprès à l’ombre du couchant.
Sois lointaine, sois la Présence des ruines Dans les palais détruits où frissonne l’hiver, Dans les temples croulants aux ombres sibyllines, Et souffre de la mort du soleil et de la mort.
Comme une dont on hait la race et qu’on exile, Sois faible et parle bas, et marche avec lenteur. Expire chaque soir avec le jour fébrile, Agonise d’un bruit et meurs d’une senteur.
Etant ainsi ce que mon rêve t’aurait faite, Reçois de mon amour un hommage fervent, O toi qui sais combien le ciel est décevant Aux curiosités fébriles du poète!
Et je retrouverai dans ton unique voix, Dans le rayonnement de ton visage unique, Toute l’ancienne pompe et l’ancienne musique Et le tragique amour des reines d’autrefois.
Tes beaux cheveux seront mon royal diadème, Mes sirènes d’hier chanteront dans ta voix. Tu seras tout ce que j’adorais autrefois, Toi seule incarneras l’amour divers que j’aime.
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Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde, Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix, L'harmonie et le songe et la douleur profonde Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.
Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles, Je partage leur vie intense en les touchant, C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles De noble, de très doux et de pareil au chant.
Car mes doigts ont connu la chair des poteries La chair lisse du marbre aux féminins contours Que la main qui les sait modeler a meurtries, Et celle de la perle et celle du velours.
Ils ont connu la vie intime des fourrures, Toison chaude et superbe où je plonge les mains! Ils ont connu l'ardent secret des chevelures Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.
Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages. Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons, Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.
Ils ont connu la peau subtile de la femme, Et ses frissons cruels et ses parfums sournois... Chair des choses! J'ai cru parfois étreindre une âme Avec le frôlement prolongé de mes doigts...
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Ma belle un jour dessus son lit j'approche Qui me baisant là sous moi frétillait Et de ses bras mon col entortillait Comme un lierre une penchante roche.
Au fort de l'aise et la pâmoison proche Il me sembla que son oeil se fermait, Qu'elle était froide et qu'elle s'endormait Dont courroucé je lui fis ce reproche :
Vous dormez donc ! Quoi, Madame, êtes-vous Si peu sensible à des plaisirs si doux ? Lors, me jetant une oeillade lascive,
Elle me dit : non non, mon cher désir Je ne dors pas, mais j'ai si grand plaisir Que je ne sais si je suis morte ou vive.
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