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 La fable ou l'Ysopet 
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Message La fable ou l'Ysopet
LA FABLE OU L'YSOPET.



Une fable est un court récit, une histoire imaginaire généralement en vers dont le but est d'illustrer une morale. Elle est censée enseigner quelques préceptes de sagesse. Le mot vient du latin « fabula » (récit). Héritée de l'Antiquité, la fable a souvent pour héros des animaux, chargés alors de représenter les hommes : (Fables de La Fontaine, par exemple). L'auteur d'une fable est un fabuliste. On doit l’origine de ce genre littéraire à Ésope. Au Moyen Âge, de nombreux recueils de fables, appelés isopets, sont constitués. Il s’agit de petits récits allégoriques exposant une vérité morale. Une fable s’appelle aussi un apologue. Son écriture est expressive, insolite et fantaisiste.

Les plus connues ont été transmises par des recueils appelés des « fabliers », attribués à Ésope, conteur Grec du Vie siècle av. J.-C., et à Phèdre, fabuliste latin du 1èr siècle ap. J.-C. Ces petites histoires furent très appréciées au Moyen-Âge, et elles furent réunies dans des ouvrages appelés « Ysopets » (ou encore Ésopets, ou Isopets). Elles n’étaient pas écrites en vers. Les toutes premières fables, en France, furent commises par une femme poète, Marie de France. Elles furent publiées au XIIème siècle. Par la suite, bien des poètes reprirent ces anecdotes. Il convient de citer, entre autres, Rutebeuf, Clément Marot. Enfin, à partir de 1668, Monsieur de La Fontaine publia douze livres de fables qui rassemblèrent les chefs-d’œuvre de notre poésie.

On le constate, La Fontaine n’a pas inventé la Fable, mais lui a donné une forme parfaite et Son titre de noblesse. Il a publié, en tout, deux cent trente-sept fables, certaines devenues plus célèbres que d’autres, mais toutes d’une grande qualité. Après lui, vinrent Claude Dorat, Jacques Formages, Bathélemy Imbert, Antoine Houdart de La Motte. Mais le plus accompli fut certainement Jean-Pierre Claris de Florian, dont les fables sont si réussies qu’il est arrivé de les attribuer à La Fontaine. Victor Hugo, ce que la plupart ignorent, s’y essaya lui-même, mais sans grand bonheur.

De nos jours, avec ou sans référence à monsieur de La Fontaine, la fable connaît encore un engouement qui n’est pas prêt de s’éteindre. On en trouve dans des recueils de Jean Anouilh, de Maurice Carème, de Clod’Aria, ou encore Pierre Ferran, Pierre Gamarra, Bernard Lorraine, Maxime-Lévy, Jeazn-Luc Moreau, Claude Roy, Guillot de Saix, etc.

Pour conclure ce petit préambule, je ne peux que citer ce distique de La Fontaine qui a rappelé le but de la fable :

Une morale nue apporte de l’ennui.
Le conte fait passer le précepte avec lui.


Autrement dit, amuser pour instruire.
Dans ce nouveau topic, vous découvrirez (ou redécouvrirez) quelques unes des plus célèbres fables qui ont jalonné notre histoire poétique.
ANDRÉ



Edouard JOUIN (XVIIIème)

Par un soleil d’hiver, hélas ! bien court été,
La Fourmi butinait parmi l’herbe flétrie.
Elle voit la Cigale à la mine amaigrie
Qui se mourait de faim pour avoir trop chanté.
Prends ce grain, lui dit-elle, et qu’avec la gaieté
Il te rende la vie.
Tu ne trouves plus rien, mais j’ai dans mon grenier
Les trésors du beau temps dernier :
Ne crains donc plus la faim : chante encore, pauvre amie.
________________________

AVIANUS (IVème s. ap. J.C.)

Celui qui a passé dans l'oisiveté sa jeunesse
et n'a point su prévoir tous les maux de la vie,
lorsque sera venu le pesant fardeau du grand âge,
en vain quémandera, hélas ! l'aide d'autrui.
Une fourmi cacha, au fond de son modeste trou,
ce que dans les beaux jours elle avait récolté;
puis, quand le gel couvrit la terre de son manteau blanc
et que le dur verglas emprisonna les champs,
ne pouvant, si chétive, affronter les frimas d'hiver,
elle resta chez elle en consommant ses grains.
Mais celle qui naguère avait étourdi la campagne
De son chant lancinant, lui demanda l'aumône :
A l'époque où sur l'aire on battait les épis bien mûrs
Elle n'avait cessé de chanter chaque jour.
Le minuscule insecte alors, en éclatant de rire,
Répondit par ces mots à sa pauvre voisine:
J'ai amassé, cigale, afin de subsister l'hiver,
Tout au long de l'été le blé de ma retraite ;
Toi ma chère, en dansant tu peux bien achever ta vie,
Puisque jusqu'à présent tu vécus en chantant ! "
________________________

BENSERADE (1612-1691)

Auteur de pièces de théâtre et académicien, il fut chargé par le roi d’adapter en quatrains les apologues d’Esope pour accompagner les sculptures d’animaux qui formaient un labyrinthe dans les jardins de Versailles.

LA CIGALE ET LA FOURMI

On connaît les Amis dans les occasions ;
Chère fourmi, d’un grain soyez-moi libérale ;
J’ai chanté tout l’Eté : Tant pis pour vous, Cigale ;
Et moi j’ai tout l’Eté fait mes provisions.
Vous qui chantez, irez, et toujours sans souci,
Ne songez qu’au présent ; profitez de ceci.
Pleurs, dit un vieux refrain, sont au bout de la danse.
J’ajoute : L’on périt, faute de prévoyance.
________________________



À SUIVRE...

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Dernière édition par andré le Mer 05 Mar 08, 11:46, édité 2 fois.

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Message Fable.
La fable; la terreur des écoliers ! Saviez-vous que La Fontaine a aussi écrit des coquineries ?


Mer 11 Avr 07, 12:28
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Message Re: Fable.
JC a écrit:
La fable; la terreur des écoliers ! Saviez-vous que La Fontaine a aussi écrit des coquineries ?


Oh oui ! Et voici un petit extrait de ses oeuvres libertines :

[center]Monsieur de la Fontaine,
Caressant un soir Mimy,
Disait : "Vos fièvres quartaines" !
Nous ne baisons qu'à demi.
Si je ne vous fous,
C'est fait de moi, chère maîtresse !
La Belle aux yeux doux,
Quand je vous vois, le vit me dresse.

jEAN DE lA fONTAINE; (1647)[/center]

Et encore, elle est tendre, celle-là... ;-)

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JC, ce sera difficile de le surprendre, notre poète. Il sait toutttttt!!!! :mdr: et il en donne toujours des preuves. :yes: voilà pourquoi il faut toujours provoquer ses commentaires. :ange:

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J'ai un recueil de ces fables libertines ;-)

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Art 35 : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."


Mer 11 Avr 07, 14:15
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Allez, je vous donne les références des deux principaux ouvrages ou sont publiées plus de 100O poésies légères et épicées.

- ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE ÉROTIQUE
Friandises verbales de l'Antiquité à nos jours.
De Pierre Perret.
Êditions NIL (1995) 29 €. 670 pages.

- ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE ÉROTIQUE FRANÇAISE
De Jean Paul Goujon.
Éditions Fayard. (2004) 40 €. 1010 pages.

De quoi satisfaire tous les amateurs. À ne pas mettre entre les mains des puritains au teint jaune et au faciès constipé. Mais pour tous les autres qui auront le plaisir de lire ces vers de poètes connus ou anonymes, le plaisir sera réel, car, au-delà du caractère érotique ces poèmes sont tous écrits dans un magnifique vocabulaire qui n'a rien de pornographique. La sensuelle volupté, la franche gaillardise, le libertinage y sont magnifiquement évoqués avec ce maîtres mots : désir et plaisir

Avis, donc, à tous ceux qui désireraient se mettre à la poésie dans l'atelier de Vénus. Ah! si on nous apprenait quelques un de ces textes à l'école, combien la poésie, j'en suis certain, occuperait une place plus importante dans notre société, et susciterait davantage de vocations.

Allez, je fais une petite entorse à ce topic qui est normalement consacré à la fable et au fabliau, pour vous livrer ce sympathique épigramme de notre cher fabuliste Jean de La Fontaine :


[center]Aimons, Foutons, ce sont plaisirs
Qu'il ne faut pas que l'on sépare ;
La jöuissance et les désirs
Sont ce que l'âme a de plus rare.
D'un Vit, d'un Con, et de deux coeurs,
Naît un accord plein de douceurs,
Que les dévots blâment sans cause.
Amarillis, pensez-y bien :
Aimer sans Foutre est peu de chose,
Foutre sans aimer ce n'est rien.

Écrit vers 1650.

[/center]

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Mer 11 Avr 07, 19:09
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La fable mérite d'être hautement célébrée car trop souvent oubliée face à sa grande soeur la poésie. Certains les ont toujours considérées comme des badineries alors qu'elles ne le sont qu'en apparence., car, dans le fond, elles portent toutes un sens très solide. À leurs lectures on se rend bien compte que le style en est ciselé, concis, travaillé, léger et gracieux, pittoresque parfois, et même humoristique.
La Fontaine a écrit au sujet de la Fable :

[center]Je chante les héros dont Ésope est le père,
Troupe de qui l'histoire, encore que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons.
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes.
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes (...)
[/center]


[center]Isaac de BENSERADE (1612-1691

LE RENARD ET LA CIGOGNE

Maître renard offrit un beau matin
À dame la cigogne un étrange festin ;
Un brouet fut par lui servi sur une assiette,
Dont l'oison au bec ne put attraper miette.
Aussi, pour se venger de cette tromperie,
À quelque temps de là la cigogne le prie :
Dans un vase à long col lui sert friand morceau.
Le sot n'en put tâter ; et léchant son museau,
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris.
Vous me fîtes jeûner, je vous rends la pareille,
Disait la cigogne au renard baissant l’oreille ;
Tout est dans les règles, ami ;
Car à fourbe, fourbe et demi.
___________________

LA CIGALE ET LA FOURMI.

On connaît les amis dans les occasions.
Chère Fourmi, d'un grain soyez−moi libérale ;
J'ai chanté tout l'été : tant pis pour vous Cigale ;
Et moi j'ai tout l'été fait mes provisions.
Vous qui chantez, riez, et toujours sans souci,
Ne songez qu'au présent, profitez de ceci.
Pleurs, dit un vieux refrain, sont au bout de la danse.
J'ajoute : l'on périt faute de prévoyance.
____________________

LE CHÊNE ET LE ROSEAU.

Un arbre reprochait au roseau sa faiblesse :
Il vient au prompt orage ; un vent souffle sans cesse :
L'arbre tombe plutôt que de s'humilier,
Et le roseau subsiste à force de plier.
Le chêne par les vents tombe déraciné,
Quand le roseau soutient leur courroux mutiné.
Hélas ! s'il est ainsi, que les grands sont à plaindre,
Plus on est élevé, plus on a lieu de craindre.
___________________

LE SOURICEAU ET SA MÈRE.

À la vieille souris, disait sa jeune fille,
Je hais le petit coq, j'aime le petit chat :
Le Chat ! répond sa mère : ah ! c'est un scélérat ;
Mais le coq n'a point fait de mal à ta famille.
Ne vous fiez point trop à mine radoucie,
Et ne jugez des gens sur la physionomie.
Plus d'un tartuffe ici l'a bonne, et cependant
Sot qui lui confierait sa femme ou son argent.
____________________

L'ASTROLOGUE

Un jour une personne, aux astres bien instruite,
Regardait vers le ciel, et tomba lourdement.
Tel donne des leçons sur la bonne conduite,
Qui s'égare lui−même, et bronche à tout moment.
Avis à vous, savants en inutilités,
Mais sur le nécessaire, esprits forts hébétés.
Tel voit ce qui se passe autour d'une planète,
Qui chez lui ne voit rien, même avec sa lunette.
_____________________

LE RENARD ET LE BOUC.

Tous deux au fond d'un puits taciturnes et mornes,
De s'assister l'un l'autre avaient pris le parti ;
Pour sortir le renard se haussant sur ses cornes,
Fit les cornes au bouc après qu'il fut sorti.
Il ne le paya pas même d'un grand merci.
Qui s'est servi de toi souvent en use ainsi :
Dans le puits beaux discours tant qu'on est nécessaire ;
Mais mon traité signé, le tien c'est ton affaire.
_____________________
[/center]

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Jeu 12 Avr 07, 9:57
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[center]TRISTAN CORBIÈRE (1845-1875)

LE POÈTE ET LA CIGALE

Un poète ayant rimé,
Imprimé,
Vit sa Muse dépourvue
De marraine, et presque nue :
Pas le plus petit morceau
De vers... ou de vermisseau.
Il alla crier famine
Chez une blonde voisine,
La priant de lui prêter
Son petit nom pour rimer.
(C'était une rime en elle).
" Oh! je vous paierai, Marcelle,
Avant l'août, foi d'animal
Intérêt et principal. "
La voisine est très prêteuse,
c'est son plus joli défaut:
" Quoi : c'est tout ce qu'il vous faut ?
Votre Muse est bien heureuse...
Nuit et jour, à tout venant,
Rimer mon nom... Qu'il vous plaise !
Et moi j'en serai fort aise.
Voyons: chantez maintenant. "
____________________

[/center]

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Ven 13 Avr 07, 20:52
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[center]Faërne GABRIEL
Faërne, (Gabriel), poète latin moderne né à Crémone au XVIe siècle, mort le 17 novembre 1561, eut beaucoup de succès en écrivant de belles-lettres et de nombreuses fables et fabliaux.
[/center]

[center]JUPITER ET LE LIMAÇON.

Jupiter autrefois ayant promis aux bêtes
D'exaucer pleinement leurs premières requêtes,
Le sage et faible limaçon
Demanda que son corps fût joint à sa maison.
Mais, pourquoi se charger de ce poids incommode?
En quatre mots, il en dit la raison :
Je pourrai me choisir des voisins à ma mode.
C'est un triste et fâcheux destin
Que d'avoir un méchant voisin.
_____________________

Le Chien, le Coq et le Renard.


Le chien, avec on coq, entreprît un voyage ,
D'abord, dans on même arbre ils passèrent la nuit
Le coq monta sur le plus haut branchage ;
Le chien, dans le tronc creux, établit son réduit.
Dès le matin, le coq fit son ramage ;
Aussitôt un renard, de bonne heure éveillé,
Vint à lui, le pria de vouloir bien descendre,
Disant que de son chant, surpris, émerveillé,
Plus longuement il ne pouvait attendre ,
Qu'il voulait embrasser l'aimable musicien
Qui venait de chanter, et de chanter si bien.
Le coq, qui reconnut sa louange traîtresse,
Lui dit, avec la même adresse :
Je n'ai pas de plus grand désir
Que de voua donner du plaisir ;
Mais, si vous voulez que je sorte ,
Il faut éveiller le portier,
Afin qu'il nous ouvre la porte ;
Oserais-je vous en prier ?
Le chien, au premier coup, sortit de sa demeure ;
malheureux renard pensa mourir de peur ;
Il fuit , le chien le prit et l'étrangla sur l'heure.
C'est le vrai droit du jeu de tromper le trompeur.
____________________

[/center]

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Sam 14 Avr 07, 10:39
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[center]Faërne GABRIEL

LE CHAT ET LE COQ

Le chat tenant un coq et voulant le manger,
Mais le manger avec justice,
Comme le punissant ou d'un crime ou d'un vice,
Que l'intérêt public l'obligeait de venger.
Malheureux, lui dit-il, lorsque l'homme sommeille,
Au point du jour, tranquillement,
Pourquoi, dans ce même moment,
Faut-il que ton chant le réveille;'
Si j'ose, dit le coq, ainsi le réveiller
Par lé bruit que fait mon ramage,
C'est que je l'avertis d'aller a son ouvrage.
Fort bien, reprit le chat, mais quand sur ton pallier
Tu prends pour femme et ta soeur et ta fille,
Ta mère même , et que dans ta famille ,
Sans cesse tu commets mille incestes affreux ,
Comment appelles-tu ce commerce honteux ?
Je ne le fais , lui dit la pauvre volatile,
Qu'afin de lui donner un plus grand nombre d'oeufs.
Tu sais fort bien, dit le chat, te défendre,
Ou ne peut pas mieux raisonner ;
Mais las que je suis de l'entendre ,
Je n'ai pas résolu de ne point déjeuner.
Quand le cœur une fois se résout à mal faire ,
Rien ne saurait plus l'en distraire.
__________________

Faërne GABRIEL

LE DEVIN

Un diseur de bonne aventure,
Au milieu d'un grand carrefour,
Disait à tous venans, comme une chose sûre,
Ce qui devait leur arriver un jour.
Un homme, en cette conjoncture,
Vint l'avertir, tout essoufflé,
Que chez lui, des voleurs s'étaient fait ouverture,
Avaient tout pris et tout rafflé.
O ciel! s'écria le prophète,
Percé d'une vive douleur,
Qui pouvait deviner un si triste malheur !
Et courut voir comment la chose s'était faite.
Un goguenard, dans ce moment,
Se mit à rire, et lui dit plaisamment :
Brave devin, dont le savoir suprême
Nous prédit l'avenir, sans jamais hésiter,
Vous deviez vous dire à vous-même
Ce fâcheux accident, afin de l'éviter.
Qui ne voit goutte en son affaire,
Dans celle d'autrui ne voit guère.
_______________

[/center]

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Dim 15 Avr 07, 11:05
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[center]Faërne GABRIEL

LE PAYSAN ET LE CAVALIER.

Un paysan portait, sur son épaule,
Un lièvre ayant les pieds passés dans une gaule ;
Il le portait vendre au marché.
Un cavalier, suivant la même voie,
Considéra le lièvre, et comme étant touché
D'une si belle et bonne proie,
Le prit, le soupesa, puis demandant combien,
Piqua des deux. Le rustre jugeant bien
Qu'il n'en devait plus rien attendre,
Cria : Je vous le donne, et donne de bon cœur ;
Souvenez-vous de votre serviteur.
Souvent on donne ainsi ce qu'on ne saurait vendre.
___________________

LES ÂNES ET JUPITER.

Les paresseux baudets, gent sournoise et maussade,
Un jour, vers Jupiter, vinrent en ambassade,
Le prier qu'ils fussent exempts
De porter désormais des fardeaux si pesants.
Le souverain des dieux , voulant leur faire entendre
Qu'ils ne s'y devaient pas attendre ,
Leur dit, en se moquant, qu'ils auraient du repos
Lorsqu'ils pisseraient tant et de belle manière ,
Qu'ils formeraient une rivière.
Les baudets furent assez sots
Pour croire sérieux ce folâtre propos.
Et de la vient que toute bête asine,
Qui toujours du travail cherche à se dispenser,
Dès que de son semblable elle aperçoit l'urine
Se met aussitôt à pisser.
____________________

MERCURE ET LE SCULPTEUR

Un jour, Mercure , qui voulait
Savoir en quelle estime il était sur la terre,
Entra chez un sculpteur, où du dieu du tonnerre
L'auguste image s'étalait,
Il demanda combien elle valait ;
Si peu la fit le statuaire
Que le fils en secret se moqua de son père.
Ensuite il vit Junon , qui, belle et sans défaut,
Fut estimée un peu plus haut.
Ayant enfin regardé son image,
Il crut que le sculpteur le ferait davantage,
Parce qu'il est un dieu qui rend pécunieux,
Parce que les beaux-arts savamment il exerce,
Qu'il est le messager des dieux
Et qu'il préside à tout commerce.
Ayant donc demandé quel en était le prix,
Prenez, dit le sculpteur, Tune et l'autre figure,
Et pardessus vous aurez le Mercure.
Souvent, pour qui s'estime, on n'a que du mépris.
_____________________

[/center]

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Lun 16 Avr 07, 9:34
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[center]Antoine Houdar DE LA MOTTE.

LES AMIS TROP D'ACCORD.

Il étoit quatre amis qu’assortit la fortune ;
gens de goût et d' esprit divers.
L’un étoit pour la blonde, et l’autre pour la brune ;
un autre aimoit la prose, et celui-là les vers.
L’un prenoit-il l' endroit ? L’autre prenoit l’envers.
Comme toûjours quelque dispute
assaisonnoit leur entretien,
un jour on s' échauffa si bien,
que l' entretien devint presque une lutte.
Les poumons l' emportoient ; raison n' y faisoit rien.
Messieurs, dit l’un d’eux, quand on s’aime,
qu' il seroit doux d' avoir même goût, mêmes yeux !
Si nous sentions, si nous pensions de même,
nous nous aimons beaucoup, nous nous aimerions mieux.
Chacun étourdiment fut d’avis du problême,
et l' on se proposa d' aller prier les dieux
de faire en eux ce changement extrême.
Ils vont au temple d' Apollon
présenter leur humble requête ;
et le dieu sur le champ, dit-on,
des quatre ne fit qu' une tête :
c' est-à-dire, qu' il leur donna
sentimens tout pareils et pareilles pensées ;
l' un comme l' autre raisonna.
Bon, dirent-ils, voilà les disputes chassées
oui, mais aussi voilà tout charme évanouï ;
plus d' entretien qui les amuse.
Si quelqu'un parle, ils répondent tous, oüi.
C’est désormais entr' eux le seul mot dont on use.
L’ennui vint : l’amitié s’en sentit altérer.
Pour être trop d' accord nos gens se désunissent.
Ils cherchent enfin, n' y pouvant plus durer,
des amis qui les contredissent.
C’est un grand agrément que la diversité.
Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes ;
vous ôtez tout le sel de la société.
L’ennui nâquit un jour de l’uniformité.
_____________________

[/center]

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Mar 17 Avr 07, 9:45
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[center]Antoine Houdar DE LA MOTTE.

LE CHAT ET LA CHAUVE-SOURIS

Gardons-nous de rien feindre en vain.
La vérité doit naître de la fable.
Qu’est-ce qu’un conte sans dessein ?
Parole oiseuse et punissable.
Mais tout vrai ne plaît pas. Un vrai fade et commun
Est chose inutile à rebattre.
Que sert par un conte importun
De me prouver que deux et deux font quatre ?
Nous devons tous mourir. Je le sçavois sans vous ;
vous n' apprenez rien à personne.
Je veux un vrai plus fin, reconnoissable à tous,
Et qui cependant nous étonne :
De ce vrai, dont tous les esprits
Ont en eux-mêmes la semence :
Qu' on ne cultive point, et que l' on est surpris
De trouver vrai quand on y pense.
Laissez donc là vos fictions,
Me va répondre un censeur difficile.
Pensez-vous nous donner quelques instructions ?
Non pas à vous ; vous êtes trop habile :
Mais il est des lecteurs d' un étage plus bas ;
Et telle fiction qui ne vous instruit pas,
À leur égard pourroit être instructive.
Il faut que tout le monde vive.
Un chat le plus gourmand qui fut,
N'ayant d' autre ami que son ventre,
Fondit sur un serein, et sans respect du chantre,
l'étrangla net et s' en reput.
Le serein et le chat vivoient sous même maître.
À peine apperçoit-on le meurtre de l' oiseau,
Que l' on jure la mort du traître.
Chacun veut être son bourreau.
L’assassin l’entendit et trembla pour sa peau.
Les voeux sont enfans de la crainte ;
Il en fit un. S' il sort de ce danger,
De la faim la plus rude éprouvât-il l' atteinte,
Il renonce aux oiseaux, n' en veut jamais manger :
En atteste les dieux en leur demandant grace ;
Et comme si c' étoit l' effet de son serment,
Le maître oublia sa menace,
Et se calma dans le moment.
Le rominagrobis échappé de l’orage,
Trouva deux jours après une chauve-souris.
Qu’en fera-t-il ? Son voeu l’avertit d' être sage ;
Son appetit glouton n' est pas du même avis.
Grand combat ! Embarras étrange !
Le chat décide enfin. Tu passeras, ma foi,
Dit-il ; en tant qu' oiseau, je ne veux rien de toi ;
Mais comme souris, je te mange.
Le ciel peut-il s' en fâcher ? Non,
Se répondoit le bon apôtre.
Son casuiste, c' est le nôtre ;
L' ntérêt, qui d' un mot se fait une raison.
Ce qu' on se défend sous un nom,
On se le permet sous un autre.
_____________________


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Mer 18 Avr 07, 9:48
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[center]Jean-Jacques BOISARD.

LES SINGES

Le peuple singe un jour vouloit élire un roi.
Ils prétendoient donner la couronne au mérite ;
c'étoit bien fait. La dépendance irrite,
quand on n' estime pas ceux qui donnent la loi.
La diete est dans la plaine ; on caracolle, on saute ;
chacun sur la puissance essaye ainsi son droit ;
car le sceptre devoit tomber au plus adroit.
Un fruit pendoit au bout d’une branche assez haute ;
et l' agile sauteur qui sçauroit l' enlever,
étoit celui qu' au trône on vouloit élever.
Signal donné, le plus hardi s’élance ;
il ébranle le fruit ; un autre en fait autant ;
l' autre saute à côté, prend l' air pour toute chance,
et retombe fort mécontent.
Après mainte et mainte secousse,
prêt à choir où le vent le pousse
le fruit menaçoit de quitter.
Deux prétendans ont encore à sauter.
Ils s’élancent tous deux ; l’un pesant, l’autre agile ;
le fruit tombe et vient se planter
dans la bouche du mal-habile ;
l' adroit n' eut que la queue, il eut beau s' en vanter.
Allons, cria le sénat imbecile ;
celui qui tient le fruit doit seul nous regenter.
Un long vive le roi fend soudain les nuées ;
l' adresse malheureuse attira les huées.
Oh, oh ! Le plaisant jugement !
Dit un vieux singe ; imprudens que nous sommes,
c' est par trop imiter les hommes :
nous jugeons par l'événement.
L’histoire des singes varie ;
sur cet évenement il est double leçon.
Pour l’un et l’autre cas la nation parie ;
je doute aussi du vrai ; mais l' un et l' autre est bon.
On dit que le vieux singe affoibli par son âge
au pied de l’arbre se campa.
Il prévit en animal sage,
que le fruit ébranlé tomberoit du branchage,
et dans sa chûte il l' attrapa.
Le peuple à son bon sens décerna la puissance ;
on n'est roi que par la prudence.
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Jeu 19 Avr 07, 13:05
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[center]Fable de Jean-Jacques BOISARD

LA CIGALE ET LA FOURMI.

Chante , chante, ma belle amie,
Étourdis-toi ; voltige avec légèreté ;
Profite bien de ton Été,
Et vite hâte-toi de jouir de la vie;
L'Hiver approche.. Ainsi parloit un jour
La Fourmi thésauriseuse
A la Cigale, à son gré trop joyeuse ;
Avez-vous dit, radoteuse m'amour,
Lui répliqua la chanteuse ?
L'Hiver approche! Hé bien-nous mourrons toutes deux;
Vos greniers seront pleins, et les miens seront vides ;
Or donc, en maudissant les Dieux,
Vous quitterez bientôt vos épargnes sordides...
Moi, je veux en chantant aller voir mes ayeux.
Aussi je n'ai jamais retenu qu'un adage:
Amasser est d'un fol, et jouir est d'un sage.
__________________________

Fable de FRANC-NOHAIN

LE ROSSIGNOL ET LE PERROQUET

Rossignol, rossignol, disait le perroquet,
De ta voix tu fais grand vacarme ;
Mais si tu veux laisser, la nuit, dans les bosquets
Tes auditeurs interloqués,
Variant enfin ton programme,
Il faut leur demander s'ils ont bien déjeuné,
Ou leur ordonner :
— Portez, armes !
C'est alors seulement que ces messieurs et dames
À bon droit seront étonnés.
Écoute-moi plutôt, et vois si je m'attarde
Aux sempiternelles roulades
Qui n'ont de sens ni d'intérêt ;
Avec moi, chante, camarade :
« Quand je bois du vin clairet,
Tout tourne, tourne (prends-y garde !)
Quand je bois du vin clairet
Tout tourne au cabaret !... »
Ou quelque autre chanson gaillarde,
Quelque autre refrain guilleret ! —
Mais l'héritier de Philomèle
Ne s"émeut pas de ces avis :
Ces ritournelles,
Ces traits d'esprit,
Ô perroquet, les auriez-vous appris
Si votre voix était, comme à moi, naturelle ?
Vous avez de l'instruction,
Moi, j'ai le don :
C'est autre chose...

Ce n'est qu'aux perroquets qu'on apprend à parler :
Laissons, sans souci de nos proses,
Laissons, loin des maîtres moroses,
Les rossignols rossignoler.
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Ven 20 Avr 07, 9:40
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[center]FRANC NOHAIN

LA COUTURIÈRE ET LE SAPIN.

La couturière à la journée
S'est assise dès le matin,
Sous le grand sapin du jardin:
Puisque telle est sa destinée,
Et qu'à cette humble tâche elle fut condamnée,
Qu'à chacun de ses points succède un autre point.
Ici, elle goûte du moins
Une douceur à laquelle elle est loin
D'avoir été la pauvre fille accoutumée.
Lorsque, de son ouvrage, elle lève les yeux,
Au lieu d'un mur aux hideuses lézardes,
A l'horizon de sa mansarde,
Voir des arbres, voir le ciel bleu,
Et respirer des parfums balsamiques,
Et non plus ces relents délétères et lourds
Dont empoisonne les faubourgs
L'usine des produits chimiques...!
- Ici cours, mon aiguille, cours!
Je ne me sens plus anémique!
Que ne puis-je y coudre toujours,
A cher sapin, sous vos ombrages...?
Mais le sapin, plein de dédain, sur son ouvrage,
En ricanant, penche
Ses branches:
- Cela, se moque-t-il, cela, de la couture
Ma chère, quelle sinécure!
Au lieu d'avoir au bout des doigts
Une aiguille, une seule aiguille,
Que diriez-vous, s'il vous fallait, ma fille,
S'il vous fallait en avoir à la fois,
Comme moi, des cents et des mille!
Il vous semble exceptionnel,
Que je travaille dans un tel
Cadre, et dans quelles conditions d'hygiène?
Mais songez aussi à ma peine,
Songez que je suis la couturière du ciel.
Quand le ciel est soudain déchiré par la foudre,
Ou quand le soleil de ses flèches
Le transperce,
Mon aiguille doit le recoudre
Avec les fils de la Vierge
Et la nuit, lorsque les étoiles
Ont, dans ses voiles,
Fait mille trous,
Je couds, je couds, je couds, je couds,
Car il faudra qu'avant l'aurore
Soit stoppé tout le firmament.
Quand on fait un si grand emploi de métaphores,
C'est que l'on manque d'arguments.
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Sam 21 Avr 07, 10:23
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[center]Gilles CORROZET (1510-1568)

DES FOURMIS ET DE LA CIGALE AU GRILLON

Une grand'troupe de fourmis
Ensemble en un creux s'étaient mis,
Et avaient durant tout l'été
Amassé grande quantité
De blé, qu'ils avaient pu trouver
Pour se nourrir durant l'hiver ;
Lequel venu, une cigale
De qui la cure principale
Est de chanter l'été durant,
Laquelle était faim endurant,
Vint aux fourmis, et leur pria
Lui donner si peu qu'il y a
De leur blé. Ce qu'ils refusèrent,
Et par rigueur lui demandèrent
Qu'elle avait fait l'été passé,
Sans avoir son pain amassé.
Dit la cigale : " Je chantais
Et par les blés je m'ébattais. -
Lors, dirent les fourmis ainsi,
Il faut que l'endures aussi
Puisqu'ainsi est que tu as tant
Chanté l'été en t'ébattant,
Il te faut en hiver danser
Ainsi te faut récompenser. "

Qui ne pourvoit en temps et heure
En grand'nécessité demeure.





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Dim 22 Avr 07, 11:51
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[center] FRANC-NOHAIN

FABLE

Ah ! que la vie est donc aisée
Sur les rives du Zuyderzée !
Si l'on en croit les voyageurs,
Une tulipe
Et une pipe
À tout Néerlandais assurent le bonheur ;
— J'ajouterai quelque fromage,
De la Hollande l'apanage,
Reconnaissable à sa couleur.
Un bourgeois de Harlem avait pour cette fleur
Une dilection qu'il poussait à l'extrême,
S'affirmant d'ailleurs, par là même,
Digne citoyen de Harlem,
Paradis des horticulteurs.
Tout entre les mains de notre homme
Apparaissait tulipoforme :
Sur la table de l'amateur,
Une tulipe en fleur s'éclaire à la lueur
Du bec de gaz d'une tulipe en porcelaine,
Voici venir une phalène,
Une phalène ou quelque moucheron,
Qui se met à tourner en rond
Autour des deux (la vraie et la fausse tulipe).
Après des tours et des détours multiples,
L'insecte au vol capricieux
Se laisse attirer par le feu
Qui brille au cœur de la seconde :
Fatal appât !
Un dur trépas
Aussitôt arrête sa ronde...

Pour un éclat artificiel,
Trop souvent méprisant, ô nature ingénue,
Ta simple beauté toute nue,
Les fleurs de tes jardins, les clartés de ton ciel,
Il nous faut le charme emprunté
D'un cœur savamment affété, —
Et nous nous y brûlons les ailes.

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Lun 23 Avr 07, 11:45
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[center]Jean-Jacques BOISARD.

L'AIGLON ET LE CORBEAU

Un Jeune Aiglon à peine avoit les yeux ouvert
Qu'il vouloir planer dans les airs.
Poussé par les conseils de son aveugle mère,
imprudent au hasard s'élance de son aire.
De son essor prématuré
Quel fut l'effet ? Hélas! Une honteuse chute.
De rochers en rochers le pauvret culebute ;
Et le voilà désepéré,
Couvert de blessures cruelles,
Perdant pour jamais l'usage de ses ailes.
Un vieux Corbeau lui dit : Aiglon présomptueux
Tu te croyois un Aigle, et ne fais que de naître
Tes ailes auroient pu te porter dans les cieux;
Mais ru n'as pu les laisser croître.
______________________

LE COQ ET L'OISON

Un Oison tout le jour nasilloit dans la fange;
Voisin, dit un vieux Coq, ton ramage est étrange;
II a je ne sais quoi qui tient peut-être au sol ;
Vole aux bois, vas t'instruire au chant du Rossignol.
Bien pensé, fit l'Oison à qui l'aîle démange ;
Vers un certain taillis il dirige son vol.
Cétoit l'heure où de son ramage
Le Chantre harmonieux charmoit le voisînage.
Le Nasard s'abattit dans un étang prochain,
Écouta, comme on croit, de toutes les oreilles;
Répéta de son mieux, croyant faire merveilles :
Mais au bout de trois jours tourmenté par la faim,
Maigre, défait, mélancolique,
I1 regagne enfin son bourbier.
Eh bien ! lui dit le Coq, comment va la musique ?
As-tu poli ton chant, adouci ton gosier ?
Oison d ouvrir le bec... c'est assez, tu nasilles;
Cest en vain que tu t'égosilles;
Songe à vivre, crois-moi : barbotte et te nourris ;
Car de réformer la Nature,
Cest abus d'y penser; bien des gens y sont pris;
Mais puisqu'il faut te dire une vérité dure:
Quiconque en naissant nasilla,
Jusqu'à la mort nasillera.

[/center]

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Mar 24 Avr 07, 9:02
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[center]Jean ANOUILH (1910-1987)

LA FOURMI ET LA CIGALE

La fourmi, qui frottait toujours,
S'arrêta pour reprendre haleine.
" Qui s'attendrira sur la peine,
Dit-elle, des ménagères?
Toujours frotter, jour après jour,
Et notre ennemie la poussière,
Aux ordures jeté notre triste butin
Revient le lendemain matin,
On se lève, elle est encor là, goguenarde.
La nuit on n'y a pas pris garde,
Croyez qu'elle en a profité,
La gueuse! Il faut recommencer,
Prendre le chiffon, essuyer
Et pousser, toujours pousser
Le balai. "
" J'ai tout mon temps, dit la poussière,
Cela s'use une ménagère.
Quelques rides d'abord et l'esprit
Qui s'aigrit;
La main durcit; le dos se courbe; tout s'affaisse,
La joue, le téton et la fesse;
Alors s'envolent les amours... "
Boudant et maugréant toujours
La ménagère rancunière
Frotte jusqu'au dernier jour,
Vainc le dernier grain de poussière
Et claque enfin, le ressort arrêté.
Vient le docteur boueux, qui crotte le parquet,
Le curé et l'enfant de chœur et la cohorte
Des voisins chuchotants qui entourent la morte...
Et sur ce corps, vainqueur de tant de vains combats,
Immobile sur son grabat
Pour la première fois une journée entière,
Retombe une dernière couche de poussière:
La bonne.
" Quant à moi, dit la cigale, j'ai une bonne. "
_______________________

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Mer 25 Avr 07, 11:13
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[center]PETIT HISTORIQUE SUR LA FABLE[/center]

Il est une tradition qui attribue l’héritage de la fable antique à Ésope, le conteur grec du VIème siècle av. J.-C., et à Phèdre, fabuliste latin du 1èr siècle ap. J.-C. Les auteurs anciens qui ont parlé d’Ésope n’ont pas fait de lui un Grec, mais un Thrace, ou plus souvent encore un Phrygien. En fait, les plus vieilles fables conservées précieusement sont antérieures à Ésope, au VIème siècle av. J. –C., où il est supposé avoir vécu, comme les « anciens » le savaient du reste. D’ailleurs, lorsque le poète comique Grec Aristophane lui attribue une fable d’Archiloque (VIIème siècle av. J.-C.), il indique clairement le statut du père de l’apologue dès la plus haute antiquité : un des grands inventeurs que l’histoire littéraire antique assignait à chaque genre, sur lequel les Grecs eux-mêmes ne se méprenaient pas.

Le premier grand fabuliste connu est Hésiode, auteur de poèmes didactiques, qui versifia dans « Les Travaux et les Jours » (VIIIème siècle av. J.-C.) ainsi que dans « Le Rossignol et l’Épervier ». Ensuite, on ne trouve plus d’exemples de fables avant Eschyle, dont la plupart des œuvres sont inspirées des légendes Thébaines. Il écrit également des mythes traditionnels, comme « Prométhée enchaîné ». Eschyle était athénien, mais ayant combattu à Marathon et à Salamine, la fable que l’on a conservée de lui est ionienne. Puis vint Hérodote, dans la première moitié du Vème siècle av. J.-C., grand historien des guerres médiques, ami de Périclès et de Sophocle.

Cependant, le rôle déterminant revient évidemment à Ésope. Si l’on peut admettre que le personnage devenu si tôt légendaire et les renseignements que l’on possède sur lui sont si tardifs (les premiers remontent à Hérode), et que l’on s’est demandé s’il avait réellement existé, on est en droit de penser que vers la première moitié du VIème siècle av. J.-C. un conteur oriental s’est rendu célèbre en racontant des fables, et est mort à Delphes dans des circonstances demeurées mystérieuses. Tout le reste, et en particulier la « vie d’Ésope », dont on a conservé quelques fragments du IIème siècle ap ? J ?-C., mais dont certaines composantes sont beaucoup plus anciennes, est à l’évidence littérature. Ce conteur n’écrivit aucun des récits que nous appelons « ésopiques ».

Mais le trésor de fables réuni par lui (ou sous son nom) en Asie mineure, est à l’origine de la fable attique, qui connut aux Vème et VIème siècles av. J.-C. une vogue immense dont témoignent les écrivains.

En dehors de ces citations ou allusions littéraires, l’apologue semble avoir vécu une vie essentiellement orale, dans les banquets, mais aussi dans les tribunaux, où Aristote nous a rapporté qu’il appartenait à l’arsenal de persuasion de l’orateur bien formé. En tout cas, aucune collection écrite n’a été conservée, ni n’est même mentionnées pour cette période.

À SUIVRE

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Mer 25 Avr 07, 20:48
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[center]fRANC NOHAIN

LE LIÈVRE ET LA TORTUE

Le Lièvre à la Tortue insultait: ma commère
Lui dit-il, on prétend que vous avez jadis,
A la course, sur moi remporté certain prix,
Sans allonger beaucoup votre pas ordinaire.
Qu'en dites-vous ? Vous sentez-vous d'humeur
A renouveler la gageure ?
Mais, croyez-moi, pour hâter votre allure,
Et ne pas compromettre aujourd'hui votre honneur
Laissez, pour un moment, votre toit en arrière.
Votre attirail n'est pas celui d'une courrière.
Profitez de l'avis de votre Serviteur ;
Je vous parle en ami, vous en serez plus leste.
Autre part que chez vous ne pouvez-vous gîter ?
Dans tous les environs j'ai des gîtes de reste,
En petite maison je prétends vous traiter...
Ce n'est pas comme vous, dolente casanière,
Qui dans un même trou languissez prisonnière.
Mais cette nuit pourtant il vous faut découcher.
Haut le pied : à ton toit tâche de t'arracher,
Dégourdis-toi, vieille sorcière.
La Tortue allongeant le cou,
Repartit : Vous raillez, voltigeur, mon compère.
Si je ne quitte pas mon trou,
Aussi ne m' y trouble-t-on guère.
Bien différent de moi, vous avez cent maisons ?
Pour déloger souvent vous avez vos raisons,
Que je crois toutes assez bonnes...
Compère, mon ami, ton sommeil n'est pas pur.
Dans tous tes gîtes tu frissonnes;
Je n' en ai qu'un, mais il est sûr.

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Ven 27 Avr 07, 11:08
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[center]FLORIAN

LA PIE ET LA COLOMBE

Une colombe avait son nid
Tout auprès du nid d’une pie.
Cela s’appelle voir mauvaise compagnie,
D' accord ; mais de ce point pour l' heure il ne s' agit.
Au logis de la tourterelle
Ce n’était qu'amour et bonheur ;
Dans l' autre nid toujours querelle,
Oeufs cassés, tapage et rumeur.
Lorsque par son époux la pie était battue,
Chez sa voisine elle venait,
Là jasait, criait, se plaignait,
Et faisait la longue revue
Des défauts de son cher époux :
Il est fier, exigeant, dur, emporté, jaloux ;
De plus, je sais fort bien qu' il va voir des corneilles ;
Et cent autres choses pareilles
Qu'elle disait dans son courroux.
Mais vous, répond la tourterelle,
Êtes-vous sans défauts ? Non, j’en ai, lui dit-elle ;
Je vous le confie entre nous :
En conduite, en propos, je suis assez légère,
Coquette comme on l' est, par fois un peu colère,
Et me plaisant souvent à le faire enrager :
Mais qu' est-ce que cela ? -c' est beaucoup trop, ma chère :
Commencez par vous corriger ;
Votre humeur peut l' aigrir... qu' appelez-vous, ma mie ?
Interrompt aussitôt la pie :
Moi de l' humeur ! Comment ! Je vous conte mes maux,
Et vous m' injuriez ! Je vous trouve plaisante :
Adieu, petite impertinente ;
Mêlez-vous de vos tourtereaux.
Nous convenons de nos défauts ;
Mais c' est pour que l' on nous démente.






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Dernière édition par andré le Jeu 14 Juin 07, 12:22, édité 1 fois.

Sam 28 Avr 07, 10:51
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[center]Philippe BARBE

LES DEUX ENFANTS

Deux Enfants ayant vu des noix sur une table,
Dirent, ne soyons point gourmands.
Partageons-les à l'amiable.-
Le plus rusé des deux Enfants
Avec plaisir se chargea de l'ouvrage,
Cassa les noix, et choisit le dedans :
les coquilles à l'autre échurent en partage,
Et résistèrent à ses dents.
L'Enfant dupé résolut en lui même
De punir quelque jour cette malice extrême.
Bientôt après, l'occasion s'offrit.
Sur la table il vit des olives.
A l'instant ses mains attentives
Se saisissent de tout le fruit.
De chaque olive partagée
Il saisit le noyau, donne à l'autre la chair;
Et se moquant de lui, ta malice, mon cher,
Méritait bien, dit-il, d'être ainsi corrigée.—
L'expérience, sans esprit,
Ne sert à rien. La preuve en est dans ce récit.
_________________


LE VOYAGEUR ET LE POIRIER.

Un Voyageur, peu riche apparemment,
Et mal reçu dans les hôtelleries,
De poires moitié pourries.
S'était chargé , faute d'argent.
Il eût voulu sans doute en a voir de meilleures...
Sa canne en main, très courageusement
II a déjà marché quatre heures.
La soif se fait sentir, et l'appétit survient,
De ses poires il se souvient,
Et songe à fouiller dans sa poche.
Un Poirier, dont les fruits semblaient délicieux ,
Éloigne de cent pas, se présente à ses yeux.
Il jette au même instant ses poires, et s'approche-
Voici, dit-il, des mets plus savoureux.
Une tiendra qu'à moi d'en manger si j'en veux.
Et qui m'empêchera de me donner la peine
D'en prendre pour demain, pour toute la semaine?
Il aurait dû raisonner mieux :
Car un large fossé s'opposait à ses vœux.
Je ne puis dire, je l’avoue,
Quelle fut sa douleur, en voyant ce fossé,
Par lequel son espoir se trouvait renversé.
Ce pauvre homme chercha ses poires dans la boue.
Et les essuya bien. C'est tout ce que je saisi.
La même chose nous arrive.
Souvent nous quittons le certain,
Pour une belle perspective,
Qui se fait voir dans le lointain.
___________________


L'ÉCOLIER ET L'OISEAU.

Sur le soir, dans sa chambre, Etienne Friponnin,
( C'était un écolier moins savant que malin.
Que j'en connais de cette sorte ! )
Vit entrer un oiseau... Certes, te voilà pris.
(Il ferme en même temps sa fenêtre et sa porte,)
Tu n'échapperas point. C'est moi qui te le dis.
Je t'aurai. Je te tiens. Mais il faut que je sorte,
Car le soupé m'appelle, et le couvert est mis.
Je vais voir cependant s'il n'est pas quelque fente
Qui puisse à mes yeux te cacher....
Sa main Curieuse et prudente
Dans tous les coins s'empresse de chercher
Fentes et trous pour les boucher.
Puis il sort doucement plein d'espoir et de joie.
Un clin d'œil lui suffit pour faire son repas.
Impatient de retrouver sa proie,
Il monte , il ouvre, il entre, il ne voit rien... Hélas!
Mon Oiseau s'est enfui. Je ne le conçois pas...
Moi, je le conçois bien. C'est par la cheminée,
Ami, que votre Oiseau s'est tiré d'embarras,
Et qu'il vient d'éviter sa triste destinée.
Moralisons. Bien des humains,
Souvent jusqu'à l'excès portent la prévoyance.
Ce sont autant de Friponnins.
La seule chose d’importance,
Propre à les conduire à leurs fins,
Est par eux oubliée ; et cette négligence
Fait échouer leurs plus sages desseins.
________________

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Dim 29 Avr 07, 10:25
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[center]GROZELIER

LE VILLAGEOIS ET SON FILS

Un villageois sensé, la moisson approchant,
Avec son jeune fils vint visiter son champ :
Qu'y voit-il ? La terre couverte .
De bleuets, de pavots, et de mainte autre fleurs,
Mais peu d'épis et leur maigreur
Le faisait gémir de la perte .
Que lui causait son laboureur.
L'enfant ne pensait pas de même :
Il était d'une joie extrême
De voir ce spectacle nouveau.
Voyez, disait il à son père,
Ce bleu,ce jaune, ce ponceau !
Quelle variété ! que ce champ doit vous plaire !.
Notre jardin a-t-il rien de si beau?
Vous pensez, aujourd'hui comme on pense à votre âge,
Lui dit le père, en soupirant :
Mais un jour devenu plus sage,
Vous penserez tout autrement.
Vous sentirez combien nous cause de dommage
Ce qui vous parait si charmant ;
Et ce qui vous plait davantage
Sera par votre main arraché promptement.
Ne jugez point sur l'apparence;
Rien, mon fils, rien n'est si trompeur :
C'est se former une vaine espérance
Que de compter sur un dehors flatteur.
Il en est de même des hommes :
Qu'on est trompé par leur extérieur!
On ne connaît ce que nous sommes
Qu’aux qualités de l'esprit et du cœur.
__________________

[/center]

_________________
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