Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » dim. 10 août 08, 19:21

Sabine SICAUD

LES TROIS CHANSONS

Entends la chanson de l'eau...
Comme il pleut, comme il pleut vite !
Il semble que des grelots
Dans la gouttière s'agitent.

A l'abri dans ton dodo
Entends la chanson de l'eau !

Entends la chanson du vent...
Comme les branches s'agitent !
Les nids d'oiseaux, bien souvent,
Sont bercés, bercés trop vite.

A l'abri des rideaux blancs
Entends la chanson du vent.

Entends la chanson du feu...
Comme les flammes s'agitent
Le feu jaune, rouge et bleu
Pour te chauffer brûle vite.

Quand tes yeux clignent un peu,
Entends la chanson du feu.

Ecoute les trois chansons
Qui se font toutes petites
Et douces comme un ronron
Pour que tu dormes plus vite.

Si tu veux, bébé, dormons
Au bruit léger des chansons.

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » lun. 11 août 08, 12:09

Sabine SICAUD

LA VIEILLE FEMME DE LA LUNE

On a beaucoup parlé dans la chambre, ce soir.
Couché, bordé, la lune entrant par la fenêtre,
On évoque à travers un somnolent bien-être,
La vieille qui, là-haut, porte son fagot noir.

Qu'elle doit être lasse et qu'on voudrait connaître
Le crime pour lequel nous pouvons tous la voir
Au long des claires nuits cheminer sans espoir !

Pauvre vieille si vieille, est-ce un vol de bois mort
Qui courbe son vieux dos sur la planète ronde ?
Elle a très froid, qui sait, quand le vent souffle fort.
Va-t-elle donc marcher jusqu'à la fin du monde ?

Et pourquoi dans le ciel la traîner jusqu'au jour !
On dort... Nous fermerons les yeux à double tour...
Lune, laisse-la donc s'asseoir une seconde.

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » sam. 16 août 08, 11:07

Anne de MARQUETS (1533-1588)

La terre ne produit tant d’agréables fleurs,
On ne voit luire au ciel tant d’étoiles brillantes,
Il ne se trouve en mer tant de perles luisantes,
Que Marie a de fruits, de dons et de valeurs.
Aussi Dieu veut par elle alléger nos douleurs,
Guérir et renforcer nos âmes languissantes,
Les orner, les nourrir, et les rendre contentes,
Tournant en joie et ris nos soupirs et nos pleurs.
Je dis ceci d’autant que par la Vierge insigne
Dieu nous donne son Fils, qui est la médecine,
La gloire, la beauté, l’aise et contentement,
La vie et le salut de toute fidèle âme :
Et puisque nous avons tant d’heur par cette dame,
Qui la pourrait jamais louer suffisamment ?

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Message par andré » mar. 19 août 08, 9:08

Madame de TERSAC

LES TROIS MONTAGNES

THABOR !

I

Thabor ! Gethsémani ! Golgotha ! divins monts,
À quels souvenirs sont rattachés vos trois noms !
Lieux où l’Esprit livra ses plus saintes batailles,
Vous devez tressaillir encor jusqu’aux entrailles,
Et tout entiers frémir rien qu’en vous rappelant
Du souverain Jésus le pas précis et lent.
L’empreinte du doux pied qui foula votre sable
Intéresse autrement que l’Histoire ou la Fable ;
Elle incite à l’amour de ce Roi des douleurs
Dont la couronne avait des épines pour fleurs.
Ô Thabor ! Sinaï nouveau, tu vis éclore
Sur son front embrasé, clair comme un météore,
Le rêve illuminé le plus grand, le plus pur
Que l’humaine espèce ait admiré sous l’azur.
Il espérait alors, en dieu qui se fiance,
Signer avec le monde un pacte d’alliance,
Voyait l’Hydre du Mal désormais sans soutien,
Se laisser vaincre par la Chimère du Bien.
Dans leur nuit s’enfonçaient les brutes et les traîtres,
L’homme enfin respirait, libéré de ses maîtres,
Car les trônes avec l’absurde hérédité
Croulaient dans le désert de leur aridité.
Les peuples contemplaient, transportés d’allégresse,
Le Droit fier terrassant la Force, cette ogresse ;
Au fond noir des cités n’habitait plus la Faim,
La terre étant à tous, tous avaient gîte et pain.
On ne se battait plus pour des questions viles,
L’ordre chassait au loin les discordes civiles ;
L’ouvrier largement vivait de son labeur ;
Nulle part le comblé n’eût trouvé de faveur.
Le même noeud de paix liait les républiques,
L’humble pouvait gérer les affaires publiques,
Le mérite n’ayant besoin d’être vêtu
Que de vaillant génie ou d’utile vertu.
Ainsi l’ardent Sauveur, poursuivant son beau rêve,
Souhaite à nos longs maux une éternelle trêve,
Voit l’être s’élever au niveau du bonheur
Et faire de la foi son bouclier d’honneur.
Les temps sont assainis ; bouc effaré, le Vice
Muré dans son trou, n’ose en franchir l’orifice ;
Rasséréné, l’humain s’estime, se sourit,
Et clairvoyant soudain, rend hommage à î’Esprit.
Don céleste éminent, la Pensée est élue,
C’est l’instinct créateur qu’en elle l’on salue,
Elle, Acte anticipé des actes accomplis ;
La source d’avenir coule dans ses replis.
Auprès d’elle tout semble horreur d’Apocalypse ;
Haute, elle règne sur la beauté qu’elle éclipse,
Va, dévulgarisant le sens matériel,
Et remplit l’étendue, étant fille du Ciel.
Loin des verbosités elle s’accuse oracle,
De sa route élargie on écarte l’obstacle ;
Le monde qu’elle sert, devenu bon censeur,
Glorifie et d’abord protège le penseur.
Dans les coeurs plus de fiel, dans les cerveaux plus d’ombre,
Car les intelligents à présent sont en nombre,
Qui, jugeant leur chair propre avec sévérité,
De l’âme font jaillir enfin la Vérité.

Songe pyramidal plein d’intime éloquence !
Jésus croit distinguer sur une autre éminence,
Assise entre les cieux pourprés et les flots verts,
Ouvrant les portes du salut à l’univers,
Face au levant joyeux, l’Église étincelante,
L’Église exposant sous sa coupole brûlante
Son plus cher talisman, la croix aux bras bénis,
Afin qu’en elle tous les chrétiens soient unis.
L’engouement a cessé de ceux que l’on renomme,
Ce titre de chrétien passe avant le nom d’homme.
On aime à se grouper égaux, en un seul lieu,
La Terre n’a qu’un peuple, et le peuple, qu’un Dieu !

Jésus reste ébloui devant l’apothéose,
Elle imprime en ses yeux son reflet grandiose.
Et du centre des airs lourds du parfum des lys,
Sort une voix disant : – « Hommes, voilà mon Fils ! »



GETHSÉMANI !

II

D’un jour ensoleillé c’est le roux crépuscule,
Une tiède vapeur dans les brises circule ;
De l’enclos animé par quelques vagues bruits
Se dégage l’odeur balsamique des buis.
Le branchage feuillu des oliviers frissonne,
Les disciples là-bas dorment ; ici, personne
Que le Maître absorbé se traînant à genoux
Et vers les nues tournant un regard sans courroux.
À quel destin sa vie est-elle donc vouée ?
Il pleure ; sa poitrine éclate, secouée
Par des plaintes et par le hoquet des sanglots ;
Il sent rôder le crime et mûrir les complots.
Il se lève, veut vaincre, et retombe, et soupire,
Sur l’homme agonisant, le dieu n’a plus d’empire ;
Contre ce corps glacé, la tunique est de plomb ;
La sueur a gagné la tête au nimbe blond,
Puis, jusque sur le sol coule en rosée amère ;
La bouche desséchée aspire l’atmosphère
Pour en extraire, hélas ! une vaine fraîcheur ;
Et sous la lune morne au rayon de blancheur,
Abreuvé de dégoût, d’un geste qui supplie,
Il repousse bien loin son calice de lie.
L’excès tue un courage, et toute sa raison
Proteste ; il ne veut pas goûter l’affreux poison.
Le résidu boueux des infectes poussières,
Non plus que le breuvage écoeurant des sorcières,
La flore concentrée en des sucs vénéneux,
Le vampire immonde ou le reptile haineux
N’assemblent point d’horreurs telles que ce calice
Fait de rigueur divine et d’humaine malice,
Réceptacle odieux où l’enfer a lâché
Dans les larves du mal le monstre du péché.
Le sensible Jésus qu’assaillent mille fièvres,
Se refuse à le voir, n’y veut toucher des lèvres ;
Non, c’est trop dépasser la possible douleur,
Non, c’est trop ajouter l’ironie au malheur !
Sera-ce donc toujours la vérité palpable
Que l’innocent périsse au profit du coupable,
Que l’agneau soit mangé par la troupe des loups,
Que le faible, impuissant, serve de cible aux coups !
Sa mémoire l’obsède avec vive insistance,
Lui détaille les ans de sa triste existence,
Les repas de pain strict, les nuits sans oreiller,
Ni tente pour dormir, ni siège pour veiller !
Dans ses admirateurs, nul riche non avare
Qui, pour lui, de faux biens eût fait l’abandon rare !
– Qui n’a rien n’aura rien ! – Aucun ici n’est bon
Pour le pâle affamé, le piteux vagabond.
Au-dessus du prochain, le fortuné se place,
S’invente une valeur et se crée une race,
Mais le dépossédé qu’on s’obstine à nier,
S’appelât-il le Christ, est mis au rang dernier.
Jésus soupire, et monte en esprit sur les cimes
Où s’exhala sa voix dont les éclats sublimes,
Soutenant sa pensée ainsi que des piliers.
Subjuguèrent les coeurs des foules par milliers.
Dc ce zèle inouï d’excessive dépense
Que reste-t-il ? l’oubli ! telle est la récompense !
Celui qu’on annonça si longtemps est venu,
Beaucoup l’ont regardé, pas un ne l’a connu !
Oh ! ce présent le broie et ce passé le navre !
Sa chair même le quitte, il porte son cadavre ;
La foudre peut tomber sur lui dans ce jardin,
Il tient l’homme en mépris et la vie en dédain.
Tant d’amour ressenti pour tant d’ingratitude,
L’idéal effondré, Dieu saint ! – La solitude
Lui glisse ses conseils ; le silence à loisir
L’accable de sujets qu’il ne sait plus choisir.
Rapide, l’heure fuit ; il faut songer aux autres !
Le Maître inquiet va rejoindre les apôtres
Sommeillant tous malgré le menaçant danger,
Comme si son tourment leur était étranger.
Semblable coup l’oblige à chanceler, mais rouvre
En lui cette bonté dont le charme les couvre ;
Il réagit enfin, domine ses frayeurs,
Pris de compassion pour des gens inférieurs,
Plus mous qu’indifférents, plus timides que lâches,
Inaptes à saisir les glorieuses tâches
Se rapportant surtout à la Divinité,
Et n’entendant rien aux choses d’éternité.
Jésus, du haut de sa splendeur spirituelle,
Les sent condamnés à l’erreur perpétuelle ;
Sur ce globe obscur, il ne voit qu’hommes errants
Traversant, malheureux, les siècles ignorants.
Afin de les tirer d’un sort si lamentable,
Un sacrifice altier s’impose, inévitable,
Bien digne de combler des instincts généreux.
Vivre n’étant assez, il mourra donc pour eux !
L’oeuvre doit s’accomplir ; il l’appelle, il espère,
Résigné maintenant aux volontés du Père ;
Vers l’abhorré calice il tend les mains ; c’est dit !
À longs traits il boira le mélange maudit.
Âpre, le vent du soir sèche ses joues trempées...
Soudain une rumeur monte et des heurts d’épées
Parviennent rapprochés ; au milieu des soldats,
Une ombre d’aspect louche avance : c’est Judas !



GOLGOTHA !

III

Le sang du dieu rougit sous l’épine tressée !
Tout au sommet du mont la croix haute est dressée
Pour que, témoin et juge à la fois du forfait,
L’oeil vaste d’infini puisse en garder l’effet,
Afin que l’Orient, grand de magnificence,
Le rappelle au ponant, beau de phosphorescence,
Et que l’heure tranquille où l’étoile apparaît
Le décalque sur la mémoire trait à trait,
Car ce drame est le deuil éternel de la terre ;
Il se mêle aux douleurs de l’âme solitaire,
Et Dieu ne le permit si tragiquement noir
Que pour servir d’actif calmant au désespoir.
Sur deux tronçons de bois on a cloué le Juste ;
L’homme est l’ennemi franc de la lumière auguste
Quand celle-ci, voulant dissiper sa laideur,
Arrache en l’éclairant, son masque de hideur.
Aussi n’épargna-t-on ni honte ni torture,
Du sarcasme au fouet, du soufflet à l’injure :
Soldatesque brutale aux gestes avinés,
Abjecte populace aux propos déchaînés
S’accordèrent pour mieux raffiner le supplice
Et faire apprécier la mort comme un délice,
Se ruèrent ensemble à l’assaut du martyr,
Avides de souiller avant d’anéantir.
Les fauves peu portés à s’entendre d’avance,
Émus d’un tel appât, furent de connivence,
La jalousie aidant, sentaient leurs appétits
Croître contre ce Grand qui les faisait petits.
Quoi ! lui pensait changer leurs principes sauvages,
Briser d’un coup la clef de tous les esclavages,
Abolir le plaisir et chasser l’intérêt,
Mettre aux débordements habituels, arrêt ;
Des froides régions aux rives tropicales
Rétablir les vertus des moeurs patriarcales,
Combattre les écarts, blâmer la fausse ardeur
Des prières sans foi, de l’amour sans pudeur.
Ne se montrait-il point arbitre de sentence,
Absolvant le péché devant la pénitence,
N’allait-il affirmer bien haut en chaque lieu
Qu’il relevait non pas de César, mais de Dieu !
La coupe débordant excita la vengeance
De prêtres et chefs guère enclins à l’indulgence ;
C’est par le meurtre seul qu’ils pouvaient défier
Ce prodige : un esprit venant pacifier !
On approuve un tyran et ses tortionnaires,
Un guerrier assassin et ses légionnaires,
D’absurdes désoeuvrés au luxe corrupteur...
Pour payer leurs exploits, il reste un Rédempteur !
Lui que l’on crucifie, ouvrant ses bras au monde,
Sent l’immolation devoir être féconde ;
Sa doctrine vivra, mais dans un temps futur :
À ses bourreaux il voit que l’homme n’est pas mûr.
Né banal, l’homme hésite à dépouiller la bête,
Rien de stable ou d’égal ne pénètre sa tête ;
Jésus en sa pitié profonde des mortels
Ne sait que pardonner ces nuls et ces cruels ;
Ensuite, le regard loin de la créature,
Sans regret du monde et de la riche nature,
Ayant fait au Père un reproche solennel,
Rend, dans un cri poignant, son beau soupir au ciel.
Le dieu meurt ! Autour, point de signe redoutable
Qui vienne souligner sa fin épouvantable ;
Dans l’air silencieux pas un gémissement,
Pas de voix qui s’élève en un rugissement !
Il n’est plus ! cependant l’heure insensible passe,
La Terre ose rouler encore dans l’espace,
L’eau des fleuves n’arrête aucunement son cours,
Le triste coeur humain lui-même bat toujours.
Mais douze âmes là-bas, au-dessus de la masse,
Se proposent déjà de marcher sur sa trace,
Et comprenant enfin, braveront les autans,
La colère des rois, celle des océans
Pour aller, de leur Maître aimé suivant l’exemple,
Au péril de leurs jours, bâtir le nouveau temple...
Le Paganisme peut trembler, il a vécu,
Et le Réformateur a quand même vaincu !


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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » sam. 23 août 08, 12:45

Anne de MARQUETS (1533-1588)

La terre ne produit tant d’agréables fleurs,
On ne voit luire au ciel tant d’étoiles brillantes,
Il ne se trouve en mer tant de perles luisantes,
Que Marie a de fruits, de dons et de valeurs.
Aussi Dieu veut par elle alléger nos douleurs,
Guérir et renforcer nos âmes languissantes,
Les orner, les nourrir, et les rendre contentes,
Tournant en joie et ris nos soupirs et nos pleurs.
Je dis ceci d’autant que par la Vierge insigne
Dieu nous donne son Fils, qui est la médecine,
La gloire, la beauté, l’aise et contentement,
La vie et le salut de toute fidèle âme :
Et puisque nous avons tant d’heur par cette dame,
Qui la pourrait jamais louer suffisamment ?

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Message par andré » mer. 27 août 08, 11:16

Hermance LESGUILLON.

LE DOUTE

Pauvre tapis d’automne étendu sur la terre,
Inutile moisson qui sèche solitaire,
Faite pour orner les tombeaux,
Germes décolorés, beauté trop tôt vieillie,
Qui traînez lentement votre robe salie,
Comme un mendiant ses lambeaux !

Vous voilà sur le sol, sans duvet, sans parure ;
Vous voilà dédaignés de la verte nature
Pauvres cadavres déliés ;
Vous voilà ballottés comme un flot sur la grève,
Que le rameur abat ou que la brise élève,
Roulés ou meurtris par nos pieds.

Vieillards d’une saison, le moindre vent vous pousse :
Un bruit d’aile en passant vous donne une secousse
Dont le coup fatal vous atteint
De vos monceaux épars il sort un doux murmure,
Triste comme l’adieu que jette à la nature
Tout germe vivant qui s’éteint !...

Vous formiez au printemps de si riants ombrages,
Vous étiez pour l’oiseau de si charmantes cages !
Libres et secrètes maisons,
Vous renfermiez cachés tant d’amoureux mystères,
Tant de jeunes serments, de tendresses de mères,
Dont nous entendions les chansons !

Vous étiez tant aimés des joyeuses cohortes
Qui sortaient et rentraient d’entre vos mille portes,
Feuillages qui portiez leurs nids ;
Vous étiez tant pressés de leurs ailes douillettes,
Qui s’ouvraient chaque soir pour enlacer leurs têtes
Ou couver leurs oeufs tout petits !

Vous étiez fiers alors d’orner le tronc splendide,
Et d’être sous le ciel le toit qui sert d’égide
À tous les voyageurs des airs,
Vous étiez fiers encor d’avoir parmi vos hôtes
Les beaux rayons dorés qui, de leurs cimes hautes,
Descendaient sous vos arceaux verts

Oui, vous étiez heureux, car vous étiez fertile,
Feuillage devenu la fumée inutile
Errant sans destination ;
Vous preniez votre part de l’immense mamelle,
Qui nourrit l’univers de sa sève éternelle,
Lait pur de la création !

Vous aspiriez les cieux et vous voyiez l’aurore
Se lever, se coucher, et se lever encore,
Immuable dans sa clarté ;
Vous existiez enfin, admirable verdure,
Pleine d’enchantements, d’espérance ! Ô nature
Vous aviez jeunesse et beauté !

Aujourd'hui, qu'êtes-vous ? À quoi vous servit d'être ?
Pourquoi ce jour si beau que Dieu vous fit connaître,
Pauvres germes mis au néant ?
À quoi servit, hélas ! ce passage éphémère ?
Pourquoi levâtes-vous vos sèves hors de terre
Pour y rentrer en un instant ?

Que sommes-nous, Seigneur ? Pourquoi fis-tu la monde ?
Amour ! bonté ! justice ! Ô sagesse profonde !
Dieu qu’on admire et qu’on bénit !
Pourquoi nous créas-tu comme la pauvre feuille,
Pour qu’un danger nous tue ou qu’un malheur nous cueille,
Neige qui tombe, brille et fuit ?

Pourquoi tant de douleurs, de combats, de tempêtes ?
Pourquoi tous ces éclairs environnant nos têtes,
Foudre qui tombe à chaque pas ?
Pourquoi cette menace et ces frissons terribles,
Quand nous devons un jour nous coucher si paisibles
Dans le champ muet du trépas ?

Pourquoi donner à l’homme afin que tout le quitte,
Le festin de la vie auquel l’espoir l’invite,
Élan des sens, élan du coeur ?
Pourquoi s’il doit éteindre et sa voix et sa flamme,
Lui donner le désir, la pensée, et son âme !
L’âme qui te nomme, ô Seigneur ?

Pourquoi tant de grandeur parmi tant de faiblesse ?
Pourquoi, flambeau divin, cette foi qui s’adresse
À ton nom toujours répété ?
Pourquoi, pauvre lutteur, égaré dans la route,
Ce regard vers le ciel même au milieu du doute
Comme un point dans l’obscurité ?

Pourquoi, malgré les pleurs que tu nous fais répandre,
Cet instinct résigné de poursuivre et d’attendre,
Condamné qui connaît son sort ?
Pourquoi, pouvoir muet, ce besoin de prière
Sortant du flanc blessé de la nature entière
Qui ne veut pas croire à la mort ?

Oh ! si nos amours, nos tendresses,
Nos rêves, nos nobles ivresses,
Débordant de tous les côtés,
Si la foi, l’espoir, la prière,
Où tout ce que l’homme révère,
Étaient des rêves inventés ?

Si tout ce que répand la vie
D’ardeur et d’extase ravie,
Encens qui s’élance d’un voeu ;
Si le désir, si l’espérance,
Appâts où se prend l’existence,
Étaient de l’homme et non d’un Dieu ?

Si la création, Seigneur, est passagère,
Si tout ce qui brilla pur et beau, sur la terre,
Fut un jeu qu’essaya ta main,
Si tu n’as pas créé la durée et l’espace
Pour revêtir de vie un monde qui s’efface,
Ton pouvoir est fatal et vain !

Oui, ta grandeur est la misère,
Ta force, une flamme éphémère,
Ton génie, un souffle mortel,
Si tu n’allumas pas la vie
Pour renaître, pure, infinie,
Dans les phalanges de ton ciel !

Ou, loin d’être le Dieu suprême,
Loin d’être un Dieu bon qui nous aime,
Tu deviens le Dieu qui maudit,
Si tu nous donnas la souffrance,
N’offrant pour but à l’espérance,
Qu’un corps que la mort refroidit !

Oh ! dans ce doute affreux je m’arrête et te brave ;
Vivant sous ton pouvoir comme le noble esclave,
Qui, fier, ne veut pas implorer,
J’obéis tristement en maudissant chaque heure
Qui m’attache à la terre, ironique demeure,
Où tu nous jetas pour pleurer !

Ce n’est plus vers ton ciel qua ma prière monte ;
Orphelin, je poursuis mon chemin et j’affronte
Souffrance, combats et malheur ;
Insensible à ton nom, je tourne ma tendresse
Vers l’homme et dans lui seul ton oeuvre m’intéresse,
Lui, mon frère de la douleur !

Je l’aime ! Il souffre, il tremble, au gré de ton envie ;
Il traîne haletant sous le poids d’une vie
Dont il ne chercha pas les jours :
Je l’aime ! Il doit porter péniblement sa chaîne
Dont les plus doux anneaux sont cette affreuse peine
De pleurer vivants nos amours !

Je l’aime ! Il fut maudit ! Je l’aime ! Il est mon frère !
Il sème comme moi sur une ingrate terre
Qui produit la ronce et la mort !
Je l’aime, il porte en lui les passions ! Son âme
Doit brûler sourdement au bûcher d’une flamme
Qui devra consumer son corps !

Je l’aime et quant à toi, Dieu fier de ta puissance,
Dieu, qui de ton orgueil fis jaillir l’existence,
Comme du gouffre obscur tu fis le jour surgir,
Je te dis : reprends-nous ces biens qui font ta gloire
Reprends l’âme, la vie, avant que ta victoire
Vienne à l’aide du temps lentement les ravir !

Va ! puisque c’est la mort, méchant fruit de tes veilles,
La mort, l’étroite mort qu’enfantent tes merveilles,
Berceaux bâtis sous les cyprès,
Puisque c’est le néant que produit ta semence,
Je ne veux plus rien voir du germe qui s’élance,
Quoiqu’il porte un fruit doux et frais !

Je ne veux plus rien voir de tes grandeurs divines,
Dont l’éclat immuable insulte à nos ruines,
Débris entassés en tous lieux,
Je ne veux plus rien voir de ton dôme superbe,
Où brilla un flambeau d’or qui nous jette sa gerbe,
Fiers regards qui blessent nos yeux !

Je ne veux plus rien voir ! Voile cette nature !
Reprends cet univers, cette noble verdure,
Ce ciel de pourpre et de vermeil !
Reprends ce sol fleuri de tes moissons fécondes,
Cette mer formidable où vont mugir tes ondes,
Reprends ton orgueilleux soleil !

Cache-nous la splendeur de tes astres limpides,
Autre mer où les mots s'amoncellent rapides,
Suivant leurs éternels chemins !
Jette sur notre globe un vêtement livide !
Ouvre le sol béant, comme un sépulcre vide
Qui doit engloutir les humains !

Plus de printemps chargés de semences divines,
Plus de monceaux de fleurs enlaçant les collines !
Plus de prés, de bois, de buissons !
Plus qu’un désert immense et qu’une mer de glace,
Plus qu’un horizon morne où nul oiseau ne passe,
Plus qu’un hiver pour les saisons !

Plus rien qui fasse croire à l’enfant doux et tendre
Que tu créas l’espoir pour grandir et s’étendre,
Jusqu’à ton imposant séjour !
Plus rien qui, l’abusant sur sa vie éphémère,
Lui fasse en souriant écouter de sa mère
Le fragile et mortel amour !

Que partout l’ombre pèse et qu’un sombre silence,
Sans se rompre jamais, préside à l’existence,
Comme l’invisible remord !
Qu’aux lieux où l’homme passe une froide lumière
Fasse croire à l’horreur de cet affreux mystère
De l’homme qui naît pour la mort !

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Message par andré » jeu. 28 août 08, 11:42

Emily BRONTË

DERNIERS VERS

Mon âme ne sent pas la peur,
Ne tremble point aux champs tempétueux du monde ;
Je vois briller les feux du Ciel ;
Non moins claire, la foi m’arme contre la crainte.

Ô Dieu présent en ma poitrine,
Toute-puissante, universelle Déité !
Vie – en moi trouvant le repos,
Comme moi – éternelle Vie – en toi la force !

Vaines sont les mille croyances
Qui émeuvent les cœurs ; indiciblement vaines ;
Faibles comme herbes desséchées
Ou l’écume stérile en la mer infinie.

Pour créer le doute en un être
Qui s’attache si ferme en ton infinité ;
Si certainement ancré sur
L’inébranlable roc de l’immortalité.

D’un amour embrasant le monde
Ton esprit donne vie aux années éternelles,
Pénètre et couve l’univers,
Change, soutient, dissout, crée, et fait tout grandir.

Si homme et terre n’étaient plus,
Et que soleils et mondes eussent cessé d’être,
Et que tu fusses resté seul,
Toute existence en Toi existerait toujours.

Pour la mort il n’est point de place,
Ni d’atome que son pouvoir puisse annuler ;
Tu es – Tu es l’Être et le Souffle,
Ce que Tu es ne peut jamais être détruit.


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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » ven. 29 août 08, 11:21

Antoinette Des HOULIERES (1638-1694)

VERS ALLEGORIQUES

Dans ces prés fleuris
Qu’arrose la Seine,
Cherchez qui vous mène,
Mes chères brebis.
J’ai fait, pour vous rendre
Le destin plus doux,
Ce qu’on peut attendre
D’une amitié tendre ;
Mais son long courroux
Détruit, empoisonne
Tous mes soins pour vous,
Et vous abandonne
Aux fureurs des loups.
Seriez-vous leur proie,
Aimable troupeau,
Vous, de ce hameau
L’honneur et la joie ;
Vous qui, gras et beau,
Me donniez sans cesse
Sur l’herbette épaisse
Un plaisir nouveau ?
Que je vous regrette !
Mais il faut céder :
Sans chien, sans houlette,
Puis-je vous garder ?
L’injuste fortune
Me les a ravis.
En vain j’importune
Le ciel par mes cris ;
Il rit de mes craintes,
Et, sourd à mes plaintes,
Houlette ni chien,
Il ne me rend rien.
Puissiez-vous, contentes
Et sans mon secours,
Passer d’heureux jours,
Brebis innocentes,
Brebis mes amours !
Que Pan vous défende :
Hélas ! Il le sait,
Je ne lui demande
Que ce seul bienfait.
Oui, brebis chéries,
Qu’avec tant de soin
J’ai toujours nourries,
Je prends à témoin
Ces bois, ces prairies,
Que, si les faveurs
Du dieu des pasteurs
Vous gardent d’outrages,
Et vous font avoir
Du matin au soir
De gras pâturages,
J’en conserverai,
Tant que je vivrai,
La douce mémoire,
Et que mes chansons
en mille façons
porteront sa gloire,
du rivage heureux
où, vif et pompeux,
l' astre qui mesure
les nuits et les jours,
commençant son cours,
rend à la nature
toute sa parure,
jusqu' en ces climats
où, sans doute las
d' éclairer le monde,
il va chez Téthys
rallumer dans l' onde
ses feux amortis.




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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » lun. 15 sept. 08, 11:54

Elizabeth Barret Browning

LA SAGESSE MAL APPLIQUÉE.

Ô Papillon si j’étais toi
Que j’eusse puissance de Roi
Sur l’odorante fleur qui naît ou meurt sous moi, ─

N’arrêterais certes mon aile
Sur une fleur qui n’est que belle,
Mon amour serait pour la pensée immortelle.

Dame Abeille si comme toi
Pouvais creuser dans la paroi
Des roses tout l’or-miel que rends de bon aloi,

Auprès de l’homme, chose sûre,
N’irais point placer d’aventure
Les excellents produits de ma manufacture.

Ô fier Aigle si j’étais toi
Que pusse mettre en désarroi
Le tonnerre et l’éclair, et leur jeter l’effroi,

Ne bâtirais certes mon aire
Sur le pinacle d’un calcaire
Que l’orage une nuit peut réduire en poussière.

Noble Coursier si j’étais toi
Dont l’œil étincelant d’émoi
De l’espace infini semble dominer Roi,

Je ne serais assez candide
Pour onc me soumettre à la bride,
Et j’irais au désert y renâcler le vide.

Rouge-gorge si j’étais toi
Dont le chant lorsque tout est coi
Comme un “ Oui ” de l’amour nous apporte l’émoi,

Ne resterais après l’automne,
Mais sur mon aile folichonne
Des chauds climats j’irais effeuiller la couronne.

Je parlais, je parlais, j’allais parler toujours,
Quand sur mon front sentis quelque chose d’étrange,
Et s’arrêta soudain mon orgueilleux discours.
Et puis il me sembla que j’entendais un Ange.

L’Ange me dit : “ Si j’étais toi
De mon temps ferais mieux l’emploi,
Qu’à critiquer de Dieu les œuvres et la loi :

“ Ne gaspillerais pas mes peines
À poursuivre des ombres vaines,
À vouloir réformer de Dieu les phénomènes.

“ Ne resterais pas à cheval
Entre le bien, entre le mal,
Mais porterais mon œil du ciel vers le fanal.

“ L’amour, non plus ses friandises,
D’un grand renom les gourmandises,
Ne pourraient sur mon moi jeter leurs convoitises.

“ Je ne rongerais pas mon frein
Comme toi pour un soin mondain.
Mais vers Dieu je prendrais un élan surhumain.

“ Répudierais ce monde infâme
Pour le ciel je ceindrais mon âme,
Pour la vie immortelle et sa céleste flamme.

“ De chanter donc fais-toi l’octroi,
Beau chanteur ! mais apprends de moi
Que bête, mouche, oiseau sont plus sages que toi !

SUR un roc escarpé surplombant la montagne,
Dominant au loin la campagne,
Un chasseur de chamois, Peau-rouge, était assis ;
Épuisé de fatigue il laissait d’aventure
Au vent flotter sa chevelure,
Charmé de reposer ses pieds endoloris.

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » mer. 17 sept. 08, 10:56

Augustine-Malvina BLANCHECOTTE

RÉPONSE

Le grand travail est fait, l’effort est consommé,
La victoire est gagnée et la paix obtenue,
La tranquille douceur des soirs est survenue ;
Pardonnant et priant, le cœur a désarmé !

L’entier détachement de tous et de soi-même
A clos le sacrifice et scellé le passé :
Se pourrait-il qu’un jour tout fût recommencé
Et qu’on osât rouvrir le décevant poëme !

Eh quoi ! rentrée au port, tu reprendrais la mer,
Et de nouveau ta barque affronterait l’orage ?
Quand bienheureusement on a plié bagage,
Peut-on se replonger dans le tumulte amer ?

Non ! non ! je suis en route où m’emportent mes ailes,
Ce monde extérieur n’aura plus rien de moi ;
L’espoir n’est plus possible à qui n’a plus la foi :
Je me suis fiancée aux choses éternelles !

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » ven. 19 sept. 08, 11:36

Augustine-Malvina BLANCHECOTTE

RÉPONSE

Le grand travail est fait, l’effort est consommé,
La victoire est gagnée et la paix obtenue,
La tranquille douceur des soirs est survenue ;
Pardonnant et priant, le cœur a désarmé !

L’entier détachement de tous et de soi-même
A clos le sacrifice et scellé le passé :
Se pourrait-il qu’un jour tout fût recommencé
Et qu’on osât rouvrir le décevant poëme !

Eh quoi ! rentrée au port, tu reprendrais la mer,
Et de nouveau ta barque affronterait l’orage ?
Quand bienheureusement on a plié bagage,
Peut-on se replonger dans le tumulte amer ?

Non ! non ! je suis en route où m’emportent mes ailes,
Ce monde extérieur n’aura plus rien de moi ;
L’espoir n’est plus possible à qui n’a plus la foi :
Je me suis fiancée aux choses éternelles !

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » dim. 21 sept. 08, 11:24

Augustine-Malvina BLANCHECOTTE

UN SUICIDE

Ô pauvre oiseau blessé, mis à mort par la vie !
Cœur qui battais trop fort, cœur trop doux et trop fier,
Te voilà replié sous ton aile engourdie
Et tu ne sais plus rien des souffrances d’hier.

Quoi ! la rigidité ! Quoi ! la paix immobile !
Quoi ! le combat cessé ! Quoi ! la trêve de Dieu !
Ô lutteur désarmé de ta force inutile
Et qui te réservais ton dernier coup de feu !

Qu’attendais-tu du monde et que voulait ton âme ?
Que te disait ta fièvre et qu’as-tu donc cru voir
Pour t’être enveloppée en ton secret de femme ?
Silence, larmes, sang, pourpre du désespoir !

Qu’attendais-tu du monde en ton rude courage ?
Quels soleils autrefois t’étaient donc apparus ?
Ô vous tous qui passez, qu’aucun mépris n’outrage
Ce sanglot ignoré qui ne tressaille plus !

Pitié pour cette enfant ! pitié pour sa misère !
Pitié pour son beau rêve et pour son dur réveil !
Rendez avec respect sa dépouille à la terre
Et qu’elle y dorme bien son suprême sommeil !

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » lun. 22 sept. 08, 11:48

Mélanie BOUROTTE

EN FORÊT

Le chêne au tronc géant, à l'épaisse ramure,
Plonge dans le granit son pivot monstrueux ;
Et le vivant réseau de sa rugueuse armure
Déconcerte l'effort des vents impétueux.
Deux siècles, trois peut-être et même plus encore,
Pèsent, sans l'incliner, sur son front souverain ;
Sa grande ombre enveloppe une pente sonore
Où, de chênes, ses glands ont couvert le terrain.

Combien il en a vu passer dans les clairières,
De générations se poussant vers la mort :
Blonds couples d'amoureux ou cohortes guerrières
Ou chasseurs affolés courant au son du cor !
Qu'il en a vu tomber sous les haches sifflantes,
De ses contemporains en cadavres changés !
Mutilés par des mains calleuses ou tremblantes,
Dans quel vaste ossuaire ont-ils été rangés ?…

Au pied de l'arbre assis, le garde prend haleine.
Sur son front sillonné ruisselle la sueur ;
Ses cheveux sont crépus comme une blanche laine
Et son œil jette encore une chaude lueur.
Il a compté pourtant un redoutable nombre
D'hivers accumulés dans la nuit des grands bois…
Dans un ciel tour à tour étincelant ou sombre,
Il salua Noël plus de septante fois.

Au flot pur de l'amour il a trempé sa lèvre
Lorsqu'en son jeune cœur fleurissait le printemps ;
Des transports belliqueux il a connu la fièvre
Dans une guerre ancienne et dans un autre temps.
Sous l'ombre et le soleil, durant sa longue voie,
Ont alterné souvent le calme et les écueils ;
Il sait ce qui désole et ce qui met en joie…
Il tailla des berceaux et cloua des cercueils !…

Son museau froid posé sur le genou du garde,
Le chien rêveur frissonne au contact de sa main ;
Son œil profond et doux interroge et regarde
L'œil de son maître avec un regard presque humain.
Il prête aux moindres sons une oreille exercée ;
Du délinquant furtif il devine le pas
Et, dans le fourré sombre ou la claire percée,
Il poursuit le coupable et ne le manque pas !

Il a vu quinze fois revenir en septembre
La meute et les piqueurs avec leurs longs couteaux ;
Et quinze fois mûrir l'alizé couleur d'ambre
Et quinze fois aussi naître les louveteaux.
En détail, il connaît les replis du « triage » :
Coupes, taillis, futaie, éclaircie et semis ;
Et ces troncs familiers qu'il effleure au passage
Et ces rochers moussus lui semblent des amis.

Que d'un soleil ardent les flèches embrasées
Dessèchent les rameaux se tordant sous leurs chocs ;
Que la neige ait courbé les cimes écrasées ;
Que, sous la gelée âpre, éclatent les gros rocs ;
Qu'aux rayons de midi bourdonnent les demeures
Ou qu'à minuit ricane au loin l'esprit du mal,
Par toutes les saisons et par toutes les heures,
On rencontre sous bois l'homme avec l'animal.

Avant l'aube, aujourd'hui commençant leur tournée,
Ils ont de la forêt fouillé les profondeurs ;
L'ombre gagne… voici la fin de la journée…
Le vent du soir s'élève en murmures grondeurs.
« Halte ! » ordonna le garde en saluant le chêne ;
« Halte ! » comprit le chien qui s'arrêta soumis ;
Et, tous deux étendus sur la mousse prochaine,
Dans un calme repos ils semblent endormis !

Ils ne sommeillent pas : en un fécond silence
L'esprit de l'homme agit, médite, se souvient…
Et sous un masque lourd de trompeuse indolence,
L'animal vigilant sur ses gardes se tient.
Qu'il est vieux, l'épagneul ! mais quel faisceau d'années
De plus que lui son maître a lié triomphant !
Pourtant cet homme antique, aux tempes basanées,
Près du chêne aux cent bras n’a qu'un âge d'enfant…

Le vieux chien fatigué, dans un avenir proche,
Ira, sous le taillis, se cacher pour mourir
Et ses os blanchiront à l'angle d'une roche,
Au pied des jeunes plants qui doivent s'en nourrir ;
Dans les vaisseaux ligneux, sa poussière impalpable,
En sève transformée, à flots circulera,
Et des lents bûcherons nul ne sera capable
De deviner quel sang alors y coulera…

Le vieil homme, lassé d'une trop longue route,
Assombri par les deuils et pressé d'arriver,
Au terme parvenu dans quelques jours sans doute,
Détachera la chaîne où Dieu l'a su river…
Il tombera des pleurs avec une prière
Sur la tombe où ses fils l'auront enseveli…
Puis la ronce et l'ortie envahiront la pierre…
Ce sera l'abandon, le silence et l'oubli !

Le vieil arbre, peut-être à ses couches énormes,
Longtemps ajoutera d'autres couches encor,
Monument animé, colosse aux vertes formes,
D'un théâtre imposant majestueux décor…
D'autres vains tourbillons de notre armée humaine
Passeront devant lui pour ne plus revenir…
Il reste quand tout meurt… et le roi du domaine,
Possesseur éphémère, avant lui doit finir…

Mais si l'homme traverse ainsi qu'un météore
L'étendue où la bise éteint chaque rayon,
Si le parfum de l'urne en ses mains s'évapore,
Si quelques mots à peine ont usé son crayon,
La tombe ouvre pour lui des entrailles fécondes
Où germe le grain mûr de l'immortalité !
Dans l'horreur du néant doivent rentrer les mondes…
Mais l'avenir de l'âme… il est illimité !

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » mer. 24 sept. 08, 10:44

Isabelle GUYON

UNE COURONNE

I

Autrefois je portais un chagrin dans mon cœur.
Le monde s’en railla tant que, m’en croyant lasse,
En riant j’essayai de poser à sa place
Quelque rêve insensé... quelque ombre de bonheur.

Mais nul plaisir pour moi ne valut ma douleur.
Nul joyau précieux ne m’en offrit la grâce...
Sans elle j’ignorais ce qui reste ou qui passe...
Mon âme se mourait sans son âpre saveur.

Sourde à la raillerie, alors j’allai moi-même
Reprendre mon trésor délaissé, mon chagrin,
Et j’en fis de mon front l’immortel diadème.

C’est celui dont se pare au ciel le séraphin,
C’est celui des martyrs... et cependant je l’aime
Plus que tous les faux biens d’hier et de demain !

II

Que je voudrais mourir ! mais de mort éphémère,
Mourir pour tous le soir et revivre au matin ;
Je le voudrais, non pas pour que le lendemain
Les désillusions rouvrissent ma paupière ;

Ni pour sentir les doigts qui coudront mon suaire,
Les mains qui m’étendront dans mon lit de sapin ;
Ni pour suivre en secret le funèbre chemin
Que prendra mon convoi jusqu’au grand cimetière.

Mais ce que je voudrais, ce serait seulement
Lui parler à lui seul... tout bas... pour un moment...
Savoir s’il est heureux de l’absence éternelle,

Lui murmurer : « C’est toi qui m'as conduite ici. »
— Et s’il soupire alors, je lui dirai : « merci ! »
En bénissant la mort qui me le rend fidèle.

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Re: Hommage aux plus beaux poèmes des femmes.

Message par andré » ven. 26 sept. 08, 10:36

Amédée PIGEON

NUIT PRES DES BOIS

La lune luit ; le ciel est bleu ; le grillon chante ;
Nulle âme en ce moment n'a droit d'être méchante.
Tout contour s'amollit soifs la douce clarté
Que dans le grand ciel bleu fait cette nuit d'été.
Les chevreuils, les faisans, les cerfs connaissent l'heure
Où dans les bois profonds la fougère est meilleure,
Où la mousse se creuse en moelleux abris
Pour cacher et baigner leurs corps endoloris.
Les hêtres agrandis frissonnent ; la rosée
Trempe tous les halliers de sa goutte irisée.
Les bouvreuils, les pinsons, les ramiers aux vols lourds
Dorment frileusement dans leurs nids de velours.
De légères senteurs flottent ; la centaurée
Offre sa fleur de pourpre à la biche effarée
Qui, fuyant, n'a pas eu d'ombre pendant le jour.
Les faucheurs attardés rentrent, causant d'amour.
Un cabaret là-bas, point rougeâtre, flamboie,
Et très-loin, par moments, un chien peureux aboie.
Pour écrire, il me faut le silence effrayant
De la nuit, ou le bois impénétrable ayant
L'ampleur et la fraîcheur d'un temple sous ses arbres ;
Les pins, serrés et droits, comme des fûts de marbres,
La mousse, les tapis d'herbe fine, les eaux
Dormantes, la verdure épaisse et sans oiseaux.
Quand dans le ciel profond l'étoile verte et rouge
Resplendit, que dans l'air parfumé rien ne bouge,
Quand les hêtres sur moi ferment leurs bras moussus
Et que sous les halliers vaguement aperçus,
La campanule bleue, et les longues orties
Renversent à demi leurs fleurs appesanties ;
Alors seul, inquiet, je m'arrête : une voix
Chuchotante me dit tous les secrets des bois ;
Des vers harmonieux chantent dans les ramures ;
Des taillis frissonnants, des buissons noirs de mûres
Sort un hymne profond, plaintif comme un adieu :
C'est la forêt qui chante et se raconte à Dieu.

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