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Section animée par André
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Marc Papillon de LASPHRISE
Quand viendra l'heureux jour que je sacrifierai Mon corps sur votre autel que saint DESIR dédie, Que j'épendrai mon sang en mémoire infinie D'avoir par une erreur si longtemps soupiré ?
Quand viendra l'heureux jour que je vous offrirai Un bénit cierge ardent avec cérémonie, Etant à deux genoux près de vous accomplie, Afin d'avoir pitié de mon coeur martyrisé ?
Hé ! quand serai-je orné dans votre sacré temple, Servant vos déités que dévot je contemple ? Quand accepterez-vous ma chère oblation*,
Pour fidèle témoin de mes peines souffertes ? Mais quand en recevant mes divines offertes Aurai-je de vos mains la bénédiction ?
* offrande à Dieu
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| Ven 20 Mar 09, 11:52 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Augusta Holmès (1847-1903)
SÉRÉNADE PRINTANIÈRE
Hier comme aujourd'hui, ce soir comme demain, Je t'adore ! Quand je vois ton regard, quand je frôle ta main, C'est l'aurore ! Qui donc nous avait dit que le monde est méchant, Que l'on souffre, Que la vie est un pont qui tremble, se penchant Sur un gouffre ? Où donc sont les ennuis, les erreurs, les dangers, Les désastres ? Avril gazouille et rit dans les tendres vergers Fleuris d'astres ! Le sombre hiver a fui ; le radieux printemps Nous délivre. Viens mêler à mes pleurs tes baisers haletants ; Je veux vivre ! Nos coeurs sont confondus, nos âmes pour toujours Sont unies ; Nous avons épelé le livre des amours Infinies ! Et je ne vois plus rien que l'éclair de tes yeux Pleins de fièvres... Viens ! je veux soupirer les suprêmes aveux Sur tes lèvres !...
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| Sam 21 Mar 09, 12:34 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
VictorHUGO
SARA LA BAIGNEUSE
Sara, belle d'indolence, Se balance Dans un hamac, au-dessus Du bassin d'une fontaine Toute pleine D'eau puisée à l'Ilyssus;
Et la frêle escarpolette Se reflète Dans le transparent miroir, Avec la baigneuse blanche Qui se penche, Qui se penche pour se voir.
Chaque fois que la nacelle, Qui chancelle, Passe à fleur d'eau dans son vol, On voit sur l'eau qui s'agite Sortir vite Son beau pied et son beau col.
Elle bat d'un pied timide L'onde humide Où tremble un mouvant tableau, Fait rougir son pied d'albâtre, Et, folâtre, Rit de la fraîcheur de l'eau.
Reste ici caché : demeure ! Dans une heure, D'un œil ardent tu verras Sortir du bain l'ingénue, Toute nue, Croisant ses mains sur ses bras.
Car c'est un astre qui brille Qu'une fille Qui sort d'un bain au flot clair, Cherche s'il ne vient personne, Et frissonne, Toute mouillée au grand air.
Elle est là, sous la feuillée, Éveillée Au moindre bruit de malheur; Et rouge, pour une mouche Qui la touche, Comme une grenade en fleur.
On voit tout ce que dérobe Voile ou robe; Dans ses yeux d'azur en feu, Son regard que rien ne voile Est l'étoile Qui brille au fond d'un ciel bleu.
L'eau sur son corps qu'elle essuie Roule en pluie, Comme sur un peuplier; Comme si, gouttes à gouttes, Tombaient toutes Les perles de son collier.
Mais Sara la nonchalante Est bien lente A finir ses doux ébats; Toujours elle se balance En silence, Et va murmurant tout bas
« Oh ! si j'étais capitane, Ou sultane, Je prendrais des bains ambrés, Dans un bain de marbre jaune, Près d'un trône, Entre deux griffons dorés !
« J 'aurais le hamac de soie Qui se ploie Sous le corps prêt à pâmer; J'aurais la molle ottomane Dont émane un parfum qui fait aimer.
« Je pourrais folâtrer nue, Sous la nue, Dans le ruisseau du jardin, Sans craindre de voir dans l'ombre Du bois sombre Deux yeux s'allumer soudain.
« Il faudrait risquer sa tête Inquiète, Et tout braver pour me voir, Le sabre nu de l'heiduque, Et l'eunuque Aux dents blanches, au front noir !
« Puis, je pourrais, sans qu'on presse Ma paresse, Laisser avec mes habits Traîner sur les larges dalles Mes sandales De drap brodé de rubis. »
Ainsi se parle en princesse, Et sans cesse Se balance avec amour, La jeune fille rieuse, Oublieuse Des promptes ailes du jour.
L'eau, du pied de la baigneuse Peu soigneuse, Rejaillit sur le gazon, Sur sa chemise plissée, Balancée Aux branches d'un vert buisson.
Et cependant des campagnes Ses compagnes Prennent toutes le chemin. Voici leur troupe frivole Qui s'envole En se tenant par la main.
Chacune, en chantant comme elle, Passe, et mêle Ce reproche à sa chanson : Oh ! la paresseuse fille Qui s'habille Si tard un jour de moisson !
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| Dim 22 Mar 09, 11:57 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Guillaume de LORIS
LE ROMAN DE LA ROSE
Elle était blanche comme un lys, Le teint, le front clairs et polis, La chair tendre comme rosée Et simple comme une épousée: Taille grêle, ensemble charmant, Sans fard et sans déguisement, Car elle n'avait, je vous jure, Besoin d'atours ni de parure. Ses blonds cheveux étaient si longs Qu'ils venaient battre ses talons, Bien faits son nez, ses yeux, sa bouche. Moult grand' douceur au coeur me touche (M'assiste Dieu!) quand je revois Tous ses charmes comme autrefois! N'était si belle femme au monde! Bref, elle était jeunette et blonde, Au regard doux, sade et plaisant, Au corps rondelet, svelte et gent.
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| Lun 23 Mar 09, 9:25 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Guillaume De CABESTAN
Le jour que je vous vis, Dame, pour la première fois, Quand il vous plut de me laisser vous voir, Tout mon coeur quitta autres pensées, Et fut ferme en vous tout mon vouloir : Ainsi vous m'avez mis, Dame, au coeur le désir Avec un doux sourire et un simple regard ; Moi-même et tout ce qui existe me fîtes oublier.
Car la grande beauté et la conversation avenante Et le dit courtois et l'amoureux plaisir Que vous me sûtes faire dérobèrent si bien le sens Que depuis lors, Dame, je ne puis l'avoir ; A vous l'octroie, à qui mon fidèle coeur crie merci Pour exalter votre prix et l'honorer ; A vous je me rends, que mieux on ne peut aimer.
Car je vous aime, Dame, si fidèlement Qu'une autre aimer, Amour ne me donne pouvoir, Mais il me permet ue je courtise une autre gentiment, Par qui je crois de moi la cruelle douleur écarter ; Puis quand je pense à vous qui me donnez la joie, Tout autre amour j'oublie et abandonne, Avec vous je reste, qui m'êtes au coeur plus chère.
Et qu'il vous souvienne, s'il vous plait, de la bonne promesse Que vous me fîtes lors de la séparation, Dont j'ai le coeur jusqu'ici gai et joyeux Pour la bonne attente que me mandez de garder : J'en ai grande joie quoique le mal s'aggrave, Et j'en urai, quand il vous plaira, encore, Bonne Dame, car je vis dans l'espoir.
Et nulle souffrance ne me donne épouvante, Pourvu que je croie dans ma vie en avoir De vous, Dame, quelque récompense ; Mais les souffrances me font joie et plaisir Pour cela seulement que, je le sais, Amour assure, Que fidèle amant doit à grands torts pardonner Et subir gentiment les souffrances pour gagner.
Ah ! si elle venait, Dame, l’heure où je voie Que par pitié me veuilliez tant honorer Que seulement ami me daigniez appeler.
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| Mar 24 Mar 09, 13:02 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean LORRAIN
KYTHERÉ
Droite et foulant aux pieds des croupes de dauphins, Kytheré, fille amère en trahisons féconde, Secoue en perles d'or et de sang sur le monde Sa toison d'astre en feu qu'elle étreint à deux mains ;
Et de sa nuque fauve à ses aisselles blondes Ses cheveux roux, tordus entre ses doigts divins, Couleut en ruisseaux d'or sur ses hanches profondes, Allumant des clartés aux pointes de ses seins.
Debout dans la splendeur de ses cheveux d'aurore, La fille amère rit et son rire sonore De rut et de folie embrase l'univers ;
Et tandis qu'elle rit, montrant ses dents de nacre, Des soudaines rougeurs de meurtre et de massacre Montent, comme une flamme, au fond de ses yeux verts.
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| Mer 25 Mar 09, 13:56 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
François De LOUVENCOURT
O sein plus blanc que ne sont ces oiseaux Qui vont chantant sur les bords de Méandre, Beau sein pour qui je trouve que Léandre Eu bien cent fois retraversé les eaux.
Oeil plus flammeux que ces astres jumeaux Qu'on voit leurs rais si clairement étendre ; Bel oeil, vrai nid où mille Amours nouveaux Tous les matins vont leur naissance prendre.
Et vous tétons fermement arrondis : Si je n'avais les doigts tant engourdis, Si je pouvais chanter ainsi qu'Homère,
Sein, tu serais un pur étang de lait, Oeil un soleil, et toi, mont jumelet, Un vrai Parnasse au mignon de Cythère.
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| Jeu 26 Mar 09, 12:58 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
André CHENIER
L'AMOUR ET LE BERGER
Loin des bords trop fleuris de Gnide et de Paphos, Effrayé d'un bonheur ennemi du repos, J'allais, nouveau pasteur, aux champs de Syracuse Invoquer dans mes vers la nymphe d'Aréthuse, Lorsque Vénus, du haut des célestes lambris, Sans armes, sans carquois, vint m'amener son fils. Tous deux ils souriaient : " Tiens, berger, me dit-elle, Je te laisse mon fils, sois son guide fidèle ; Des champêtres douceurs instruis ses jeunes ans ; Montre-lui la sagesse, elle habite les champs. " Elle fuit. Moi, crédule à cette voix perfide, J'appelle près de moi l'enfant doux et timide. Je lui dis nos plaisirs et la paix des hameaux ; Un dieu même au Pénée abreuvant des troupeaux ; Bacchus et les moissons ; quel dieu, sur le Ménale, Forma de neuf roseaux une flûte inégale. Mais lui, sans écouter mes rustiques leçons, M'apprenait à son tour d'amoureuses chansons : La douceur d'un baiser et l'empire des belles ; Tout l'Olympe soumis à des beautés mortelles ; Des flammes de Vénus Pluton même animé ; Et le plaisir divin d'aimer et d'être aimé. Que ses chants étaient doux ! je m'y laissai surprendre. Mon âme ne pouvait se lasser de l'entendre. Tous mes préceptes vains, bannis de mon esprit, Pour jamais firent place à tout ce qu'il m'apprit. Il connaît sa victoire, et sa bouche embaumée Verse un miel amoureux sur ma bouche pâmée. Il coula dans mon cœur ; et, de cet heureux jour, Et ma bouche et mon coeur n'ont respiré qu'amour.
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| Ven 27 Mar 09, 21:34 |
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pascale
Membre du comité des fêtes
Inscription: Jeu 23 Aoû 07, 17:50 Messages: 950 Localisation: jerusalem Pays:
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 Re: Petits poèmes
érotiques.
Monsieur André, bonsoir et merci pour ces douces et chaudes lectures.
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| Ven 27 Mar 09, 22:51 |
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andré
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Inscription: Mer 27 Juil 05, 13:06 Messages: 14488 Localisation: Marseille Pays:
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 Re: Petits poèmes érotiques.
pascale a écrit: Monsieur André, bonsoir et merci pour ces douces et chaudes lectures. Je me suis toujours refusé à l'image de cette poésie rébarbative dans laquelle on a trop tendance à la situer. Mettre l'humour dans la poésie ou un brin de gaillardise permet de se rendre compte qu'elle est une littérature à part entière, et que tous ces "morceaux" qu'on ne nous apprend pas à l'école, bien entendu, grace au Net, peut lui redonner une seconde jeunesse, et, qui sait, peut être à la faire apprécier et aimer aussi davantage.
Un grand merci pour cet encouragement qui m'a beaucoup touché.
Excellent week-end. Et ma plus chaleureuse amitié poétique.
ANDRÉ
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| Sam 28 Mar 09, 13:35 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
MALLEVILLE
LA BELLE MATINEUSE
Le silence régnait sur la terre et sur l'onde ; L'air devenait serein et l'Olympe vermeil, Et l'amoureux Zéphyre affranchi du sommeil Ressuscitait les fleurs d'une haleine féconde.
L'Aurore déployait l'or de sa tresse blonde Et semait de rubis le chemin du Soleil ; Enfin ce dieu venait au plus grand appareil Qu'il soit jamais venu pour éclairer le monde,
Quand la jeune Philis au visage riant, Sortant de son palais plus clair que l'Orient, Fit voir une lumière et plus vive et plus belle.
Sacré flambeau du jour, n'en soyez point jaloux ! Vous parûtes alors aussi peu devant elle Que les feux de la nuit avaient fait devant vous.
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| Sam 28 Mar 09, 13:35 |
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Antoine De TORCHE (1635-1675)
Depuis cet heureux jour que vous futes ma femme, Et que l'amour conclut un hymen entre nous, Je sens je ne sais quoi dans l'âme Qui me fait soupirer comme un mari jaloux.
Mais, charmante beauté dont mon âme est ravie, En goûtant les plaisirs d'un commerce innocent, Qu'il ne vous prenne point envie De vous plaindre de moi comme d'un impuissant.
Si vous ne recevez qu'une joie imparfaite, Je sais former des vœux pour vos charmans appas, Et pour vous rendre satisfaite, Je voudrais bien avoir ce que vous n'avez pas.
En esprit, en attraits, en mérite, en naissance, Il est bon avec vous d'avoir tous ces rapports, Ici le trop de ressemblance Arrête nos desseins, et nos plus doux transports.
Pour trop vous ressembler, bien souhait je murmure Ressembler car pour combler de biens notre société, Il eut fallu que la Nature Eut mis entre nous deux quelque inégalité.
Privez de doux plaisirs que l'Hymen se propose, Nous allons endurer un tourment sans égal ; Et sans une métamorphose, Ma foi, je ne voy point de remède à ce mal.
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| Lun 30 Mar 09, 12:05 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean RICHEPIN
TU DORS… ?
Tu dors ? Ce n'est pas vrai, folle, tu fais semblant Tu sais bien que ton corps est plus rose et plus blanc Quand il se laisse aller à cette nonchalance Dans le hamac de soie où ma main te balance, Tu sais que la langueur tranquille du sommeil Te rend la peau plus fraîche et le sang plus vermeil, Et que tes deux tétins, tandis que tu reposes, Sont deux bouquets de lis et deux boutons de roses ; Tu sais que tous ces fruits dont ta chair me régale, Je ne puis les flairer sans avoir la fringale ; Car tu sens mon désir dont le regard flamboie Planer sur ton sommeil comme un oiseau de proie.
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| Mar 31 Mar 09, 11:08 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Théophile GAUTIER
À BOURGUEREAU
Dans un bosquet plein de mystère La Baigneuse de Bouguereau, Posant comme pour un clystère, Montre son c.. au bord de l’eau.
L’attitude n'est pas vulgaire ; Elle développe un contour Commode pour l’apothicaire Et plus commode pour l’Amour !
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| Mer 01 Avr 09, 10:41 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean RICHEPIN
DECLARATION
L'amour que je sens, l'amour qui me cuit, Ce n'est pas l'amour chaste et platonique, Sorbet à la neige avec un biscuit ; C'est l'amour de chair, c'est un plat tonique.
Ce n'est pas l'amour des blondins pâlots Dont le rêve flotte au ciel des estampes. C'est l'amour qui rit parmi des sanglots Et frappe à coups drus l'enclume des tempes.
C'est l'amour brûlant comme un feu grégeois. C'est l'amour féroce et l'amour solide. Surtout ce n'est pas l'amour des bourgeois. Amour de bourgeois, jardin d'invalide.
Ce n'est pas non plus l'amour de roman, Faux, prétentieux, avec une glose De si, de pourquoi, de mais, de comment. C'est l'amour tout simple et pas autre chose.
C'est l'amour vivant. C'est l'amour humain. Je serai sincère et tu seras folle, Mon coeur sur ton coeur, ma main dans ta main. Et cela vaut mieux que leur faribole !
C'est l'amour puissant. C'est l'amour vermeil. Je serai le flot, tu seras la dune. Tu seras la terre, et moi le soleil. Et cela vaut mieux que leur clair de lune !
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| Jeu 02 Avr 09, 12:25 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Lucie DELARUE-MARDRUS
PORTRAIT
Une clarté blanche en des habits sombres, Des traits durs raillés par une douceur D'yeux bleus, de cheveux presque sans couleur, Ma garce blonde,
Des ordres jetés d'une voix de songe, Une ouche fraîche au rire rouillé, Un regard pervers mais jamais souillé Par le mensonge,
Au rythme dansant de hanches flexibles Un vice natif qui pleure et qui rit, Impudique rêve et dernier grand cri Vers l'impossible,
Un désir tout prêt pour toutes les belles Ne pouvant finir qu'en se contentant, Vérité d'un coeur qui, d'être inconstant, Est seul fidèle,
Une coupe froide en laquelle abonde Tout ce vin brûlant d'intime anarchie, - Ma joie et mon mal, ma mort et ma vie, Ma garce blonde !
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| Ven 03 Avr 09, 10:39 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean RICHEPIN
AU THEÂTRE
Nous n'étions pas au fond d'une baignoire obscure, Mais en pleine avant-scène. Oh ! J'ai mal conservé Dans ma mémoire si l'on jouait de l'herVé ou du Donizetti : je n'en avais pas cure.
Nous nous tenions la main. Je sentais la piqûre Du désir s'enfoncer dans mon coeur énervé ; Et le désir croissait, de se voir observé. Oh ! L'âpre volupté que le danger procure !
Nous aurions pu si bien nous embrasser chez nous, Où j'aurais mis ton corps tout nu sur mes genoux Pour te porter au lit comme un enfant qu'on couche.
Mais ici, c'était fou ! Tous ces yeux à l'entour ! Soudain je fis claquer mon baiser sur ta bouche, Et ce baiser valait toute une nuit d'amour.
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| Sam 04 Avr 09, 10:18 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Michel-Nicolas BALISSON, Baron de ROUGEMONT (1781-1840)
LES BAISERS
Hier, je pinçais de la guitare. Mon cousin admirait ma main ; Pour la baiser il s'en empare ; Moi, je la retire soudain. En fille sage et bien apprise, J'ai toujours cet avis présent, Qu'il faut, de peur d'une surprise, Savoir se retirer avant.
Mon cousin fit un peu la moue; Puis, en se levant brusquement, Il m'appliqua sur chaque joue Deux baisers un peu lestement Je fis semblant d'être sévère Et, sachant à propos rougir, Je lui montrai de la colère Afin de cacher mon plaisir.
On eût dit, à mon air farouche, Que rien ne pouvait m'apaiser, Lorsqu'Armand me ferme la bouche En la couvrant d'un long baiser. C'est bien à tort que l'on répète Que notre sexe aime à jaser ; Je resterais cent ans muette Au prix d'un semblable baiser.
En jouant, mon fichu s'envole, Et mon cousin, fort peu décent, Reste tout debout et se colle Sur deux jumeaux qui n'ont qu'un an. De mon corps une douce flamme Embrasa le plus petit coin ; Je n'aurais pas cru, sur mon âme, Qu'un baiser pût aller si loin.
Le soir, vêtue à la légère, Et quoiqu'il fît un peu de vent, Je m'endormis sur la fougère ; J'y fus surprise par Armand. Hélas ! dans ce lieu solitaire, Le fripon, en déterminé, Me donne un baiser où mon père Ne m'en avait jamais donné.
Pour échapper au téméraire, Le lendemain, dans le vallon, Je dormis les yeux, contre terre Et les deux mains dessus mon front. Je ris en le voyant paraître Et je crus son espoir déçu... Il s'approche, il me prend, le traître !... Par bonheur, je n'en ai rien vu.
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| Dim 05 Avr 09, 9:07 |
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean RICHEPIN
Tes paroles ont des musiques cristallines. Rien qu'à les écouter, que de fois j'ai joui ! Je pâme, les yeux clos, et presque évanoui, Quand, pour me parler bas, dans le cou, tu t'inclines.
Ce n'est pas de ton souffle embaumant les pralines Que je me grise alors ; c'est du ton inouï Que tu mets dans un mot quelconque un simple oui. Ta bouche a des façons de prononcer câlines.
Voilà ce qui me fait tous les sens engourdis. Je t'écoute, mais sans savoir ce que tu dis, Comme si tu parlais une langue inconnue ;
Je me laisse couler dans l'extase ; et je sens Une invisible main passer sur ma peau nue, Car tes paroles mêmes ont des doigts caressants.
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| Lun 06 Avr 09, 13:41 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Marie-Catherine DESJARDINS de VILLEDIEU (1632-1683)
JOUISSANCE
Aujourd'hui dans tes bras j'ai demeuré pâmée, Aujourd'hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur Triomphe impunément de toute ma pudeur Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.
Ta flamme et ton respect m'ont enfin désarmée ; Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur Et je ne connais plus de vertu ni d'honneur Puisque j'aime Tirsis et que j'en suis aimée.
O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas Les plaisirs les plus doux que l'on goûte ici-bas, Apprenez les transports dont mon âme est ravie !
Une douce langueur m'ôte le sentiment, Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant, Et c'est dans cette mort que je trouve la vie.
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| Mar 07 Avr 09, 13:27 |
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Jean RICHEPIN
UNE FANTAISIE
C'est toi qui l'as voulu. Tu faisais ton devoir De femme curieuse, et ton désir de voir Etait si fort que j'ai cédé, petite folle. Comme un saint fatigué du poids de l'auréole Qui voudrait dans l'enfer se promener un peu, Comme un enfant gâté qui joue avec le feu, Il te plaisait d'entrer au coeur de la fournaise Où le Paris viveur fait la noce à son aise Et c'est pourquoi je t'ai conduite sans ennui, Dans un de ces cafés ouverts toute la nuit, Où rôde sur le gras velours d'une banquette La Prostitution comme une chienne en quête. Le gaz, le ruolz (1) clair, les cristaux découpés, Mêlaient leurs flamboiements aux fumets des soupers ; Tout chantait, les baisers, le champagne, la soie, Les bijoux, les louis ; et tu connus la joie D'être servie, au bruit grisant du bacchanal (2) Par un garçon pressé, bouffi, glabre et banal. Quelle drôle de chose est une Parisienne ! Dans ce milieu nouveau tu semblais une ancienne. Avec un tact exquis tu t'étais sans façon, Pour ne pas détonner, mise au diapason, Malgré le luxe moins voyant de ta toilette, Malgré l'enroulement d'une chaste violette, Et le bon goût des fleurs qui semaient ton chapeau, Tu sentais la débauche et portais à la peau ; Si bien qu'en te voyant les coudes sur la table, Rieuse, le tient chaud et l'air peu respectable, J'ai mené notre amour, les prunelles en feu, Achever le dessert dans un cabinet bleu.
(1) alliage de métaux (2) tapage festif - emprunté au latin bacchanal : "lieu où l'on célèbre les mystères de Bacchus"
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.
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| Mer 08 Avr 09, 11:09 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Pierre TOURNEMINE
THOMAS ET LISETTE
Piron plus gai que délicat, Sans nul préliminaire, Dit partout qu'un chat est un chat. Moi, je suis plus sévère. Souvent un seul mot En dit beaucoup trop; Mais qu'un gaze fine, Sans cacher les traits, Voile les portraits, Le reste se devine.
Lisette aimait le beau Thomas, La chose est naturelle. Thomas était joli garçon, avait su lui plaire; Mais, sages tous deux, Chacun sent fort bien Que, chez leurs pèr's et mères, Ils ne pouvaient pas, Par rapport aux mœurs... Le reste se devine.
Cependant, suivez-bien le fil De cette triste histoire. Thomas, revenant du hameau, Aux champs surprit Lisette. Soudain, chapeau bas Et fort poliment, Il lui tint ce langage: "M'aimes-tu toujours?" Lisette dit: "Oui." Le reste se devine.
Ils avaient fort longtemps bavardé Sur la verte fougère Et l'eau qui tomba par torrents Les surprit dans la plaine. Lors, pour mieux courir, Lisette troussa Ses jupons et sa robe; Puis, prenant la main De l'heureux berger, Le reste se devine.
Il n'était pas encor très tard, Ce qui fut bientôt cause Que, lorsque la belle rentra, Ses parents l'aperçurent. Las! en quel état L'amoureux Thomas Avait-il mis la belle! Son œil était vif, Son cœur était gros, Le reste se devine.
Après avoir examiné La tremblante bergère, Sa mère lui dit: "Se peut-il? Il n'est donc plus de doute? Vos bas sont salis, Vos jupons fripés, Votre marche est gênée, Vos yeux sont brillants, Votre dos est vert... Le reste se devine"
La fillette allait s'excuser Quand le père, en colère, Se lève de contre le feu Et dit, cassant sa pipe: "Ah! je n'y tiens plus. C'est un peu trop fort! Sors d'ici, malheureuse" Puis, armant son bras D'un manche à balai, Le reste se devine.
Sans se le faire répéter, La tremblante bergère, Au troisième coup de balai, S'enfuit à toutes jambes. Dans son désespoir, Passant sur un pont Elle eut assez de force Pour prier le ciel; Et, du parapet,... Le reste se devine.
Dieu l'écouta probablement Puisque, par un miracle, Thomas se trouvait près du pont Qui pêchait à la ligne. La voyant tomber, Plus prompt que l'éclair. Il se jette et fend l'onde. Saisit son jupon Et, par ce moyen,... Le reste se devine.
Les parents sentirent alors Qu'à moins d'être fort bêtes Ils devaient unir les amants Si bien faits l'un pour l'autre. Bientôt le curé Les unit tous deux Et, la noce étant faite, Les nouveaux époux Furent se coucher... Le reste se devine.
Amis, si vous êtes contents De cette chansonnette, Si vous vous êtes attendris Sur cet amoureux couple, Prouvez-le gaîment Et qu'ici, ce soir, Retroussant tous vos manches, De suite et d'accord, Elevant vos bras... Le reste se devine.
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| Jeu 09 Avr 09, 12:45 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
VOLTAIRE
L’ABBE DESFONTAINES ET LE RAMONEUR
Un ramoneur à face basanée, Le fer en main, les yeux ceints d'un bandeau, S'allait glissant dans une cheminée, Quand de Sodome un antique bédeau, Qui pour l'Amour prenait ce jouvenceau, Vint endosser son échine inclinée. L'Amour cria ; le quartier accourut. On verbalise, et Des Fontaines en rut, Est encagé dans le clos de Bicêtre. On vous le lie, on le fait dépouiller. Un bras nerveux se complaît d'étriller Le lourd fessier du sodomite prêtre, Filles riaient, et le cuistre écorché Criait : " Monsieur, pour Dieu soyez touché ; Lisez de grâce et mes vers et ma prose. " Le fesseur lut, et soudain plus fâché, Du renégat il redoubla la dose ; Vingt coups de fouet pour son vilain péché, Et trente en sus pour l'ennui qu'il nous cause.
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| Ven 10 Avr 09, 10:45 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Evariste de Forges de PARNY (1753-1814)
LE LENDEMAIN
" Enfin, ma chère Eléonore, Tu l'as connu ce péché si charmant. Que tu craignais même en le désirant : En le goûtant, tu le craignais encore. Eh bien, dis-moi, qu'a-t-il de si effrayant? Que laisse-t-il après lui dans ton âme? Un léger trouble, un tendre souvenir, L'étonnement de sa nouvelle flamme, Un doux regret, et surtout un désir "
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| Sam 11 Avr 09, 11:37 |
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andré
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 Re: Petits poèmes érotiques.
Théophile GAUTIER (1811-1872)
UN JOUR
Un jour, au doux rêveur qui l'aime, En train de montrer ses trésors, Elle voulut lire un poème, Le poème de son beau corps.
D'abord, superbe et triomphante Elle vint en grand apparat, Traînant avec des airs d'infante Un flot de velours nacarat :
Telle qu'au rebord de sa loge Elle brille aux Italiens, Ecoutant passer son éloge Dans les chants des musiciens.
Ensuite, en sa verve d'artiste, Laissant tomber l'épais velours, Dans un nuage de batiste Elle ébaucha ses fiers contours.
Glissant de l'épaule à la hanche, La chemise aux plis nonchalants, Comme une tourterelle blanche Vint s'abattre sur ses pieds blancs.
Pour Apelle ou pour Cléomène, Elle semblait, marbre de chair, En Vénus Anadyomène Poser nue au bord de la mer.
De grosses perles de Venise Roulaient au lieu de gouttes d'eau, Grains laiteux qu'un rayon irise, Sur le frais satin de sa peau.
Oh ! quelles ravissantes choses, Dans sa divine nudité, Avec les strophes de ses poses, Chantait cet hymne de beauté !
Comme les flots baisant le sable Sous la lune aux tremblants rayons, Sa grâce était intarissable En molles ondulations.
Mais bientôt, lasse d'art antique, De Phidias et de Vénus, Dans une autre stance plastique Elle groupe ses charmes nus.
Sur un tapis de Cachemire, C'est la sultane du sérail, Riant au miroir qui l'admire Avec un rire de corail ;
La Géorgienne indolente, Avec son souple narguilhé, Etalant sa hanche opulente, Un pied sous l'autre replié.
Et comme l'odalisque d'Ingres, De ses reins cambrant les rondeurs En dépit des vertus malingres, En dépit des maigres pudeurs !
Paresseuse odalisque, arrière ! Voici le tableau dans son jour, Le diamant dans sa lumière ; Voici la beauté dans l'amour !
Sa tête penche et se renverse Haletante, dressant les seins, Aux bras du rêve qui la berce, Elle tombe sur ses coussins.
Ses paupières battent des ailes Sur leurs globes d'argent bruni, Et l'on voit monter ses prunelles Dans la nacre de l'infini.
D'un linceul de point d'Angleterre Que l'on recouvre sa beauté : L'extase l'a prise à la terre ; Elle est morte de volupté !
Que les violettes de Parme, Au lieu des tristes fleurs des morts Où chaque perle est une larme, Pleurent en bouquets sur son corps !
Et que mollement on la pose Sur son lit, tombeau blanc et doux, Où le poète, à la nuit close, Ira prier à deux genoux.
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| Dim 12 Avr 09, 9:53 |
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