Petits poèmes érotiques.

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Jean-Nicolas BOUILLY (1763 - 1842)

- Ma fiancée, ô ma gentille Annette !
Bientôt l'hymen comblera tous nos vœux.
Huit jours encore !... à chaque instant j'répète :
Qu'il tarde à v'nir le moment d'être heureux !

- Tout ainsi qu'vous, ami Charles, j'désire
L'instant qui doit à jamais nous unir.
Le jour, la nuit, chaqu'fois que je respire,
Comm' vous j'répète :
Ah ! qu'ça tarde à venir !

- Oui, nous ferons le plus joli ménage :
Tout nous promet d'embellir notr' destin.
En attendant, d'amour il m'faut un gage :
Laiss'moi cueillir quelqu' fleurs de ton jardin.

- Bien volontiers ! Choisissez les plus belles,
Celles dont l'parfum vous semblera l'plus doux.
- Je n'veux cueillir que deux roses nouvelles.
- Oh ! si c'n'est qu'ça, Charles, contentez-vous.

Eh quoi ! votr' main soulève ma col'rette!
- C'est pour cueillir les boutons de ton sein.
- Charles, écoutez : je n' suis prud' ni coquette ;
Mais je n' saurais permettre un tel larcin.

- A mon bonheur ainsi donc tu t'opposes ?
Moi qui t'aim' tant ! Annette, c' n'est pas bien.
- Si j' vous laissais cueillir ainsi mes roses,
L'jour d'not' mariage, il ne m'rest'rait plus rien.

Filles, suivez l'exemple utile et sage
Qu'la fiancée ici vient vous offrir.
Si vous voulez du bonheur en ménage
A vos amants, n'laissez pas tout cueillir.

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Jean-Joseph VADE (1719-1757)

"Lucas, contente mes désirs ;
Allons,
C'est assez dormir :
Faut-il toujours te prévenir
Sur un plaisir
Que l'hymen fait sentir ?
Non, je ne puis m'en abstenir,
Rien ne peut me contenir;
D'un autre je vais l'obtenir, pour te punir."
Dans le moment Isabelle
Se lève et prend la chandelle ;
De son époux
Méprisant les dégoûts,
Se lève tout en courroux
Et s'en fut trouver Martin
Qui, dès le grand matin,
Etait au rendez-vous
Lucas, bien loin d'être chagrin,
Est charmé de son dessein
Et bénit cent fois le destin
D'être débarrassé de ce lutin.
Catin
L'attendait dans le jardin
Où, pour certain,
Son mari mettait Isabelle en train :
Mieux que dans les draps,
Chacun entre les bras
De l'objet de ses vœux
Goûtait le fruit de ses beaux feux ;
Mais à leur malheur
Succéda la frayeur ;
Car l'aurore parut,
Et chacun se reconnut
Isabelle, à petit bruit,
Trotte et s'enfuit :
Catin, d'un air nonchalant,
En fait autant.
Les maris, en même temps,
S'en furent cocus et contents.
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Nicolas GILBERT (1750-1780)

LES CHARMES DES BOIS

Que j'aime ces bois solitaires !
Aux bois se plaisent les amants ;
Les nymphes y sont moins sévères,
et les bergers plus éloquents.

Les gazons, l'ombre et le silence
Inspirent les tendres aveux ;
L'Amour est aux bois sans défense ;
C'est aux bois qu'il fait des heureux.

O vous qui, pleurant sur vos chaînes,
Sans espoirs servez sous ses lois,
Pour attendrir vos inhumaines,
Tachez de les conduire aux bois !

Venez aux bois, beautés volages ;
Ici les amours sont discrets :
Vos soeurs visitent les ombrages,
Les Grâces aiment les forêts...

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Robbé De BEAUVESET

L'AVE MARIA

Pour amuser leur loisir innocent,
Deux jeunes sœurs dans la ferveur de l'âge
Se demandaient quel plus parfait ouvrage
Etait sorti des mains du Tout-Puissant.
— « Ce sont les cieux, soutenait la sœur Thècle ;
L'ordre, l'éclat et la solidité
Sont leur partage, et chaque nouveau siècle
Leur voit toujours la même majesté. »
— « Ah ! chère sœur, que l'homme est bien une œuvre
Supérieure à ce spectacle-là !
Vantez les cieux, exaltez leur manœuvre
C'est pour nous seuls que Dieu fit tout cela. »
Jeanne appuya cet argument plausible
D'un beau passage expliqué par la Bible,
Et fut conclu par nos tendrons pieux
Que l'homme seul l'emporte sur les cieux.
Les voilà donc à passer en revue
Les attributs de nos êtres pensants ;
Mais où surtout on arrêta la vue
Ce fut sur l'ordre et la beauté des vues
Du corps de l'homme, et de fil en aiguille,
On le compare à celui de la fille.
Jeanne donnait pour le plus beau des deux
Celui du mâle, et sœur Thècle, au contraire,
Le soutenait à faire peur, hideux,
Auprès du corps féminin fait pour plaire.



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Alexis PIRON

Jeune marquis visitoit la maîtresse

Pour voir Agnès, mais sans distinction,

Agnès pour tous implacable tigresse,

Égards n'avoit à la condition.

Amour pour faire à son cœur quelque broche,

Avoit contr'elle épuisé mainte flèche

Sans nul effet ; elle portoit un cœur

Bien cuirassé ; si, que dans sa fureur,

Amour jura de venger cet outrage :

Mais ce courroux tomba sur son auteur ;

Agnès tourna tout à son avantage.

Dans la saison de l'aimable printemps,

Un jour, dit-on, de dimanche ou de fête,

Du tendre émail dont Flore orne les champs.

La jeune Agnès avoit paré sa tête.

Entre deux monts de roses et de lis,

Étoit placée une rose naissante,

Qui relevoit leur blancheur ravissante

Et recevoit un nouveau coloris.

Dans un corset, sa taille prisonnière,

Pouvoit tenir sans peine entre dix doigts ;

Sous un jupon d'une étoffe légère,

Un bas de iin, paraissoit quelquefois

Tiré si bien, et si blanc à la vue,

Qu'on auroit cru voir une jambe nue.

Bref, dans l'enclos d'un soulier fait au tour,

Son petit pied inspiroit de l'amour.

L'enfant ailé, plus espiègle qu'un page,

Gomme j'ai dit, lui gardoit une dent :

Voici le temps, dit-il, ça, faisons rage,

Et dérangeons tout ce vain étalage

Chez cet objet qui m'est indifférent.

Aussitôt dit, il change de nature,

Puce devient ; d'abord lui saute au cou,

Au front, au sein, à la main, fait le fou,

Laisse partout une vive piqûre.

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Alexis PIRON

Notre beauté sensible à cet assaut
Cherche la puce, en veut faire justice :
Mais Cupidon s'esquive par un saut,
Et doucement sous son corset se glisse,
Y fait carnage et n'en veut déloger.
Fillettes sont bons morceaux à gruger :
L'Amour en fait souvent son ordinaire.
Si comme lui je savois me venger,
De par saint Jean, je ferois bonne chère.
Agnès en feu déchire son corset,
Le jette au loin, arrache sa chemise
Et montre au jour deux montagnes de lait
Où sur chacune une fraise est assise.
Elle visite et regarde en tous lieux,
Où s'est caché l'ennemi qui l'assiège ;
Mais il étoit déjà loin de ses yeux
Et lui mordoit une cuisse de neige.
Ce dernier coup accroît ses déplaisirs ,
Elle déïait sa jupe toute émue :
Au même instant, mille amoureux zéphirs
Vont caresser ce qui s'offre à leur vue,
Et combattant en foule à ses côtés
Par une heureuse et douce préférence,
Sauvent l'Amour d'une prompte vengeance.
Qui l'attendoit au sein des voluptés.
A la faveur d'un saut, d'une gambade,
Le petit dieu soutient sa mascarade,
Aux barres joue et sans cesse fend l'air.
Il vient s'offrir de lui-même a la belle,
Puis il échappe aussi prompt qu'un éclair,
Et fait cent tours de vrai polichinelle.
Pendant ce jeu, vers un jeune taillis,
L'amour lorgnoit un portail de rubis,
Fief en tous lieux relevant de Cythère,
Mais que la belle, injuste et téméraire,
Avec chaleur disputoit à Cypris.

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Robbé De BEAUVESET

EXTASE QUIETISTE

Un matin qu'à l'écart
Le bon père Girard
Stigmatisait la sœur Cadière,
Survint une jeune tourière
Qui resta quelque temps en admiration
A l'aspect si nouveau de l'opération ;

Car l'on dit qu'elle était pucelle,
Très ignorante en bagatelle.
Quoi qu'il en soit, voulant voir de plus près,
D'un pas mal assuré, doucement elle avance ;
Elle examine, et peu de temps après,
Voici que nos dévots tombent en défaillance.
L'innocente croyant qu'ils en allaient mourir,
Regrettait surtout le bon père.
Et tâchant de le secourir.


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Henri de REGNIER

ELVIRE AUX YEUX BAISSES

Quand le désir d'amour écarte ses genoux
Et que son bras plié jusqu'à sa bouche attire,
Tout à l'heure si clairs, si baissés et si doux,
On ne reconnaît plus les chastes yeux d'Elvire.

Eux qui s'attendrissaient aux roses du jardin
Et cherchaient une étoile à travers le feuillage,
Leur étrange regard est devenu soudain
Plus sombre que la nuit et plus noir que l'orage.

Toute Elvire à l'amour prend une autre beauté;
D'un souffle plus ardent s'enfle sa gorge dure,
Et son visage implore avec félicité
La caresse trop longue et le plaisir qui dure...

C'est en vain qu'à sa jambe elle a fait, sur sa peau,
Monter le bas soyeux et que la cuisse ajuste,
Et qu'elle a, ce matin, avec un soin nouveau,
Paré son jeune corps délicat et robuste.

La robe, le jupon, le linge, le lacet,
Ni la boucle ne l'ont cependant garantie
Contre ce feu subtil, langoureux et secret
Qui la dresse lascive et l'étend alanguie.

Elvire! il a fallu, pleine de déraison,
Qu'au grand jour, à travers la ville qui vous guette,
Peureuse, vous vinssiez obéir au frisson
Qui brûlait sourdement votre chair inquiète;

Il a fallu laisser tomber de votre corps
le corset au long busc et la souple chemise
Et montrer à des yeux, impurs en leurs transports,
Vos yeux d'esclave heureuse, accablée et soumise.

Car, sous le rude joug de l'amour souverain,
vous n'êtes plus l'Elvire enfantine et pudique
Qui souriait naïve aux roses du jardin
Et qui cherchait l'étoile au ciel mélancolique.

Maintenant le désir écarte vos genoux,
Mais quand, grave, contente, apaisée et vêtue,
Vous ne serez plus là, vous rappellerez-vous
Mystérieusement l'heure où vous étiez nue?

Non! Dans votre jardin, doux à vos pas lassés,
où, parmi le feuillage, une étoile palpite,
De nouveau, vous serez Elvire aux yeux baissés
Que dispense l'oubli du soin d'être hypocrite.

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Pierre Jean de BERANGER

RECOMMENCONS

Je suis heureux, je ris, je chante,
Et pourtant forme des désirs ;
Dans cette fête qui m'enchante,
Je pense à de nouveaux plaisirs.
Près de blonde ou brune chérie,
Au bruit de joyeuses chansons,
Je veux qu'ici chacun s'écrie :
Recommençons, recommençons.

J'aime le vin, j'aime Lisette ;
Près de mon lit j'ai du meilleur ;
Je verse à boire à la fillette,
Et remplis son verre et son cœur.
Le doux jus plaît tant à la belle,
Que lorsque nous nous reposons :
Encore un coup, vite ! dit-elle ;
Recommençons, recommençons.

Recommençons fête si sage,
Mes chers amis, et pensons bien,
Qu'hélas ! dans peu sonnera l'âge
Où l'on ne recommence rien.
Projetons des fêtes nouvelles
Tant que libres dans nos façons,
Nous pourrons dire avec nos belles :
Recommençons, recommençons.

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Pierre Jean de BERANGER

LE CHAPEAU DE LA MARIÉE

Demain engagez votre foi ;
A l'église allez sans scrupule.
Fille trompeuse, oubliez-moi
Pour un époux riche et crédule.
Des roses qui naissaient pour lui
La dîme à tort me fut payée ;
Mais en retour j'offre aujourd'hui
Le chapeau de la mariée.

Acceptez ces fleurs d'oranger ;
Qu'à votre voile on les attache.
Sous le joug fier de se ranger,
Que l'époux dise :
Elle est sans tache.
L'Amour se plaint, mais c'est tout bas ;
Mais par vous la Vierge est priée.
Allez, on n'arrachera pas
Le chapeau de la mariée.

Quand vos sœurs se partageront
Ces fleurs qu'on dit d'heureux augure,
Les garçons vous déroberont
Une plus secrète parure.
La jarretière, pensez-y !
Chez moi vous l'avez oubliée.
Me faudra-t-il la joindre aussi
Au chapeau de la mariée ?

La nuit vient ; vous poussez deux cris
Imités de ce cri si tendre
Qu'un jour au cœur le plus épris
Votre innocence a fait entendre.
Le lendemain, l'époux cent fois
Raconte à la noce égayée
Que l'Hymen s'est piqué les doigts
Au chapeau de la mariée.

Le voilà trompé ce mari !
Ah ! qu'il le soit bien plus encore.
Dieu ! quel fol espoir m'a souri
Quand pour lui l'autel se décore !
Malgré le prêtre et ton serment,
Oui, par tes pleurs justifiée,
Tu viendras payer à l'amant
Le chapeau de la mariée.

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MÉLEAGRÉ

UN AMANT BIEN ENTOURÉ

Si tu es, Philoclès,
Le chéri des Désirs,
Et, si tu es ensuite
Sous le charmant empire
Des suaves Charites,
Puisses-tu dans tes bras
Serrer Diodoros,
Contempler le visage
Du fin Dorothéos,
Avoir sur tes genoux
Le joli Callistrate,
Laisser faire la main
Du merveilleux Dion
Qui touche à ton engin,
- Un arc qui vise bien -
Puis, entendre Théron,
En goûtant au baiser
Que te donne Philon.
Si Zeus te fait le don
De tous ces mets exquis,
Quel plat de beaux garçons
Va t'ouvrir l'appétit !

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Raoul PONCHON

DOUCE AMIE

Délices de Paris et gloire de Montmartre,
Lesbos où les baisers, chauds comme des lapins
Et beaucoup plus nombreux que les poils d’une martre,
Réveillent les rats morts qu’au plafond l’on a peints ;
Délices de Paris et gloire de Montmartre !


Lesbos, où les baisers sont tous du même sexe,
Devant lesquels garçons, nous croquons le marmot,
Et qui sont à peu près, sous l’œil d’un Wolf perplexe
Comme en un mot rimant avec un même mot ;
Lesbos, où les baisers sont tous du même sexe !


Lesbos, où les baisers ne sont pas pour ta bouche,
Ô Don Juan ! où le sexe auquel tu dois ta sœur
N’est plus touché par toi, mais soi-même se touche,
A ton grand désespoir féroce jouisseur :
Lesbos, où les baisers ne sont pas pour ta bouche !


Lèchebos ! où Priape abandonnant ses armes
Se cache tout confus au fond de ses jardins :
Où de jeunes beautés éprises de leurs charmes
S’excitent l’une l’autre à mille jeux badins.
Lèchebos ! où Priape abandonne ses armes !


Lesbos, où pour l’amour il n’est pas besoin d’homme ;
L’homme étant, comme on sait ignoble et dégoûtant ;
Où devant deux tendrons dont l’un suce la pomme
A l’autre, je me dis : j’en ferais bien autant.
Lesbos, où pour l’amour il n’est pas besoin d’homme !


Lesbos, où cependant que chacun sort et entre,
Ces dames au salon s’amusent, sans souci
Des michés sérieux qui se brossent le ventre,
Et qui voudraient bien rire et s’amuser aussi.
Lesbos, loin de Paris en même temps qu’au centre,


Tu serais l’ornement de la Place Pigalle,
N’était qu’elle a déjà son célèbre bassin,
Cet Eden de fraîcheur, oasis sans égale,
Oui, parole d’honneur, sans ce sacré bassin
Tu serais l’ornement de la Place Pigalle.


Laisse de Ferrouillat (1) se froncer l’œil austère :
Nous comprenons tes goûts en voyant cet orang…
Ô Lesbos que chanta le divin Baudelaire,
Que ton amour fougueux coule comme un torrent ;
Laisse de Ferrouillat se froncer l’œil austère.


Et qui donc oserait, Lesbos, être ton juge ?
Qui voudrait « douce amie » instruire ton procès ?
Est-ce Thévenet ? Est-ce Vilainrefuge ?
Ce n’est pas moi, toujours, ni le Courrier Français.
Et qui donc oserait, Lesbos, être ton juge ?


Et quel audacieux ou quel sombre fumiste
Peut dire : « Cette chose est bien, cette autre est mal » ?
Et qui peut ajouter : « Lesbos est sur ma liste,
D’une géographie obscure. » L’animal,
En vérité, serait un bien sombre fumiste !


Roques (2) m’a donc prié de célébrer ta gloire.
Il aurait dû choisir un autre, évidemment ;
Car moi j’eusse aimé mieux me jeter dans la Loire
Que de venir troubler ton mystère charmant,
Mais Roques m’a prié de célébrer ta gloire.


Et depuis lors je veille au sommet de Montmartre
Cependant qu’à mes pieds, sous les astres charmants ;
La sublime Lesbos s’étend comme une dartre ;
Et c’est pour amasser de sombres documents
Que depuis lors je veille au sommet de Montmartre.


Mais comme, au bout d’un temps, ses plus folles caresses
Ne peuvent pas suffire à mon tempérament ;
Je cours rejoindre vite une de mes maîtresses
A laquelle je fais… un petit boniment ;
Et lorsque j’ai soupé de ses folles caresses,


Pour savoir si la bière est toujours aussi bonne
Et lorsque un peu d’argent sonne dans mon gousset,
Avant que de rentrer place de la Sorbonne,
Je vais nonchalamment boire un bock chez Pousset
Pour savoir si la bière est toujours aussi bonne.


Tout est donc pour le mieux, Lesbos, ma « douce amie ».
Aime de ton côté, j’irai boire du mien ;
Mais qui pourra jamais apporter l’accalmie
A ma soif sans refuge, à ton rut Lesbien,
Ô Lesbos ! île merveilleuse, « douce amie » !

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Antoine POL

LES PASSANTES

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connait à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulu rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir

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Cécile SAUVAGE

DANS LA PELOUSE ENDORMIE

Dans la pelouse endormie
Sous l'azur pâle et rêveur,
Les brises en accalmie
Bercent les bouleaux pleureurs.
En ce silence de rêve
Une voix d'oiseau
Seule et divine s'élève
Des bouleaux.

Au jour bas de l'avenue
Lointaine sous les rameaux
Deux formes sont apparues,
Deux corps enlacés et beaux.
La femme blanche, légère
Dans sa souple nudité,
Détourne sur les fougères
Un long regard velouté.

Sa tombante chevelure
Entoure son sein poli
Et, svelte, sa jambe pure,
Dans la marche, sort des plis
De la longue chevelure.
Elle marche avec cadence
Comme la ramure danse ;
Son bras d'un fin mouvement
Sur l'épaule musculeuse
De l'homme allonge, indolent,
Une caresse harmonieuse.

Quel léger ruissellement
De lueur coule des branches
Et vient dorer mollement
La cambrure de la hanche ?
Et l'oiseau chante à demi,
Retenant la mélodie
Dans le murmure assoupi
Des brises en accalmie.
Elle dit d'une âme fière :
Avec ma pâleur lunaire
Dans les bois
Je danse et chante à la fois.
Que la branche me réponde
D'une plainte balancée ;
Que la lumière soit blonde
Comme ma claire pensée ;
Que la tombante feuillée
Imite mes longs cheveux ;
Que la brise réveillée
Ait la langueur de mes jeux ;
Et si, lointaine, je pense
Dans mon vallon familier,
Que l'ombre, que le silence
Viennent s'allonger au pied
De mon corps blanc replié.

L'oiseau jette un cri de gloire
Et l'homme ayant joint les doigts
A l'air de dire une histoire
D'autrefois.
Ô plus haute que la vie,
Froide et pâle Poésie,
Lève-toi
Et pleure et danse à la fois.

Allonge vers les bouleaux
Tes bras si longs et si beaux,
Insaisissable pensée,
Et sur ta chair offensée
Ramène le triste flot
De tes tresses délacées.

Ô tristes et longs sanglots
De l'oiseau.
L'homme est mort d'avoir osé
Un baiser.
Il gît blême sur la mousse
À jamais dormante et douce
Pour ses membres reposés.

Cache à demi dans l'écorce
Du plus fort de ces bouleaux,
Rêve, ton flexible torse,
Tes deux seins jeunes et beaux
Et que l'ombre molle effleure
L'arbre pâle où l'oiseau pleure.
De la tête qui s'incline
Que la chevelure fine
Retombe avec les rameaux
Comme un long flot de pensées
Divines et balancées
Au mouvement des bouleaux.

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Re: Petits poèmes érotiques.

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Claude De MALLEVILLE

ÉLEGIE

Philis, quitte pour moy cette humeur trop farouche,
Flatte mes passions, approche-moy ta bouche,
Et du plus doux baiser que l'amour puisse offrir,
Appaise le tourment que tu me fais souffrir.
Ah! mon Dieu, je le sens et mon ame embrasée
Reçoit en ce baiser la celeste rosée!
Philis, cette liqueur que tu me fais gouster,
D'un charme nompareil vient mon coeur enchanter.
C'est l'unique aliment des ames bienheureuses,
Le remede fatal des flâmes amoureuses,
Le nectar que Venus donne à son favory
Et le laict dont Amour comme enfant est nourry.
O baiser, pour chanter les graces que vous faites,
Il me faut un langage aussi doux que vous estes.
Il faut que mon discours ayt d'aussi vives fleurs
Que celles dont sa lévre emprunte les couleurs,
Que le miel que sa bouche en la mienne distille,
Et que mesme son feu passe jusqu'à mon stile.
Et certes le jasmin, les rozes et l'encens
N'ont rien de comparable à l'odeur que je sens
Alors que le doux air qui sort de son haleine
Esvante les ardeurs de ma cuisante peine.
Tout ce qu'ont les zephirs de plus delicieux,
Tout ce que l'Arabie a de plus precieux
Et tout ce que l'Olimpe en ses pompes supresmes
Offre de plus exquis aux bouches des dieux mesmes,
Ce baiser me le donne, et ses charmes sont tels
Que je ne me tiens plus du nombre des mortels.
La liqueur que je gouste est le jus de cette herbe
Qui d'un simple pescheur fit un dieu si superbe,
Et qui, le dépoüillant de toute impureté,
Le combla des douceurs de l'immortalité.
O chef-d'oeuvre du ciel! ô sujet de ma joye!
En ce baiser humide où mon ame se noye,
Il semble que ta langue avecque ses appas
Demande sans parler si je ne t'ayme pas.
Oüy, je t'ayme, Philis, et d'une amour si forte
Qu'à tout autre desir mon coeur ferme la porte.
C'est en tes seules mains que j'engage ma foy.
Je ne reconnois point de puissance que toy
Et ne veux consacrer mes travaux et mes veilles
Qu'à l'immortel honneur de tes rares merveilles.
Mais veux-tu rallumer par un second baiser
L'ardeur que le premier a tasché d'appaiser,
Et par mille souspirs qui rameinent ma flame
Veux-tu faire un brasier au milieu de mon ame?
Veux-tu me consumer dans tes embrasemens
Et suspendre ma vie en des ravissemens?
O dieux, qu'en tes faveurs je t'esprouve cruelle!
Que ce remede est doux, mais qu'il est infidelle!
Que ta compassion a pour moy de rigueur
Et que ta douceur mesme est amere à mon coeur!
Philis, reprens pour moy cette humeur si farouche;
Ne flatte point mes voeux, n'approche point ta bouche,
Et du plus doux baiser que l'amour puisse offrir,
N'irrite point le mal que tu me fais souffrir.

La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots.

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